•  Mercredi 20 Novembre SEBEKORO - DIO GARE 94 Km

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    Diakite et le secrétaire de mairie m’accompagne 

    Départ ce matin à 8 H 30 DIAKITE m’accompagne comme il est coutume jusqu’à la sortie de la ville. On croise le secrétaire de mairie qui se rend au travail. Dernière salutations et on se quitte. Je bouffe déjà la poussière de quelques camions. Je suis pire qu’un clochard, mes affaires sont toutes rouges, « BAMAKO » aussi. La chaîne grince sur les pignons mais il vaut mieux que je ne mette pas d’huile. La piste pénètre dans la jungle avec de gros arbres, dommage, ils ne font que très peu d’ombre sur la chaussée. Je m’arrête sous un de ceux-ci pour manger mon orange et là c’est le pied. Je respire à pleins poumons les odeurs de la forêt et j’écoute les innombrables chants d’oiseaux et certains cris que je ne peux pas définir (singe ou autre). Je repars et croise deux chasseurs à vélo. L’un avec un vieux fusil et l’autre un poignard. On essaie de se parler mais ils ne causent pas du tout français. De temps en temps des clairières avec des champs de coton.

    Il est 13 H 30, j’arrive au village de SEGALA meurt de chaud et de soif. Je m’arrête à la première épicerie, pas de Coca, ils m’envoient dans le centre et là, je trouve un Coca bouillant. Ils n’ont ni électricité, ni groupe électrogène, je peux acheter un dernier bout de pain qu’il reste pour faire mon sandwich à la Vache qui rit. L’épicier m’apporte une chaise et un broc d’eau pour me laver la figure qui est rouge de poussière et j’en profite pour rincer le plus gros sur la chaîne de « BAMAKO » car ça grince méchant.

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    Mosquée sur le modèle des termitières

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    Je rêve de frais, j’envoie un gamin m’acheter une pastèque, il n’en trouve pas. Alors je retourne vers la gare routière ou il y a souvent des femmes qui vendent un peu de tout, mais il n’y a ni pastèque, ni orange. Je goutte un fruit qui a un peu l’aspect des citrons mais un peu plus gros, il a le goût du melon. Je m’avance sous un abris bâché vers des femmes qui préparent des brochettes de viande pour les vendre à l’arrivée des bus et taxi brousse. Les mouches recouvrent les morceaux à mesure qu’elles les coupent. Il y a aussi du riz qui mijote et les poules viennent de temps en temps le picorer. Il y a aussi du lait caillé, j’ai tellement envie de frais que j’en goûte une tasse. Il n’est pas trop chaud alors j'en avale deux grands  bols en bois. Ça rigole beaucoup de me voire si affamé. Tout à coup un gros camion s’arrête, on vient m’appeler, c’est un camion de livraison et il y a plein de pastèques. Super, on se chamaille beaucoup en plaisantant car j’en choisis une belle et un malien m’en montre une autre en me disant qu’elle est plus jolie pour me piquer la mienne. Ils adorent plaisanter et on passe une bonne partie de rigolade. J’en achète une et la partage avec tout le monde. Je me rends ensuite vers une espèce de mare boueuse où les enfants fabriquent des briques en mettant  de la boue dans des moules qui sont ensuite séchés  au soleil. Ces briques serviront à construire les futures cases. Je repars ensuite jusqu’à DIO - GARE, je m’arrête, bois un Coca chaud et me renseigne pour dormir. Le premier à qui je demande m’emmène chez lui, me présente ma case et toute sa famille. J’ai très chaud et il m’apporte un seau pour me laver. Ensuite de la bouillie de mil et un gâteau africain au mil avec une sauce, ce n’est pas trop mon truc. LASSI, qui m’a invité est teinturier, il repasse avec un fer à repasser à braise comme nos grands-mères et il y a quand même une télévision dans la cour qui fonctionne sur batterie. Nous ne manquons pas, bien sûr, le thé dont la cérémonie m’étonne toujours. Il est transvasé des dizaines de fois d’un verre à l’autre et revidé dans la théière posée sur la braise de charbon de bois dans de petits brûleurs artisanaux pour être ensuite reversé de très haut avec une adresse incroyable afin qu’il s’oxygène pour affiner son arôme.

    Ici, au MALI, les femmes travaillent beaucoup, souvent avec le bébé dans le dos. Tout le long de la piste j’ai vu beaucoup de panneaux indiquant des associations de femmes pour le maraîchage ou autre.

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    Jeudi 21 Novembre DIO GARE - BAMAKO 50 Kms

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    Mosquée de Dio Gare

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    La boucherie

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    Sauvetage en eau douce.

    Je me lève tôt ce matin mais LASSI qui doit m’emmener saluer le Chef du village n’est pas encore levé, alors que les femmes cuisinent déjà depuis une heure. Mauvaise surprise, mon pneu arrière est à moitié à plat. Je n’ai pas envie de réparer maintenant, alors je le gonfle à fond en espérant que ça tienne le trajet. Je me fais mon café et le gaz vient de me lâcher. Hier soir, c’était mon stylo Pilote, il est temps que je rentre. Ça y est, mon homme se lève péniblement, ici les hommes dorment beaucoup. Il arrive un moment plus tard avec, à la main mon transistor que je lui ai offert hier soir pour les enfants. Il ne le lâche pas et je crois que les gamins n’en verront pas la couleur. A l’antenne il a rajouté un grand bout de fil de fer. Avant de quitter la famille, je donne des échantillons de shampooing et savonnettes que j’avais récupéré dans une auberge en EUROPE, directement aux femmes. Nous partons ensuite saluer le Chef du village et je n’ai pas de noix de Cola qu’il est de coutume d’offrir (tant pis). Après les salutations il veut à tout prix m’emmener chez le Maire et à l’école. Je lui dit pourtant que je ne veux pas m’attarder car mon pneu risque de se dégonfler, mais il insiste et pousse lui-même « BAMAKO ». Il marche à une vitesse impressionnante et j’ai de peine à le suivre. Nous passons chez tout le monde en essayant de faire vite. Tous essaient de me sermonner pour que je fasse le messie auprès des associations en France pour les aider.

    Nous partons tout de même mais comme de coutume LASSI m’accompagne en poussant « BAMAKO » jusqu’à la fin de la commune qui ne fini jamais. Nous avons déjà fait 1,5 Km à pied et il ne me dit pas encore au revoir. Alors, au risque de le vexer, je prends les devants car je ne veux pas aller jusqu’à la prochaine ville à pied. Et c’est reparti, en pédalant cette fois, je prends de nouveau quelques bouffées de poussière pour me rappeler que je suis bien sur la piste.

    « Petite anecdote » : hier, à une gare routière, un jeune pas très sympa (il y en a aussi) me dit d’un air mesquin, « c’est impossible que tu sois venu de France avec un vélo, ça n’avance pas assez vite ». Je lui dis  « que tu ne me crois pas c’est ton affaire, ça ne me dérange pas du tout » et puis il monte dans un taxi brousse. Environ deux heures après, le temps que je casse la croûte et que je fasse une vingtaine de Kms, je vois le taxi brousse en panne au bord de la piste. Le chauffeur couché dessous à essayer de réparer et puis tous les passagers assis en dehors à attendre. Parmi eux, je reconnais mon interlocuteur qui me traitait de menteur et tout en les dépassant, je lui lance en lui faisant signe, « tu vois un vélo, ça avance plus vite que le bus ». Puis je continue ma route. J’arrive sur un pont et m’arrête pour regarder en contrebas une rivière très boueuse, à moitié desséchée et dedans, à quatre mètres du bord, je vois une jeune vache. Au début, je crois qu’elle se rafraîchit, mais ensuite je comprends vite qu’elle est enlisée et prisonnière de la boue. Elle est complètement immobile et ne lutte plus. Elle doit  être dans cette position depuis peut être plus d’une journée car on lui voit les côtes sous la peau. Je reste impuissant devant la scène et en face de moi arrive une charrette tirée par deux ânes avec deux hommes dessus. Je les appelle mais il ne comprennent pas le français et me salut de la main,  je leur fait des gestes désespérés en leur montrant le dessous du pont. Ils continuent toujours, alors j’insiste jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent pour de bon. D’où ils se trouvent, ils ne voient rien, et l’un d’eux se décide quand  même à s’approcher pour voir ce qui se passe. Ils parle à son collègue en Bambara et je me dis que vu comme ils traitent les animaux, ils doivent s’en foutre. Eh bien non, pendant que l’autre reste tranquillement assis, celui qui s’est avancé descend, retrousse son pantalon et rentre dans la boue jusqu’au dessus du genoux pour tirer la pauvre vache par une oreille. J’ai bien peur que lui aussi ne puisse plus sortir, mais non finalement il arrive à la sortir de l’eau et la pauvre bête épuisée s’avachit de l’arrière sans pouvoir faire un geste. Il la soulève et la pousse un peu pour l’éloigner de son piège, et la voilà qui repart doucement en chancelant. Il me fait alors un signe de remerciement et je suis très content d’être passé par là car je crois que dans quelques heures c’était la mort assurée. Je l’applaudis et il monte me serrer la main. Je repars et arrive à KATI ou je m’arrête vers la gare routière. Je demande une tartine de beurre et un Coca et je continue pour les derniers 20 kms. Je n’ai plus de jambes et trouve le temps interminable. Est-ce le fait de la dernière étape, je suis pressé de prendre mon fidèle « BAMAKO » en photo devant une pancarte qui porte son nom. Impossible d’en trouver une, il fait très très chaud ici et j’ai terriblement envie d’une boisson fraîche. Je cherche d’abord pour loger et je trouve une pension « Chez Mama FANTA » une sénégalaise. Chambre et W.C. à la sénégalaise mais toutefois assez propres. Mes affaires, les sacoches et « BAMAKO » sont recouvertes de poussière rouge. Je suis trop fatigué pour les nettoyer aujourd’hui, on verra demain. Pour le moment je vais prendre une bonne douche (il y en a une) et j’irais voir les horaires des avions pour le retour. Dans ma chambre il y a quatre lits, deux sont libres et l’autre est occupé par un jeune de Serrière près de chez nous, il s’appelle DJAMEL. Il voyage beaucoup et est très sympa. Ce soir nous mangeons ensemble, ici beaucoup de guides vous harcèlent comme dans toutes les grandes villes. Je ne sens pas tellement cette capitale.

    Vendredi 22 Novembre BAMAKO (Pas repos)

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    Ce matin je vais avec DJAMEL, qui connaît bien où se trouve Air Algérie. Je ne croyais pas que cette ville était si importante et si polluée. Elle ne mérite pas ce joli nom que porte si bien mon « BAMAKO » à moi. Ça roule très très vite ici et c’est extrêmement dangereux. Il paraît que beaucoup achètent leur permis de conduire (de 50 000 à 70 000 Frs CFA). On est harcelé sans arrêt, alors on envoi balader. DJAMEL me montre aussi la poste et le club internet.

    Il y a un avion demain mais c’est trop tôt car je n’ai rien de lavé et il faut que je fasse le calcul de poids de ce qui me reste si je veux ramener quelques souvenirs. Je dois aussi retirer de l’argent liquide car Air Algérie ne prend pas la carte. J’apprends que j’ai droit à 30 kg de bagage alors qu’en prenant mon billet en France j’aurais eu droit à 40 kg. Encore une ruse pour faire payer une surtaxe pour le supplément. L’après-midi tout est fermé à cause du Ramadan (poste, banques etc.…) alors nous courons les rues avec DJAMEL pour essayer de trouver la seule banque avec un distributeur. D’après nos guides touristiques et malgré le plan, impossible de la dénicher. Nous demandons à plusieurs personnes qui nous indiquent n’importe quoi et nous tournons en rond tout l’après-midi. Du coup le soir, on n’est pas bien tous les deux. On met ça sur le compte de la fatigue, de la pollution et l’énervement, en plus j’ai donné tout mes médicaments. DJAMEL en a marre de cette ville et il part demain pour SEGOU. Il est musicien dans un groupe et est venu en AFRIQUE pour enregistrer dans les villages des musiques locales pour les remixer avec de la musique moderne. Tous les européens que j’ai rencontrés ne se plaisent pas à BAMAKO. Bon ce n’est pas tout, mais il faut absolument que je trouve un distributeur, demain matin car c’est le dernier délai pour payer mon billet pour rentrer mardi soir. En arrivant à la pension déjà un peu énervé, je reçois quelques remarques de la patronne Mama Fanta et ça commence à me gonfler. Un coup à cause de la porte du W.C. qui est mal fermée, un coup pour « BAMAKO » qui gène et dès qu’on part elle nous coupe le ventilo dans la chambre, alors il fait une chaleur à crever quand on rentre. De plus on est bouffé par les moustiques car ils les élèvent ici. Dans toutes les rues les égouts sont à ciel ouvert, alors devinez ?

    Samedi 23 Novembre - BAMAKO (Pas Repos) 

    Djamel avait mis son réveil à 6 H pour partir à SEGOU avant les grosses chaleurs. Il a deux sacs énormes d’affaires à troquer. Cette nuit difficile de fermer l’œil avec le bruit de la rue et l’appel  à la prière à 5 H 30 du matin. Alors je me lève en même temps que lui pour aller en ville de bonne heure car il m’a laissé toutes ses cartes postales à poster et il faut que je trouve de l’argent et que je me rende à Air Algérie qui n’ouvre que de 9 H à midi avec le Ramadan. Je parcours les rues en long et en large, je demande aux flics qui m’induisent en erreur.  Heureusement je rencontre un étudiant en DEUG de géographie, hyper sympa  qui m’emmène à la banque à 30 minutes de là et sans lequel je n’aurais jamais trouvé car elle était cachée dans un immeuble. Il a beaucoup de temps à me consacrer et me dirige ensuite vers l’agence et la Poste car dans ce labyrinthe mon mauvais sens de l’orientation reprend ses droits. Nous discutons beaucoup du pays et je lui propose de lui offrir un verre mais il refuse cause Ramadan. Il me demande mon adresse et je rentre chez Mama Fanta très fatigué après m’être débarrassé de quelques harceleurs. Je vide toutes les sacoches de « BAMAKO » pour les laver, ainsi que toutes mes affaires et mon fidèle compagnon car la poussière rouge à sévit de partout. La Mama m’interpelle pour m’interdire de laver ici car elle se sert de l’eau. Elle me dit d’aller laver au fleuve. Alors, s’en est trop, je me fâche et lui explique que l’eau de la douche est en priorité pour les locataires et non pour elle. Elle s’énerve en rigolant en même temps. Je lui dis qu’elle n’est pas la seule et que si elle n’est pas contente j’irais voir ailleurs. Alors elle me répond qu’elle ne me retient pas et que si je reste elle me coupe la tête. Ensuite elle me dit, maintenant qu’on s’est bien disputés on va pouvoir s’entendre. Mais la pauvre ne me connaît pas, je suis très têtu et lorsque je décide quelque chose, je le fait, alors c’est décidé, je vais m’inscrire à la Mission des Sœurs Blanches. C’est beaucoup mieux et en plus moins cher. Mama Fanta doit avoir beaucoup de regret car j’étais maintenant le seul locataire et je pense qu’elle ne croyait pas que j’allais vraiment partir. Mais tant pis, il ne faut jamais provoquer un Scorpion. Avec mon bon cœur j’ai malgré tout un peu de peine pour elle. Vers les Sœurs il y a moustiquaire, ventilo et je suis seul dans un grand dortoir de huit lits. Dans une autre chambre il y a un couple, lui est blanc, elle est noire noire Sénégalaise et très drôle. Ils sont marié et vivent en France à la montagne (Super-Besse). Elle explique la première fois qu’elle a vu de la neige et raconte qu’elle c’est mise au ski et que tout le monde rigole en la voyant car elle tranche beaucoup avec le paysage. Lui rêve d’un périple comme le mien et me demande une foule d’informations. Elle me propose ensuite très gentiment de me laver mon linge, que demander de plus ? Bon, il est 20 heures, je vais manger un couscous chez Mustapha, juste en face au Café des Sports.

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    Dimanche 24 Novembre Bamako ( pas repos )

    Ce matin, levé à 7 heures pour regarder l’ordre dans lequel je vais ranger mes affaires pour ne pas trop tenir de place. Voir aussi lesquels je dois troquer pour pouvoir ramener quelques souvenirs. Ensuite, après le petit déjeuné, un petit tour sur Internet et direction le marché de l’artisanat où, comme prévu on va me sauter dessus d’entrée. Je troque mon gilet fluo, le phare de « BAMAKO » et un pneu usé contre quelques produits artisanaux. Ensuite en repartant, il y en a un qui me colle comme mon ombre pour me vendre cinq colliers et malgré mon refus, il ne me lâche pas et fait au moins un kilomètre en me suivant. Il me fatigue, alors je lui dit un prix dérisoire pour qu’il me laisse la paix et du coup lui aussi, très las, il accepte. Au même moment, un gars m’interpelle comme souvent ici. Comme je ne suis pas physionomiste, je ne sais jamais si je les connais ou pas en plus ils se ressemblent beaucoup. Eux, au bout de trois ou quatre jours, dans la moindre ville, il vous connaissent tous, normal, les blancs ça ne courent pas les rues, surtout un blanc à vélo. Donc, il me dit, tu ne te rappelle pas de moi, je suis le gars qui t’ai appelé l’autre jour pour manger dans mon restaurant sénégalais. Tu étais avec l’autre toubab. Est-ce que tu veux venir manger ?

    C’est vrai, un jour, un gars nous avait appelé et on lui avait répondu que l’on était assez grand pour décider où l’on voulait manger. Mais aujourd’hui comme il est déjà 13 H 30 et que je suis encore loin de ma pension, je lui répond que je veux bien essayer si ‘il me fait un super prix et suivant ce qu’il y a. Il m’amène alors un grand choix de plats et à un prix défiant toute concurrence. Alors j’accepte car en plus, ça tombe bien, je n’ai pas de monnaie pour payer mon receleur en collier. Je rentre alors dans le resto et le prix n’est pas le même que celui qu’il m’avait annoncé, je suis alors surpris. Lorsqu’il rentre à son tour je lui annonce la couleur, il me dit alors, pas de problème, je vous ferai un prix la dessus. Lorsque je lui demande un couteau, il engueule le serveur en sénégalais pour qu’il m’en apporte un de suite. Je lui demande ensuite une bouteille d’eau fraîche, il me dit, « je vais vous la chercher à l’épicerie » (ça se fait comme ça ici) « et en même temps je vous ferai de la monnaie pour les colliers et je paierai le gars. » Je lui donne donc mon billet de 10 000 Frs CFA, il revient un moment après avec la bouteille d’eau et me dit que l’épicerie n’a pas de monnaie, que ça serait plus facile si je lui redonnais un peu. Je n’ai plus rien, alors il me dit « je vais me débrouiller ». Faire de la monnaie et payer le marchand de bijou, et le voilà reparti. Je ne m’affole pas car en AFRIQUE c’est toujours comme ça. Je termine mon repas et il n’est pas encore revenu. Je demande à la serveuse, « où est le patron, il ne revient pas encore ?». Elle me regarde étonnée et me dit : « Quel patron ? c’est moi la patronne ». Je lui dis, « l’homme qui m’a fait rentrer au restaurant. » Alors, elle me répond, « l’homme qui était avec vous, je ne le connais pas et je ne l’ai jamais vu, il m’a juste payé votre repas ». Je m’adresse alors au serveur auquel il avait intimé l’ordre de m’apporter un couteau et lui me dit pareil, qu’il ne le connaît pas non plus, il passe souvent la devant, c’est tout.

    Alors là, je comprends que je me suis fait berner. Il a payé le resto pour ne pas être poursuivi par eux et moi le toubab, il m’a escroqué de 5 000 Frs CFA (7,62 E). Heureusement que je n’avais pas d’avantage. C’était tellement subtil que la patronne et le serveur ont vraiment cru qu’il était avec moi et moi j’ai vraiment pensé que c’était le patron. Je suis vexé et j’explique ma mésaventure aux jeunes dehors en leur demandant s’ils l’ont déjà vu. Ceci dans un esprit de le retrouver et de me venger comme le bon français qui s’est fait voler. Mais eux ne réagissent pas du tout comme nous. Ils me disent « ça ne sert à rien de le retrouver (ils ont horreur des conflits ici), il faut être très vigilant ici, les trois quart des personnes sont bien, mais il y a toujours des brebis galeuses et si tu t’es fait avoir c’est de ta faute. Je reconnais qu’ils ont raison, ça ne m’avance pas de m’énerver, j’ai pris une leçon et la prochaine fois je serai plus méfiant. Je raconte mon  histoire à un policier qui réagit de la même façon et apparemment ce gars doit faire cela devant différents restaurants et le toubab est la proie idéale. Dans le doute, j’emmène mes colliers à un  bijoutier pour voir s’ils sont vraiment de qualité et si je ne me suis pas fait arnaquer une fois de plus. Il me rassure car il m’annonce qu’ils valent plus du double du prix payé et est même surpris du prix. En fait je ne sais pas si mon escroc a vraiment payé le vendeur de bijou ou s’il s’est arrangé avec lui ? Enfin, pour me changer les idées, je fais un tour de ville avec « BAMAKO », le long du Niger. Il y a une multitude de jardins, de bananiers, arbres exotiques et légumes mais la pollution est très importante et l’air irrespirable. Tous les cyclistes et les gars en mobylette se déplacent avec des masques en papier !

    Rouler ici en bicyclette est dangereux, ça roule très vite et dans un désordre indescriptible avec les piétons, ça passe souvent très près. Je rentre et ne ressortirai plus avec « BAMAKO », ce serait bête de me faire tuer le dernier jour. Je crois même que je vais aller à l’aéroport en taxi. Ce soir je mange avec un nouveau trio de jeunes chez Mustapha. Demain il faut que je trouve des cartons pour emballer « BAMAKO » pour l’avion et que je retourne au marché de l’artisanat (dur-dur).

    .Dimanche 25 novembre Bamako ( pas repos ) 

    Ca se tire. Je demande aux sœurs si elles n’ont pas des cartons dans leurs garages pour empaqueter « BAMAKO ». MIRACLE ! (Normal c’est des sœurs) il y a deux cartons spéciaux pour les vélos que des associations ont du laisser. Super, ça m’évite d’aller chercher je ne sais où car ici les cartons, ça ne courent pas les rues. Je vais ensuite faire mes dernières emplettes.

    Je suis content j’ai fait des supers coups mais je culpabilise toujours après avoir trop marchandé. Quand je vois le travail réalisé pour faire certaines choses et le prix dérisoire que l’on paie. Je troc aussi mes dernières chambres à air, même celles d’occase et ma moustiquaire pour gagner un peu de place. Malgré cela je me demande comment je vais tout emporter.

    En ville, un malien m’interpelle. « Hé Michel ! », je suis maintenant méfiant et je ne lui réponds pas. Je suis tout de même étonné qu’il connaisse mon prénom. Il avance et me dit « tu ne te souviens plus de moi », et là j’ai vraiment honte car c’est un gars d’un village qui m’avait hébergé : LASSI le teinturier. J’ai mis longtemps à me le remémorer et m’en excuse.

    Dans la rue, un peu plus loin, je retrouve aussi un des français Rasta qui logeait à KITTA avec moi. Et, le comble des combles, à midi, devinez qui arrive à la mission des Sœurs Blanches ? Je n’en reviens pas : l’Espagnol avec lequel j’avais pris le train de MAURITANIE et que j’avais retrouvé ensuite dans la même auberge que moi à St LOUIS. C’est incroyable, un mois après, je le retrouve ici, le monde est vraiment petit.

    Aujourd’hui, il arrive pas mal de membres de diverses associations qui transportent du matériel scolaire. Le menu de Mustapha n’est pas assez bien pour eux alors ils vont manger dans un resto plus chic et plus européen. Une femme d’une autre association et qui loge à la Mission reprend l’avion aujourd’hui (Air France, s'il vous plait) c'est plus cher mais c'est mieux.

    Elle se fait ramener à l’aéroport par deux pères Catholiques Maliens avec la dernière 406 HDI neuve qui est une véritable fortune pour ce pays. Eux se portent très bien et sont très bien habillés. A les entendre discuter, ils ont voyagé dans le monde entier et prêché pour les pauvres (ça doit être très enrichissant de prier) : il y a des choses que je ne comprends pas.

    Ce soir, je mange chez Mustapha avec un couple de français. Ils possèdent une Renault 4 L qu’ils ont acheté à un chasseur chez nous pour 380 € et ils ont pris une année sabbatique pour visiter l’Afrique. La femme du couple a préparée une salade composée avec des légumes qu’elle a acheté au marché et du thon.

    Ca fait du bien de manger un peu de verdure car ici, au MALI, c’est juste une assiette, souvent de riz accompagné d’un peu de poisson ou de viande, ou simplement avec une sauce arachide ou à la viande. Il n’y a pas comme chez nous une entrée et un dessert. Dans les villages de brousse, on trouve uniquement du mil.

    A midi j’ai mangé juste une assiette de pâtes et j’avais très faim. En plus chez Mustapha, record battu, pour une assiette de pâtes, deux heures d’attente. Nulle part ils n’ont de stock de nourriture car ils n’ont rien pour la conserver alors si vous demandez autre chose que du riz, il faut le dire à l’avance et ils vont l’acheter. Pour la boisson, c’est pareil, ils remplissent le frigo lorsqu’il y en a un et vendent jusqu’à ce qu’il soit vide. Si vous demandez un Coca, et qu’ils ne l’ont pas, ils vont l’acheter à l’épicerie la plus proche.

    Chez Mustapha ce qu’il y a de bien, lorsque tu as finis de manger il y a toujours le voisin qui t’apporte la pastèque ou autre. Même si tu commandes un repas tu peux très bien manger autre chose, yaourt etc.… que tu as acheté ailleurs. Tout est permis en Afrique.Direction Bamako le but de mon périple

     

     Café des sports chez Mustapha

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     Mustapha et sa femme

    Mardi 26 Novembre - BAMAKO (The end)  

    Ce matin, je termine mon paquetage et j’offre mes restants de toilette au gars qui fait le ménage. C’est incroyable comme je lui fais plaisir avec si peu.

    Mes bagages sont impressionnants, je me demande si ça va passer à l’aéroport. Il y a pas mal de Toubabs qui arrivent maintenant, surtout des anciens qui doivent venir du grand Pèlerinage Chrétien de KITTA et qui font partie de quelques associations.

    Mustapha du Café des Sports est débordé, d’habitude il ne fait pas les repas de midi car il dort encore, mais avec le monde il est obligé.

    Dès qu’il y a six personnes à la fois, il n’y arrive plus. Alors il a employé deux jeunes pour l’aider, ceux-ci ne sont pas payés mais  en contrat d’apprentissage et emmène une part de ce qu’ils cuisinent à la maison. C’est un système ici qui arrange tout le monde.

    Je bois un coup avec quatre jeunes français supers qui s’ajouteront à mon aventure. David, Sandrine et Amandine. Ils ne sont pas de la même région et se sont connus sur Internet pour venir partager la même passion : aider les autres. Ils n’ont pas voulu venir avec une association mais se rendre compte eux-mêmes des besoins et monter un projet pour aider un village. Avec eux il y a Olivier qu’ils ont rencontré en route, il est DJ et vient ici pour travailler dans une radio locale.

    Ils ont sympathisé avec Amadou que je leurs ais fait connaître, il va leur faire visiter son village et ils vont essayer de l’aider dans ses projets car il a plein de bonnes idées pour aider les jeunes d’ici à s’en sortir.

    C’est super les rencontres entre routards car on échange beaucoup et il n’y a aucune barrière d’âge. Tout le monde se tutoie, on te donne de l’amitié à revendre et chacun par son récit apprend beaucoup à l’autre. C’est ça l’école de la vie.

    Aujourd’hui il fait encore très chaud et malheureusement je n’ai plus de place pour rapporter de la chaleur dans mes bagages alors j’essaierai d’en rapporter dans mon cœur car j’en ai énormément reçu (si ce n’est pas bien dit ça!).

    Je suis K.O de ne plus être actif et je pense qu’il me faudra bien une paire de semaines pour me remettre dans le contexte européen.

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    Finale  France - Mali

     

    Mardi 27 Novembre - Embarquement 

    Ça y est, « BAMAKO » est dans son carton où je l’ai mis avec ses fidèles sacoches. Cela fait un poids pas possible et un encombrement MAXI. En plus j’ai mon sac à dos, une sacoche que je porte à la main et un gros Jambé. Je me demande comment je vais faire à l’aéroport et s’ils ne vont pas tiquer sur le poids. Je pars en taxi jusqu’à l’aéroport à 15 Km d’ici pour 23 H 30. Hier soir, je trouve un couple de marseillais qui m’expliquent qu’il y a des grèves en France, qu’ils devaient prendre l’avion hier et qu’au dernier moment ils se sont fait refouler. Il a fallu qu’ils se débrouillent vite pour trouver un hôtel. Nous avons peur que cette situation se reproduise aujourd’hui car ça traîne beaucoup, tous les écrans sont éteints, on a dépassé l’heure des enregistrements et ils ont tous le portable à l’oreille et un visage inquiet. Une hôtesse dort carrément derrière son guichet.

    OUF, ils nous font signe de rentrer, alors j’essaie, mais c’est le parcours du combattant pour moi car je suis obligé de pousser le carton immense et ensuite d’avancer mes sacs et mon Jambé au fur et à mesure. Le responsable fait un peu la gueule en voyant le grand paquet et dit à un de ses collègues d’un ton hargneux que ça n’a rien à faire ici. Mais en fret .ensuite, il me demande si j’avais dégonflé les pneus à cause de la pression de l’avion (chose que j’ignorais) . alors je lui réponds « oui » car je me suis pris la tête à tout scotcher et attacher, il ne me croit qu’à moitié et me dit « vous êtes sûr ? il faut que je vérifie. Il fait un trou dans le carton, passe la main et se rend compte, pas content du tout qu’ils sont hyper gonflés. Alors exécution, il faut que je dégonfle. J’arrive à atteindre l’arrière à travers le trou mais l’avant, impossible, donc je fais semblant, on verra bien. S'il y a une explosion dans l’avion.

    Après toutes les formalités et l’attente jusqu’à 2 H 30, nous voilà partis pour ALGER et pour une nuit blanche.

    Arrivé à ALGER, nouvelles formalités et ensuite nous attendons l’heure pour reconnaître les bagages au pied de l’avion. Nous arrivons en car, je vois plein de bagages et pas « BAMAKO ». Il me l’on perdu. Ca téléphone dans tous les sens (j’espère qu’il n’est pas resté au  MALI»). Tous les passagers sont montés et moi j’attends sur le bitume avec une hôtesse. Toujours pas de cartons. Je surveille d’un œil qu’il n’enlève pas le marche pieds et que le zinc ne parte pas sans moi. Voyant qu’il n’y a toujours rien, le chef part à toute vitesse, avec une voiture, aux renseignements. Un peu plus tard, je vois au fond de la piste arriver un camion avec mon « BAMAKO » qui comme les vedettes  et comme pour le jour du départ se fait attendre.

    Ces quelques dizaines de minutes m’ont paru interminables. Finalement, faire le voyage en vélo m’a causé moins de tracasseries que le retour. Voilà le stress, que j’avais oublié, qui débarque déjà.

    Voilà mon ouvrage terminé et comme dans toute pièce de théâtre, je vais vous présenter l’acteur principal sans qui celle-ci n’aurait pu être jouée : 

    Voici « BAMAKO » 

    Cadre Spécialized Hard Rock 4130

    Groupe Shimano cera

    Jantes Mavic X 618

    Moyeux deore LX 36 rayons

    Selle San-Marco

    Potence Ritchey

    4 Porte gourdes

    Pédales avec Cale-pied

    Garde boue souple Décathlon

    Rétroviseur Décathlon

    Porte-bagages AV-ARR SEPHAL

    Pneus Michelin City

    Comme toute aventure, on n’en revient pas indemne. A part du sable, je n’ai pas pu rapporter de la chaleur dans mes bagages en cette saison d’hiver, ils étaient pleins. Mais j’en ai tellement reçu dans mon cœur que je peux le restituer à tous ceux qui me sont chers et fidèles.

    Dans les moments de solitude, lorsque je roulais en plein désert, j’ai eu le temps de m’interroger sur ma vie. J’ai appris à me connaître et à reconnaître mes erreurs afin de me remettre en question et que ce voyage me soit bénéfique. Celui-ci m’a ouvert les yeux et m’a provoqué l’envie de donner plus de moi même à mes proches. Le peuple africain m’a enfin appris la tolérance et le partage. Moi qui croyais tout connaître de la vie.

    Je voudrais conseiller à tous ceux qui se plaignent de leur sort d’ouvrir les yeux sur le Monde et de voir se qui se passe ailleurs.

     

    En chiffres …    

    Au total « BAMAKO » et moi avons réalisé :  

    ·         5 500 Km en roulant, soit environ 1 590 000 coups de pédales

    ·         630 Km en bus

    ·         280 Km en taxi brousse

    ·         350 Km en fourgon

    ·         50 Km en 4 X 4

    ·         760 en train dont 400 dans le plus grand train du monde (200 wagons pour 2 Km de long)

    ·         140 en pirogue de marchandise  

    Soit un périple de 7 510 Km


     



     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    J'attend ma pirogue pour Kayes au Mali

    Mardi 12 Novembre - BAKEL - KAYES 140 Km en pirogue 

    Je me lève tôt pour la pirogue avec tout de même un petit doute en moi. J’arrive près du fleuve où les ânes en liberté se poursuivent pour s’échanger de grands coups de sabots arrière dans les mâchoires. Les femmes lavent déjà les gamelles et le linge avant d’y passer elles même avec les bambins. Les piroguiers sont encore allongés et m’annoncent maintenant 11 heures. Ici en Afrique que ce soit n’importe quel moyen de transport, il faut qu’il soit archi plein avant de partir. Mon  copain SAMBA vient me chercher pour m’offrir le petit déjeuner en attendant. Lui ne le prend pas cause Ramadan. Hier, il m’avait dit que pendant le Ramadan, il travaillait de 8 heures à 14 heures, il va être 11 heures et  il n’a encore pas commencé. Je crois qu’ici ils font vraiment comme ça les arrange. Il me dit qu’à son avis, je ne partirai certainement pas avant 14 heures. Je retourne sur la rive et ils sont en train de charger la pirogue. De gros sacs de 50 kg de brisures de riz et d’oignons que des jeunes descendent sur des chars à deux roues par les pentes abruptes et à toute pompe car ils sont payés 500 Frs CAF (0,76 E) le voyage. Le bateau est maintenant archi plein (5 tonnes) et seulement une vingtaine de centimètres dépassent de l’eau. Une fois que nous sommes tous à l’intérieur, une dizaine en tout. Tous sont des maliens de l’équipage, je suis le seul passager. Nous pouvons enfin partir et en effet il est presque 14 heures. Ils m’annoncent au minimum plus de 24 heures pour arriver car à des endroits le Sénégal est très bas et il risque d’y avoir des enssablage dans l’air. (Les gars de l’équipage sont des Bambaras). Il fait très chaud, le long du fleuve femmes et enfants se lavent en même temps que linge et gamelles dans une eau boueuse.  Il y a des petites cultures, beaucoup d’échassiers et de temps en temps des gros reptiles entre le caïman et le varan qui chassent poissons et oiseaux. Les maliens qui m’accompagnent pour boire trempent directement la tasse dans le fleuve. Ce qui est surprenant c’est que au bord, tous se trempent jusqu’au cou pour se savonner mais aucun je nage. Moi j’en meure d’envie mais c’est déconseillé vivement à cause de la Bilharziose. Je ne sais pas si je tiendrais le coup. Sur la pirogue il y a des petits brûleurs au charbon de bois pour le thé ou le riz qu’on prendra ce soir à l’heure légale.

    Tout se fait dans le noir avec pour seule lumière la lune, je donne une boîte de petit pois au cuistot pour mélanger avec sa maigre sauce, après l’avoir vidée, il la balance directement dans le fleuve. Je lui explique que ce n’est pas bien car l’eau est précieuse pour eux. Il sourit et me répond, « c’est l’Afrique, ici on jette tout à l’eau, papier, plastique et après on la boit ». Je crois que ça va être très long avant que les africains prennent conscience de ce problème, ils croient que le fleuve avale tout et à proximité des villages les berges sont des décharges. Enfin avons nous. Vraiment des leçons à leur donner avec nos « marées noires », nous mangeons tous ensemble dans le même plat notre riz à la viande et comme d’habitude on pousse celle ci vers l’étranger.

    Dès que le fleuve s’éloigne des lieux habités il reprend son aspect sauvage, très calme et assez large. Par contre il y a apparemment très peu de poissons, donc pratiquement pas de pêcheurs, je ne connais pas la raison, eux disent que c’est à cause du grand barrage en amont. Je ne vois par le rapport, je pense plutôt que ça a été sur pêché.

    Nous faisons une petite escale, c’est la frontière du MALI. Il faut monter voir le douanier dans une petite cabane à une cinquantaine de mètres du fleuve. Il demande aux gars ce qu’ils transportent , qui je suis , et ne me tamponnent même pas mon passeport. Nous voilà repartis après que les hommes aient fait la Prière, ainsi qu’ils le font régulièrement dans la pirogue. J’essaie ensuite de m’allonger sur les sacs de riz en me protégeant au maximum des moustiques qui sont ici chez eux. Difficile de trouver le sommeil ; d’une part les sacs ne sont pas à la même hauteur et la litière est un peu difforme, d’autre part nous faisons de nombreuses haltes sur les deux rives du fleuve. Et oui, je comprends maintenant pourquoi ils voyagent une grande partie de nuit, car une fois la douane passée nous allons échanger du sucre côté MAURITANIE contre du riz et le contraire côté MALIEN. Tout ça se fait en silence et toute lampes à pétrole éteintes, dans l’obscurité totale. Tout est recouvert de grandes couvertures pour cacher l’ensemble. Un gars de l'équipage est chargé d’écoper au moyen d’un seau car avec le poids l’eau rentre souvent dans le bateau.

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    C'est parti pour 140 km

    Mercredi 13 Novembre - Sur le fleuve SENEGAL 

    Ça y est, le jour se lève, il est 6 heures, j’adore le levé du jour sur l’eau, c’est un moment magique. Des cris d’oiseaux, des odeurs, le levé du soleil, la lumière, et une petite brume qui s'élève au dessus du fleuve. Les femmes qui remplissent des énormes bassines multicolores d’eau pour les remonter sur la tête par les pentes abruptes jusqu’au village. Une pirogue transporte du sable, ils le déchargent avec des seaux et le transfère à la pelle dans un camion. Quelques pêcheurs jettent des filets  de leurs embarcations mais sans grand succès.

    Ce matin, pas de petit déjeuner, je ne croyais pas qu’on allait mettre si longtemps, alors je n’avais pas prévu. De plus comme il font le Ramadan, je n’avais pas non plus droit au thé.

    En milieu de matinée, on stoppe vers un village pour livrer du riz. J’en profite pour voir si je trouve à manger et miracle, je trouve du pain. Heureusement, il me reste trois vache qui rit, ça me bouche un petit coin.

    Un gamin et son père font rentrer quelques chèvres de force dans une petite pirogue, elles n’ont pas l’air très enchantée d’aller sur l’eau. Sur la berge il y a d’énormes sangsues qui se tortillent. Nous repartons sous une chaleur torride, on s’ensable deux fois et on dépanne un autre qui ne connaît pas le fleuve.

    Notre capitaine à nous est un as, il connaît le parcours par cœur et zigzag dans tous les sens pour éviter les bancs de sable, guidé par son copilote à l’avant du bateau qui lui fait signe dans les parties difficiles. Une pirogue pleine de sable, avec deux occupants, traverse le fleuve, elle est tellement chargée et pourrie qu’un des gars écope l’eau à l’aide d’une casserole à une vitesse folle pour arriver de l’autre côté avant de couler. Nous tombons enfin en panne sèche un kilomètre avant l’arrivée. Un des gars de l’équipage part en ville pour revenir trois quarts d’heure après avec un litre d’essence.

    Voilà trente heures que nous naviguons et je suis plus fatigué qu’en vélo. J’ai envie d’une bonne douche, nous arrivons enfin à KAYES et je trouve une chambre à la Maison de la Radio Locale.


    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Mosquée de Kayes

    Jeudi 14 Novembre - Repos KAYES 

    Le nom de cette ville n’a aucun rapport avec sa température car on la surnomme « la cocotte minute ». Ici il fait vraiment très très chaud. Cette chaleur serait due au minerai de fer qui entourerait la cité. Ce matin j’ai un peu mal au dos mais ça ne m’étonne pas plus que ça car j’ai dormi en porte à faux sur les sacs de riz et avec l’humidité en prime, ça ne peut pas être autrement.

    Mohamed de l’auberge est un personnage. Il cuisine très bien, c’est abondant et il a toujours le mot pour rire. Il est vraiment unique. Hier soir, j’ai mangé avec deux femmes septuagénaires qui logent à l’auberge et qui font partie d’une association humanitaire, elles sont là depuis le mois d’Août. Dans une salle, au rez-de-chaussée, il y a la radio locale et une salle de conférence. Ce matin j’ai mangé au côté du maire d’une commune et du conseiller général du coin qui sont là pour une grande réunion entre élus en rapport à des projets de travaux importants.

    Le maire me précise, « ici tout est prioritaire mais nous n’avons jamais l’argent ». Malgré cela, ça plaisante beaucoup, les Maliens sont de grands enfants très fanfarons. Ils sont toujours après rire et blaguer entre eux. Je me rends à la banque ce matin, il y avait au moins trente personnes, on attendait depuis une heure, mais il y a une ambiance inhabituelle, ça rigole même avec les gars des guichets. Pendant que je retirais de l’argent dans une salle à part, les trois gamins du responsable sont rentrés en sortant de l’école, ils sont venus me dire bonjour, et lui me les a tous présentés, imaginez ceci en France. Pour ressortir de la banque, vous passez derrière les guichets, il n’y a apparemment aucune insécurité, ils sont tous très décontractés.

    En ville, pas une rue n’est goudronnée. J’ai pris une super gamelle sur du sable en pleine ville devant des dizaines de passants, je les ai bien amusés. Je suis allé me faire enregistrer à la Police car je n’ai pas eu le temps hier, ils étaient déjà fermés. Le policier me demande si j’avais un cadeau pour lui, comme Dab, on ne sait jamais. Je ressors du commissariat, le pneu arrière de Bamako est hors service. J’en ai marre de toutes ses crevaisons, je rentre à pied jusqu’à l’auberge, environ 4 km. Mohamed le gardien cuisinier de la Radio Rurale a deux femmes qu’il a marié toutes les deux à 14 ans. Une d’entre elle a 15 ans, Mohamed en a 36. Elles ne vivent pas au même endroit car elles sont jalouses. Dans ma chambre, un lézard avec une grosse tête se balade au plafond. Dehors de très beaux oiseaux se volent d’arbres en arbres. Ce soir je vais sur Internet, pendant que je tape, le gérant m’apporte un thé et ensuite des espèces de tripes avec une bonne sauce aux oignons. Avez-vous déjà trouvé des Cybercafés qui vous offrent à manger ? Demain un autre ouvre ses portes, ils étaient en train de faire les derniers essais, je n’ai pas pu y aller.

    Pour rentrer de la ville je me suis fait surprendre par la nuit et ici rien n’est éclairé le soir. Très très dur avec  les trous qu’il y a dans les rues. Je suis obligé de marcher à pied la plupart du temps car c’est très dangereux.  On ne voit pas les piétons (et oui, essayez de voir des noirs la nuit) ! Avec mon sens de l’orientation, je partais dans le mauvais sens. Dans la rue principale des centaines de personnes agenouillées prient ensemble, les hommes devant, les femmes derrière, c’était impressionnant. Toute une voie de la route principale est aussi bloquée par des gens qui prient, les voitures sont obligées de dévier sur le côté. J’ai demandé la raison à Mohamed, il m’explique que dès que le soleil tombe, là ou tu te trouves tu dois prier.

    Ce qui m’étonne toujours dans une grande ville comme KAYES qui est la deuxième du MALI, c’est de voir chèvres, ânes ou moutons se balader dans les rues. J’ai posé la question pour les ânes, ils ont tous un propriétaire, mais ils les prennent lorsqu’ils en ont besoin, le reste du temps ils se débrouillent comme ils peuvent pour se nourrir.

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    La grande lessive au bord du fleuve Sénégal à Kayes

    Vendredi 15 Novembre - KAYES REPOS 

    Ce matin au petit déjeuner j’ai beaucoup discuté avec CHEIK, un jeune qui fait le jardin et les chambres et qui n’avait pas le moral. Il m’a expliqué que c’est lui qui faisait tout ici et qu’on lui faisait toujours des reproches pour 1 000 Frs CFA (1,52 E) par jour. Il a une femme et deux enfants et une fois qu’il a payé sa location et l’électricité il n’a plus rien. Sa fille a passé une radiographie qui lui a coûté 17 000 Frs CFA (2 6 E), alors qu’il gagne 30.000 Frs CFA (46E) par mois. Calculez ce qu’il lui reste (c’est un CHEIK sans provision) c’était pour rire ! Son rêve serait de travailler pour lui, il voudrait monter une petite station de lavage pour voitures. Simplement une petite plate-forme avec un robinet et un tuyau, mais il n’a pas les moyens. Il me précise que c’est à cause de ceci qu’il y a beaucoup d’émigrés clandestins en France, ici ils n’ont rien pour vivre. Il dit que par rapport à lui Mohamed s’en sort bien car il peut faire du bizness. Quand le patron n’est pas là et que les gens ne restent qu’une nuit, il garde l’argent pour lui. Son discours fait vraiment de la peine. Heureusement, Mohamed remonte le moral. Nous avons parlé magie sur laquelle les Maliens sont très portés. Un gourou qu’il consulte souvent lui aurait annoncé une troisième femme et celui-ci ne dit que des choses vraies, il ne s’est jamais trompé. Si les français ont perdu la Coupe du Monde de football contre le Sénégal, c’est à cause des gris-gris me dit-il. Lors de la Coupe d’Afrique, les maliens avaient préparés plein de potions dans des marmites en terre, les Camerounais les avaient cassées. Côté CAMEROUN, un gourou aurait dit à l’entraîneur de ne pas faire rentrer un certain joueur sur le terrain car ça leur porterait malheur. Ils ne l’ont donc pas fait jouer et ils ont gagné (étonnant non).

    Mohamed m’a aussi parlé des « réducteurs de sexes ». Ce serait des Nigériens qui sévissent dans tous le pays. Explication : ces mauvaises personnes vous serrent la main et lorsque vous allez pour uriner vous vous rendez compte que vous n’avez plus de sexe. Il faut alors payer une très grosse somme pour le faire revenir. Il me rajoute qu’il y a quelques années, ils en ont immolé un à KAYES, qui était soupçonné de réduire les « zigounettes ». Mohamed y croit fermement et c’est aussi cela l’Afrique, c’est vraiment passionnant de l’écouter parler.

    Je vais ensuite chez un coiffeur que m’avait indiqué mon ami CHEIK. Il a un rasoir électrique moderne. Comme je suis passé derrière un black qui c’est fait raser la tête et qu’il n’a pas changé le réglage, je l’ai vu trop tard, il ne m’a pas raté. J’en avais bien pour mon argent 500 Frs CFA (moins d’un euro). Je me rends alors au nouveau club Internet, il est 9 H 30. Ils m’annoncent que je suis le 1er client et que j’inaugure le club. Je bénéficie de 10 mn gratuites et j’ai droit aux journalistes locaux qui photographient le lieu dans tous les sens.

    A midi je remange avec Mohamed et les deux mamies de l’association. Les repas  sont très copieux, alors je ne me fais pas prier. Afin de préparer à manger, il me demande l’argent du repas le matin afin de pouvoir aller faire le marché avec sa « mob » orange qu’il appelle une moto. Il me dit que les diplômes ne servent à rien car aucune femme ne sait faire la cuisine mieux que lui.

    Pendant le repas il nous parle de la mort mais dit que pour lui ce n’est pas triste du tout. Il dit qu’en France personne ne meure, ici dès qu’il fait 46° les vieux meurent tous et on ne les mets pas dans une caisse en bois comme les chrétiens. Les deux septuagénaires m’apprennent que pendant la saison des récoltes, vers le mois d’Octobre, il y a une sorte d’insecte comme un moustique qui, lorsqu’il se pose sur vous brûle la peau même par dessus une chemise et que vous êtes obligé de vite mettre de l’eau sur la partie en question. Si vous en avalez un vous mourez. Mohamed en a une peur bleue et dès qu’il en aperçoit un il détale à une vitesse incroyable. Cette après-midi, j’emmène Bamako à la gare pour le peser avec ses sacoches en vue du départ sur KITTA demain en train. Je me suis un peu énervé auprès du chef de gare à cause du prix pour les bagages et les porteurs. Ils sont déconcertants car même en pleine discussion on ne peut pas garder son sérieux car ils plaisantent et ça fini à la rigolade avec des tapes dans la main.

    Samedi 16 Novembre - KAYES - KITTA en train 360 Km

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

     

    Ce matin, levé à 6 heures, réveillé par Mohamed qui m’a déjà préparer le petit déjeuné. Avant le départ, comme Je n’ai pas de tee-shirt à lui offrir, il me demande de lui envoyer une pointe de machine à coudre qui fait les zigzags. Il m’emmène ensuite à la gare, tout fier derrière sa « mob » orange, par un raccourci. On a failli se scratcher à cause du sable, heureusement que j’ai des grandes jambes, j’ai pu redresser la situation. A la gare, une cohue indescriptible, le long du train les vendeurs s’affairent. Femmes et enfants proposent, eau glacée, œufs, madeleines, arachides, bissap etc.… Des hommes attendent aussi le train avec des chèvres attachées par une patte. Un employé à l’air assez strict, (c’est plutôt rare ici) après avoir regardé le numéro de mon ticket me guide jusqu’à mon wagon. J’en profite pour lui demander si je peux photographier le long du convoi. Il me répond « bien sûr que vous avez le droit ». Je le suis jusqu’à l’intérieur, il fait dégager tout le monde. On arrive dans le wagon (2ème classe) ici ce n’est pas un vain mot, et un jeune a eu le malheur de mettre son sac à la place qui m’était destinée. Il se fait « incendier » par mon accompagnateur. Celui-ci lui ordonne, en Bambara, très violemment, d’enlever de suite son sac et de dégager de la fenêtre car je suis touriste et doit prendre des photos. Il s’ensuit ensuite des propos torrides entre les jeunes et lui. Ça chauffe énormément et dans l’énervement ça parle en Bambara et en Français. Il leur explique qu’il est ancien policier et qu’il n’est pas complexé. La discussion s’envenime vraiment, chez nous elle se serait terminée à la « baston ». Je me sens extrêmement gêné par cette situation, puisque ce conflit a éclaté à mon insu. Le contrôleur quitte alors le wagon, en furie, et avant de partir il me lance « surveillez bien vos affaires ». Pour amortir le coup, je discute avec le jeune qui est à mes côtés, à la fenêtre, pour lui expliquer que je ne cautionnais pas le contrôleur. Il m’évoque ensuite la religion musulmane et  ses bienfaits. Je lui réponds que Dieu ne leur a pas fait tellement de cadeaux compte tenu de la pauvreté qui règne ici. Nous échangeons beaucoup de propos et d’un coup il ne m’écoute plus bien et à l’air préoccupé. Je remarque un gars sur le quai qui le regarde. Ils se font quelques signes qui veulent dire OK et il le rejoint dans le wagon et s’assoie à sa place. Pendant que l’autre est toujours à la fenêtre, à côté de moi. Son complice dévisse une espèce de thermos avec deux petits sacs de glace et au milieu un petit sac de poudre qu’il lui glisse discrètement dans la poche. Comme j’ai observé toute la scène, je lui dis doucement et ça, Dieu le tolère ? Très surpris il me dit « quoi ? » Je lui rétorque que je ne suis pas dupe. Très étonné que j’ai tout compris, il éclate de rire en l’expliquant en même temps à son collègue et puis il me dit « ça dépend de la foi ». Je lui réponds  « vous interprétez le Coran comme ça vous arrange ». Il éclate à nouveau de rire et je n’aurai pas d’autre réponse. Nous avons déjà une heure de retard, on m’explique qu’il n’y a qu’une voie alors si le train précédent a fait des dégâts sur celle ci , il faut le temps de réparer (imaginer en France, une heure de retard !). Ici, le retard arrange tout le monde. On en profite pour faire du commerce et des petits trafics en tout genre. On se passe discrètement des sacs de sucre ou autre par les fenêtres qui comme ça ne passent pas au pesage. Au bord de la voie, deux hommes de la Société de chemin de fer en uniforme, discutent en se tenant la main. C’est toujours surprenant et très drôle, surtout quand ce sont des policiers. C’est incroyable comme les relations amicales sont fortes entre les hommes.

    Dans le wagon, face à moi, un vieux monsieur me fait signe qu’il y a un cafard vers mes pieds. Je l’écrase, ça le fait sourire et il m’apprend que les Marabouts s’en servent pour fabriquer des médicaments. Finalement on s’habitue assez bien à toutes ces petites bêtes, au début je sursautais à la moindre bestiole un peu bizarre. Maintenant je fais avec, il faut dire qu’ici on n’a pas le choix. Nous sommes quand même partis avec une heure et quart de retard. Je comprends pourquoi dans les gares ils marquent toujours « arrivée probable à telle heure ». ! Le train ici s’arrête dans tous les petits villages comme chez nous du temps de nos parents. Ca permet aux habitants de faire du commerce. Femmes et enfants accourent pour vendre toutes sortes de nourriture (bananes, arachides, poissons grillés, eau) qu’ils portent sur la tête. Ils proposent aussi de l’artisanat local très joli par exemple ici ce sont des petits éventails en lanière végétales tressées très utiles en plus par cette chaleur torride. Le paysage est constitué d’épineux et de baobabs, arbres que l’on dirait plantés à l’envers à cause de leurs branches sans feuilles qui ressemblent à des racines. L’ancien du wagon me donne une racine de Manioc, ça a un peu le goût de la pomme de terre mais c’est très bourratif. J’ai eu vraiment honte car j’avais acheté des cacahuètes que j’ai mangé seul comme on a l’habitude de le faire chez nous. Ensuite je me suis rendu compte que les autres occupants de mon wagon lorsqu’ils achetaient de la nourriture la partageaient avec  tout le monde. (Voilà comment nous sommes devenus). Je me suis vite rattrapé par la suite.

    Au fil des kilomètres le paysage devient maintenant montagneux avec une végétation plus dense, qui ressemblerait presque à notre Ardèche si l’on ne voyait pas de temps en temps quelques cases. Pour nettoyer le bord des voies, on met le feu et ça s’arrête ou ça veut. C’est un peu désolant, mais finalement est-ce pire que le désherbant chimique qu’utilise notre S.N.C.F. sur les voies. Vers les midi, le train stop en pleine brousse, c’est une panne, il paraît que c’est souvent. Cette fois-ci ce serait un réservoir de percé. Je crois qu’il y en a pour un bon moment. Tout le monde s’écarte pour laisser passer un Marabout qui se rend vers le tête du train en débitant des formules magiques (je ne sais pas s’il arrivera à réparer la panne).  Une heure trente après on amène une autre locomotive et ça repart. C’est incroyable, personne n’a râlé, tous ont attendu patiemment en dehors du train, assis ou couché par ci par là. Même des femmes avec des petits gosses ou des nouveaux nés. Aucun affolement, aucun stress, imaginez cela chez nous ! Plus loin, beaucoup de forêts qui brûlent jusque dans la montagne sur des centaines d’hectares. Il paraîtrait que ce sont les paysans qui mettent le feu aux herbes sèches et les pauvres arbres qui survivent à peine de la sécheresse sont obligés de supporter les assauts du feu et ne s’en remettent pas. Çà ne rend pas le paysage très attrayant. L’impact sur la faune doit certainement s’en ressentir. Je ne comprends pas dans ce pays qui a terriblement souffert de la sécheresse qu’on laisse brûler de partout sans réagir. Il est maintenant 15 H 30 et j’ai très faim. Avec la panne j’ai sauté mon repas de midi car dans les petits villages ils ne vendent ni viande, ni poissons mais que des céréales. Il faut que j’attende 17 heures, notre arrivée à la gare de TIKOURO pour un arrêt de 20 minutes afin de me rassasier. Ici il y a poisson grillé, pain et viande grillée. J’achète des morceaux de moutons mis sur la braise que l’on sert dans un bout de papier journal. Surprise, elle n’est pas assez cuite et a un peu le goût du pourri. Tan pis, j’ai trop faim. Je remonte dans le wagon où l’ancien déguste un poisson grillé. Il met tous les restes par terre, pour ne pas que ça gène, il les pousse sous le siège avec son pied, mélangé avec les épluchures de cacahuètes. Je me rends ensuite dans le couloir, à la fenêtre, pour finir mon repas et je trouve qu’il y en a un qui me colle un peu de prêt. Je l’observe alors discrètement. Il a une main à l’arrière prêt de la poche ou j’ai mon porte-monnaie et derrière mon dos il y a un autre gars. Je pense au début qu’ils se passaient de la drogue, mais je ne les sens pas bien. Je recule un peu et je leur dis de se pousser afin que je retourne dans le wagon, ils ont l’air très surpris. Après leur départ, les jeunes qui partageaient le wagon avec moi me disent : « attention, il ne faut rien laisser dans tes poches, les gars qui étaient à côté de toi étaient des voleurs » (heureusement, j’ai eu du flair).

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Chambre ou prison ?

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Auberge chez Doudou

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Nous arrivons enfin à Kitta Il est 19 H 30, 11 heures pour 360 Kms, il faut faire très attention de ne pas rater les gares car elles ne sont jamais annoncées. Je suis plus fatigué qu’en vélo et prends la première auberge que je trouve sur mon passage « Chez Doudou » tenue par deux sénégalaises. Chambre à 2 000 Frs CFA (3 euros) avec cafard, crapaud et tout l’assortiment. Le repas est à 300 ou 500 Frs CFA (1/2 euro) et douche avec le seau. Pour le prix on ne va pas faire le difficile. Il y a trois français Rasta qui dansent dehors sur du reggae et qui m’accueillent les bras ouverts, légèrement shootés mais très sympas. Sur les trois il y a deux frères qui habitent la RÉUNION et l’autre le continent et qui se sont retrouvés ici par hasard. Je demande si je peux manger, il est très tard mais ici jamais de problèmes (je ne peux pas dire « pas de lézard », ce serait faux).

    La grosse sénégalaise me demande si je veux du riz avec de la sauce. J’allais accepter mais un Rasta me dit « regardes ce qu’il y a dans la sauce » et là, surprise, une petite main de singe flottant dans le bouillon, ça fait bizarre. Je préfère le riz seul. Dans la soirée ils m’expliquent qu’avant moi des sénégalais on mangé un plat avec des mains de singes. Çà aurait paraît-il certains pouvoirs.

    Dimanche 17 Novembre - KITTA - Repos

    Les femmes font déjà cuire le riz pour la journée et donne l’eau de cuisson aux tout petits. Ça y est, le mouton avarié d’hier ne m’a pas épargné. Mes petits anticorps n’ont pas été assez costauds. Je le sentais mal, je vais traiter de suite afin de ne pas gâcher ma dernière semaine. KITTA est une ville très étendue ou le Christianisme a une place très importante. Il y a un très grand pèlerinage chrétien, très connu la semaine prochaine. Seules les maisons à côté de l’église sont de type coloniales, les autres sont des cases traditionnelles. A midi je n’ai vraiment pas faim avec la chaleur, j’ai juste envie de frais, mais ici il n’y a pas grand chose. Je mange péniblement du riz à la sauce arachide. Nous nous tapons une grosse pastèque avec les deux Rastas, et nous l’apprécions. Pendant qu’une des Sénégalaises cuisine, l’autre balaie à côté, je ne vous parle pas de la poussière en guise de condiments ! Un des deux français ne loge pas là mais chez l’habitant. Il me dit que chez lui  à  l’île de la RÉUNION il est habitué au manque d’hygiène mais qu’ici ça bat les records. Il est écœuré chez sa famille d’accueil. Pour se raser ici c’est folklo car il n’y a pas de miroir, j’utilise le rétroviseur de « Bamako » et un brot d’eau.

    Lundi 18 Novembre KITTA >  SEBEKORO 65 Km

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Horrible piste de tôle ondulée

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Rencontre avec des paysans qui récoltent le coton

    Départ à 9 H 30, direction BAMAKO. La piste est faite de terre rouge. Je croise quelques charrettes et quelques taxis brousses ou camions qui relient les villages. Je les vois arriver de très loin car ils soulèvent un énorme nuage rouge et lorsqu’ils vous croisent, c’est l’enfer. Je me demande pourquoi j’ai lavé mes vêtements hier. Je suis tout rouge. « Bamako » aussi a viré et l’on dirait qu’il est tout rouillé et en plus, pour la première fois il me joue des tours. A cause de cette maudite poussière, la chaîne saute et se coince, je suis obligé, à plusieurs reprises d’y mettre les mains et comme je n’ai pas d’eau à revendre, je roule les mains pleines de graisse. Le paysage devient plus attrayant, au loin des collines et plus j’avance, plus la végétation devient dense. De temps en temps des cultures de mil, coton ou arachides, des écureuils et de nombreux oiseaux : perdrix, faucons, perroquets. Des bruits, des odeurs, des parfums aux senteurs d’acacia, la piste n’est pas monotone. Je m’arrête une ½ heure vers des paysans qui cueillent du coton et de l’arachide, ça tombe bien, ils m’offrent de l’eau. J’arrive ensuite dans une petite ville qui s’appelle BADINKO ou se déroule un grand marché avec des fruits : pastèques et variété d’oranges très acides. Des jeunes qui tiennent une cabine téléphonique me tendent de suite une chaise. Je leur demande si je peux trouver un Coca frais. L’un d’eux se propose d’aller m’en chercher un, il revient ¼ d’heure après avec la boisson. Il ne me rend pas la monnaie mais je suis confiant car c’est courant ici. Ils en ont très peu, alors ils vous la rendent lorsqu’il en ont, chose inimaginable chez nous. Un instant plus tard il ramène la consigne et me rapporte la monnaie. Je lui dis de la garder, il refuse absolument car un service ici ça ne se paie pas. Un jeune qui est en train de faire le tiercé me demande des numéros, je lui donne celui des dates de naissance de la famille. Ses collègues les veulent également et les reportent sur plusieurs tickets. Je leur montre en plus le gris-gris que je porte autour du cou et on rigole beaucoup par rapport à ça. On m’offre le thé, de la pastèque, et je reste jusqu’à 15 heures. Je reprends ensuite la piste et je vois des gars en train de réparer une crevaison sur leurs vélos, Ils sont cinq ou six autour à essayer de réparer avec des moyens rudimentaires. Un bout de fer plat pour arracher le pneu et en guise de rustines ils découpent des bouts sur une vieille chambre à air qu’ils collent sur le trou, mais sans grand succès. Je sors mon matériel : démonte pneu et rustines.  Je répare en dix minutes avec maintenant la moitié du village autour de moi. Très curieux, on me questionne sur mon « Bamako ». Ils sont très étonnés par le compteur, les vitesses et les gourdes. Avant de les quitter je leur donne deux démonte pneus et mes deux pneus de route. Je leur explique le trajet que ces pneus ont fait. Ils se chamaillent entre eux en plaisantant  afin de savoir qui garde quoi et me proposent de rester dans leur village quelques kilomètres plus loin. Je les remercie car je veux continuer jusqu’à SEBEKORO. Nous faisons un bout de route ensemble, ensuite je les laisse car j’active un peu, il est déjà tard et la nuit tombe très vite dès 18 heures. J’arrive enfin à l’entrée du village et je m’arrête vers une espèce de bar qui longe la piste pour demander où je peux dormir. Un jeune me dit « pas de problème, suis moi », il me propose un espèce de local avec un tapis en mousse pour 2 000 Frs CFA (3,05 euros). Il fait très chaud à l’intérieur, alors je lui dis que je préfère dormir sur la terrasse, à côté du bar, il me propose l'emplacement à  1 000 Frs CFA (1,50 euros) alors c’est OK. Je monte ma guitoune sur la dalle en béton, juste pour les petites bêtes. Le soir il m’offre à manger (patates douces et un petit bout de viande) après m’avoir fait ingurgiter un grand bol de bouillie de mil (c’est un peu bizarre mais ça se mange). Après le repas, il m’emmène visiter le village, nous partons par des ruelles sombres car il n’y a pas d’électricité. Il m’explique qu’il est le fils du Chef du village et que son grand-père était le fondateur du village. Nous rendons visite à toute sa famille et nous nous rendons ensuite à la radio locale. Ils ont beaucoup de mérite car avec un groupe électrogène ils arrivent à diffuser dans un rayon de 6 Kms les infos nationales, locales et bien sûr de la musique et des petites animations. Il me demande de rester demain afin de me présenter le Maire et de visiter le village et la campagne environnante qui comporte de très beaux arbres. Il est passionné par la nature puisqu’il étudie l’origine de la vie et des civilisations (anthropologie) à l’université de BAMAKO, il s’appelle DIAKITE. Je lui parle de ce qui me déçois ici, ordures et feux de broussailles. Il m’explique que les gens ici sont trop pessimistes. Ils ne veulent pas travailler, ils attendent trop du gouvernement et des associations au lieu de prendre les devants et montrer ce qu’ils peuvent faire seuls car l’État ne fait rien.

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Je monte la tente sur la terrasse du Café

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Avec le directeur

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    La prof de Français

    Mardi 19 Novembre - Repos SEBEKORO 

    Aujourd’hui, une journée très chargée m’attend. Dès le matin visite du village avec mon guide DIAKITE, fils du Chef. J’ai beaucoup de chance car il est en vacances scolaires. En premier nous sommes allés dans sa famille ou brûle en permanence un feu. L’extrémité d’un gros tronc d’arbre brûle ainsi que l’extrémité de deux autres troncs plus petits bout à bout avec l’autre et que l’on avance au fur et à mesure qu’ils se consument. Il y a toujours une marmite qui mijote dessus. Il me montre ensuite la tombe de son descendant et fondateur du village qui est dans la cour et où l’on se recueille régulièrement en cas de problèmes. Les jeunes avant un match de foot viennent obligatoirement s’y recueillir pour gagner et il paraît que ça marche. Nous faisons après le tour du marché, il me montre et me fait goûter une grande variété de produits, racines ou fruits dont je ne soupçonnais pas le goût et que seul je n’aurais pas oser acheter. C’est très enrichissant d’être en compagnie d’un gars du pays. Nous visitons ensuite la boucherie. Ensuite nous sommes allés voir la doyenne du village qui d’après eux aurait ou moins 110 ans. Vu sa forme je suis un peu septique, dans un pays où l’espérance de vie est assez faible. Mais enfin, il peut y avoir quelques exceptions. Ils disent que c’est un dictionnaire vivant et qu’elle apprend beaucoup aux enfants. Le feu qui brûle dans la cour sert aussi à se rassembler le soir pour se raconter des histoires. Il n’y a pas d’électricité mais il y a quelques télévisions qui fonctionnent alimentées par des batteries. Ici en AFRIQUE, la télévision  lorsqu'il y en a, reste dehors et la population en profite. Voisins et amis, ce qui n’entrave pas trop la convivialité car en même temps on mange et on prend le thé. DIAKITE  et un de ses copains d’université m’emmènent ensuite vers un énorme Baobab. En haut il y a des milliers d’abeilles avec des énormes pains de cire qui pendent sous les branches. Je veux savoir pourquoi personne ne récupère le miel en les enfumant. « Surtout pas » me répond il, personne n’ose car c’est un arbre sacré. Les anciens y faisaient régulièrement des sacrifices. Je ne peux m’empêcher d’évoquer les réducteurs de sexes dont m’avait parlé Mohamed de KAYES. Eux-mêmes, qui sont étudiants en anthropologie y croient fermement. Nous nous rendons maintenant à l’école. C’est étonnant, à l’entrée, des femmes vendent de la nourriture. Je lui dis que je ne trouve pas cela très logique car seules les enfants qui ont de l’argent achètent devant les autres (pas de réponse). Nous pénétrons dans la cour où est installée une vieille table qui sert de bureau au Directeur. Je suis reçu comme un ministre et invité à visiter toutes les classes de la plus petite à la 3ème. On me présente aux professeurs et aux élèves qui se lèvent tous par politesse lorsque je rentre. Les tout petits commentent en même temps qu’ils se lèvent, ils disent « Je me lève de ma chaise, bonjour Monsieur, comment ça va » et lorsqu’ils se rassoient ils disent « Je m’assoies sur le banc ». Je suis impressionné par le nombre d’élèves, une centaine par classe. Ils font un roulement le matin et l’après-midi. Ils manquent énormément de professeurs et les moyens dont ils disposent sont dérisoires. Pas de bureaux, des planches appuyées sur deux plots en pierre. Quand  je pense que dans la commune ou je travaille j’ai vu brûler  une centaine de bureaux d’écoliers qui ne servaient plus. Quel gaspillage ! Le Directeur explique à chaque classe mon périple, d’où je viens et me montre en exemple pour leur démontrer  que lorsque l’on veut quelque chose on peut y arriver. Ils me demandent de dire un petit mot, à mon tour, à chaque classe. Alors je leur commente mon voyage avec des jours noirs où j’avais envie de renoncer, mais que je m’étais donné un but « BAMAKO » et qu’avec la volonté on arrive à tout. Je leur ai conseillé d’aller le plus loin possible dans leurs études et d’être toujours optimistes malgré leur vie pas toujours rose. Ensuite j’ai fais un lot de mes médicaments, puisque mon séjour se termine prochainement.  Nous avons été les remettre au dispensaire de santé du village, avec le Sous-préfet qui habite ici et qui a tenu à nous accompagner.

    Nous avons évoqué, avec les médecins du dispensaire, les problèmes locaux et les difficultés qu’ils rencontrent pour faire passer certains messages. Par exemple, en ce qui concerne la campagne contre le SIDA, les gens ne croient pas à un virus mais au mauvais esprit. Pour certaines maladies aussi, telles que la rougeole, ils n’osent pas avancer qu’elle a complètement disparue car il ne savent pas se qui se passe dans les villages de brousse.

    Je suis remercié chaleureusement, je leur précise pourtant qu’il s’agit d’un geste symbolique car à vélo je n’ai pas des quantités énormes de médicaments. Ils me répondent que c’est très important pour eux et que ça va certainement sauver des vies. Ca fait très chaud au cœur.

    Ensuite, passage en mairie pour saluer le secrétaire, le Maire étant absent et DIAKITE lui explique ma démarche. Je suis encore remercié de tous les côtés.

    Je demande quelle est la différence entre le Chef du village et le Maire. « Le Chef du village est un médiateur qui règle les problèmes tels que les  conflits de voisinage. Les différentes parties se rencontrent en sa présence,  et en général cela se termine toujours bien.Comme un Maire, il est assisté d’une dizaine de conseillers sur la commune qui lui rapportent les informations.

    Ce même Chef m’emmène à la Mosquée pour me présenter l’Imam, celui qui crie à la prière. Celui-ci, à mon grand étonnement me fait visiter la Mosquée. Ils sont plus tolérants qu’au MAROC car là bas si vous n’êtes pas catholique, vous ne rentrez pas. Le Chef lui explique ma démarche. Je suis encore remercié, comme quoi ici, avec peu de choses on peut faire énormément plaisir. Nous rentrons ensuite manger du riz à la sauce arachide et je leur fais un plat que je leur avais promis. Un couscous lyophilisé que j’avais amené pour les jours où j’ai traversé le désert. Un peu d’eau bouillante dans le sac et c’est prêt en cinq minutes. Il n’en reviennent pas, eux qui passent des heures à le cuisiner, ils le trouvent bon. Le Chef du village qui marche péniblement car il sort d’une opération vient me voir depuis l’autre bout du village. DIAKITE  me traduit qu’il est de coutume, lorsqu’un étranger vient saluer le Chef, celui-ci doit venir le saluer à son tour. Une coutume que j’ai apprise trop tard : normalement la première fois que je l’ai rencontré, la tradition aurait voulu que je lui offre 10 noix de Cola. Nous retrouvons aussi le responsable de la radio locale qui veut que je m’y rende à 18 heures pour lancer un message. Il sera rediffusé toutes les semaines pour que les enfants se souviennent de moi lorsque je serai parti. Le secrétaire de mairie veut aussi s’entretenir avec moi. Je crois qu’il souhaite me solliciter pour une histoire de jumelage. Quelle journée chargée, une vraie vie de Ministre aujourd’hui. Je me rends en premier à la Mairie. Le secrétaire est en train de ramasser l’argent d’un propriétaire dont les animaux avaient fait des dégâts dans une propriété. Le règlement du préjudice s’effectue à l’amiable à la Mairie. Je fais connaissance du Maire, un monsieur assez âgé, qui m’a convoqué comme je m’en doutais pour essayer de faire passer un message par mon intermédiaire en vue d’un partenariat éventuel avec une commune de France. Enfin je fais la connaissance du fils du Chef des chasseurs. Les chasseurs ont un rôle important au MALI. Le Chef à une fonction de garde forestier, il veille à la protection de la faune, des dégâts provoqués par les animaux domestiques. Il pratique aussi les médecines traditionnelles et il a des pouvoirs magiques divulgués par les animaux qu’il chasse.

    Je termine par la radio locale et puis en fin de soirée une bonne douche avec un seau et plein de crapauds qui se tiennent au frais et attirés par la lueur de ma lampe frontale, me montent jusque sur les doigts de pied.

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Baobab sacré du village au pied duquel on fait des sacrifices

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Le secrétaire de mairie

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Un fan de Bob Marley

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    La radio locale qui fonctionne avec des batterie et émet à 7 km

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Je raconte mon périple aux auditeurs

     

     

     

     

     

     

     


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  • Vendredi 1 novembre  - St Louis (Sénégal) repos

    Première chose au lever : une bonne douche froide, que j’apprécie énormément. A l’auberge, ce matin, j’ai fait la connaissance de Claire et Fred, deux jeunes français (lui de Marseille et elle de Paris). Ils me proposent de venir prendre le petit déjeuner dans une pâtisserie tenue par un Marseillais (dommage) et de venir visiter la ville avec eux en calèche, avec un très bon guide passionné qu’ils connaissent. Ici, c’est drôle, les charrettes ne sont plus tirées par des ânes mais par des chevaux, contrairement au Maroc et à la Mauritanie. Ensuite, nous nous retrouvons à la plage ensemble et l’eau est très bonne. D’après un Sénégalais, la tempête que j’ai eue hier en pleine face est exceptionnelle : c’est un vent qui vient du désert et qui, soit disant, annonce l’hiver. Je n’ai pas eu de chance pendant mon périple car je ne suis tombé que sur des conditions météos exceptionnelles. J’en ai donc bavé exceptionnellement. En fin d’après midi, un jeune couple d’Espagnols arrive de Casamance. Elle, raconte qu’elle entre dans une pharmacie pour demander un tube de protection solaire pour les peaux blanches et ils ont tous éclaté de rire (devinez pourquoi…). Ce soir, nous allons manger avec plusieurs routards dont un Espagnol et ensuite, nous nous rendons au Blues Note, un petit bar musical où jouent tous les soirs des groupes de percussions et de chansons locales. A la fin, nous discutons avec eux et je leur dis que j’aimerai bien fêter mon anniversaire ici en musique. J’apporterai boissons et gâteau mais malheureusement, je suis un peu déçu car je sens tout de suite le côté intéressé de la chose. Car ils me proposent de venir les rejoindre demain là où ils s’entraînent, ils me proposent des cours de djembé, me font comprendre qu’ils ont des choses à vendre. Alors, je ne sens plus du tout l’affaire, les amis qui m’accompagnent ressentent la même chose que moi. C’est dommage, dans les grandes villes, dès que quelqu’un t’aborde gentiment, il y a toujours un intérêt derrière. Un instant après, un Français m’interpelle : tu ne me reconnais pas ? Je ne suis pas du tout physionomiste alors je lui réponds «non» et là, il me dit : «je suis celui qui t’ai demandé de rouler avec toi hier». Pas très enchanté… Nous ne pouvons pas discuter avec le bruit alors, je lui dis de repasser me voir demain. Même ici, on ne peut pas être tranquille. Je n’ai pas du tout envie de rouler avec ce type qui agit déjà comme si c’était fait. Du coup, je crois que je ne vais pas moisir dans cette ville.

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Visite de Saint louis en calèche

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Samedi 2 novembre  - St Louis (Sénégal) repos 

     

    Ce matin, je fais la connaissance d’un couple de jeunes Français qui partagent une chambre dans la même auberge. C’est incroyable comme les routards se retrouvent ici. Il est passé l’année dernière un Suisse qui a fait le tour du monde en VTT et que j’ai rencontré au Salon de l’aventure en mars dernier. Les deux jeunes se sont donnés aussi rendez-vous ici. Elle est au Sénégal depuis un mois et son copain depuis une semaine. En rapport au reste du pays, elle se sent vraiment oppressée dans cette ville et raconte qu’à Dakar, c’est encore pire. Ils repartent ce matin et elle propose de m’emmener mes pellicules utilisées car elle habite Saint Étienne pour son travail. Avec un peu d’hésitation, je les lui donne car j’ai très peur qu’elles s’abîment avec la chaleur et dans les bagages. Dès que je sors dans une rue, tout le monde m’interpelle «tu te rappelles de moi ?». En plus, ils se ressemblent tous. Je ne sais jamais où je les ai rencontré alors, j’en ai marre, c’est décidé, je repars demain, en espérant être mieux accueilli dans les petits villages. Dans le dortoir de l’auberge, nous sommes huit routards : Japonais, Irlandais, Espagnol et Français. Il y en a un qui parcourt depuis plus de six mois le monde à pied. Il s’est fait de l’argent en convoyant un voilier jusqu’en Nouvelle Calédonie. Il a fait le chemin de Compostelle jusqu’à Fatima (2000 kilomètres), il a parcouru l’Asie, le Tibet et enfin, le désert, seul, sans guide. Il ne sait pas quand il rentrera en France. Je mange avec lui à midi et c’est très enrichissant de discuter avec des types comme ça. Aujourd’hui, je fais laver mon linge à la bonne de l’auberge à la machine car il est tellement sale qu’à la main, ça ne part plus ! Il vient d’arriver un couple d’Espagnols qui viennent de Casamance. Nous mangeons ensemble ce soir. La chambre est maintenant complète. L’Irlandais et le Japonais (qui prend des douches toute la journée) parcourent le monde et ne savent pas non plus jusqu’à quand. C’est incroyable le monde qui se ballade !

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Poissons qui sèchent au soleil

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Plage de Saint Louis

    Dimanche 3 novembre - Saint Louis -> Richard-Toll (110km) 

     

    Cette nuit, j’ai été dévoré par les moustiques. C’est parti pour la direction de Rosso. J’ai le vent en pleine face avec des rafales qui font monter des nuages de sable. Plein de petits villages le long de la route : ce sont des cases de paille, sauf pour les mosquées, les écoles et les dispensaires qui sont «en dur». Beaucoup de rizières, de troupeaux de zébus et de chèvres. Les femmes lavent le linge dans les retenues d’eau et l’étendent sur place, au sol ou accroché sur les arbres.

    Les gamins remarquent Bamako à plusieurs centaines de mètres et accourent, même de très loin, c’est incroyable ce qu’ils courent vite. Tout le long, c’est bonjour toubab, donne-moi un cadeau. Le vent me sèche la gorge, je n’arrête pas de boire. Avant midi, j’ai déjà sifflé trois litres. Il fait en plus terriblement chaud et je suis obligé de forcer comme tout pour avancer à 15 Km/h. J’essaie de faire le maximum le matin, environ 70 ou 80 kilomètres. A midi, je m’arrête dans une petite ville pour acheter à manger. Il y a, comme toujours, un marché et plein de petites épiceries. Mais, nous ne sommes pas à St Louis ici : il n’y a pas grand chose. Je suis obligé de me remettre à la «Vache qui rit». J’achète aussi de l’eau mais, au Sénégal, il y a le prix pour les toubabs et ceux pour les gens du pays. Alors, je fais plusieurs épiceries, je marchande et à la fin, je fais semblant de partir et ça marche !

    J’ai terriblement envie de fruits mais, sur le marché, il n’y a que des pastèques. Ce n’est pas trop mon truc mais, à défaut d’autre chose, ça me désaltère. Je refais une vingtaine de kilomètres et m’arrête sous des épineux, à l’ombre, vers des marécages, cinquante mètres plus loin, pour manger. J’entends des gamins barboter dans l’eau. A la fin du repas, je m’approche d’eux avec la moitié de ma pastèque. Ils ne m’ont pas vu. Il y a un garçon d’environ douze ans, un autre plus jeune et une toute petite gamine. Ils sont nus et se baignent dans une eau très boueuse. Lorsque je leur présente la pastèque, ils restent muets. Ils me regardent d’abord avec méfiance, les yeux hagards puis la petite s’avance d’un coup vers moi, me l’arrache des mains et part en courant, comme lorsqu’une poule trouve un vers de terre ! L’autre petit lui court après, en hurlant ainsi que le grand, qui n’arrive pas à suivre car il a une jambe déformée certainement par la Polio.

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Tous les trois se dirigent vers le village, environ un kilomètre plus loin. Pendant ce temps, je m’allonge pour essayer de me reposer quelques minutes mais avec les fourmis énormes qui ne me laissent aucun répit, c’est mission impossible. Un instant après, c’est une nuée de gamins avertis par les autres qui accourent du village. Aucun ne parle français mais je comprends vite qu’ils veulent aussi de la pastèque, comme si j’en avais un stock dans mes sacoches !!!! Je leur fais signe que je n’ai plus rien et incroyable, les petits se jettent sur les épluchures que j’ai laissées par terre et les rongent jusqu’à qu’il n’y en ait plus. Je fais une petite série de photos et ils m’accompagnent jusqu’à la route. Bamako a vraiment une cote incroyable : on l’admire, on le touche, on le regarde sur tous les angles et cela depuis le Maroc. La route est maintenant bordée de plus en plus de rizières, avec beaucoup d’échassiers et de petits oiseaux multicolores d’une couleur éclatante. J’arrive à Richard-Toll, petite ville qui a l’air plutôt sympa et où je ne suis pas harcelé. Le soir, c’est plein de petites gargotes où l’on fait griller de la viande. C’est très animé. Par contre, les rues ne sont pas éclairées et seule la route principale qui traverse la cité est goudronnée. Je trouve une petite auberge très calme pour me reposer.

    Lundi 4 novembre (mon anniversaire) - Richard-Toll -> Ndiayène (82 Km)

    Aujourd’hui, c’est aussi ma fête : encore vent de face. Et, vu la direction que je prends, je crois que je vais l’affronter tous les jours. Finalement, j’aurai du faire Bamako Dargoire : j’aurai été beaucoup plus avantagé mais, par contre, beaucoup moins motivant. Quand je pense à toute cette Afrique que j’ai traversée avec son soleil et son vent, pratiquement permanent, il est très dommage que toute cette énergie gratuite ne soit pas utilisée (moulins à vent pour huile d’olives ou les céréales, panneaux solaires et éoliennes pour l’électricité…). Le paysage ici est très beau. En arrière plan, le vert foncé des champs de canne à sucre, au loin, près du fleuve. Ensuite, le vert clair des rizières. Et puis, en se rapprochant de la route, paysage plus désertique, avec beaucoup d’épineux en forme de parasols, où se côtoient des grands troupeaux de zébus et de chèvres. De jolis petits villages de cases sont disséminés par-ci et par-là. Et, sans arrêt, j’entends «toubab, toubab». Mais, dès que je m’arrête, les enfants ne sont pas agressifs : je leur parle et ça se passe bien mais très peu parlent Français. Ce n’est pas du tout le harcèlement que l’on connaît dans les grandes villes touristiques. Par contre, c’est très pauvre. Je suis un peu démoralisé de batailler comme ça le jour de mon anniversaire. J’ai l’impression de ne pas avancer. A midi, je n’avais fait que 50 kilomètres alors, résigné, je discute beaucoup. C’est drôle ici : dès que des personnes me font signe (c’est tout le long), si je m’arrête, on me parle très gentiment. Alors aujourd’hui, comme je n’ai pas beaucoup de courage, je profite au maximum de ces contacts privilégiés. Je vois un petit village de cases à 500 mètres de la route. Je m’incruste et en cinq secondes, j’ai toute la population autour de moi, soit une trentaine de personnes. Le chef du village s’approche. Il est le seul à parler un peu Français et me propose d’aller me reposer dans une case. Je lui fais comprendre que je préfère rester dehors alors il me fait apporter une grande natte tressée et un coussin, à l’ombre. Je sors ensuite mes photos et cartes postales de France et les femmes se les arrachent : ça rigole beaucoup. Je mange mon sandwich à la « vache qui rit » et donne un michon de pain qui est partagé par une mère entre tous les enfants. Lorsque je dévore mon repas, je suis entouré par tous les gamins qui me regardent comme un extra-terrestre. Leur chef leur dit de s’écarter, ils obéissent de suite et je peux me reposer tranquille à l’ombre d’une charrette et au pied du cheval qui est attaché après. Ici, il y a une calèche, avec un cheval par village, qui leur sert pour aller en ville. Alors que je me repose, le chef vient me dire « nous allons prier dans une pièce et nous revenons ensuite ». Seuls les hommes s’y rendent. Pendant que je somnolais, les femmes m’ont apporté une énorme gamelle de riz et me font signe de manger, alors que je me préparais à partir (il est déjà 14h30). En plus, avec la chaleur, je n’ai pas faim. Alors, je refuse gentiment (si j’avais su, je n’aurai pas mangé avant). On m’apporte quand même le thé et je repars après tous les adieux. Le vent est toujours aussi fort et il fait très très chaud. Je progresse très doucement et m’arrête à nouveau pour boire un Coca et faire causette. Il est 18 heures et j’ai fait 80 kilomètres. Je décide alors de m’arrêter au premier village venu, à quelques mètres de la route. Des femmes sont en train de puiser de l’eau et, comme d’habitude, elles m’appellent en rigolant. Je fais demi-tour et vais à leur rencontre. Un peu surprises, elles se taisent et ensuite, ça plaisante beaucoup entre elles. Une seule parle un peu français. Je lui demande où je peux dormir. Elle me dit d’aller demander aux hommes alors, je me rends dans ce superbe petit village, très propre. Je salue le groupe d’hommes qui est allongé devant une case et demande si je peux monter ma tente. L’un d’eux parle un peu français. Il me dit « attends, je vais demander au chef du village » qui est le doyen et assis à ses côtés. Ce sont une tribu de Peul qui sont tous éleveurs de bétail. Le chef lui répond dans sa langue que je suis le bienvenu dans son village et qu’il y a une case de libre. Il donne l’ordre à une femme de nettoyer la case et son pourtour et me fait apporter un matelas et un coussin devant celle-ci, ainsi qu’une lampe à pétrole. Je demande où je peux aller acheter à manger. On me montre le village principal un peu plus loin. Un gamin m’accompagne vers trois petites cabanes en tôle, qui sont des épiceries mais il n’y a rien, à part quelques céréales. Je trouve simplement du beurre qui est vendu en tous petits morceaux, plié dans du plastique. Il n’y a pas non plus de pain. Tant pis, il me reste quelques pâtes, ça fera l’affaire. Le gamin m’explique que la vie en Afrique est trop dure, que les noirs vont tous mourir, qu’il n’y a rien à manger ici. Je lui explique qu’il ne faut pas être pessimiste et qu’il faut travailler s’il veut manger. Je retourne ensuite vers ma case faire cuire mes pâtes après que tous ceux qui ne m’avaient pas vu viennent me saluer. Les femmes font plusieurs feux pour faire cuire leurs popotes. A la nuit tombée, on ne voit que ceux-ci. Je fais de même avec mon gaz mais, dès que j’éclaire la lampe à pétrole, des nuages d’insectes de toute nature s’abattent sur moi. Des sauterelles géantes m’envahissent et commencent à tomber dans ma gamelle, que je m’empresse de couvrir. Entre temps, on m’apporte un verre de lait de chèvre froid et ensuite, un grand bol en bois de lait caillé, mais de chèvre cette fois (pas terrible). Ensuite, les jeunes filles et garçons viennent vers moi et ils discutent beaucoup entre eux ; ils rigolent beaucoup. Et je ne comprends que le mot « toubab » qui ressort souvent dans la conversation. La seule qui parle français a quinze ans et déjà deux enfants (un en permanence dans le dos et l’autre gardé par la grand-mère). Elle m’explique qu’elle a une sœur qui s’est mariée plus tard qu’elle, à 17 ans. Je leur montre mes photos, ils me disent que la France est le plus beau pays du monde. On m’apporte ensuite le thé et une énorme gamelle. On me dit qu’il faut manger mais je ne peux pas, j’ai mangé trop de pâtes. Si j’avais su… La prochaine fois, j’attendrai car ils mangent très tard. Ensuite, alors que je vais me coucher en éclairant le moins possible ma lampe pour ne pas être accompagné par tous les insectes, les hommes se rendent tous à la prière. Dans ce village, il y a environ 60 personnes et beaucoup de polygamie.

     Fin du désert pour Le Sénegal

     Fin du désert pour Le Sénegal

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Mardi 5 novembre  - Ndiayène -> Ndioum (50 km) 

    Cette nuit, heureusement que j’avais monté la moustiquaire de ma tente dans la case car ça a craqué toute la nuit sous le tapis de sol. Dès qu’il fait sombre, des gros scarabées (bousiers) sortent du sable. A peine levé, une femme m’apporte une gamelle d’eau pour me laver. Et, ensuite, un bol de lait de chèvre froid (avec quelques poils qui prouvent que c’est du naturel) et un bout de pain frais. Un peu plus tard, elle m’apporte aussi un verre de café au lait et, alors que je commençais à ranger mes affaires, mauvaise surprise : la roue arrière de Bamako est à plat. Ça commence… Il y a énormément d’épines très fines dans le sable. Je suis obligé d’enlever toutes mes sacoches et d’aller chercher un seau d’eau au puits pour réparer les trous qui sont très petits. Une fois la roue réparée, la jeune fille vient me dire d’aller remercier le chef et dire au revoir, ce que j’allais faire (étonnant) et de faire des photos. Autant lorsque vous faites des photos sans leur demander, ils le prennent très mal (normal) que lorsque vous êtes avec eux, ils vous le demandent sans arrêt. Je vais donc ensuite saluer le chef et lui offre ma vache à eau en plastique. Il me remercie vivement et me souhaite bonne route. Je repars. Il est déjà neuf heures et, toujours mon ennemi principal, le vent. Une voiture me double à vive allure et négocie une poule qui a eu la mauvaise idée de traverser. Hier, à Richard-Toll, c’est un gamin, en plein centre ville, qui est passé très près de la mort en traversant la route en courant. La voiture, qui roulait très vite, a freiné sur au moins 50 mètres et l’a frôlé. Dans la cambrousse, tous les kilomètres, il y a des animaux tués en bordure de chaussée. C’est tout de même dommage, dans un pays où tout le monde ne mange pas à sa faim. La route est une succession de montagnes russes. En haut d’une côte, une meute d’une vingtaine de chiens qui descendent en aboyant méchamment. Ouf, je croyais que c’était pour moi mais c’est pour un gamin qui leur jette des pierres de loin. Je ne suis pas très fier en passant devant, à quelques mètres d’eux. Plus je progresse, plus il fait chaud. Un peu plus loin, un groupe d’hommes me fait signe de m’arrêter. L’un d’eux, en mobylette, est en train de faire des soins à un autre qui s’est coupé au niveau du pied. Je croyais qu’il voulait de l’aide. Mais non, c’était simplement pour causer et nous plaisantons pendant une bonne demi-heure. Le black me dit, vous les toubabs, vous êtes fous, il faut toujours que vous fassiez des choses extraordinaires. Nous, on ne peut pas faire ça. A plusieurs reprises, on m’a demandé pourquoi je ne faisais pas la course (tour du Burkina) et si je faisais partie du Paris Dakar ou si j’étais payé pour faire ça ! En route, je vois énormément d’oiseaux aux couleurs incroyables et j’entends de nombreux chants. Ce sont les mêmes qu’on trouve dans les animaleries chez nous, mais tellement plus beaux en liberté. Dans chaque village, il y a un petit jardin d’environ 50 m² entouré de branches d’épines mais le contenu est dérisoire : quelques oignons, des petits carrés de riz qui demandent énormément d’eau alors qu’il y a de grandes rizières au bord du fleuve. A midi, je m’arrête pour manger un Tieboudienne (riz au poisson). Jamais de dessert ici : fruits et yaourts me manquent terriblement. Avec tous les troupeaux de zébus et de chèvres, je me demande ce qu’ils font du lait car ici, les fromages n’existent pas. Hier, j’ai fait goûter de « la vache qui rit » aux filles, elles l’ont recrachée direct ! Ça m’étonne aussi qu’il n’y ait pas mieux de moutons à la place des chèvres car ils en mangent beaucoup. Les poules aussi car elles pourraient se nourrir seules avec le nombre d’insectes qu’il y a. A 14 heures, je vais pour repartir : les pneus sont encore à plat. Re belote, j’enlève toutes les sacoches et de nouveau je répare. Il est tard et j’en ai marre. Le vent ne se calme pas et il fait plus de 40 degrés à l’ombre. Il paraît que le vent ne souffle pas tous les jours : et bien ça ne sera pas pour moi. Je décide de prendre un bus jusqu’à Ouro-Sogui comme ça, j’irai voir du côté de Matam si je peux prendre un peu la pirogue. Ce n’est, soit disant, pas possible mais je préfère me rendre compte par moi-même.

     Fin du désert pour Le Sénegal

     

    Ndioum -> Ouro - Sogui en bus (180km) 

    Nous voilà parti, Bamako sur le toit, avec une montagne de bagages. Le bus est bondé de monde. Les voyages avec les moyens locaux sont très longs car ils déposent et reprennent du monde régulièrement alors, il faut à chaque fois charger et décharger des bagages. Il n’y a pas d’arrêt fixe comme chez nous, à part les gares routières. Le chauffeur a un coéquipier qui est debout, accroché à l’arrière du car. Lorsque les gens font signe du bord de la route pour monter, c’est lui qui juge s’il y a de la place ou non, suivant leurs bagages et les personnes qui sont descendues, pour avertir le chauffeur. Il tape des coups de poings sur la carrosserie afin qu’il stoppe. Il faut absolument, dès qu’une place est libre, qu’elle soit remplacée. Au départ, ce même gars récupère l’argent lorsque tout le monde est installé. Beaucoup de gens n’ont pas la monnaie. Il prend quand même tous les billets et, pendant le voyage, lorsqu’il a la monnaie, il la fait passer de personne en personne jusqu’à vous et ce, peut-être, une heure après le départ. Et, dans tous les transports c’est comme ça : taxi, pirogue, bus… Dans les commerces, c’est aussi le même système. Il n’y a pas de monnaie alors on vous la rend plus tard ou le lendemain mais il n’y a aucun problème. Nous sommes partis à 15 heures et nous arrivons à 22h30. Avec les arrêts, ça fait du 25km/h. Nous avons traversé des grandes plaines d’herbe sèche rasée par les troupeaux, avec des arbres d’épineux parsemés de partout. Je descends Bamako. Les deux roues sont à plat et moi aussi. Je regonfle provisoirement et rejoins vite l’auberge que j’avais repérée sur mon guide. Heureusement, elle n’est qu’à 50 mètres. Je vais enfin pouvoir prendre une vraie douche et laver mes affaires. Arrivé à l’auberge, je demande au gérant s’il y a de la place, il me dit pas de problème, au quatrième étage et en plus, il y a des douches dans les chambres. Je monte tous les étages avec les sacoches en deux voyages car demain, il va falloir réparer. Je me précipite dans la douche où j’ai vu un gros cafard faire le guet. Il y a aussi un énorme lézard au plafond et, devant la porte, une espèce de coléoptère de la grosseur d’une balle de ping-pong. Et, grosse surprise, il n’y a pas d’eau. Je retourne en bas voir le gérant qui dort déjà et fait l’étonné. Il me dit ensuite que ça dépend du niveau du château d’eau : quelquefois, l’eau n’arrive pas jusqu’en haut. A mon avis, ça fait très longtemps que l’eau n’a pas du arriver aux douches. Je me demande même si elle y est parvenue un jour car les robinets sont complètement coincés. Je lui fais comprendre difficilement que ce n’est pas normal que je paie une chambre avec douche alors que je ne peux pas m’en servir. J’ai autant me coucher dans la nature. Il y a des chambres plus propres et avec de l’eau au deuxième étage mais il ne veut pas m’en donner une car elles sont plus chères. A force d’insister longuement, je réussis quand même à en obtenir une au même prix et je me couche enfin à une heure du matin (ce gars n’est pas sympa du tout).

    Mercredi 6 novembre  - Repos à Ouro-Sogui 

    J’ai passé une superbe nuit, il n’y a pas à dire, dans un bon lit. Je discute avec le jeune qui est cuistot à l’auberge mais je ne mangerai pas ici : c’est trois fois plus cher que dans les petites gargotes et la bouteille d’eau est à 1000 francs CFA (1 euro 52). Il me parle de ses diplômes, me dit qu’il a fait l’école hôtelière et qu’il voudrait travailler en France car le métier est pareil de partout. Je lui demande alors s’il peut me faire un gâteau pour mon anniversaire, il ne sait pas faire ! Il va demander à son chef qui lui dit qu’il n’a pas les ustensiles (bonne excuse). A Ouro-Sogui, qui est une grande ville, il n’y a ni pain, ni fruits à part quelques bananes. Je n’ai envie que de frais et je crois que c’est raté. Et en allant vers le Mali, ça ne va pas s’arranger. Ici, la seule chose que l’on vous propose, c’est de la viande grillée ou riz-viande et, pour emporter, rien. Je demande au jeune à quoi servaient ces centaines de chèvres que l’on voit de partout car ils ne font pas de fromage. Je lui explique qu’en France, le fromage de chèvre est très cher. Eux ne boivent que le lait caillé et encore, coupé avec de l’eau. Il me dit qu’ici, les éleveurs essaient toujours d’avoir plus de bêtes que leur voisin car c’est un signe de richesse. Il m’explique aussi qu’il ne mange pas les bêtes qui viennent de se faire tuer par les voitures car elles n’ont pas été égorgées. Je répare les deux roues de Bamako et j’enlève une vingtaine d’épines très très fines. Les rustines tiennent mal, je pense que la colle n’a pas aimé la chaleur. A midi, je mange pour 500 francs CFA (0,76 euros) au Tegungal, un petit resto. J’explique au patron qu’il est indiqué sur deux guides touristiques Français ; il ne savait même pas que ça existait. Il est très sympathique, il a réussi à me trouver deux yaourts dans une épicerie. Il me présente le secrétaire de Mairie de la commune, qui mange à la table voisine. Je lui dis que moi aussi, je travaille dans une Mairie. Alors, tout fier, il m’explique son travail. Demain commence le Ramadan : ils attendent que la nouvelle lune apparaisse. Alors, déjà qu’il n’y a rien à bouffer… Cette après midi, je monte à Matam en 504, trois devant, quatre derrière ; sur la galerie, une montagne de bagages et une chèvre. C’est très courant ici. La voiture, une épave : les portes ne ferment pas et il démarre avec les fils. Ça craque de tous les côtés. Enfin, pour 125 francs CFA (0,19 euros), on ne va pas faire le difficile. Je vais essayer de négocier une pirogue pour faire Matam-Bakel. Je trouve un gars sympa qui est d’accord pour m’emmener, même sans faire de bénéfice. Mais, rien qu’en essence, il y en a pour plus de 100 000 francs CFA (153 euros) car il est obligé de compter son retour. Et ce n’est pas un trajet habituel alors je serai seul dans la pirogue. Je crois que je vais abandonner et faire, si possible, Bakel-Kayes. En retournant à Ouro-Sogui, j’aperçois une grande boulangerie-pâtisserie. Je vais voir s’il fait des gâteaux (pour mon anniversaire) mais non, ils ne font que des petits pains au lait. Pourtant, je me suis juré de le fêter Ce soir, on m’offre le thé dans une épicerie, d’où je viens d’acheter des bricoles. Ils sont tous en effervescence car demain commence le Ramadan.

    Jeudi 7 novembre  - Repos à Ouro-Sogui 

    Ce matin, j’apprends que je ne peux pas coucher ce soir à l’auberge. Soit disant qu’il n’y a plus de place (étonnant, c’était tout vide). Je crois plutôt qu’il n’a pas apprécié que je lui tienne tête l’autre jour et que j’occupe une chambre qui normalement est plus chère. Je lui fais comprendre qu’il vaut mieux louer une chambre moins chère que de la garder vide. Il essaie alors de me faire croire que plein de monde va arriver en soirée alors que je sais par son employé que c’est faux. Je lui dis alors que je connais le secrétaire de Mairie, qui m’a souhaité la bienvenue dans sa ville et que lui me met à la porte, que ce n’est pas normal, je vais lui en parler. Bizarrement, il me laisse la chambre et me propose de m’offrir un verre ce soir (comme quoi ici les relations ça marche). Je vais ensuite faire un tour de marché. Dommage qu’il me soit impossible de photographier, trop de monde me regarde. Je trouve dans une petite rue une autre boulangerie-pâtisserie. Je vais voir : aucun gâteau. Je lui demande pourquoi c’est marqué pâtisserie. Il ne comprend pas. Je lui demande alors s’il sait les faire. Il me dit que c’est trop compliqué et qu’ils n’ont pas le temps (alors qu’ils sont cinq couchés devant le magasin). A force d’insister (car je suis têtu), il me propose d’essayer de m’en faire un. Il faut que je revienne à 17 heures voir si ça me plaît (ça risque de ne pas être triste). En attendant, je retourne à Matam vers les piroguiers pour plaisanter un peu avec eux afin de passer l’après midi. Cette fois ci, trois chèvres sur la galerie de la 504. Ils regrettent beaucoup de ne pas faire ces trois jours de pirogue avec moi. Quand je pense à l’émission « faut pas rêver », ils montraient un écrivain qui remontait tout le fleuve Sénégal pour s’inspirer. Ça a du lui coûter cher. Ici, les pirogues traversent uniquement le fleuve en largeur pour se rendre en face, en Mauritanie, où ils vont acheter le sucre qui est moins cher. J’en profite pour échanger avec eux quelques Ouguiyas qu’il me restait. Les berges du fleuve sont de véritables décharges où les femmes se lavent ainsi que la vaisselle et le linge. Elles se savonnent mutuellement dans une eau très sale. Les piroguiers m’assurent qu’elle est très propre au milieu et qu’ils la boivent sans problème. Pendant que j’attends un taxi brousse pour le retour, un vol de chauve-souris, de la grosseur d’un hibou. Celles ci tournoient au-dessus des arbres et de nos têtes, c’est assez impressionnant. 17 heures, je vais chercher mon gâteau. Et là, surprise, même avec de la bonne volonté, ils m’ont fait un petit truc tout plat, en forme de demi-cercle. Et ils ont écrit en perçant des trous dans la pâte « Michel » et « 46 ». Mais ça ne se voit pas du tout alors, je fais semblant d’être content et je refais les lettres avec le gars du Tegungal avec du lait concentré. C’est bien marrant car je tenais à marquer le coup pour la photo avec une grosse bougie. Mais ici, les gens sont très gentils mais assez moroses. Ce n’est pas le Sénégal : de la fête et de la musique mais des Musulmans très bornés. J’avais acheté des gaufrettes pour les gamins : ils se jettent dessus sans aucun remerciement. Je propose de mon gâteau à deux gars qui mangent à côté de moi : ils refusent ??!

      Fin du désert pour Le Sénegal

    Difficile pour trouver un gâteau !

     

     Fin du désert pour Le Sénegal     Difficile aussi pour trouver des bougies !      

      Fin du désert pour Le Sénegal

     Et le champagne il ne faut pas y compter !

    Vendredi 8 novembre  - Ouro-Sogui -> Semme (80 km) 

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Ici aussi il y a des bouchons !

     

    Ce matin, je pars tôt (7h30). Je voudrais arriver à Bakel en une journée (150 kilomètres) et faire un max avant les fortes chaleurs si le vent n’est pas trop fort. Plus on approche de Kayes, plus il fait chaud. On surnomme cette ville « la cocotte minute ». Malheureusement, le vent est toujours là et de face. Pleins de troupeaux traversent la route et m’obligent à stopper. Les voitures, elles, ne s’arrêtent pas mais klaxonnent et avancent jusqu’à ce que les bêtes se sortent. Il y a quelques cultures de maïs. Des gamins chassent les oiseaux avec des frondes, les mêmes que dans « Thierry la fronde ». Il est midi et j’ai fait 70 kilomètres. Je vais rouler encore une heure et j’aurai dépassé les 80. Comme ça, je pourrais arriver à Bakel en soirée. Mince, une crevaison devant. Ça ne va pas arranger les choses. Il faut que je trouve un coin à l’ombre pour réparer. Je démonte et m’aperçois qu’il y a une dizaine de petites épines plantées dans le pneu arrière. Je les enlève et il commence à se dégonfler aussi. Je répare les deux et il est déjà 13h30. A mesure que j’avance pour rejoindre la route, j’enlève les épines qui se repiquent dessus. J’arrive à un village, ils vendent du pain. Depuis ce matin, je rote des chocos périmés que j’ai acheté en route. Pour changer, aujourd’hui, ce sera encore sandwich de « Vache qui rit », périmées aussi (elles sont toutes marron) et thon. Je m’assois à l’ombre et d’un coup, une nuée de trente gamins qui arrive autour de moi pour me regarder manger. Au bout d’un moment, ça m’énerve, je leur dis de s’éloigner. Aucun ne bouge et aucun ne parle Français. Je leur demande s’ils n’ont jamais vu un blanc mais personne ne bronche. Ensuite, des femmes s’approchent. L’une d’elles me fait comprendre avec deux ou trois mots de français que je ne dois pas manger car c’est le Carême. Je lui dis que je ne suis pas Musulman. Elle insiste alors. Je lui explique que toutes les religions ont le droit de s’exprimer et qu’en France, nous respectons les Musulmans, qu’il y a même des mosquées alors qu’elle aussi doit me respecter. Un homme s’approche, il parle très bien Français. Je lui explique ce que la femme m’a dit pour qu’il lui fasse comprendre mes propos et lui me dit « bien sûr que tout le monde à le droit de s’exprimer. Si tu veux manger tranquille, viens chez moi, tu pourras ensuite te reposer ». Je le suis, la maison est juste en face, on dirait une école. Il m’apporte un tapis et un matelas et me demande si je veux me laver pour me rafraîchir. Je me repose alors un moment et me prépare pour partir à 16 heures car si le vent n’est pas trop fort, c’est encore jouable pour Bakel. Au moment de démarrer, je m’aperçois que mon pneu est encore à plat. C’est cuit pour aujourd’hui alors j’en profite que je sois à l’ombre pour mettre mes deux chambres à air renforcées et mes pneus à crampons car je vais bientôt vers les pistes. Pendant que je change mes pneus, j’ai énormément de spectateurs qui me regardent médusés. Le black me dit que je peux coucher là pour repartir tranquille pour Bakel demain. Je me lave à la Sénégalaise. J’ai droit au lait caillé et à une boisson rouge que je n’ai pas identifiée. Il me sert aussi de l’eau fraîche et qui est bizarrement sucrée. Je verrais si je ne suis pas malade demain. En attendant, j’ai pris un petit rhume avec les taxis brousse sans vitres. Ce soir, je fête le Ramadan avec la moitié du village. Je viens d’apprendre que tous les gamins qui étaient autour de moi à midi viennent de plusieurs villages et sont ici à l’école coranique. C’est pour ça qu’ils étaient très étonnés que je mange car on leur apprend à ne pas le faire (c’était un peu de la provocation de ma part). Je me suis donc excusé car je ne le savais pas. Ces mêmes enfants chantent le Coran à tue-tête autour d’un feu. Les adultes, eux, prient sans arrêt. A côté de moi, les imams donnent de la voix sans arrêt à travers les hauts parleurs de la mosquée. Les femmes préparent le riz pour le soir et il faut attendre l’ordre de manger qui est aussi donné par l’imam. Les femmes prient après les hommes. Ici, le long du fleuve Sénégal, c’est cent pour cent Musulman. Et aujourd’hui, je suis vraiment entouré de prière car ici c’est un haut lieu Coranique. Dans cette ville de 150 habitants comme dans de nombreux villages, il n’y a pas d’électricité. Ils devraient l’avoir d’ici peu. Ça va énormément leur changer la vie. Le soir, tard, je mange le Tieboudienne avec les hommes, quinze autour d’un plat, à la Sénégalaise. Les femmes, elles, mangent après nous.

     Fin du désert pour Le Sénegal

    On rigole beaucoup du toubab autour du puits

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Ma case au fond en blanc

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Samedi 9 Novembre SEMME > BAKEL 76 KM

     

    ALLA M’A PROTÉGÈ

    Cette nuit je couche à la belle étoile, pour dormir ce n’est pas gagné, toute la nuit les élèves Coraniques prient et chantent le Coran. Sans arrêt l’Imam lui aussi hurle dans les hauts parleurs de la mosquée. Les habitants du village se relèvent à 5 heures du matin pour manger la bouillie. Celui qui m’a invité en profite pour me réveiller, il me dit « rentre à l’intérieur, il fait trop froid », moi qui était si bien, j’ai même transpiré dans mon duvet aidé par le piment du Tieboudienne. Chose étonnante, il me fait dormir dans la chambre qu’il partage avec sa très jeune femme, il dorment dans un vrai lit, ils se sont mariés il y a quelques semaines, moi je dors par terre, du moins j’essaie, à côté de Bamako qui lui aussi a eu le droit à la chambre. Je comprend qu’ils tiennent le coup en période de Ramadan, surtout les hommes, car ils ne font rien de la journée, seules les femmes travaillent, eux dorment en permanence. Je me lève à 8 heures. Sympa. Il m’avait acheté du pain la veille car avec le Ramadan les magasins n’ouvrent pas avant 10 heures. Je me fais mon déjeuner seul avec mon petit réchaud, car eux n’ont pas le droit de manger. Ensuite il faut que j’aille remercier dans l’ordre ; d’abord le Chef du village qui est encore en train d’apprendre le Coran à plein de petits gamins et ensuite au tour des femmes qui lavent tous les plats qui ont servi cette nuit vers le puits pendant que les hommes se reposent. Ensuite, séance photos à leur demande et je repars à 9 heures. Le vent est toujours très fort, je n’imagine pas qu’il puisse y avoir des jours sans.

    Nouveau paysage avec quelques baobabs et de plus en plus de troupeaux énormes de buffles, chèvres et moutons qui traversent la route. A un moment des moutons traversent devant moi, un chien se roule sur la route, en face un camion arrive à vive allure, le klaxonne  enfoncé et il ne ralentit pas, droit sur le troupeau. Au même moment une voiture le double et perd le contrôle, elle tape le camion et rebondit sur moi pour toucher ma sacoche arrière, ça me dévie brutalement sur le terre plein  mais heureusement je ne tombe pas. Je m’arrête et me retourne ébahi, les deux chauffards eux continuent leur route, ainsi que le berger, comme s’il ne s’était rien passé. Celui-ci me demande simplement si je ne suis pas blessé car je suis en train de me tâter de partout pour voir si je suis encore en vie. Incroyable, même ma sacoche n’a rien, pourtant, à 10 centimètres près elle m’attrapait le jambe et je volais en l’air. Je crois que d’avoir fait le Ramadan hier soir et dormi cette nuit au milieu des prières ont dû me rendre service. ALLA à dû faire un petit geste de reconnaissance envers moi ! A midi, je suis hors service, je n’avance pas avec ce satané vent. Je m’arrête boire un Coca, le pneu avant est encore un peu à plat, je regonfle et repart, je n’arriverais  pas si tôt que j’avais prévu à BAKEL . Je trouve un abris de paille qui fait un peu d’ombre pour manger mon sandwich de « Vache qui rit » périmé. Un taxi brousse s’arrête devant, il descend quatre jeunes et un ancien. Ils reviennent de la ville avec des glacières dans lesquelles ils transportent de petits sacs en plastique d’eau glacée ou de Bissap pour le vendre, soit au bord de la route, soit dans les gares routières ou de chemin de fer. Ils viennent me saluer et l’ancien me dit »Je suis français et je travaille à Rouen depuis 28 ans. Maintenant j’ai 60 ans et je suis en demi retraite, six mois en France et six mois ici dans ma famille ». IL me dit en regardant Bamako « ça c’est bonne moto », je lui répond que c’est un vélo, il ne comprend pas. Alors le plus jeune lui explique qu’il n’y a pas de moteur. Il me propose de venir me reposer au village, à 1 Km, ça ne m’enchante pas très bien, car chaque fois que nous traversons un peu de sable Bamako se retrouve à plat. Il m’invite, alors tant pis, je prends le risque. Nous arrivons au village, c’est l’émeute autour de moi, il me présente le chef du village qui est son frère, il m’offre le café (chose peu commune ici) et m’apporte un tapis pour me reposer. Je mange mon sandwich entouré d’une trentaine de gamins. Une jeune, d’environ 18/20 ans s’avance pour me dire bonjour. Il me dit, c’est ma femme. Une autre s’approche aussi, c’est encore sa femme. Finalement j’apprends qu’il en a trois, toutes jeunes et jolies et onze enfants. Pour un demi retraité, c’est pas mal. Lorsqu’il est en France, elles restent toutes ici. Je fais des photos des gamins mais pas des femmes car il me dit qu’il ne faut pas car elles sont toutes mariées et leurs maris ne sont pas là. Une vieille dame me montre une adolescente qui se frotte l’œil qui est tout rouge. Je sors la pharmacie et lui met du Collyre avec beaucoup de difficulté en lui expliquant de ne pas se frotter les yeux avec ses mains sales. C’est peine perdue, elle continue, la vielle vient me remercier, les mains jointes comme si j’étais un sorcier. J’explique tout de même à l’ancien qui parle un peu français le mode d’emploi du Collyre et je lui dit de surveiller son utilisation  mais, apparemment ce n’est pas son rôle.

    Je repars enfin, et ce qui devait arriver arriva, malgré mes chambres spéciales anti-crevaison, je crève, à l’arrière cette fois. Je cherche un coin à l’ombre, pas facile et où il n’y a pas d’épines, encore plus dur car tous les arbres qui font de l’ombre sont des épineux. Je démonte, le liquide à l’intérieur de la chambre sort à travers le trou mais ne durcit pas pour le colmater. Mes rustines tiennent aussi très mal. Je pense que tout ceci est peut-être dû à la chaleur. Tans pis, on verra bien. Quelques kilomètres plus loin ça se dégonfle à nouveau, j’en ai marre ! Je ne vais pas encore redémonter car chaque fois il faut que j’ôte les sacoches, alors je regonfle environ tous les 4 kilomètres, dès que ça fait un peu tirer. Je ne vous explique pas, vent de face plus pneus à plat, il faut y emmener. Il me reste 12 bornes et je n’ai plus d’eau du tout. Je m’arrête dans un village, ni eau ni Coca, alors je roule le plus vite possible. Une dernière grande montée et je vois enfin la pancarte BAKEL , Je n’ai jamais été aussi content ! Je regonfle un coup à l’entrée de la ville et je me dépêche de trouver l’auberge Islam, la seule conseillée sur mon guide. Les chambres sont en haut, avec vues sur la rue, il y a une douche à l’extérieur et un WC turc. Comme dab. l’eau n’arrive pas en haut, alors il faut se laver avec un seau en bas, dans une douche qui fait WC en même temps. Un énorme crapaud profite des éclaboussements. Par contre, il n’a pas l’air d’aimer le savon de marseille. Dans la chambre, des fils électriques se baladent de partout, je m’en sers pour accrocher ma moustiquaire. De gros lézards partagent aussi la pièce. A l’extérieur, beaucoup d’insectes démesurés.

    Dans la campagne avant BAKEL, j’ai vu énormément d’oiseaux, c’est drôle, ce sont les sosies de nos oiseaux européens, mais avec des couleurs différentes et bien plus éclatantes. Pies violettes et bleues, étourneaux rouge et bleus ; merles bleus, violets, etc.…

    J’avais oublié de vous dire, mais vous avez dû vous en douter, la première chose que j’ai faite en arrivant à l’auberge, c’est de boire un bon Coca bien frais. Je réparerai Bamako demain. Ce soir je mange un bon Tieboudienne et ici, c’est super. J’ai trouvé en ville une pomme, et une orange très chères mais ça fait tellement envie. J’ai aussi trouvé une boite d’ananas au jus aussi très chère mais j’en rêvais, dommage qu’elle soit chaude.

    Ce qu’il y a de bien en AFRIQUE, c’est que vous pouvez acheter votre dessert et boisson dans une épicerie à l’extérieur, et les consommer à l’auberge.

    Pour le petit déjeuner vous pouvez acheter dans les épiceries du lait en poudre dans des petits sachets en plastique qu’ils nouent ainsi que le Nescafé et le sucre de la même façon. Vous pouvez aussi faire beurrer vos tartines par l’épicier.

    Le village dans lequel je me suis arrêté à midi s’appelait OURO MBOULELE

     

     Fin du désert pour Le Sénegal

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Le chef du village me raccompagne jusqu’à la sortie

     

    Dimanche 10 Novembre - REPOS BAKEL 

    Journée calme, je fais faire ma lessive par la gamine de l’auberge qui me propose pour 1 000 Frs CFA (1,50 E). Le seul problème c’est qu’elle me demande mon savon de Marseille et me l’a  tout passer, elle en a profité pour laver ses affaires et à dû tout laisser tremper dans le seau. Je trouve un Cyber (pas café) avec un seul ordinateur, ici c’est assez cher. Ensuite je vais chez un marchand de vélo pour lui prendre deux chambres à air crevées pour faire un doublage dans mon pneu, ça devrait me limiter un peu les crevaisons car il y en a marre. Une fois Bamako réparé je me rends au bord du Sénégal pour négocier les prix pour la pirogue jusqu’à KAYES. Les prix déjà diffèrent beaucoup et les horaires aussi. Il y en aurait une qui transporterait du sucre de MAURITANIE, qui partirait à 8 heures. Cela me laisse une journée pour établir mon circuit pour le MALI.

    A l’auberge il vient d’arriver un Toubab (blanc) de 30 ans, le 1er que je vois depuis St LOUIS, il visite le SENEGAL comme beaucoup avec les moyens du bord (bus, taxi brousse, etc.…). Coïncidence, il est jardinier dans une ville comme moi et en a marre comme moi. Merde ! On a parlé de boulot. 

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Lundi 11 Novembre - REPOS BAKEL 

     J’ai   une conjonctivite qui m’agace après l’accumulation des vents de face et de la poussière je pense. Une grande partie de la population a les yeux rouge ici. Heureusement qu’il me reste un peu de collyre. Je me suis fait surprendre en m’en mettant dans les yeux car il était bouillant. J’ai très peur pour la bombe.antiseptique en aérosol car elle subit des températures hors normes. Pour les autres médicaments je ne connais pas l'incidence.

    Aujourd’hui je vais passer une journée tranquille. Le matin de la terrasse de ma chambre j’en prends plein les yeux, c’est toujours le folklore, dans les rues de terre, ânes, poules, chèvres, moutons se mélangent avec les vélos, mobylettes, camions et taxis. Les femmes sont à leurs tâches quotidiennes et les hommes sont encore assoupis. Beaucoup de gamins font la manche  avec des boites de conserves  vides a la main. En chantant le Coran. Après renseignements j’ai appris qu’ils étaient envoyés par des Marabouts, en échange de cela ils leur inculqueraient la bonne parole. A Mon avis il y a certainement encore une grosse déviance à ce niveau là. Cet après-midi je .retourne voir pour la pirogue de demain. Très dur de savoir laquelle va m’emmener et à quel heure car ils sont tous en train de dormir et les informations passent toujours par des intermédiaires. Aux dernières nouvelles je devrais partir à 8 heures du matin et il faut que je vienne ½ heure avant, mais c’est l’Afrique, alors ?

    Dans la rue je fais la connaissance avec le responsable de l’état civil de la mairie. Il m’invite à dîner avec sa famille ce soir. Il se surnomme Samba à cause de son amour de la danse. La ville de BAKEL est jumelée avec APT dans le sud de la France.

    Ce soir me voilà chez Samba qui me présente sa jeune épouse depuis peu qui est enseignante. Par rapport à ce que j’ai vu autour  de moi je sens la  famille assez aisée. Grande maison avec une cour centrale on trouve la télé, belle chambre à l’européenne avec un beau lino et avec un vrai lit, une mini chaîne sur laquelle il me fait écouter toutes les musiques qu’il aime. En les écoutant il ne peut s’empêcher de danser en se déhanchant du bassin. Une chose dans cette pièce nous rappelle qu’on est en AFRIQUE c’est le gros crapaud qui se promène au milieu de celle ci sans que personne n’y prête aucune attention. Sur la terrasse il y en a plein.

    Nous retournons ensuite dehors et malgré que le couple paraissait très moderne, (petits câlins, ils s’enlacent de temps en temps ce qui est rare ici), les traditions reprennent le dessus. Après que nous ayons bu le thé, le gingembre et le bissap, sa femme nous apporte le grand plat de Tieboudienne (riz-poisson) et nous mangeons, les hommes d’abord pour ne pas perdre les bonnes habitudes et toujours en faisant des boulettes de la main droite. Il se moque beaucoup de ma maladresse.

    Samba tient à me faire quelques petits cadeaux, il m’offre des cassettes Sénégalaises et un superbe Boubou africain qu’il lui appartient en guise de souvenir.

                                                                                                                     

     

     

     

     

     


     


     

     

     

     


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  • Jeudi 17 octobre – Repos à Nouâdhibou

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

      

    Ce matin, lessive, lavage Bamako, révision et nouvelles sur Internet. A midi, je mange dans une petite gargote Africaine un Tiéboudienne (riz au poisson). Ensuite, hygiène oblige, je vais me faire faire une petite coupe de cheveux chez un coiffeur Guinéen. J'en profite pour lui demander une adresse pour faire recoudre ma toile de tente. Pas de problème : il m'emmène chez un de ces copains tailleurs qui me répare ça pour une somme symbolique. Ensuite, je cherche un bout de tube creux pour réparer mes arceaux. Je fais une paire de boutique de plombiers sans succès et un jeune black vient vers moi puis me guide chez des quincailliers. On en fait au moins une dizaine sans rien trouver. Alors, je lui dis en plaisantant "il faut absolument que tu me trouves de quoi réparer car on m'a assuré qu'en Mauritanie tout était possible" ; ça l'a bien fait rire et finalement, à force de chercher, nous trouvons ce qu'il me faut. Je lui propose de lui offrir à boire. Il refuse et me dit "c'est toi qui viens chez moi. J'habite seul, je suis plombier à mon compte car avant j'étais exploité par un patron et les blacks ne sont pas respectés ici. Alors j'ai préféré travailler pour moi". Il me présente son apprenti et lui glisse un billet pour sa journée. Ici, les billets se mettent dans les poches et sont dans un très mauvais état. Ils sont tous recollés plusieurs fois, parfois avec de l'adhésif noir ou bien on vous donne les deux morceaux séparés, en vous montrant que les numéros sont bien identiques. Nous montons ensuite chez lui, il se surnomme "hibou". Il est d'origine sénégalaise mais né à Nouakchott. Il adore le sport mais ici, il n'y a aucun équipement. Alors, il se lève le matin à six heures pour courir avant de partir au travail. Il m'explique que son plafond s'est écroulé un peu hier. En effet, le plâtre s'est détaché sur deux mètres de diamètre mais ça ne l'affole pas plus que ça. Il me présente ses voisins et copains, qui viennent tour à tour dans cette petite pièce qui lui sert de chambre et de cuisine, où se trouve une minichaîne car il est fan de bonne musique (et surtout de reggae). Il fait le thé pour tout le monde et me sort l'album photo pour me présenter toute sa famille. Puis nous nous donnons rendez-vous pour manger ensemble demain car c'est son jour de repos. En Mauritanie, la semaine commence le dimanche. Ce soir, je mange avec le Breton, dans un petit resto tenu par une Maïté marocaine, très gentille. En ville, c'est encore plus folklo que le Maroc, les taxis sont des R12 ou des R4 encore en plus mauvais état, on se demande comment ça roule. Les rues ne sont pas goudronnées. Avec les voitures se côtoient ânes, chèvres et moutons, qui se nourrissent des papiers gras et plastiques qui traînent de partout. Pendant que j'écris du camping, je suis en même temps en train d'exterminer des fourmis grosses cinq fois comme les nôtres. Je n'ai pas envie de me faire dévorer cette nuit mais plus j'en écrase, plus il y en a. Ensuite, en discutant avec mon compagnon de route, nous décidons d'un commun accord de ne plus continuer à rouler ensemble car nous n'avons pas la même vision des choses. Comme quoi, pour partir à deux, il doit falloir vraiment bien se connaître.

    Vendredi 18 octobre – Repos à Nouâdhibou 

     

    Aujourd'hui, je pars avec Bamako, sans ses sacoches, en direction de la plage, pour découvrir un immense cimetière de bateaux fantômes. C'est impressionnant, il y en a des centaines dans la Presqu'île, à moitié immergés ou couchés sur le flanc, suivant la marée : quel gâchis ! Le soir, je me rends chez mon ami "hibou", on boit le thé obligatoire, un peu de musique et il m'emmène à un restaurant Libanais manger un couscous au dromadaire. Lui ne prend qu'un sandwich. Ensuite, c'est la tournée de toutes les familles black de sa connaissance. Nous nous rendons chez un de ses amis de travail, qui me demande comment va la France. Nous retirons nos chaussures et entrons dans une pièce. Sur le sol recouvert de tapis, sept hommes assis en tailleur mangent tous dans la même gamelle, de la main droite, un mélange de viande et de pâtes. Hibou me fait signe de les contourner par la gauche et de venir m'asseoir. Aucun ne nous jette un regard, imperturbables. A côté de nous, à part, une vieille femme égraine un chapelet. Et trois bébés sont couchés à même le sol. Une fois le repas terminé, les hommes s'installent sur des coussins, pour regarder une vieille série télévisée. Personne ne parle. De temps, en temps, un petit rire en rapport avec le feuilleton... Et, mon copain, qui a dû se rendre compte que ça m'ennuyait un peu, me propose de partir. Nous sortons comme nous sommes entrés, sans aucune réaction de la salle. Une fois sorti, il me dit "dans le lot, il y avait un frère à moi" (surprenant, ils ne se sont même pas parlés). J'ai su ensuite que son père était marabout et qu'il avait plusieurs femmes, donc beaucoup de demi-frères et sœurs. Nous allons ensuite dans une petite cabane marquée "Cafétéria", vers un autre copain à lui, où il prend son petit déjeuner du matin. Sur des étagères en planche, des centaines de petites boîtes de Nescafé, du lait en poudre et des œufs dans une crasse incroyable. Des vieilles pages de magazines jaunies accrochées au mur... Et ici, on peut prendre café, thé ou manger une omelette. Nous continuons notre périple tard dans soirée jusqu'à ses voisins, dans une toute petite pièce où ils vivent à dix. Tapis de partout au sol et tentures sur les murs. Des rideaux font office de séparation. On boit le thé à la menthe et discutons en même temps que la télé joue. De temps en temps, une blatte traverse la pièce sans inquiéter personne. Tous les gens qui vivent dans ce petit immeuble sont locataires et c'est "Hibou" le responsable. Tous les voisins lui donnent l'argent qu'il remet lui-même au propriétaire. Avant de me dire au revoir, il me donne une adresse de sa famille à Nouakchott, pour me faire héberger. De retour au camping, super, il y a un concert de djembé pour finir la soirée. Cette nuit, je décide de coucher à l'extérieur, dans le hamac. Car dans la tente Maure, nous nous faisons dévorer par les puces de sable, cafards et fourmis.

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Mon ami Hibou

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Cimetière de bateaux

    Samedi 19 et dimanche 20 octobre - Transfert Nouâdhibou -> Choum (400 Km en train) et Choum -> Atar (120 Km en 4x4)

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Le plus grand train du monde et gratuit en plus si vous réussissez à monter

    dans un wagon benne !

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    C'est parti pour 400 km en plein désert !

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Chech obligatoire avec la poussière

     

    Ce matin, j’apprends que les musiciens d’hier soir se sont fait confisquer tout leur matériel de musique par la police car ici, il leur fallait une autorisation spéciale du préfet (imaginez une rave partie en Mauritanie !). Je vais faire quelques provisions pour aller prendre le plus grand train du monde, qui doit partir en principe à 15 heures pour m’emmener à Choum. Une cabane en béton, qui était un ancien contrôle de police fait office de gare. Dans ce vieux dépôt, des femmes et des enfants vendent quelques friandises, bouteilles d’eau et coca, des petits sacs en plastique remplis d’eau fraîche ou de bissap avant d’être noués. Ça se vend énormément ici car ce n’est vraiment pas cher et désaltérant. On perce un angle du sac avec les dents pour aspirer le liquide. Le bissap est une boisson sénégalaise d’une couleur rougeâtre, faite à base d’une fleur qu’on fait macérer dans l’eau sucrée. Les Africains attendent le convoi depuis le matin alors que l’heure de départ annoncée n’est jamais respectée ici. Dans le meilleur des cas, c’est plusieurs heures de retard. Ils sont très patients. On fait le thé, on discute, tout le monde s’étale le long des voies. Des ânes avec leurs charrettes, surchargés, font plusieurs voyages jusqu’aux rails, en évoluant très difficilement dans le sable. Et, au lieu de pousser la charrette pour les aider, on les tape tant qu’on peut. On voit de tout : sacs de céréales, frigos, chèvres, tout ce que l’on peut imaginer. A 15h30, le train arrive plein de minerais ; il est impressionnant. Ce train, unique au monde, compte 200 wagons pour deux kilomètres de long. Il y a plusieurs locomotives en tête ainsi qu’à l’arrière pour pousser. Il vient de Zouerate, à 650 kilomètres d’ici et il n’y a qu’une seule voie. Après avoir été vidé de tout son contenu, il revient devant nous et, tellement il est long, on dirait qu’il ne va jamais s’arrêter. Il y a seulement deux wagons de voyageurs en queue de train. Tous les autres sont des wagons de transport et sont gratuits. Pour monter dedans, il y a une échelle mais c’est très haut. Heureusement, le Breton est venu m’aider pour voir en même temps comment ça se passait. Ce sera son tour dans quelques jours. Un routard Espagnol qui parle assez bien le français et se rend au Burkina Faso avec seulement un sac à dos (car il voyage avec les moyens locaux) monte aussi avec moi. On se fait passer Bamako et les bagages puis nous aidons des Mauritaniens, qui nous font passer d’énormes ballots de sacs de toiles vides. Une jeune fille, d’environ quinze ans et son petit frère accompagnent ces bagages. Il y a énormément de poussière au sol et contre les parois. Dans le wagon, d’un côté on fait du thé sur un petit réchaud, c’est le folklore. Le train, sans aucun avertissement, démarre alors que des bagages circulent encore. Et, c’est parti dans des grincements et un nuage de poussière. Incroyable ! Il prend de la vitesse et c’est ensuite la poussière de sable qui s’élève au-dessus du convoi. Pour voir le paysage, il faut jongler d’un côté à l’autre, suivant la direction du nuage. Je mets Bamako sur le dos pour qu’il ne tombe pas et, heureusement que j’avais mis les protections sur les sacoches. Au début, on fait attention de ne pas se salir. Ensuite, c’est peine perdue car nous sommes tous noirs. Alors, on se couche par terre pour essayer de se reposer mais il ne faut pas compter dormir car, de temps en temps, des chocs brutaux vous rappellent à l’ordre. On dirait que tout déraille. Au début, c’est vraiment impressionnant. Lorsqu’il tourne, nous n’avons plus la fumée et nous voyons la tête du train. C’est superbe, au milieu d’un paysage complètement désertique, avec ses dunes de différentes couleurs. De temps en temps, une petite oasis, des campements de nomades ou un petit village perdu au milieu de rien. Quelquefois, au bord de la voie, des wagons pliés et des rails tordus nous montrent que ça déraille parfois ! De temps en temps, il s’arrête vers des petits villages mais sans jamais s’annoncer, autant pour l’arrêt que pour le départ. Alors, il ne vaut mieux pas descendre pour se dégourdir les jambes. Pour la pause pipi, c’est dans le wagon, pas le choix ! La jeune qui est avec nous, sans aucune gêne et tout naturellement, s’accroupit dans un angle et laisse s’écouler un petit ruisseau, heureusement vite recouvert par la poussière. Il paraît que dans le wagon passager c’est encore pire car il y a plus de monde. En soirée, la fatigue nous gagne et chacun essaie de s’allonger comme il peut. Je me mets sur le dos, comme Bamako, dans une position très inconfortable, une moitié sur les sacoches et l’autre sur la ferraille. J’ai faim. Je fais une tentative de sortir un sandwich mais je me rends compte qu’il y a autant de poussière à l’intérieur de mes sacoches qu’à l’extérieur, alors tant pis. Le convoi s’arrête dans deux ou trois petites gares dans un fracas indescriptible et, à peine cinq minutes, et ça repart. Nous ne savons même pas où l’on est. Tout à coup, nous sommes à moitié endormis puis, un autre arrêt me rappelle à l’ordre. Il est une heure du matin. Un peu inquiet, je réveille l’Espagnol et les deux jeunes Mauritaniens car je pensais qu’ils connaissaient les villages. Et, personne ne peut nous dire où l’on est. On regarde par-dessus le wagon. Quelques 4x4 viennent de la queue de train mais pas de bousculade. Donc nous pensons que nous ne sommes pas arrivés à destination. Dans le doute, l’Espagnol descend quand même voir et, tout à coup, je le vois revenir en courant, en me hurlant « Choum, Choum, Choum ». Alors que ça commence à démarrer, affolé, je lui passe vite Bamako. Je jette toutes mes sacoches d’en haut, son sac à dos mais le train. Commence à prendre de la vitesse alors, je saute vite de toute la hauteur et fais un superbe roulé boulé au bord des rails ! Je me demande comment je ne me suis rien cassé (me faire ça, à mon âge !). Ensuite, la jeune fille nous appelle. Elle n’arrive pas à descendre. Son frère, lui, s’est débrouillé. L’Espagnol est déjà remonté entre les deux wagons et me la fait passer tête en bas ! Là, c’était trop chaud, on a pris beaucoup de risques. Par contre, tous leurs bagages sont restés dedans. Enfin, on s’en tire quand même bien !

    Maintenant, c’est une autre aventure : le harcèlement des chauffeurs de 4x4 commence. Car, pour aller à Atar, il y a 120 kilomètres de piste apparemment impraticable en VTT. Un ancien évalue tous les bagages à l’œil et annonce les prix. Pour moi, il a beaucoup de prétention et m’annonce une valeur dix fois supérieure à celle annoncée sur mes guides touristiques. Pour l’Espagnol et son pauvre sac à dos, c’est la même ! Alors, nous sommes très solidaires et nous lui faisons comprendre que ce n’est pas parce que l’on est Européens que l’on doit payer pour les Africains, que nous ne sommes pas pressés et que nous allons camper ici. Après une heure de prise de tête, il nous fait dire que c’est bon, nous avons gagné. Ensuite, encore une heure pour tout charger. Bamako est attaché à l’arrière et nous, nous sommes une quinzaine sur les bagages ; l’Espagnol et moi en équilibre car les Mauritaniens et niennes ont déjà pris leur aise en squattant les meilleures places. J’ai une fesse sur un sac, l’autre sur un jerrican, les pieds d’une fatma sur moi, la fumée d’un ancien dans la tronche et les pieds dans le vide, que je suis obligé de vite retirer car, à plusieurs reprises, les buissons ont frôlé la carrosserie. Dans une position inconfortable, à un moment, je prends une super crampe à la cuisse et, comme je peux, j’étire ma jambe, qui arrive sur la fatma qui m’insulte dans sa langue ! Ces 120 kilomètres m’ont paru interminables, avec cette piste de tôle ondulée, de sable et de rochers. Nous arrivons enfin, à 5h30 du matin et il nous pose n’ importe où au milieu d’Atar. L’Espagnol et moi, autant fatigués l’un que l’autre, sommes paumés. Il nous faut trouver le camping Bab Sahara, dans lequel nous avions prévu d’aller. Comme le messie, un black arrive à pic et nous propose ses services. Quelle chance, en se rendant à son travail, il tombe sur nous par hasard. Il nous annonce déjà que le camping que nous cherchons est fermé car les propriétaires sont partis mais qu’il connaît la meilleure auberge de la ville, qui fait aussi camping, et la moins chère. Tellement fatigués, nous le suivons tel des robots. Mon compagnon n’arrive plus à porter son sac. Il le pose par-dessus les sacoches de Bamako qui, lui, très costaud, porte 15 kg de plus sans rechigner. Et puis, au moins un kilomètre plus loin, nous arrivons enfin à son camping auberge, autour d’une véritable décharge. Ça sent très mauvais et nous sommes attaqués par les mouches. Le patron, sûr de lui, nous annonce un prix trois fois plus cher que ce que nous devions payer. En plus, il est déjà 6h30 et il veut nous compter une nuit. Nous demandons à voir les douches, il n’y en a pas. Alors, prise de gueule avec l’aubergiste qui nous dit qu’on ne trouvera jamais mieux ailleurs. Et, lorsqu’il aperçoit mon guide du routard à la main, il me dit que les guides sont faux car ils ne passent même pas de partout : "la preuve, il n’est même pas dessus !". Nous envoyons ensuite balader le faux guide qui avait en plus le culot de nous raccompagner en direction du camping que nous cherchions alors qu’il nous avait affirmé qu’il était fermé. Nous nous débrouillons donc seuls, avec le plan et, à sept heures, nous arrivons enfin et les propriétaires sont bien là. Après avoir pris un bon petit déjeuner, il me faudra deux douches pour enlever toute la saleté. Et, je vide toutes mes sacoches, pleines de poussière, pour laver mes affaires une à une. Ensuite, toilette de Bamako. J’avais eu la mauvaise idée de le laver et l’huiler avant de prendre le train (catastrophe). Le camping se nomme Bab Sahara et les propriétaires sont Germano-néerlandais, lui connaît très bien le désert alors, je lui demande pleins de conseils pour la suite de mon périple. L’Espagnol, lui, est mal en point et dort toute la journée. Le soir, je mange avec trois jeunes bretons qui descendent très souvent en Afrique pour vendre des vieilles voitures. Nous mangeons l’équivalent d’un euro dans une petite gargote sénégalaise mais, il ne faut pas trop être regardant ! Au camping, 45 degrés à l’ombre et, le soir, à 23 heures, il fait encore un air chaud insupportable. Avant de dormir, je prends une bonne douche froide qui, ici, est tiède ! Et, avec la fatigue, je passe quand même une très bonne nuit.

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Lundi 21 octobre - Repos à Atar 

     

    Très très chaud, comme hier. A midi, je mange dans une gargote Malienne pour moins d’un euro. Puis, tout à coup, je vois passer en vélo mon ex compagnon de route, le Nantais. Il est tout noir et il a l’air anéanti lui aussi. Je l’appelle et lui demande s’il va au même camping que nous. Et non, car un gamin lui a proposé une chambre chez lui. Je l’ai revu en fin d’après midi. Lorsqu’il est retourné dans sa chambre pour prendre des affaires, il y avait une chèvre à l’intérieur car ça correspond avec des autres bâtiments. Et, quand il a voulu prendre une douche, il n’y avait pas d’eau, comme souvent ici. Lui qui croyait faire une affaire en payant moins cher ! L’Espagnol, quant à lui, est encore resté couché toute la journée. Ça ne va pas fort pour lui, il a l’air très fatigué et pense avoir la fièvre. Ce soir, je ne suis pas encore décidé, je ne sais pas si je repars demain car il fait vraiment trop chaud.

    Mardi 22 octobre - Repos à Atar

    La température est toujours très haute et, au camping la journée, il n’y a qu’une terrasse à l’ombre mais rien pour se reposer. Et, dans ma tente, il doit faire au moins 50 degrés. En ville, incroyable, tout le monde me connaît déjà. Un groupe m’appelle pour boire le thé avec eux, assis au bord de la route, à l’ombre. On discute une bonne heure. L’un d’eux rêve d’essayer Bamako. Je le lui laisse, il n’en peut plus. Très fier, il passe devant tous ses copains. Il n’en revient pas de n’entendre aucun bruit en roulant, car les leurs grincent beaucoup (normal, ils ne les entretiennent pas). En arrivant, il se prend une super gamelle car il a oublié d’enlever les pieds des cales pieds. Le soir, on se retrouve avec le Breton pour manger soit dans une gargote Sénégalaise, soit dans une Malienne, pour 150 à 200 ouguiyas (moins d’un euro, difficile de trouver moins cher). La boisson est plus chère que le repas. En Mauritanie, l’eau est plus chère que le gasoil. Je décide de partir demain alors, je prépare Bamako. Et, ce soir, c’est la course au change car je n’ai plus un rond. Ici, personne ne veut mes travellers chèques en dollars. Mais, ils adorent l’euro. Et, inutile d’aller à la banque car de partout, on vous propose de les changer au noir et à un taux bien plus intéressant que dans les changes officiels. Je voulais aussi envoyer la carte d’anniversaire d’Alexandra, qui est née le 23 octobre mais pénurie de timbres depuis plusieurs jours. Téléphone en panne sur toute la ville et, le seul club Internet a brûlé (Peut-être un virus africain). Alors, je remplis les cartes et les donne à la gérante du camping qui les enverra dès qu’il y aura des timbres (elle aura peut-être un an de plus quand elle la recevra !

    Mercredi 23 octobre (bon anniversaire Alex) - Atar -> direction akjoujt (135 Km)

    Cette nuit, j’ai dormi sur une terrasse, c’était super. Dommage que je ne l’aie pas vue avant. En plein air, j’étais beaucoup mieux que sous la tente et il y a moins de bestioles. Le matin, départ assez tôt mais la chaleur vient très vite. Je fais à peine quelques kilomètres et déjà un contrôle de police. Ils me disent que cinq minutes devant moi, il y a un Français. Décidément, nous nous suivons toujours, nous qui avions décidé de ne plus rouler ensemble ! Enfin, à l’allure qu’il doit filer, je ne devrais pas le rattraper.

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Très beau paysage : désert de pierres entouré de montagnes, dunes de sable. De temps en temps, avec des couleurs superbes, quelques petites montées. Ensuite, du faux plat et, par la suite, un désert de sable avec quelques épineux, des huttes en paille et des maisons carrées en terre qu’on dirait désertées si l’on ne voyait pas de temps en temps quelques chèvres, dromadaires et hommes en djellabas bleues. L’eau des gourdes est brûlante et je prends un super mal de tête.

    Je mouille mon gant de toilette que je glisse sous ma casquette mais ça sèche en quinze minutes. 75 kilomètres et enfin une espèce de station, avec deux postes d’essence tout rouillés. Et, à côté, une cabane en tôle avec quelques boissons et une épicerie. Je rêvais d’un Coca, il est bouillant. J’achète de l’eau, elle est très chère, bien plus qu’à Atar. J’ai su après qu’il y avait un puits à 100 mètres. Puis, des nomades m’appellent sous leurs tentes de l’autre côté de la route, pour m’offrir les trois thés traditionnels. Je me rends ensuite plus loin ; il y a un château d’eau avec un abri en tôle.

    Que vois-je ? Mon ex-compagnon de route qui se repose ici. Tous les deux surpris, nous mangeons ensemble et essayons de nous coucher un moment à l’ombre des tôles, en nous mouillant régulièrement avec l’eau du puits. Puis, comme il n’y a qu’une seule route, nous décidons de repartir ensemble. C’est fait, nous démarrons sous un soleil brûlant jusqu’à la tombée de la nuit. Nous avons alors fait 136 kilomètres et un 4x4 Mauritanien s’arrête à nos côtés et ils nous demandent si nous voulons monter avec eux jusqu’au prochain village à 20 kilomètres. Ils nous offrent le thé. On leur demande combien ça va nous coûter, ils nous disent « rien » ! Car, avec le tourisme, les mentalités changent et ils ont maintenant la réputation de faire payer tous les services. Ils attachent nos vélos sur le toit, où nous montons aussi, les deux jambes devant le pare-brise. Et c’est parti ! Le meilleur c’est qu’en roulant, le passager nous fait passer les trois thés à tour de rôle sur le toit, en tapant chaque fois sur la carrosserie pour nous avertir ! (Je crois que les situations comme ça, ça n’arrive pas tous les jours !). En pleine nuit, il nous dépose vers une soi-disant auberge. Il y a quelques militaires armés jusqu’aux dents et une vieille femme qui nous apporte une gamelle d’eau : elle est marron. Nous faisons semblant de boire. Nous décidons de nous faire nous même à manger lorsqu’elle nous annonce le prix de la viande.

    Nous nous couchons ensuite derrière un vieux mur. Un instant après, des dromadaires viennent nous sentir. Ensuite, des vaches bossues passent à côté de nous en beuglant. Et, dans la nuit, des 4x4 pleins à craquer de chèvres et de femmes viennent se garer à côté de nous. Les hommes vont boire le thé et laissent les moteurs tourner. J’ai la fumée d’échappement dans le nez. Les fatmas s’installent par terre, pas très loin de nous, sur des nattes. Elles parlent et rigolent  beaucoup sur notre compte, avant que tout le monde redémarre, sans aucune discrétion. Ajoutez à cela des chiens qui ont aboyé sans arrêt et voici encore une nuit blanche!   

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Self service en plein désert !

    Jeudi 24 octobre - direction akjoujt -> direction Nouakchott (150 Km) 

     

    Il a fait énormément de vent cette nuit et nous sommes pleins de sable. Nos vêtements sont très sales, nous voulons nous laver, allons vers un puits à proximité mais l’eau est marron aussi. Alors, nous repartons pour akjoujt qui n’est plus qu’à 20 kilomètres, pour acheter vivres et boissons. Nous rêvons de frais, yaourt, fruits …mais, en Mauritanie, il n’y a pas grand chose à part dans les grandes villes. Et c’est très cher car tous ces produits viennent des pays voisins. Au bord de la route, un énorme camion est arrêté et trois Mauritaniens nous appellent et nous offrent le thé avec du très bon pain. Ça tombe bien, nous n’avions pas pris de petit déjeuner. Nous nous rendons ensuite à akjoujt, petite ville concentrée autour d’une mine d’or mais très pauvre. Celle-ci ne doit pas profiter aux habitants mais certainement à quelques sociétés étrangères. Nous buvons enfin un coca frais, quel pied ! Devant nous, un gamin d’environ quinze ans, légèrement handicapé mental, se fait embêter par les petits qui lui jettent des pierres pour qu’il leur courre après et ça les amuse. La vie n’a pas l’air toute rose ici. Les enfants jouent avec des pneus qu’ils poussent ou quatre petites roues en bois qu’ils poussent au bout d’un manche. Nous mangeons à midi dans une gargote, après s’être allongé sous un abri en tôle et bâche (ils appellent ça une auberge). Des nuées de gamins sont en admiration devant nos vélos mais sont chaque fois rejetés par les commerçants qui leur jettent même des pierres. Ensuite, on nous offre le thé et nous nous allongeons avec d’autres mauritaniens, à l’ombre, sur des tapis, devant une épicerie. Vu la canicule, nous allons essayer de nous reposer jusqu’en fin d’après midi et de rouler ensuite de nuit car elles sont très claires en ce moment. Nous repartons finalement à 16h30, de sorte que demain il ne nous reste plus que 150 kilomètres environ pour arriver à Nouakchott. Nous roulons jusqu’à la nuit mais elle est trop noire, nous n’y voyons plus rien. Alors nous nous arrêtons pour manger dans une vieille carcasse de voiture. Nous avons allumé une bougie et deux fois, des véhicules avec des gens du pays sont venus jusque devant nous pour voir ce qui se passait. Nous décidons enfin de repartir, moi devant avec ma lampe frontale pour éclairer et lui à l’arrière, avec mon petit phare rouge que j’ai installé sur son vélo. Beaucoup de voitures en face car c’est la veille du week-end ici. Et on se rend de Nouakchott à Atar. Nous roulons vraiment à l’aveuglette et trois fois je quitte la route et frôle la gamelle ! Vers les 22 heures, la lune se fait enfin voir et nous voyons plus clair. Alors, nous continuons jusqu’à 23h30 et dormons à la belle étoile.

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Tempête de sable

    Vendredi 25 octobre - Direction Nouakchott -> ville de Nouakchott

    (147 Km) 

     

    Nous partons assez tôt, à huit heures. Il y a une toute petite station avec une espèce d'épicerie dans une cabane en tôle mais il n’y a pas grand chose à part de l'eau. Pas de pain, juste une boîte de « Vache qui rit » qui devra faire la journée car plus rien avant Nouakchott. Du désert, que du désert, quelques dromadaires, quelques maisons carrées en terre, personne a l'extérieur. Tout le monde se tient à l'ombre sauf nous (ceux qui nous voient doivent vraiment nous prendre pour des fous). Nous buvons énormément. Nous voulons faire le maximum le matin mais nous sommes en train de payer les kilomètres d'hier, les jambes n'avancent plus. J'ai déjà bu cinq litres d'eau il ne me reste plus qu'un demi-litre. Je n'en peux plus, je rêve d'un coca frais. Plusieurs fois, nous nous sommes arrêtés vers des puits mais l'eau était très sale, avec des petits animaux crevés flottants à la surface (obligé ils ne les recouvrent pas). Plus loin, un homme et ses deux enfants sont allongés à l'ombre de leur camion, il nous fait signe. Il est vraiment le bienvenu car il nous offre le thé. Il nous donne de l'eau fraîche qui a un peu le goût du gasoil car elle est dans un bidon qui devait en contenir avant mais, tant pis, ça fait tellement du bien. Il nous indique qu'il y a un campement militaire à trois kilomètres avec de l'eau. Épuisés, nous restons avec lui encore quinze minutes, allongés sur le sol et décidons d'y aller avec tout de même un petit doute car ici, les kilomètres il n’en connaissent pas trop la valeur. Lorsque vous demandez une ville, un coup c'est 40 kilos, un coup 200, un coup 120 (et oui ils parlent en kilos) et ils n'ont pas du tout la notion des distances et du temps. Certains croient que l'on est parti de France il y a trois jours. De même, dans deux stations, alors que nous demandions de l'eau, ils nous demandaient gasoil ou essence ? Difficile de leur faire comprendre qu’il n’y avait pas de moteur ! Beaucoup de questions aussi sur les vitesses, le compteur et l'antivol. Enfin, nous repartons et celui là m’a fait mentir car, en effet, un peu plus loin, il y a un petit campement. Nous nous avançons vers les militaires armés jusqu'aux dents, ils nous saluent. Nous voyons un joli coin à l’ombre et y allons direct mais ils nous stoppent de suite en nous disant « pas là, c'est un site militaire, allez vous mettre sous l'arbre plus loin ». Ils nous donnent de l'eau fraîche et nous voila partis à pousser nos montures difficilement dans le sable pour se rendre sous un arbre en bois mais sans feuilles, juste avec des épines et un ombrage très léger. Nous n'avons même pas le courage de manger, nous n'avons que soif. Et, avant toute chose, nous nous allongeons pour essayer de nous reposer mais impossible avec les mouches et les fourmis très voraces avec, ici, trois espèces : des noires géantes, des grises métallisées (je ne sais pas la marque) et des rouges. Un black, qui a l'air d'être leur boy, nous apporte les trois thés et nous demande si nous voulons des biscuits. Impossible, nous n'avons vraiment pas faim, nous ne faisons que boire de l'eau qui, en dix minutes, est bouillante. Nous rêvons encore de boissons fraîches, yaourts, oranges, fraises, cerises, pêches, poires etc. Il n'y a rien de tout cela en Mauritanie. Notre repas de pique-nique ne change jamais : « vache qui rit », thon et du très bon pain lorsqu'il y en a. Nous restons allongés et, à 16 heures, nous essayons de nous forcer à manger car il nous reste 50 kilomètres. Le pain ne passe pas, juste la « vache qui rit ». Nous décidons de partir à 17 heures mais avant, nous allons vers le black faire le plein d'eau au puits et on lui demande de nous verser des grands seaux d'eau sur la tête, c'est tellement bon. Ensuite nous repartons sans conviction, en buvant et s'arrosant sans arrêt la tête. Je rêve d'arriver au plus vite dans cette foutue ville. Nous peinons, à peine à 20 Km/h de moyenne et puis, nouveau contrôle de police avec tout le tralala. Une meute de chiens a essayé de nous bouffer avant celui-ci et qui, heureusement, n'ont pas du nous trouver assez gras. Puis, l'éternelle question : est-ce que vous vendez vos vélos ? (Ici, ils n'ont pas d'argent mais ils veulent tout acheter). Puis, de nombreuses tentes de nomades, beaucoup de dunes et la nuit qui commence à tomber. Il est 20 heures lorsque nous arrivons en ville et nous nous ruons dans la première épicerie pour acheter un coca bien frais que nous vidons assis sur le trottoir. C'est incroyable : en écrivant ces lignes, je reprends soif. Nous trouvons ensuite un camping, une douche malheureusement pas assez froide. Nous allons manger pour la valeur d'un euro dans une rue où se baladent des troupeaux entiers de chèvres au milieu des voitures, des ordures et des magasins. Dès que nous avons fini de manger, le serveur débarrasse la table en jetant tout dans la rue (canettes en fer, serviettes, restants etc..) : c'est ça la Mauritanie.

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Plage de Nouakchott

    Samedi 26 octobre  - repos à Nouakchott 

    Premier travail de la journée : lessive car affaires très très sales. Ensuite, je vais faire un tour en ville, où l’on voit les scènes les plus insolites que l’on puisse imaginer. Entre l’état des voitures, leurs chargements, les troupeaux de chèvres et les ânes qui se baladent au milieu de la circulation ou en plein marché, il faut vraiment le voir pour y croire. Je vais sur Internet, dans une salle aménagée dans le hall d’un hôtel car depuis Nouâdhibou je n’ai pas pu donner de nouvelles et j’en connais qui vont s’inquiéter. Je tape un grand message et malheur, comme à Tan-Tan, panne d’électricité générale. Tout est effacé, je suis écœuré. Il me dit que ça arrive très souvent alors je retenterai ma chance cette après midi si tout est remis en ordre. Nous mangeons avec le Breton dans une gargote Africaine. Il ne faut pas trop inspecter les cuisines (j’imagine un gars de la répression des fraudes, vous savez, ceux qui contrôlent l’hygiène dans nos restaurants et magasins ; ici, il se suicide sur place !!). L’eau est servie dans des bouteilles de White spirit (rincées). Ça fait bizarre…mais ce qu’il y a dans l’assiette n’est pas mauvais.

    Dimanche 27 octobre  - repos à Nouakchott (45km : plage aller-retour) 

    J’ai passé une bonne nuit. Ce matin, je commence le traitement préventif pour le paludisme car il y a quelques moustiques et bientôt le Sénégal. Cette après midi, je vais à la plage avec mon compagnon de route, le temps est légèrement couvert mais l’eau est au moins à 20 degrés. L’océan, tout le long de la côte, est très dangereux. Il ne faut pas trop s’éloigner car ça tire vers le large. Sur la plage, il y a plein de trous dans le sable. Et, lorsque nous nous allongeons sur la serviette et que c’est plus calme, de partout des crabes jaunes sortent de ces orifices et courent dans tous les sens. On s’amuse à lancer des coquillages, ils se jettent dessus. Je ne tenterai pas de dormir une nuit au bord de l’eau ! Un black d’une carrure impressionnante vient vers nous avec un grand bâton qu’il avait laissé planté dans le sable. Je lui demande ce que c’est. Il me dit qu’il pratique des arts martiaux. Je lui réponds alors que c’est inutile car lorsqu’on le voit, on n’a pas envie de l’embêter !! Il nous raconte toute sa vie ; qu’il est d’origine sénégalaise et qu’il est pêcheur de petits requins. Il vend les ailerons aux Asiatiques (because aphrodisiaque, comme tout ce qui va en Asie). Il nous dit que les Mauritaniens ne savent pas pêcher, que toutes les pirogues ici sont à des Sénégalais. A ses heures perdues, il apprend la magie noire (normal, il n’est pas blanc). Et il pratique déjà le désenvoûtement et ça marche. Il a vu Dieu en se concentrant et il lui a donné une mission. Tout ça raconté avec son parlé et son accent, nous avons passé une superbe après midi ! Ce soir, je me rends à l’adresse de la famille de mon pote « Hibou », connu à Nouâdhibou. Heureusement que j’avais fait le repérage ce matin car leurs adresses sont très vagues. Ils m’avaient dit qu’ils habitaient dans une ancienne mosquée mais ici, ce n’est pas ça qui manque ! Je suis accueilli de suite à bras ouverts ; il leur avait téléphoné avant. Après le lavage des mains rituel, je mange avec toute la famille, assis en tailleur autour d’un plat succulent de pommes de terre, avec une cuisse de poulet bouillie et sa sauce. Et, de la main droite s’il vous plait (j’en ai laissé tomber pas mal sur le tapis mais il faut bien apprendre !!) Nous discutons beaucoup de la vie ici et je suis invité à venir leur dire adieu avant de repartir de la ville.

    Lundi 28 octobre  - repos à Nouakchott (45km : plage)
     

    Re plage cette après midi. Le temps est encore couvert mais il fait très chaud et s’il y avait un drapeau, il serait vert. Le Breton est venu avec moi mais il a quitté le camping ce matin pour loger dans une famille pour payer un peu moins cher (mais en prime cafards et pas de douche). C’est drôle, depuis que nous nous sommes retrouvés ensemble en plein désert et malgré beaucoup de choses que nous n’avons pas en commun, nous nous entendons bien (comme quoi la galère rassemble les gens). Nous sommes assez différents, nous n’avons pas la même vision du voyage (je n’ai d’ailleurs pas compris la sienne !). Et, il est très économe. Mais c’est sûr que c’est un gars bien car, comme moi, il n’aime pas voir tabasser les animaux, il ramasse ses ordures et surtout, il aime Renaud (le chanteur). Ça va me faire bizarre de me retrouver seul car nous avons traversé des épreuves difficiles ensemble et partagé beaucoup de repas. Ça y est, je m’ennuie déjà. Et, c’est sûr, je repars après demain, le temps de régler mes problèmes d’argent. Cette après midi, la dernière que nous passons ensemble, nous allons voir les pêcheurs, avec des pirogues de toutes les couleurs, qui passent la première vague en les poussant à plusieurs (vu à «Thalassa»). Les femmes, habillées de robes aux couleurs éclatantes, attendent leur arrivée et se ruent, «à qui achètera la première les meilleurs poissons», qu’elles emmènent dans des énormes bassines portées sur la tête. Ce soir, je m’ennuie un peu alors je discute beaucoup avec un Mauritanien de la région de Bogué, près du fleuve Sénégal, qui travaille au camping. Il me parle de son gouvernement qui ne fait rien dans aucun domaine, que ce soit pour le sport, les jeunes ou le travail : si tu ne connais pas quelqu’un de bien placé, tu n’as pas un bon boulot, malgré tes diplômes. Ils n’ont en plus aucune couverture sociale. Si tu n’es pas en bonne santé, tu ne peux pas travailler et te tu te retrouves à la rue. Si tu tombes malade, c’est la famille qui se cotise pour te faire soigner. Pas d’assurance chômage et l’argent des aides humanitaires, ils n’en voient jamais la couleur. Par contre, le jour où Jacques Chirac est venu en visite à Atar, ils ont goudronné 12 kilomètres de route spécialement pour sa venue. Ici, tout le monde dit «dommage qu’il n’ait pas traversé toute la Mauritanie !!». Hier soir, dans la famille qui m’a reçue, ils m’expliquaient qu’ils avaient toujours de très bons rapports avec leurs voisins les plus proches car, en cas de problème, c’est eux qui étaient le plus vite disponible pour s’occuper d’eux (ça n’est plus trop le cas chez nous).

    Mardi 29 octobre  - Nouakchott (repos) 

      

    Aujourd’hui, préparatifs pour le départ de demain : un peu de lessive, révision et lavage de Bamako. Et le reste du matin à négocier le change de mes travellers chèques dollars. Personne n’en veut ici. Ils préfèrent le vrai billet qu’ils sentent entre les doigts. Pour eux, un chèque n’est pas de l’argent. De plus, la monnaie Américaine n’a plus la cote depuis quelques temps (allez savoir pourquoi…). Heureusement, ici et c’est bien vrai, rien n’est impossible. Alors, en passant par plusieurs intermédiaires, j’ai réussi à transformer mes travellers en vrais dollars puis, ensuite, en ouguiya et enfin en francs CFA. Je préfère les changer avant la frontière, où je vais certainement être harcelé de tous côtés et risque de me faire rouler dans la confusion. Ce soir, je retourne manger dans la famille Mauritau-sénégalaise pour leur dire au revoir. Et, en traversant la ville, le spectacle me surprend toujours : des taxis en état de décomposition et bondés de monde, de bagages ; des trafics Renault qui servent aussi de transport, sans portières, avec des passagers à l’intérieur, sur les côtés et à l’arrière. Lorsque l’on veut s’arrêter à un endroit, on tape des grands coups de poings sur la carrosserie. Demain matin, je vais essayer de partir avant les grandes chaleurs en direction de Rosso (frontière Sénégalaise). Je souhaiterai faire plus de la moitié du trajet dans la journée pour ne pas arriver de nuit le lendemain car, d’après les guides touristiques, c’est vraiment une ville à éviter.

    Mercredi 30 octobre  - Nouakchott -> direction Rosso (125 Km) 

    C’est parti en direction de la frontière que j’ai prévu d’atteindre demain. Il y a environ 250 kilomètres et, entre les deux, au kilomètre 110, il y a une ville que je voudrai largement dépasser aujourd’hui pour être plus à l’aise à la deuxième étape.

    En sortant de la ville, ce sont malheureusement des spectacles désolants : des décharges de partout, avec des chèvres qui broutent les papiers et des gamins pieds nus qui trient les déchets. Plus loin, des petits villages tout le long de la route et des campements. C’est très pauvre. Certains, le long de la route, fabriquent des parpaings avec un moule rempli de mortier brassé à la main. Ils n’ont pas de graviers et utilisent des coquillages à la place. Le mélange ne doit pas être très riche car beaucoup de murs fendent ou s’écroulent. Tous ces parpaings sont vendus au bord de la voie.

    En bordure, on voit énormément de chèvres, dromadaires ou ânes morts qui ont du prendre des coups de camions et qu’on laisse ici. Ils sont jusqu’à décomposition complète. Finalement, pour eux, vu la vie qu’ils mènent, ça doit être la meilleure chose qu’ils puissent leur arriver.

    Plus loin, la nature devient plus belle : paysages de dunes avec quelques épineux, de jolis petits villages et beaucoup de dromadaires qui traversent la route ça et là. L’eau de mes gourdes est bouillante, je vois deux femmes qui tirent de l’eau d’un puits. Elles m’appellent en rigolant. Je m’arrête et fais demi-tour et là elles ne rigolent plus. Elles ont, au départ, le réflexe de s’enfuir.

    Je m’approche du puits et tire un seau d’eau avec une corde et me le vide sur la tête. Elles sont de nouveau pliées de rire et plaisantent beaucoup sur mon compte. Dix minutes après, je suis déjà tout sec. Je trouve d’autres puits mais ils sont tous fermés avec des cadenas.

    Au bout de 80 kilomètres, je décide de m’arrêter. Il y a plein de campements avec des grandes tentes Maures. Je m’avance vers l’une d’elle. Tout de suite on m’appelle et on me fait signe de rentrer à l’ombre. Dedans, c’est très propre : de belles nattes avec des coussins. On m’en amène deux ou trois pour que je me repose. Ensuite, on m’apporte une cuvette spéciale pour le laver des mains avec un couvercle troué dessus et du savon. Et puis on me verse de l’eau dessus afin que je me lave.

    Après, on me donne un grand bol en bois d’olivier avec du lait caillé sucré, bien frais, de dromadaire. Je me régale mais il y en a au moins un demi-litre alors, je le passe au suivant, qui me répond négativement et me fait comprendre que c’est tout pour moi ! Ensuite, un gamin m’apporte un grand pot d’eau de puits très fraîche. Depuis hier, je ne me prends plus la tête avec le micropur. Je la bois telle qu’elle. Je verrai bien le résultat.

    Imaginez-vous, lorsqu’on vous offre à boire, de dire à la personne : attendez, je mets ma pilule pour désinfecter et je bois dans deux heures !! De toute façon, il faudra bien s’habituer car, à mon avis, ça va être de pire en pire. Lorsqu’ils sortent l’eau du puits, ils la filtrent sommairement et la laissent reposer un peu.

    Après cet apéro local, tout le monde s’allonge alors je fais pareil et me surprends même à faire un petit somme. Et, je m’entends ronfler, ça me réveille en sursaut ! Il n’y en a plus que deux qui dorment, les autres prient dehors. Un gamin vient les réveiller en leur faisant comprendre que c’est l’heure de la prière et lui-même prie à son tour. J’avais oublié de vous dire, après le lait caillé, il y a eu les trois thés, avec tout le rituel qui l’accompagne.

    Il est maintenant 14 heures et on me rapporte la cuvette pour me laver les mains. Et puis une femme apporte un grand récipient creux avec du tout petit riz ressemblant à de la semoule cuite avec un peu de viande. Et l’on mange ça assis en cercle, en tailleur, de la main droite avec laquelle il faut faire des boulettes et ce n’est pas très facile. Seul les hommes mangent ici et en premier. Les femmes, elles, mangent ailleurs et après les hommes (de même que la prière). Ensuite, tous ont fini de se rassasier, il en reste beaucoup dans le plat et ils me disent de finir. Là, j’ai vraiment bien mangé.

    Après le repas, le plus ancien me fait voir, en crochetant ses deux index «ça c’est l’alliance entre la France et la Mauritanie». Ils ont simplement quelques chèvres, quelques zébus et dromadaires. Ils attendent que le temps passe en buvant le thé plusieurs fois par jour et ils n’ont pas l’air malheureux. Je leur montre ensuite quelques photos de paysages français, certains avec de la neige ; des photos de famille. Et je leur dédicace une belle photo des monts d’Auvergne, avec un paysage très verdoyant et de belles vaches. Ils m’apportent à leur tour sur un papier un petit mot gentil et un bonbon. Et, ensuite, il refait le thé. Une séance dure environ trois quarts d’heure. Ils mettent plusieurs verres et le thé est versé de très haut dans le premier. Celui-ci est versé ensuite de très haut dans le deuxième puis le troisième. Le tour des verres est ensuite rincé avec une théière d’eau et tous les verres de thé sont renversés dans la théière et ça recommence, pour l’oxygéner et mélanger le sucre afin de faire ressortir toute sa saveur.

    C’est aussi un moment très convivial. Une jeune fille d’environ 14 ans est à l’extérieur et regarde à travers les tentures de la tente. L’ancien lui fait signe de rentrer et me fait comprendre qu’elle est sourde et muette. Elle me montre mon carnet de bord et me marque un petit mot gentil. Je leur montre ensuite mes cartes routières et ils ont l’air de découvrir, très étonnés, ce qu’il y a autour d’eux. Il est déjà 16h30 au dernier thé. Moi qui voulais taper des kilomètres, il m’en reste encore 32 jusqu’à la ville où je voulais me ravitailler et dépasser pour dormir dans la campagne. Je fais donc mes aux revoir et leur fait cadeau du guide de la Mauritanie et c’est reparti, en essayant de tenir une bonne moyenne. Tout le long, plein de petits villages où l’on m’appelle pour que je m’arrête. Dommage, je suis obligé de refuser sinon je ne repars plus.

    Moi qui appréhendais ce pays, après tout ce que j’avais entendu et lu. Et, finalement, je n’ai jamais trouvé un endroit aussi sûr et accueillant. Ai-je eu de la chance ? Ici, ils aiment beaucoup notre président car il a refusé de s’allier aux américains lors des nouveaux conflits avec l’Irak. Maintenant, le paysage est plus verdoyant en se rapprochant du Sénégal. Il y a plus de troupeaux de zébus et, toujours, des chèvres et des dromadaires. De temps en temps encore, de belles dunes couleur or percent au milieu des épineux. J’arrive à Tiguent à 18h15 et me dépêche de faire quelques courses pour demain. Je cherche aussi un coca. Le commerçant essaie de me rouler sur le prix : 200 Ouguiya au lieu de 150. Je refuse. Il insiste et finalement, nous tombons d’accord. Ensuite, une nuée de gamins qui m’appellent à tout va. Alors, je pars vite. Certains m’accompagnent à vélo.

    La route est vraiment pourrie, avec des trous énormes de partout et ceci annoncé sur 30 kilomètres. La nuit commence à tomber et j’y vois de moins en moins bien alors je me dirige vers le premier campement. Je tombe sur des femmes qui ont peur de moi et ne comprennent pas un mot. Ils sont des dizaines de gamins, idem. Et enfin sort un vieil homme qui parle un peu français. Je lui demande pour monter ma tente. Il me dit oui, où je veux. Alors, je m’éloigne de la route et traverse un troupeau de chèvres pour aller camper dans les dunes, au milieu des épineux. J’espère que demain, Bamako ne sera pas à plat. J’essaie de manger dehors, avec ma lampe frontale mais des milliers d’insectes, d’une taille démesurée, m’assaillent alors, je me réfugie vite sous la moustiquaire. Aujourd’hui, j’ai failli faire une grosse gaffe : offrir mon transistor à la jeune fille sourde et muette. Heureusement, j’ai réagi à temps pour lui donner, à la place, le guide de la Mauritanie !

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Village Mauritanien

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Accueil dans une tente Maure, je me désaltère avec du lait caillé de dromadaire

    Jeudi 31 octobre  - Tiguent -> Rosso (120 Km) et Rosso -> St Louis (93 Km en minibus) Sénégal

     

    C’est parti de bonne heure pour Rosso. Il faut absolument que j’arrive tôt dans cette ville annoncée plus qu’hostile. Ce matin, lorsque je suis passé devant le campement, on m’a vraiment regardé avec curiosité et les petits enfants s’enfuyaient, apeurés, comme dans beaucoup de petits villages ici dans le Sud.

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Dernier campement en Mauritanie

     

    Ça roule bien pendant 80 kilomètres : très beaux paysages, beaucoup d’épineux très verts se détachent du sable doré, des oasis avec des grands palmiers, quelques vallées qui ont du être inondées par les dernières pluies et où l’herbe a poussé ; beaucoup de troupeaux avec des animaux qui traversent soudainement la route ; souvent des cadavres au bord de la route (ceux qui n’ont pas eu le temps de traverser). Vers midi, une tempête de vent de sable se lève, accompagnée d’une chaleur torride. Je n’avance plus. Je n’ai plus de jambes et plus à manger. Au bord, plein de petits abris en tôle qui sont des épiceries. Je m’arrête mais, il n’y a rien : pas de boîte de thon, pas de pain, pas de coca. Je vais alors un peu plus loin. Là, je trouve un morceau de pain dur et une boîte de sardines chaude qui feront l’affaire avec ma «vache qui rit» chaude également. Dehors, il y a une tente. Le  commerçant me dit d’aller me reposer. Il m’apporte un coussin, un matelas et un thé. Lui aussi vient se reposer à mes côtés avec un de ses collègues. Au bout de quelques minutes, je suis le spectacle d’une vingtaine de gamins qui sortent de l’école. Tous me regardent manger. Alors, ils les chassent avec une espèce de feuille de roseau, qu’il fait claquer comme un fouet à plusieurs reprises. Je ne me repose pas très longtemps car, à l’allure où je roule, je ne serais jamais à Rosso avant la nuit. Je repars enfin en faisant une petite halte vers une épicerie à 500 mètres, qui a du Coca. J’en avale deux de suite. La femme est en train de faire mijoter des pâtes dans une grande gamelle rouillée et me demande si je veux manger. Ce n’est pas l’envie qui me manque mais je n’ai pas le temps et je reprends la route qui se transforme en montagnes russes. Toujours de grosses rafales de vent de sable en pleine face et j’avance très péniblement. Mon maillot est devenu rouge, de la couleur de la terre, ainsi que Bamako et ses sacoches. J’arrive à Rosso en fin d’après midi, complètement fourbu et là, ce que j’appréhendais arrive : le harcèlement commence. Avec la fatigue, je le supporte encore moins. Et, comme je ne me laisse pas faire, je me fais agresser verbalement. J’ai failli me  battre et me faire embarquer par un policier, très remonté, qui commençait à me tirer par le bras. J’ai échappé à tout : argent pour le passeport par un faux policier, assurance bidon pour le vélo, prix du bateau multiplié par cinq, taxe communale…etc. Mais mon stress est au maximum. Je traverse enfin le Sénégal en pirogue et re belote, de l’autre côté, les rabatteurs attendent de pied ferme. Énervé, j’envoie balader tout le monde et m’empresse de prendre un bus pour St Louis car il est déjà très tard et j’en ai vraiment marre. Je regrette amèrement de ne pas être passé par Bogué comme je l’avais prévu au départ. Pour le bus, re discussion sur le prix, que je fais diviser par quatre. Ensuite, il faut attendre qu’il soit plein et ici, ce n’est pas un fin mot. Nous partons de nuit et, un kilomètre plus loin, contrôle de douane. Le contrôleur monte sur le toit avec le chauffeur et lui fait défaire tous les bagages ainsi que ceux qui sont dans les soutes et ce n’est pas une mince affaire ! Après toutes ces péripéties, nous arrivons tout de même à St Louis. Et, à l’entrée de la ville, contrôle de l’état du bus par la gendarmerie ainsi que des papiers. Ça dure encore assez longtemps. Ensuite, le pauvre bataille énormément à repartir . Il parvient enfin à la gare routière où les gamins s’empressent pour m’aider à descendre Bamako. J’envoie tout le monde sur les roses car je suis très fatigué. Je m’empresse de trouver au plus vite une auberge dans le centre ville et là, incroyable : dans le dortoir où je me rends, il y a un Japonais et l’Espagnol avec qui j’ai pris le train en Mauritanie (le monde est vraiment petit !!). Les mauvais moments sont passés alors je prends une bonne douche froide et je me rends dans le petit resto d’à côté, où je mange une bonne omelette aux crevettes et j’avale un litre de Coca. Il est 23 heures passées. Cette après midi, sur la route de Rosso, un véhicule 4x4 s’est arrêté pour me demander si je n’avais besoin de rien. Il y avait un français avec un VTT sur le toit : il se rendait à St Louis et compte me retrouver dans cette ville car il souhaiterait faire le trajet Sénégal Mali avec moi. Même ici, on ne peut pas être tranquille !

     

     


     

     

     

      

     

     


     

     

     

     

     

     


     

     


     

                                                                                                                                                                                            

     


     

     

     

     



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    Dégagement du sable avant la ville de Tarfaya

     

    Jeudi 10 octobre - Tarfaya -> Laâyoune (120 Km)  

    Ce matin, je me rends compte que la montre que m’avait prêtée mon beauf René s’est arrêtée et est repartie ensuite. Ce serait-il passé quelque chose en France à ce moment précis ? Aujourd’hui, faux départ. Je voulais démarrer tôt, c’est raté. J’avais rangé toutes mes affaires et il se met à faire une averse de deux minutes au moment où il ne me restait plus que la tente à plier (normal, c’est la saison des pluies). La toile est toute mouillée et une bourrasque…. : Bamako par terre et tous mes papiers aussi, que je ramasse en catastrophe ; de même que le garde boue qui s’est déboîté. Et, heureusement, le rétro sacré n’a rien. Je nettoie mes papiers pleins de boue ainsi que les sacoches avec une gourde d’eau que je sacrifie. Tant pis, je ne me laverai pas ce matin. La deuxième béquille de Bamako a cassé. Il ne me reste plus que les bornes kilométriques pour le faire tenir droit lorsque je veux m’arrêter car ici, les arbres ça n’existe plus. Bon, je plie quand même. Je ne peux pas attendre que ça sèche. J’arrive à l’entrée de Tarfaya, ville fantôme au milieu du désert ; du sable partout, comme des congères de neige. Un tractopelle dégage la route complètement ensablée par la tempête d’hier, empêchant tout accès à la cité. Ils décrivaient cette ville comme étant hostile sur certains guides alors que je trouve les gens très gentils. Je bois un café au lait sur une terrasse. Des personnes viennent me serrer la main, me questionner et me souhaiter la bienvenue et bon voyage : si c’est ça l’hostilité, je prends ! Ils me conseillent même d’être très prudents avec les camions. L’un d’eux me dit : ce sont des animaux, ils vous foncent dessus. Je prends ensuite la direction de Layoune. Incroyable, j’ai le vent dans le dos, je n’en reviens pas. C’est le pied. Je roule avec le grand plateau avec des pointes à trente. J’aide la nature, j’en profite et pédale comme un fou, de peur que ça ne dure pas, c’est super ! Je ne suis parti de Tarfaya qu’à 9h30, le temps de faire le plein de provisions et d’eau car il n’y a aucun village avant cent kilomètres. Et là, à 13h30, j’ai déjà bouclé 80 kilomètres. Je n’ai même pas envie de m’arrêter pour manger tellement ça va bien mais il le faut. Alors, je trouve le seul buisson qui est dans le désert avec une jolie forme de parasol et je me mets à l’abri dessous. J’étale vêtements et toile de tente mouillée, qui sècheront pendant que je mange. Je ne traîne pas trop et j’avale 120 kilomètres en rien de temps. Tous les jours comme ça et je fais le tour du monde !! A l’entrée de Tarfaya, contrôle de la gendarmerie royale. Comme dab, tous les renseignements. Ils m’emmerdent pendant une demi-heure et après, me souhaitent toujours bienvenue. Le comble, c’est qu’il y a plein de voitures ou motos qui ne s’arrêtent pas et ils ne leur disent rien. 500 mètres plus loin, re-contrôle. Cette fois, c’est l’armée. Je leur dis que j’ai déjà donné une fiche de renseignements il y a deux minutes mais tant pis ; ils recommencent et de nouveau, une demi-heure de perdue et ensuite, bienvenue chez nous. Enfin, Laâyoune, grande ville truffée de casernes, de militaires et des policiers de partout.

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Camping ombragé

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Ouf ! un buisson pour manger à l'ombre

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    De temps en temps, en plein milieu du désert, des énormes tourbillons de sable avancent à une vitesse folle, comme des minis tornades ; c’est très joli. Ici, les habitants sont très serviables. Je cherche une rue, trois fois des personnes m’accompagnent pour me guider. Je trouve un petit hôtel sympa où je fais la connaissance de deux motards hollandais qui vont faire la Mauritanie et rangent leurs motos au côté de Bamako dans un garage fermé à clé.

    Vendredi 11 octobre - Laâyoune (repos) 

    Programme d’aujourd’hui : lessive, provisions pour demain, révision de Bamako et nouvelles sur Internet. Ce matin, je fais la connaissance de deux cyclistes Espagnols des îles Canaries qui veulent faire le tour de l’Atlas. Ils sont très sympas et très enchantés de me voir. Dommage qu’il y ait la barrière de la langue mais on arrive toujours à se comprendre et c’est parfois comique. Au dernier contrôle de police, on leur a déchiré sur leur carte routière du Maroc, la partie représentant le Sahara Mauritanien. Cela montre bien l’amour qu’entretiennent ces deux peuples. Mon carnet de bord commence à être bien plein alors, je me rends dans une librairie pour acheter un autre carnet. Avec le patron, très jeune, nous avons discuté plus d’une heure et il m’a même invité à venir dormir chez lui. Dommage, c’est trop tard …

    Aux dernières nouvelles, il y a eu un grave accident de bus cette nuit sur la route de Laâyoune que j’ai prise hier. Il s’agit d’un car de la CTM, meilleure société de transports Marocaine, le même que j’ai pris l’autre jour. Il a quitté la route et on dénombre beaucoup de victimes. La semaine dernière, c’est un autre bus, sur la route de Tiznit, qui a sauté au ravin. Ce n’est pas étonnant vu la façon dont ils roulent. Et encore heureux qu’ils ne boivent pas d’alcool !

    Samedi 12 octobre - Laâyoune -> route de Boujdour (176 Km) 

    Je me lève tôt ce matin mais impossible de partir. Ils ont perdu la clé du cadenas du garage et Bamako est emprisonné. Le serveur qui l’a fermé hier n’est pas arrivé. Alors, en attendant, je bois un thé mais le gars n’arrive toujours pas. Alors, on sort par une autre issue sur l’arrière du bâtiment mais c’est le parcours du combattant. C’est parti ! Mais ça va moins bien qu’hier car la route contourne la ville et ce, pendant 20 kilomètres, vent de face et de côté. La route est balayée par le sable, des énormes dunes commencent à envahir la chaussée. Heureusement, un gros bulldozer dégage régulièrement les abords. Plus loin, nous sommes parallèles à la mer, à environ un kilomètre de celle-ci. A 12h30, j’ai parcouru 90 kilomètres. Je décide d’aller pique niquer au bord de l’eau. Je pousse Bamako sur des traces de 4x4, ça s’enfonce un peu et je fais environ 800 mètres comme ça. Je suis arrêté par des petites falaises. Et la mer, que je croyais plus près, est encore plus loin sous d’autres précipices. La plage de sable blanc est paradisiaque, la pollution n’est encore pas parvenue jusqu’ici. Pour revenir sur mes pas, quelle galère : les roues s’enfoncent à cause de la fine couche de sable ajoutée peu à peu par le vent tel de la neige. J’ai bien cru que je ne ressortirai pas. Je retrouve enfin le bitume. La route est très calme, très peu de camions mais tous ceux que je croise me saluent généreusement. Pas une maison. Enfin, au kilomètre 120, la première station où je peux boire un thé et grignoter un peu. Ensuite, je continue à rouler au maximum car la route est maintenant très monotone, le désert à perte de vue et la mer est trop loin pour l’apercevoir. Et, de ce fait, les campements de pêcheurs très éloignés aussi. J’ai très envie de court-circuiter la partie Boujdour Dakhla qui, d’après tout le monde, est très ennuyeuse à cause du paysage identique et truffé de militaires.

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Il y a quelques jours, à un contrôle, on m’a dit qu’il y avait deux cyclistes devant moi : un allemand un jour devant et un français avec deux jours d’avance. J’arrive à la station et on me confirme la même chose et, bizarrement, on doit rouler au même rythme car on a toujours le même écart, on ne se voit jamais. Alors, si je rejoins Dakhla en bus et qu’ils n’ont pas la même idée que moi, je risque de voir leurs tronches. Et, de passer devant, ce qui serait beaucoup plus rassurant pour moi en cas de pépin (pour le reste du parcours qui est assez hard je pense). On m’a dit qu’il y aurait un car de la CTM qui partirait à onze heures de Boujdour demain matin. Alors, si je veux le prendre, il faut que je me rapproche au maximum de la ville, qui est encore très loin. Alors, je roule, je roule et à 18 heures, j’ai parcouru 150 kilomètres. Je ne peux pas sortir de la route pour camper car ce n’est que du sable mou. Je fais quelques essais mais impossible de m’y aventurer. Alors, je décide d’aller jusqu’à la cité à 50 kilomètres. Je roule comme un fou mais, trop tard, au kilomètre 175, la nuit tombe et il est 19 heures. Heureusement, je trouve enfin une partie de sol caillouteuse qui me permet, non sans difficulté, d’accéder derrière les grosses dunes. C’est bon, je ne suis plus très loin pour parvenir à la gare routière de bonne heure demain. Bamako ne tient pas debout dans le sable alors, tant pis, il passera la nuit couché, comme moi. Et, quelle chance, nous sommes seuls dans le plus grand camping du monde !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

     

    Dimanche 13 octobre - route de Boujdour -> Boujdour (25 Km)

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Énormément de contrôle à l'approche de la frontière

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Des voisins de Mornant au poste de Police !

    Je me lève assez tôt pour arriver à la CTM un peu à l’avance. Il ne me reste que 25 kilomètres mais, après avoir roulé presque jusqu’à la ville, nouveau contrôle de police. Devant moi, il y a une estafette Volkswagen immatriculée dans le Rhône. Ça plaisante dur. Ils me disent qu’ils sont de Mornant et qu’ils transportent du matériel scolaire pour des écoles Sénégalaises ainsi que deux VTT et le fourgon, qu’ils veulent laisser là bas pour en faire un taxi. Tout cela dans le cadre d’une petite association humanitaire. C’est drôle de se trouver ici ; nous sommes  voisins, à une dizaine de kilomètres de chez moi. Ils me demandent si je n’ai besoin de rien. Je leur réponds négativement et, d’un coup, je réagis. Au lieu de prendre le bus, je leur demande s’ils n’auraient pas une petite place pour le vélo. Et là, pas de problème, ils acceptent : on va faire une petite place et mettre Bamako sur le toit, sur les autres bagages. On plaisante beaucoup avec les policiers, qui deviennent peu à peu moins coincés. Ils nous prennent même en photo et acceptent que je photographie le poste de police, chose interdite. Ensuite, après avoir à nouveau rempli nos fiches de renseignements, c’est parti ! J’observe la route, impatient de voir le ou les cyclistes qui me devancent. Pas manqué, exactement 70 kilomètres et nous dépassons le premier. Je suis persuadé que c’est l’Allemand à cause de son look et son air discipliné : casque sur la tête, équipement,…etc. Je culpabilise un peu de passer devant de cette façon mais, au fil des kilomètres, je me rends compte que c’est bien vrai : le même paysage que les trois jours précédents. Nous arrivons avant Dakhla et là, le paysage est vraiment superbe. Et, demain, je vais le faire avec Bamako car nous allons être obligés de revenir pendant 50 kilomètres sur nos pas pour reprendre la route du désert. Incroyable, nous voyons des mirages tout au long de la route ; on dirait qu’il y a des lacs et lorsque nous nous approchons, ils disparaissent. Nous arrivons à la presqu’île de Dakhla, avec des plages vierges à perte de vue. C’est impressionnant. Nouveau contrôle de police et de retour, les fiches de renseignements. Les Mornantais en voiture étaient bien renseignés car ils avaient préparé des dizaines de fiches à l’avance pour perdre moins de temps. Mais, comme les Marocains aiment discuter, ils redemandent quand même oralement pour être sûrs de ne pas se tromper. On refait 200 mètres et re belote. On leur dit qu’on vient de les donner et là, ils répondent que c’est pour notre sécurité. C’est vrai qu’en 200 mètres, il peut s’en passer des choses. Chaque fois, comme des gamins, ils chinent aux automobilistes tee-shirts, stylos ou autres cadeaux. Ils nous disent bien que si on va à la plage de Dakhla, il faut le signaler à la police ainsi qu’au retour. On me dépose en ville. Les au revoir et, je vais faire quelques courses avant de rejoindre le camping qui est sur la route du port. Je viens d’apprendre que le convoi militaire n’existe plus et qu’il va falloir se taper Dakhla - Nouâdhibou 360 kilomètres en autonomie complète. Je viens aussi d’apprendre que le visa ne se prend non plus ici mais à la frontière. J’ai aussi très faim car nous n’avons pas mangé à midi. Je fais donc mes courses dans une épicerie et demande à l’épicier si je peux manger sur place. Pas de problème, ici  rien n’est impossible. Il me fait passer derrière la boutique, m’apporte un cageot pour m’asseoir, un couteau et me paie le thé. Je vais ensuite sur Internet pour donner des nouvelles avant la Mauritanie. Il y a trois cybercafés en ville. Pendant que je surfe, un gars en VTT s’approche de Bamako qui est devant la porte. Devinez qui c’est ? Et bien, c’est le Français qui avait deux jours d’avance sur moi ! Et bien, décidément ! En plus, il va en Mauritanie. Il vient de Nantes et est au même camping que moi. Normal, ici, il n’y en a qu’un. On se donne rendez-vous ce soir. Et, problème, lorsque je sors d’Internet, il est nuit. Et, ici, les villes ne sont pas éclairées. Et le camping est à six kilomètres. En plus, avec vent de face et obligé de repasser au poste de police. Ils me redemandent si j’ai déjà donné des renseignements et ça va, ils ne m’embêtent pas plus, ils ont l’air fatigués. Je ne vois plus rien et cherche le camping dans le noir. Je suis obligé de finir à pied pour ne pas tomber. Tout à coup, très surpris j’entends appeler «Michel». Ce sont les Mornantais ! Ils ont fait 70 kilomètres et ont eu un problème de cardan sur le fourgon. Et, par sécurité, reviennent à Dakhla pour faire réparer demain. Alors, nous partageons un cabanon dans le camping pour 30 dirhams (moins de 3 euros). Ça ne vaut pas le coup de monter la tente ! Le Breton en VTT dort dans le cabanon voisin. Comme il n’est pas trop bavard, je lui propose de faire la route ensemble car, pour atteindre la Mauritanie, ça va être assez hard. Il est d’accord. La route en plein désert va être longue. D’après les dires, un premier petit village à 60 kilomètres et ensuite, une station d’essence à 250 kilomètres et puis la piste après la frontière. Et là, personne ne peut nous dire si ça passe ou non en VTT. Ce sera la surprise ! Le Breton, depuis chez lui, n’a pas fait plus de kilomètres que moi (3500). Il a beaucoup court-circuité et, c’est drôle, la partie Boujdour Dakhla, il a eu la même idée que moi et a fait le trajet en fourgon !

    Lundi 14 octobre - Dakhla -> Direction Nouâdhibou (170 Km)

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

     

    C'est parti, avec le Nantais, son vélo Décathlon, et seulement deux sacoches à l'arrière. Je me demande comment il peut mettre toutes ses affaires. Et puis ce gars, je ne sais pas pourquoi, je ne le sens pas très bien. On démarre contre un vent assez fort pour 50 kilomètres avant de rejoindre la direction de Nouâdhibou de l'autre côté de la presqu’île. Je lui propose qu'on se relaie pour rouler. Il n'a pas trop compris le truc et, d'un seul coup, alors que je m'arrêtai pour faire des photos, il est parti comme un malade sans se retourner pour voir si je suivais. De plus, beaucoup moins chargé que moi, ça va tout seul dans les côtes. Je prends volontairement mon temps pour voir s'il réagit. Et bien non ! Il continue la tête dans le guidon comme s'il était en course. J'essaie alors de lui faire comprendre que je suis là pour visiter. Nous continuons avec le vent dans le dos, en discutant. Ca ne va pas trop mal mais si je lui dis rien, il ne s'arrête jamais. A 12h30, on a fait 75 kilomètres et on s'arrête pour manger. A peine fini, je le sens déjà pressé pour repartir. Nous roulons ensemble un moment. D'un seul coup, il prend le devant et fonce, me mettant 1 kilomètre dans la vue. La route s'arrête, ils sont en train de la goudronner, il faut alors la contourner par une piste. Et là, je ne le vois plus ! Il commence à me gonfler. J'aperçois plus loin une petite station service. Heureusement que j'avais prévu assez d'eau car elle est fermée ! Lui est là, assis à m'attendre. Alors, énervé, je lui demande s'il faisait une course et lui dis que ça ne m'intéresse pas de rouler avec lui dans ces conditions car nous n'avons pas la même vision des choses. Moi, je suis là pour visiter le pays. Je lui explique aussi que le but d'être à deux est de s'entraider pour rouler ou en  cas de pépin. Et, si l'on doit continuer comme ça, je préfère rester seul. Il me répond « non, je continue avec toi ». Alors on repart et il se calme. Le soir je le stoppe quand même sinon on roulait toute la nuit. De chaque côté de la chaussée, c'est un désert de sable. Nous avons poussé nos montures très difficilement jusque derrière une dune pour camper. Un décor super pour monter la tente. Chose incroyable, mon coéquipier m'annonce qu'il n'a presque jamais monté sa tente car, trop pressé, il dormait uniquement sur son matelas (ça ne m'étonne pas).

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    La fraicheur du soir

     

     

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Dans le plus grand camping du monde

    Mardi 15 octobre, Direction Nouâdhibou (130 Km)  

     

    Cette nuit, nous avons essuyé une petite tempête. Ça a pas mal secoué les toiles et, alors que j'allais me lever, un arceau casse et transperce la tente. La journée commence mal. Le matin, dans le sable vierge comme la neige, il y a des traces comme celles d’un chien mais plus petites autour du campement. Ce doit être un fennec qui a senti la nourriture. Pour ressortir de derrière la dune, impossible. Bamako s'enfonce jusqu’à la moitié des jantes. Nous sommes obligés de défaire les sacoches pour les amener vers la route et de venir ensuite chercher nos VTT. Nous roulons au milieu de cette immensité, très peu de véhicules passent. Nous pouvons rester au milieu de la chaussé, quelle sensation de liberté ! Pour les besoins naturels, c'est la même, pas moyen de se cacher, on a toujours la sensation que quelqu'un nous regarde. J'ai assez d'eau et de nourriture mais il me manque du pain. La prochaine station est à 130 kilomètres. Avant, rien d'annoncé. A 13h30, nous voyons quand même des cabanes de pêcheurs dans un amas d'ordures indescriptibles. Nous y allons et incroyable, le premier cabanon en tôle est une boulangerie. Le pain est tout chaud et quelqu'un nous appelle pour prendre le thé, sous une tente, avec de l'huile d'olive pour tremper le pain. Les mouches pullulent et il est difficile de manger ou boire sans en avaler une. Les pêcheurs sont très gentils, ils habitent Dakhla ou ailleurs et viennent ici plusieurs mois pendant la saison de pêche. Cette côte est très poissonneuse et c'est un revenu non négligeable dans cette région désertique. L'un d'eux est photographe et vient ici pour photographier des trophées. Il m'offre une photo d'une langouste recouverte de billets pour représenter sa valeur. Nous nous frayons ensuite difficilement un chemin dans les ordures pour repartir. Toujours le même paysage. Tout à coup, plus de route, ils sont en train de la faire. Plus loin, un français en voiture stoppe à notre niveau et nous demande si nous n'avons besoin de rien. Il nous donne des fruits et repart. Plus loin, nous arrivons à la station service, toute neuve car du temps où existait le convoi militaire, il n'y avait rien. L'automobiliste est là aussi car le contrôle douanier Marocain est à 80 kilomètres et ferme à 18 heures. Il paraît qu'après la douane ce n'est plus goudronné et qu'en vélo il est impossible de rouler. Mais aucun ne donne d'informations précises. Alors demain, nous allons faire le trajet jusqu’au premier contrôle et voir ce qu'il en est après. Il restera une centaine de kilomètres de piste où il ne faudra pas s'écarter (sinon BOUM) et on aurait bonne mine ! ( la frontière entre le Maroc et la Mauritanie est minée sur toute sa longueur ) Si ça ne passe pas, il nous faudra trouver un véhicule tous terrains qui veut bien nous prendre à bord. Pour l'instant, nous couchons derrière la station, dans un vieil entrepôt, au milieu des carcasses de camions et des bidons d'huiles usagés. Vivement Nouâdhibou car ça fait deux jours qu'on ne s'est pas lavé. 

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Bamako veut faire demi tour !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Ravitaillement dans un campement de pêcheurs

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Plus que ça et c'est la Mauritanie !

     

    Mercredi 16 octobre - Direction Nouâdhibou (98 Km + 50 Km en 4x4)

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Voici la douane Mauritanienne !

    Ce matin, départ pour 80 kilomètres jusqu'au premier poste de gendarmerie royale. Nous arrivons jusqu'à celui-ci, une vieille cabane en pierres à moitié écroulée, avec des bâches et des tôles dessus. Personne ne s'occupe de nous. Alors, nous cassons la croûte devant car il est 12h30. L'un des gardes s'avance et me donne une orange. Ça y est, 14h30, ils se décident : passeport...  Ensuite, direction le poste de douane, 30 mètres plus loin et on reprend un bout de route pendant sept kilomètres. Nouveau contrôle : police plus douane. Jusqu'à la frontière Mauritanienne, c'est de la piste. Certains nous disent que ça passe en vélo, d'autres pas. Alors, nous verrons bien. En tout cas, tous nous ont dis de ne surtout pas s'écarter des pistes à cause des mines. Nous croisons des Français en 4x4 qui viennent de Mauritanie. Ils nous affirment "jamais vous ne passerez". Les voitures passent à peine. Ils nous indiquent le chemin pour ne pas se tromper jusqu'à la douane Mauritanienne. Nous voilà partis. Mais, un peu plus tard, plusieurs départs de pistes : laquelle est la bonne ? J'ai l'impression que ces tracés sont faits volontairement pour piéger les touristes car, déjà, des Maures en véhicules tous terrains viennent nous proposer de nous emmener à des prix exorbitants. Nous divisons le prix annoncé par trois. Ils ne sont pas d'accord alors nous continuons. Un peu plus loin, les pistes s'entrecroisent : laquelle est la bonne ? Un vrai jeu de piste... Aucune indication et là, nous sommes un peu paumés. Et pas question de couper à travers pour aller se repérer au risque de sauter sur une mine. Dans des situations comme ça, on est quand même content d'être deux, ça rassure. On échange nos avis et, vu mon grand sens de l'orientation, je suis l'intuition de mon compagnon de route. Une piste défoncée et, de temps en temps, impossible de rouler à cause du sable, il faut pousser. On nous avait indiqué sept kilomètres, nous en avons déjà fait dix et rien à l'horizon. Nous commençons à ne pas être fiers : encore du sable et des pierres très pointues. Il ne manquerait plus qu'une crevaison. En plus, il commence à se faire tard et il ne vaudrait mieux pas camper ici. Tout à coup, nous croisons un 4x4 Marocain. Il s'arrête et nous dit que nous sommes dans la bonne direction et qu'il reste trois kilomètres. Il nous donne un litre d'eau chacun : vous ne pouvez pas savoir comme ces rencontres inespérées font plaisir dans ces moments là. Nous continuons un peu et, en effet, une herse en travers de la piste nous dit stop... et une vieille cabane en pierres à moitié écroulée : nous sommes bien arrivés au poste de police Mauritanien, accueillis par une horde de chiens très agressifs qui essaient par tous les moyens de nous bouffer les mollets. Juste avant, un fonctionnaire leur jette une paire de cailloux qui les calme en attendant que nous présentions passeports et fiches de situation. Dix mètres plus loin, il faut passer dans une autre espèce de cabane qui fait office de douane. Un grand black est couché à l'intérieur. Un autre fait cuire du poisson. Il nous dit de rentrer, fait asseoir mon compagnon sur une chaise cassée et moi sur un matelas au sol. Ensuite, ils ne font plus cas de nous. Le black se recouche et l'autre épluche des légumes. Au plafond, il y a de la viande de dromadaire qui pend. Un quart d'heure plus tard, lorsqu'il a fini d'éplucher, il nous demande tous les papiers et nous tamponne le visa après nous avoir extorqué 500 dirhams. Dehors, un autre grand black armé comme Rambo nous demande si nous n'avons rien à déclarer et nous annonce que la piste est impraticable en vélo. Pendant ce temps arrivent trois 4x4 Français : ce sont des Ardéchois. Je leur demande s'ils ont de la place : ils me répondent "impossible, on est chargé à bloc". Un instant après, ils changent d'avis en nous voyant chargés de la sorte et ils s'arrangent pour nous faire une petite place. On voyage couchés entre bagages et plafond, chacun dans un véhicule : c'est parti pour 60 kilomètres de pistes à fond la caisse. Les gars sont des habitués du désert et s'amusent beaucoup. Mais moi, à l'arrière et dans une position très inconfortable, je suis complètement cassé. Leurs véhicules sont équipés de supers GPS. Malgré cela, ils ont eu quelques difficultés à se retrouver. Et, à certains endroits, la piste est à peine praticable. Alors, en vélo, c'était mission impossible. Nous arrivons enfin de nuit à Nouâdhibou ; ça fait drôle, nous sommes en Mauritanie. Ils nous déposent devant un camping tenu depuis six mois par un Français et nous prenons place sous une tente Maure.

     

     

                                                                                 


     

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