• Bienvenue au Maroc

    Mercredi 25 septembre - Algesiras (Ferry pour Tanger) -> Larache (100 Km)

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    Celui ci n'est pas passé au contrôle technique !

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    Arrivée à Tanger la Blanche

     

    Ça y est, c'est parti pour le ferry de 8h30. Devant, il y a déjà la queue. Bamako n'est pas fier au milieu des camions. Alors, nous passons devant tout le monde. Quatre motards Suisse sont devant la file au contrôle des entrées. Je leur dis bonjour, ils me jettent à peine un regard (nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs). En tout cas, ils ont de grosses difficultés avec les autorités qui n'ont pas l'air décidées à les laisser passer, ça discute beaucoup. Pendant ce temps, l'un des deux hommes me demande mon passeport et me fait passer directement devant tout le monde (bien fait pour les ouins-ouins !). On entre dans le ventre du gros bateau et là, tout de suite, deux gars très sympas s'occupent de nous : questions, rires... Ils sont très surpris et attachent Bamako avec beaucoup de soin. Ensuite, photos souvenirs et c'est parti, on se sépare. Mon compagnon de route reste dans la cale avec tous les véhicules et moi je monte sur le pont. Il faut remplir une fiche de situation, ce n'est que le début. Et je peux enfin boire un petit café. Les Suisse sont là, ils ont réussi à passer mais ils sont toujours aussi froids. Alors je sympathise avec des français, deux hommes et une femme, qui sont venus avec une quinzaine de motos tous terrains sur une remorque. Ils sont organisateurs de randonnées motos à l'étranger. Ils vont passer une semaine avec un groupe dans l'Atlas et la deuxième semaine avec un autre (bon boulot, non ?). Le ferry s'éloigne de la côte et nous croisons des énormes bateaux dans un état déplorable. On se demande comment ils flottent. Nous voyons très vite la côte africaine et d'un coup Tanger, la ville que l'on m'a dit "de tous les dangers", "celle qui craint un max", "celle où il faut prendre la tangente" (pas bien ça ?). Et je suis très surpris par ce que je vois : une très belle ville qui domine la mer, avec ses murs blancs et ses mosquées, qui surplombent le tout. Alors que je m'attendais à toute autre chose. Nous amarrons dans le port, je descends dans la cale, détache mon ami et me faufile au milieu des camions et voitures. J'arrive devant le douanier qui me sourit, regarde à peine mon passeport, fait dégager de la place devant moi, me fait passer en priorité devant tous les autres véhicules et me souhaite la bienvenue au Maroc. Quel accueil ! Maintenant, je suis lâché en liberté, seul, avec un peu d'appréhension. Et il faut déjà que je trouve la bonne direction. Je demande au policier qui, très gracieusement, me renseigne : prendre direction Rabat et c'est très bien indiqué. Toutefois, avant, il faut que je change mes travellers chèques et pour cela, il faut que je me rende en plein centre ville. Je fais quatre banques, toutes me les refusent, ça commence bien ! Merci ma banque et merci les guides touristiques, qui disent qu'ils sont acceptés de partout. Enfin, une grande banque veut bien me les prendre. Alors, vu la situation (je ne vais pas traverser que des grandes villes), je retire une grosse somme : c'est plus prudent car je ne veux pas passer mes journées à faire le tour des banques. En ville, je ne suis pas harcelé du tout et très agréablement surpris. Je prends la direction Rabat, traversée de la ville, très bien indiquée, sans aucun problème à part la route qui est très mauvaise à cause des nombreux nids de poules. Alors encore merci le rétro car, ici, si vous vous faites écraser, c'est de votre faute : les camions gardent leur trajectoire et vous klaxonnent pour que vous vous mettiez sur le côté. Le problème c'est qu'il faut anticiper vu l'état des bas côtés. Je me suis laissé avoir une fois et j'ai fini dans le fossé. De plus, les camions qui nous doublent n'ont certainement pas la pastille verte car je prends des bonnes bouffées de gaz d'échappement. Ça y est, nous sommes dans la campagne, superbe paysage de chênes, lièges, pins et eucalyptus avec, de temps en temps, la mer splendide avec de grandes plages vierges. Et, quelquefois, en décor, un berger avec quelques bêtes. Si l'on ne voyait pas de temps en temps des ânes, moutons et dromadaires, on ne se croirait pas du tout au Maroc. Bonne route maintenant et pas de vent. J'avale en peu de temps les kilomètres qui me rapprochent de Larache en me méfiant de ne pas me laisser surprendre par la nuit car j'ai dû reculer ma montre de deux heures (heure marocaine). Maintenant, sur les bords, des champs immenses de melons canari, on dirait des fleurs. Il y a aussi beaucoup de marchands de poterie et quelques marais salants assez artisanaux. Je suis très peu harcelé dans les traversées de village, je dis bonjour et on me répond toujours. J'arrive à Larache et cherche un centre de repos gratuit que les guides indiquent. Je vais trop loin et me retrouve en pleine ville. Une nuée de gamins qui sort de l'école se rue sur moi ; je dois me fâcher un peu pour qu'ils me fichent la paix. Je demande ma route aux policiers qui me renseignent très gentiment. Je trouve enfin le centre de repos qui n'est plus gratuit mais coûte trois euros. Ce centre a été financé par la Marine Nationale pour héberger les Marocains résidant en France. Pour cette modique somme, vous êtes dans un parc gardé par la marine 24 heures sur 24. A l'intérieur : restaurants, magasins, douche chaude, jeux pour les enfants et bien entendu la mosquée (grande tente avec les tapis). Je monte ma tente dans la pelouse très propre et je tape la conversation avec le marin de garde qui s'ennuie. Il me parle de la vie Marocaine, de ses traditions, de la religion. Il rêve de visiter la France mais il manque de moyens. Régulièrement, lorsque c'est l'heure, les pensionnaires viennent prier dans la mosquée. Mon entrée Africaine commence très très bien.

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    Champs  de Melons Canaris

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    Tu vois Bamako eux aussi ont des réserves d'eau

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    Marais salants

    Jeudi 26 septembre - Larache -> Allal Tazi (110 Km).

    Ce matin, une humidité incroyable et du brouillard (si si). Nous devons être entourés de marais car cette nuit il y avait pas mal de moustiques. Je plie la tente mouillée. Sur la route, le flot des camions a commencé ainsi que les ânes avec leurs charrettes, mobylettes et véhicules de tout genres. Ça  klaxonne dans tous les sens. Vu le brouillard, je mets mon super gilet jaune fluo de chantier. En ville, toutes les routes sont défoncées alors il faut être très vigilant pour ne pas exploser une jante ou casser un rayon. Je traverse de nombreux souks en bord de route et des marchés agricoles avec vieux tracteurs, vaches, moutons, ânes et chevaux d'une maigreur inimaginable qui tirent des chargements démesurés, qui se font tabasser gratuitement même s'ils avancent. Tout le long de la route, je vois des situations toutes aussi burlesques les unes que les autres. On pourrait faire un concours de photos inédites surtout au niveau des chargements, que ce soit camions, autos, vélos ou mobylettes, moutons sur les galeries ou sur les mobs, ânes sur le toit d'un camion. J'ai aussi vu rouler un VTT avec, sur le porte-bagages, une pile de cartons pleins d’œufs d'une hauteur inimaginable. Ici, contrairement à chez nous où le covoiturage est très rare, on ne part pas tant que la voiture ou le camion n’est rempli à bloc. Je n'aurai jamais assez de photos pour prendre et expliquer toutes ces choses alors je les case dans ma tête. Le paysage est maintenant assez montagneux avec parfois des plaines immenses ou l'on travaille comme des fourmis en rapport à la surface.

    Étonnant, à cette époque, on ramasse encore des pommes de terre. Il y en a en culture nouvelle. Succession de montagnes russes ; devant les villages, des tas de détritus incroyables. Pendant trente kilomètres, un cycliste Marocain qui ne parle pas un mot de Français se plait à me suivre ; il doit revenir du marché. De temps en temps, il pédale comme un fou pour me dépasser. Ensuite, fatigué, il repasse derrière. On devient complices par des signes et, chaque fois qu'il rencontre des collègues à lui le long de la route, je ne sais pas ce qu'il leur raconte sur moi mais ça rigole beaucoup. J'ai fait 80 bornes le matin et je suis à bloc. Je m'arrête dans une petite ville pour manger un bon tajine qui me requinque un peu. L'après midi, grande ligne droite avec vent de travers. J'avance difficilement à 15 Km/h. Les gamins courent vers moi pour me chiner des euros, des stylos ou des cadeaux. Comme si je n'avais pas assez de bagages pour traîner des cadeaux ! Ce soir, je ne vois ni camping ni hôtel alors je vais tester l'accueil Marocain. Tout le long, entre les villages, de véritables décharges de partout. Je vois une belle propriété avec des serres. J'entre et je demande pour monter ma toile. Un ouvrier agricole me répond que c'est un domaine du roi, comme toutes les grandes propriétés ici, alors que c'est impossible. Il appelle quand même le chef qui trouve une solution (normal il est chef). Il me propose de mettre Bamako à l'intérieur et me montre pour monter la tente dans le fossé au bord de la route et au milieu des détritus. Je le remercie et reprends ma route. Plus loin, je rencontre un jeune qui garde une paire de vaches et lui demande l'hospitalité. Il me dit direct un non catégorique. Et bien, si c'est ça l'accueil Marocain !! La nuit commence à tomber alors je tente ma chance plus loin sur la route. Je prends un chemin dans les terres et je trouve un gars avec ses deux ânes. Il ne pige pas un mot de français. Je lui mime des gestes alors il m'emmène dans une cour de ferme sous un abri qui sert de bergerie, et sans un mot me montre de la main où dormir, sur un lit de crottes de mouton (sympa). Je lui fais comprendre que je préfère dormir dehors. Après avoir un peu nettoyé l'emplacement, je monte la tente sous son regard étonné. Par contre, il ne m'invite malheureusement pas à partager son repas. Je ne sais même pas où il loge et je n'ai pas acheté à manger. J'entame un plat de raviolis desséché que j'avais pris en secours et j'entame aussi le répulsif anti-moustiques car je suis au bord d'un marais et, dès que j'allume la lampe frontale pour voir ce que je mange, je suis mangé moi-même.

    Au moment où j'écris, je me demande ce que je fais ici car il n'est que 19h30. Je me retrouve seul, dans la nuit, le programme de la soirée est vite trouvé. Bamako, lui, dort à l'abri dans le hangar. A côté de lui sont perchées toutes les volailles. Je lui mets des protections au cas où elles le prendraient pour un perchoir le matin.

    Vendredi 27 septembre - Allal Tazi -> Rabat (95 Km)  

    Cette nuit encore, très peu dormi. Les coqs perchés à côté de Bamako se sont mis à chanter à 2h30. Ils sont réglés à l’heure française, ce doit être des volailles d’importation. Ensuite, ils n’ont plus arrêté jusqu’au matin. Dans la nuit, le chien s’est aussi mis à aboyer. A travers ma guitoune, j’ai alors vu la lueur d’une lampe : c’était le patron, qui doit habiter juste derrière les hangars et qui venait voir ce qu’il se passait. Cet homme est bizarre, il ne m’a pas décroché un mot. Au début, j’ai cru qu’il était muet car il mimait, juste quelques sons entre les dents. Et, hier soir, alors qu’il crisait pour faire rentrer ses ânes qui avaient peur de Bamako (car ils le prenaient pour un âne bleu avec ses sacoches), il a laissé partir deux ou trois « Nardine-mouk » ; j’ai donc vu qu’il savait parler. Du coup, ce matin, je me suis réveillé très tôt. Tant pis, je pourrais rouler un max avant midi et manger un bon morceau car hier soir, c’était un peu léger. Heureusement qu’avec la lueur de ma lampe frontale il est tombé quelques protéines dans le bouillon. Ma tente est toute mouillée. Il y a un brouillard incroyable ; on se croirait en Grande Bretagne et non pas au Maroc. Tant pis, je plie avant que le fermier ne revienne car je n’ai rien envie de lui donner (vu qu’il ne m’a même pas offert le thé). Je range tout et le chien vient me voir, il dormait au milieu des moutons. On se comprend lui et moi car lui non plus n’a rien mangé depuis hier et il doit souvent sauter des repas vu la maigreur (à peu près celle d’un joint de culasse). Bon, je prends Bamako, je dis au revoir aux poules et me dirige discrètement vers le portail. Et là, oh surprise, il est fermé avec un gros cadenas. Je fais le tour, aucune issue. Je voulais partir tôt et me voilà prisonnier. Je sens mal ce coup, ça sent l’odeur du rackettage du matin : il va me demander de l’argent en échange de ma libération. Pas le choix, je prépare trois euros en monnaie pour l’amadouer s’il me chine et je cherche où il crèche. Je passe la vieille porte rouillée d’où il est sorti cette nuit et j’appelle. D’un coup, je le vois et je lui fais signe. Il arrive cinq minutes plus tard, toujours sans un mot. Il m’ouvre le cadenas, muet comme une carpe. Je lui dis « choucrane » et je m’en vais comme je suis venu. La route, ce matin : des immenses plaines cultivées où l’on emmène des pleins camions de femmes pour travailler les terres. Ce doit être des terres royales. Les hommes sont devant les bahuts, les femmes derrière qui se tiennent comme elles peuvent après les ridelles (la galanterie). Au bord de la chaussée, plein de groupes attendent, accroupis, l’arrivée des transports. Beaucoup de troupeaux de vaches et de moutons gardés par de très jeunes enfants ; très peu doivent être scolarisés. Par contre, ils sifflent très bien : lorsque j’entends un sifflement, c’est pour m’annoncer et l’on arrive en courant pour me chiner. Des charrettes chargées à bloc de sacs de ciment sont tirées par des ânes ou chevaux et, toujours au galop. Ceux qui sont aux champs, ainsi que les vaches, sont soit attachés par une patte arrière avec une corde de 1,50 m, soit on leur lie les deux pattes de devant à 20 cm l’une de l’autre avec une cordelette. Comme ça, ils ne risquent pas d’aller loin. Et malheureusement, lorsqu’ils sont sur la route, ils ne peuvent pas échapper aux poids lourds. Souvent, en bordure de chaussée, un squelette d’âne en décomposition, qui doit servir de nourriture aux nombreux chiens errants. Après Kenitra, très belle route qui passe dans les chênes lièges avec, le long, beaucoup de pépiniéristes. Tout à coup, je me dis « mince, quel jour est-on ? ». Je perds complètement la notion du temps. Je regarde alors mon carnet de bord et je m’aperçois que nous sommes vendredi alors que je me croyais jeudi. Je me suis fait avoir, c’était le dernier jour avant le week-end pour prendre mon visa pour la Mauritanie à Rabat. Ce soir, des files de voitures et taxis, avec des jeunes sur le toit et accrochés derrière, klaxonnent à tue-tête et jettent des prospectus. J’apprendrai plus tard que c’était les élections législatives au Maroc et, a priori, ils ont l’air très satisfaits du résultat. Moi, vu l’état des routes, j’ai très mal aux fesses et il faudra bien que je prenne un peu de repos. J’arrive à Rabat, très belle ville, avec sa plage et séparée de Sale par un fleuve. Découverte du jour : j’ai trouvé d’où viennent toutes les minuscules mouches papillons qui envahissent notre salle de bain en France depuis 3 ou 4 ans ; il y en a plein ici.

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    Ville de Salé séparé de Rabat par un fleuve

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    Plage de Rabat

    Samedi 28 septembre - Repos à Rabat 

    Aujourd’hui, journée de repos. Mais, au Maroc, il faut vivre avec le bruit, même la nuit, alors on va plutôt dire « journée sans pédaler ». Alors, comme dab, douche, linge sale, révision et le point sur les kilomètres. Vu que je suis parti avec deux jours de retard, en rapport à la date prévue, à cause de Bamako qui n’était pas prêt (les vedettes se font toujours attendre) ; vu que j’ai perdu quatre jours en Espagne car 367 kilomètres de plus que ma prévision, plus une journée pour trouver un pneu ; il faut que je revoie des choses car ça va me faire des moyennes trop importantes pour finir mon périple. Et, mon but n’est pas le kilométrage mais la découverte. Jusqu’à présent, je ne suis jamais descendu en dessous des 100 kilomètres par jour, avec seulement trois jours de repos. De plus, des français rencontrés il y a deux jours m’ont dit que le paysage était vraiment identique et monotone sur la côte nord. J’ai donc décidé, pour mieux profiter du reste de mon aventure, de mettre Bamako dans le bus et de rejoindre directement Essaouira, ce qui me fera gagner trois jours. Bamako n’est pas très enchanté de voyager dans les soutes car il ne va pas voir le paysage. Moi non plus car j’aurai préféré rouler mais malheureusement, je suis trop limité par le temps. Me voici donc avec mon billet en main pour demain matin, ce qui ne m’enchante pas trop car il est prévu d’arriver à une heure du matin et en pleine zone industrielle. Ici, à Rabat, on se sent très bien, c’est une ville très agréable. Lorsque je pense qu’en Espagne il m’a fallu 70 kilomètres pour trouver un pneu. Ici, au contraire, tout est possible, tout se trouve, tout se répare. Ce matin, je demande un café au lait dans une boulangerie, pas de problème ; un coca dans une pâtisserie, il y en a. Je suis sûr que si j’ai un problème sur le vélo, je trouve un réparateur dans les 200 mètres environnants. Hier, je mangeais un couscous dans un resto et, avant de partir, je lui demande de me vendre un litre d’eau pour l’hôtel. Il refuse en me disant « ici, je vais vous la vendre beaucoup trop cher, prenez là dans une épicerie, à côté, vous la payerez beaucoup moins cher » !! De plus, les magasins sont ouverts jusqu’à minuit. Cette après midi, j’ai fait le tour des souks et, très étonné, je n’ai jamais été interpellé pour acheter. C’est vrai qu’avec mon pantalon et mon teint devenu mat, j’ai du me confondre parmi la foule locale.

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    Vous avez encore mal ?

    Dimanche 29 septembre - Rabat -> Casablanca -> Essaouira (450 Km en bus) 


      

    J’arrive à la gare routière un peu à l’avance. C’est la zizanie : les rabatteurs attendent l’étranger, c’est le harcèlement, ils se battent même entre eux. Après avoir réussi à échapper à la cohue, je vais enregistrer les bagages et Bamako. Je leur recommande de faire très attention à mon compagnon. Ce sont des jeunes très sympas, ils me font vérifier comment ils l’ont attaché dans les coffres. Je trouve ça un peu léger donc je protège les parties sensibles avec des cartons. Nous ne partons qu’à 13 heures ; ça y est, nous sommes partis. C’est vrai que le paysage n’a rien d’extraordinaire. Nous arrivons à Casablanca et il faut attendre 17 heures pour changer de bus et réenregistrer les bagages. Et là, je regrette un peu d’avoir pris le bus. En plus, ici, c’est bien moins sympa : le gars qui prend les bagages trouve tout à redire, est très stressé et ne fait que gueuler. Il ne veut pas que j’accompagne Bamako. Je m’énerve un peu et lui dis « c’est ça l’accueil Marocain ». Alors, il se calme et me dit « bienvenue au pays » en souriant. 17 heures passées : départ pour Essaouira. Le chauffeur roule très vite ; pleins de voyants rouges s’allument sur le tableau de bord, on se croirait dans une boîte de nuit mais, ça ne l’affole pas mieux que ça. Il klaxonne sans arrêt. Je suis très surpris dans ce pays de n’avoir encore jamais vu d’accident. Finalement, c’est peut-être la zizanie qui fonctionne le mieux. Dans le bus, je sympathise avec deux routards Suisses qui, par la suite, se rendent dans le désert vers Zagora. Nous prenons une chambre ensemble dans la vieille ville d’Essaouira où il est minuit passé. Cette après midi, en longeant la seule autoroute du Maroc, j’ai vu des scènes très drôles. Au bord de celle-ci, on fait du stop et on vend même des raisins .

    Avant hier, alors que je cherchais ma route, un policier me conseillait de prendre l’autoroute car c’était plus direct. Je lui ai dit « mais, c’est interdit » et il m’a répondu « non non, pas ici » !!

    Lundi 30 septembre - Repos - Essaouira 

     

    Je repense à hier, dans le bus de la CTM, Meilleure société de transports du Maroc, c’était pas mal de voir l’envers du décor. Là, je me suis vraiment rendu compte qu’avec Bamako, on était tous petits sur la route. Le car a roulé une bonne partie de nuit et c’était impressionnant : charrettes non éclairées (normal, ici, les ânes n’ont pas l’électricité), vélos, piétons, mobylettes qu’on voit au dernier moment, sans oublier les vaches, chiens et moutons qui traversent n’importe où et n’importe quand. Ça marche tout au klaxon et souvent, ça passe. A un moment, la route était très étroite et sinueuse et il roulait en veilleuses pour ne pas éblouir les véhicules d’en face ; ça fait assez bizarre, ce n’est pas « le salaire de la peur » mais pas loin… Pendant le voyage, à côté de moi, il y avait un bureaucrate marocain, très bien habillé : cravate plus complet deux pièces (plus cuisine !). Il m’a expliqué qu’il voyageait souvent avec ce transport en commun et que le chauffeur allait refaire 400 kilomètres dans l’autre sens sans se reposer. Et qu’avant, ils étaient deux ; maintenant, avec les nouvelles directives, il se retrouve seul et, non seulement conduit, mais enregistre les clients, charge et décharge les bagages. Dans un sens, il vaut mieux faire l’aller que le retour. Ce gars m’a aussi beaucoup parlé de la politique du pays, des nouvelles élections transparentes (nouveauté pour le pays), des traditions, du chômage, des études, de la gestion de l’eau (car huit années de sécheresse)…Malheureusement, ils parlent à l’avenir d’utiliser le nucléaire pour les usines de désalinisation d’eau de mer, qui serait beaucoup moins cher que les autres énergies. Il m’a aussi beaucoup parlé de la ville d’Essaouira où il se rendait pour voir sa famille et décompresser. Aujourd’hui, en fin de matinée, en visitant la ville, on m’appelle : c’était lui, assis à la terrasse d’un café, avec sa petite-nièce. Il m’a offert un verre et s’est excusé de ne pas m’inviter à manger car il n’était pas chez lui. Essaouira, avec ses murs blancs et ses volets bleus, est une ville magique où l’on se sent bien. Les jeunes marocains sont même terriblement baba cools. Ici, on écoute Bob Marley, des musiques des années 70 et on fume facilement le calumet de la paix ! Malheureusement, ils sont en train de construire une ville nouvelle, qui risque d’étouffer la vieille cité.

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    Très beau port à Essaouira

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    Mardi 1 octobre - Essaouira -> Tamri (105 km) 

     

    Mes deux collègues de chambre avaient la tourista et un des deux est très affaibli depuis cinq jours. Moi, je commence à avoir les premiers symptômes ce matin et le repos d’hier soir ne m’a pas bien profité. En plus, m’étant couché à deux heures du matin, ça ne va pas arranger les choses. Je pars avec les jambes en compote et, 70 kilomètres de montées et faux plats. Heureusement, un paysage où à chaque contour on découvre une situation nouvelle ; étendue d’agreniers (arbre très courant ici) où les chèvres montent dedans à une hauteur impressionnante et jusqu’au bout des branches. Il y en a énormément ici.

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    Lorsqu'il n'y a plus à manger au sol il faut s'adapter !

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    Plus loin, des dromadaires ; au bord de la route, de nombreux vendeurs de miel. Ici, je trouve des villages beaucoup plus propres et des ânes plus beaux, bien nourris, que l’on ne tabasse pas comme dans le Nord. Les gens ont l’air plus calmes, serait-ce dû au calumet de la paix ? On me salue beaucoup. Je demande à un berger l’autorisation de prendre des chèvres en photo sur les arbres, il accepte sans condition. Malheureusement, quelques enfants, qui me demandent bonbons et stylos, me jettent des pierres et c’est dommage. Maintenant, il faut que je me méfie pour me ravitailler car les villes sont beaucoup plus espacées et aujourd’hui, j’ai du rouler jusqu’à 15 heures pour pouvoir manger. Le temps est un peu couvert et la nuit tombe très tôt, je vais donc re tester l’accueil marocain. Je demande à deux reprises à des personnes différentes et c’est le refus ; je crois surtout qu’ils ne comprennent pas ma requête. Il fait de plus en plus sombre et je vois un groupe d’hommes et femmes qui rentrent de la cueillette des olives. Je demande à un ancien où je peux monter ma tente. Il ne comprend rien et me fait non de la tête. Un jeune s’avance vers moi et parle un peu français. Je lui explique. Il me dit « suis-moi » et c’est parti. Je pousse Bamako au milieu de la troupe. Les femmes rigolent beaucoup et une petite fille a très peur de moi. Dès que je lui parle, elle part en courant. On s’arrête vers un puits où le jeune tire de l’eau avec un seau et tout le monde se lave les mains. Ensuite, je leur montre des photos de familles et de paysages de France. C’est la grosse bagarre entre les enfants, qui croient que je les leur donne. On s’échange nos prénoms. Le jeune qui m’a invité s’appelle Mohamed. Il me dit « suis-moi, on va à la maison dans le village à 500 mètres » ; un village très typique et très propre comparé à ce que j’ai vu auparavant. De leur habitation, une vue imprenable sur l’océan, qui est à trois kilomètres à vol d’oiseau. Il m’ouvre une petite porte et me dit de rentrer Bamako : une jolie pièce, toute blanche, nickel, avec de très beaux tapis au sol. Et là, il me fait comprendre que je vais dormir ici. Il m’emmène coussins et couvertures et m’explique que c’est la chambre où il dort avec son frère et que celui-ci me laisse sa place. Il me présente sa maman, très gentille mais qui ne parle pas un mot de français. Elle me fait signe de m’asseoir et tout le monde apparaît (voisins, cousins…etc.). Ce sont les grandes présentations. Nous sommes très nombreux dans cette petite pièce. Ensuite, ce sont les photos, les discussions et les rires. La maman sert le thé à la menthe et ensuite me fait visiter la cour intérieure (très belle), la pièce de l’âne et des moutons. Et, ensuite, nous rentrons dans une autre pièce destinée à faire le pain : il y a des récipients, de la pâte préparée à l’avance qu’elle pétrit pour faire des galettes qu’elle met à cuire. Nous rions beaucoup car, avec la fumée dans la pièce, je n’arrête pas de pleurer. Eux doivent avoir l’habitude. Nous retournons dans ma chambre, la mère, les trois frères et la jeune fille accroupis autour d’une table basse. Maman fait le thé. Ensuite, elle casse un œuf qu’elle brouille dans un plat, déchire des bouts de pain qu’elle distribue à tout le monde, pose un bol d’huile d’olive et une boîte de margarine et voilà le repas ! Une bougie sur la table et tout le monde trempe son pain dans l’œuf, l’huile d’olive ou la margarine. Le soir, il me dit « viens avec moi, je vais chercher une cigarette ». On descend le chemin caillouteux avec une lampe de poche et on arrive dans un local qui sert de moulin à huile. A l’intérieur, deux hommes sont en train d’y travailler, ils m’expliquent le fonctionnement. Une pierre énorme reliée à un bois qu’un âne fait tourner pour écraser les olives. Ensuite, on passe l’huile dans plusieurs filtres de diamètres différents et on les presse avec une grosse vis reliée à une roue. Ensuite, on monte se coucher pour une bonne nuit. Mais la tourista m’a réveillé (avec l’huile d’olive et le lait caillé qu’on m’a offert aussi en arrivant). Hier soir, on m’a déjà expliqué le programme de ce matin : visite du jardin…etc. Je n’ai pas osé lui demander où était son père mais il m’a expliqué lui-même qu’il était marin et qu’il pêchait la sardine à Dakhla pendant la saison. Le jeune aussi est marin à l’occasion et pêche le calamar dans la même ville. Il se rend là bas en car. Quand le père est absent, c’est lui qui fait office de chef de famille. Dès que je me lève, on m’apporte un brot d’eau chaude et le petit me le tient pour que je me lave. Sa mère est déjà au four et fait des galettes de pain très fines puis les amène à table, toutes chaudes, avec la margarine et le bol d’huile d’olive. Elle appuie sur les galettes, une par une, avec ses doigts pour former un cratère et elle verse de l’huile dedans. Ensuite, c’est à chacun de les tremper où il veut. Puis un verre de thé pour faire passer le tout (merci Ercefluryl !). Mohamed m’invite à aller au jardin. On charge l’âne des deux réserves d’eau pour aller faire le plein. Ici, l’approvisionnement en eau est le premier travail de la journée. Nous descendons dans les rochers, usés par le passage depuis des lunes sur environ un kilomètre. Nous arrivons vers une petite Oasis au milieu de rien et là, il y a un puits qui est destiné à tout le village. Les ânes font la queue et on puise l’eau avec un seau au bout d’une corde, pour remplir les réservoirs des bourricots. Après, pendant que l’âne remonte seul (il connaît le chemin !), nous visitons le jardin entouré de branches sèches d’épineux, à l’ombre de quelques palmiers, dessous un peu de fraîcheur. Mais c’est la zizanie. Au milieu des espèces de bambous qui ont poussé seuls, il y a trois ou quatre plants de tomates mélangés à deux ou trois aubergines et deux ou trois carottes, le tout envahi par des espèces de courgettes. Le tout se débrouille un peu tout seul. Bon, c’est le moment de se quitter car je crois que je pourrais rester à volonté ici. Alors, je suis obligé de lui faire comprendre que j’ai encore de la route qui m’attend. Je suis très content car j’ai vraiment participé à une journée de vie Marocaine. Ils m’ont dit que je faisais désormais parti de leur famille française !

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    Accueil dans une famille à Tamri

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    Le premier travail du matin, l'eau si précieuse ici

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    L e moulin à huile que l’âne fait tourner

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    Tamri sur la route d'Agadir

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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