• Dargoire-Bamako en solo 2002 ( journal de Bord )

      Rouler

    Sans se retourner

    Dargoire-Bamako 2002

     

    La vie est faite d’illusions, certaines réussissent, ce sont elles qui constituent la réalité”

    Jacques Audiberti

     

     

    « Aucun cœur n’a jamais souffert alors qu’il était à la poursuite de ses rêves »

    Paul Coelho

     

     

    « Il y a une grande différence entre être vivant et être en vie »

    Spinoza

     

    Dargoire                                                                Bamako

    Dargoire-Bamako 2002                                                           France____________________________________Mali                                      

    Mon véhicule: VTT SPECIALIZED

    Durée : 3 mois

    Distance: 5500 km

    Nombre de personnes : moi

    Handicap : deux hernies discales + un ménisque abîmé

    Mes atouts : têtu et persévérant

    Départ : le 3 septembre 2002

    Pourquoi ? : pourquoi pas !

      Je suis parti le 3 septembre 2002 de mon petit village de Dargoire (Loire) avec mon VTT pour rejoindre la capitale du Mali.

    Avec mon vélo, que j'ai surnommé " Bamako", en rapport à mon but, il s’est crée une véritable complicité que vous allez découvrir tout au long de ce récit. Nous avons parcouru 5500 km en roulant et 2000 km avec les moyens de transport locaux ( train, pirogue, bus, taxi-brousse...) pour mieux nous imprégner de la vie locale.

    Ce rêve, je vous le fait partager par mon journal de bord, réaliser jour après jour par des mots simples .

                                                           

    Lundi 2 septembre (veille du départ) - Dargoire 

     

    Hier soir, avec Sylvie, nous avions étalé sur la pelouse tout le contenu des sacoches de Bamako, par terre. C’était impressionnant ! Je me demandais comment tout allait rentrer. J’ai rangé les affaires méthodiquement, suivant un ordre que m’avait conseillé Franck, un copain routard ; lui-même avait pompé sur le livre « on a roulé sur la terre » de deux potes qui s’étaient fait un petit tour du monde à vélo.

    Alors, explication :

    Dans la sacoche avant gauche, c’est l’armoire de toilette : trousse de toilette, gant de toilette, serviette et pharmacie. Cette dernière est très importante car vous êtes obligés de prévoir tous les problèmes qui pourraient vous arriver et Dieu sait s’il y en a en Afrique… Alors, pour le gain de place, j’enlève tous les médicaments de leurs boites et je les range dans des petits sacs congélation avec zip. Puis, je répertorie tout sur une feuille de papier avec le mode d’emploi.

    Je n’ai pas oublié la pharmacie de Bamako également : chambres et pneus de rechange, rustines, rayons, dérailleur, vis et boulons divers et patins interchangeables, malgré que je n’aie pas l’intention de freiner sinon, ça sert à quoi de pédaler !!

    J’ai aussi pensé à tous les outils chirurgicaux, c’est à dire clef à laine, clef plate, pince, démonte pneus, dérive chaîne, pompe etc. Toutes ces dernières choses destinées à mon compagnon de route serviront à équilibrer mes sacoches car figurez-vous que j’ai pesé un à un tout ce qui allait composer mon trousseau afin d’obtenir un équilibre parfait de chaque côté.

    La sacoche avant droite est la cuisine, avec réchaud, popote, repas lyophilisés, pour les jours où je serais autonome…

    La sacoche arrière gauche contient tous les vêtements ainsi que les guides des différents pays traversés.

    La sacoche arrière droite contient la chambre à coucher, avec la tente, le duvet, le matelas auto-gonflant, la moustiquaire…

    La sacoche arrière centrale contient la trousse à outils, une poche à eau de 6 litres, les pellicules, cartes routières et tapis en mousse. Cette dernière se transforme en sac à dos une fois dégrafée.

    La sacoche de guidon renferme toutes mes affaires personnelles précieuses : papiers, appareil photo, boussole, lunettes, lampe frontale, livre de bord où j’écris tout ce que vous êtes en train de lire.

    Cette dernière me suivra partout, accrochée à mon cou.

     J’ai énormément privilégié le poids et le côté pratique. Par exemple, tee shirt en carline, très léger, qui sèche très vite et ne se repasse pas car je n’ai pas la place d’emmener une table à repasser !! Coupe vent et polaire en gore-tex, tente de 2kg seulement. Mais malheureusement, contrairement à un rôti, des légumes ou des fruits, dans les magasins de sport plus c’est léger, plus c’est cher…

    Je suis quand même très satisfait  car toutes sacoches comprises, je m’en tire avec un peu plus de 30 kg, ce qui n’est pas excessif en rapport à ce que j’ai pu lire dans les livres d’aventure.

    Bamako, lui, est muni de ses 4 portes gourdes et de ses 2 porte-bagages. Il ne pèse que 15 kg alors que moi, pour l’instant, je pèse 74 kg. Alors, pour me consoler, je me dis qu’en ajoutant tous ces poids, c’est comme si j’étais très gros et que je fasse du vélo, pourquoi les gros n’auraient-ils pas le droit aux cycles eux aussi ?

     Enfin, un seul petit ennui s’ajoute à tout ceci : c’est que Bamako n’est prêt que depuis cette après midi car il lui manquait un moyeu 36 trous à l’arrière, pour renforcer sa jante. Je ne l’ai jamais essayé avec son fardeau. J’ai d’ailleurs tellement mal au dos que c’est ma petite femme qui le selle.

     Et c’est seulement à 21h30, la veille du départ, que je fais un premier essai en bas de mon chemin, au plat. Résultat : j’arrive à peine à remonter à la maison à pied, en poussant ! Alors, je me dis que jamais je ne pourrais rouler avec ça et je regrette beaucoup de m’être un peu trop avancé dans mes dires concernant mon projet car j’avais prévu une moyenne de 100 kilomètres par jour.

    Tant pis, je vais essayer de dormir un peu et on verra bien demain, en test réel sur une journée.

    Dargoire-Bamako 2002

    Comment cela va t'il rentrer dans les sacoches ?

    Mardi 3 septembre (le départ) - Dargoire -> Cruas (130 Km)  

     Il est 8h15, je suis prêt et je ne peux plus revenir en arrière. Malgré mes doutes, je me lance, après avoir dit au revoir mais pas à bientôt à ma petite famille.

    Premier arrêt à même pas 1 Km, pour saluer Dany qui m’attendait de pied ferme, appareil photo en main !

    Ensuite, après 5 Km de faux plat, j’attaque ma première montée, « la côte de Trêves », qui va être le premier test en situation réelle. En bas m’attend Muriel, une autre copine à nous, qui est venue me souhaiter une bonne chance.

    C’est parti !

    Finalement, j’avale la côte assez facilement. Je ne me suis pas entraîné pour rien les mois précédant mon départ et cela me réconforte un peu. En tout cas, maintenant, j’ai 3 mois pour m’entraîner quotidiennement.

    Au village, troisième arrêt pour saluer Nicole, qui vient d’emmener son gamin à l’école.

    Maintenant, le vrai départ est imminent, je me retrouve seul avec mon compagnon de route (BAMAKO) face à l’inconnu.

    Descente de Condrieu, assez impressionnante. Dans les virages, ça guidonne grave !

    Je roule jusqu’à Tournon (80 Km dans la matinée). J’ai le dos en compote, je suis obligé de m’arrêter de temps en temps pour m’étirer et je vois l’affaire mal partie.

    Repas de midi sur un banc, place de Tournon : une salade de taboulé au poulet, deux tranches de jambon et un yaourt à boire.

    J’avais oublié : après Condrieu, un cycliste de route, avec le guidon de course et les jambes rasées, un vrai, comme ceux que Bamako déteste et ne regarde même pas, m’a accompagné sur quelques kilomètres en me questionnant et en m’encourageant. Je ne savais pas qu’il en existait des sympas !!!

    Après Tournon, direction Valence. Ce que j’appréhendais arrive. Les grandes lignes droites, en montée, avec un vent de face. Habitué à la moto, je m’imaginais que ça descendait tout du long. Avec les rafales, j’ai l’impression de ne plus avancer. Je regarde les lignes discontinues, qui sont la seule indication que j’évolue. De 25 Km/heure, je tombe à 20 Km/heure puis à 15. Je suis sans arrêt obligé de changer de vitesse. A ce rythme là, ma chaîne ne va pas aimer.

    Après Valence, comme de coutume là-bas, un orage carabiné. Je me réfugie in-extrémis dans un arrêt de bus, trois fois de suite, et j’en profite pour m’étirer comme je peux, car je suis cassé. Lorsque la pluie s’arrête, j’en profite pour équiper mes sacoches avec les housses imperméables et je reprends la route, aspergé par les camions.

    J’arrive enfin à Cruas, ville du béton, où je décide de coucher. Comme je suis trempé, je choisis une solution raisonnable. Je vais au syndicat d’initiative qui m’indique une chambre d’hôte à 18 €. Je leur dis d’expliquer à la propriétaire que je fais un long parcours. Alors, elle divise le prix par deux. Pour y aller, c’est hyper compliqué depuis la ville. Je demande ma route et deux femmes en voiture se proposent de m’accompagner jusqu’au gîte, qui se trouve très loin de la cité.

    Mercredi 4 septembre - Cruas -> Lunel (150 Km) 

     Bravo à la météo pour ses pronostics (pluie toute la journée) car il fait super beau ce matin. Paysages nuls, que des fabriques de ciment.

    J’arrive enfin à Vivier en Ardèche, plus joli. Une seule cigale chante, les autres ont déjà rangé leurs instruments. Une chance, pas de vent mais bizarrement des montées qui descendent et des descentes qui montent ???!!! J’avais déjà vu ça à l’émission « Mystères ».

    Avant midi, je me tape 80 kilomètres. Après le repas, pour m’aider à digérer, je me tape une montée d’au moins 10 kilomètres en direction de Nîmes. Alors, ne me dites plus « on descend dans le midi » !

    De temps en temps, un camion m’envoie un nuage de fumée dans les narines et Bamako n’a pas l’option récupération de l’air de l’habitacle en circuit fermé !

    Merci à l’équipement et à ses ingénieurs, qui réfléchissent toute l’année pour laisser la voie de droite la plus pourrie pour les cyclistes (bosses, bouts de verres, bouches d’égout, obstacles divers à éviter pour ne pas exploser une jante en risquant de se faire écraser) et merci au rétroviseur qui m’est super utile.

    Après Nîmes, lignes droites interminables avec des montées très longues et des descentes très courtes. Ce n’est pas juste ! Paysages assez laids, si ce n’est quelques vignes qui me servent de dessert en cas de coup de pompe.

    Au bout de 130 kilomètres, je suis épuisé. Un orage, qui me suit depuis Nîmes, me rattrape. Je me ramasse quelques gouttes qui me rafraîchissent et me font du bien.

    Je cherche désespérément un camping ou un terrain pour monter la tente….mais rien ! Que des espèces de marécages alimentés par la dernière pluie de la nuit (qui a dû être extrêmement violente ici).

    Je passe tous les petits villages sans succès, rien pour dormir. Au bout de 150 kilomètres, je n’en peux plus, je trouve un petit hôtel pas cher où je vais pouvoir me reposer.

    Demain, ils annoncent encore de la pluie. Il faut que je calme un peu le jeu si je veux finir mon périple.

    Bravo à la météo pour ses pronostics (pluie toute la journée) car il fait super beau ce matin. Paysages nuls, que des fabriques de ciment.

    J’arrive enfin à Vivier en Ardèche, plus joli. Une seule cigale chante, les autres ont déjà rangé leurs instruments. Une chance, pas de vent mais bizarrement des montées qui descendent et des descentes qui montent ???!!! J’avais déjà vu ça à l’émission « Mystères ».

    Avant midi, je me tape 80 kilomètres. Après le repas, pour m’aider à digérer, je me tape une montée d’au moins 10 kilomètres en direction de Nîmes. Alors, ne me dites plus « on descend dans le midi » !

    De temps en temps, un camion m’envoie un nuage de fumée dans les narines et Bamako n’a pas l’option récupération de l’air de l’habitacle en circuit fermé !

    Merci à l’équipement et à ses ingénieurs, qui réfléchissent toute l’année pour laisser la voie de droite la plus pourrie pour les cyclistes (bosses, bouts de verres, bouches d’égout, obstacles divers à éviter pour ne pas exploser une jante en risquant de se faire écraser) et merci au rétroviseur qui m’est super utile.

    Après Nîmes, lignes droites interminables avec des montées très longues et des descentes très courtes. Ce n’est pas juste ! Paysages assez laids, si ce n’est quelques vignes qui me servent de dessert en cas de coup de pompe.

    Au bout de 130 kilomètres, je suis épuisé. Un orage, qui me suit depuis Nîmes, me rattrape. Je me ramasse quelques gouttes qui me rafraîchissent et me font du bien.

    Je cherche désespérément un camping ou un terrain pour monter la tente….mais rien ! Que des espèces de marécages alimentés par la dernière pluie de la nuit (qui a dû être extrêmement violente ici).

    Je passe tous les petits villages sans succès, rien pour dormir. Au bout de 150 kilomètres, je n’en peux plus, je trouve un petit hôtel pas cher où je vais pouvoir me reposer.

    Demain, ils annoncent encore de la pluie. Il faut que je calme un peu le jeu si je veux finir mon périple.

    Jeudi 5 septembre - Lunel -> Nissan-Lez-Enserune après Béziers (125 Km) 

    Ce matin, il tombe des trombes d’eau. J’hésite. En attendant, à l’abri, j’en profite pour équiper les sacoches de leurs imperméables et je patiente.

    Neuf heures, il pleut toujours. Je décide de partir quand même car je ne vais pas passer ma journée ici.

    Je me mets torse nu sous mon coupe vent en gore tex, cela fera des affaires en moins à sécher. 500 mètres plus loin, c’est de pire en pire, je n’y vois plus rien. Tant pis. Au point où j’en suis, je continue. Un avantage quand même (car dans ces situations, pour se motiver, il faut regarder le bon côté des choses), il ne fait pas froid. Et, lorsqu’il pleut, il n’y a pas notre ennemi principal « le vent ».

    Plus tard, le temps s’arrange et j’arrive à Montpellier (la galère). Des déviations à n’en plus finir. J’ai du faire au moins trois fois le tour de la ville alors qu’au départ de mon périple, j’avais dit que je roulerai tous les jours sans me retourner. Je crois que j’ai fait 20 kilomètres pour rien et pour moi c’est une perte de temps.

    Enfin, je sors de la ville, direction Béziers, avec un paysage plus nature, au milieu des vignes, avec des petits villages très fleuris. Ça vendange à plein et tout à la machine. Une bonne odeur de raisin écrasé me parvient de temps en temps dans les narines.

    Heureusement, il reste quelques vignes intactes pour mes besoins en vitamines (quelle cure !). Ce qui m’énerve, c’est que l’on ne voit pas la mer. Moi, je l’ai déjà vue mais Bamako, jamais !

    Des montagnes russes à perte de vue et, comme par hasard, le vent qui reprend de plus belle mais jamais dans le dos, je crois faire du surplace. Cette fois ci, il y a des montées qui montent mais des descentes qui ne descendent pas et dans lesquelles il faut pédaler.

    Je crois que j’ai compris le phénomène !! Les montées sont à l’abri du vent mais lorsque vous passez la bosse, vous l’avez en pleine poire !

    Heureusement, le paysage est moins monotone que celui du Gard, qui n’est que casses de voitures (pas étonnant comme ils conduisent) et décharges sauvages. Aujourd’hui, je suis en train de payer la grande étape d’hier car, malgré mes encouragements, Bamako n’avance plus. J’arrive difficilement à Béziers en prenant souvent des routes bizarres, la plupart du temps interdites aux vélos mais je n’ai pas le choix !

    Je prends alors la direction de Narbonne et à midi, un gars super sympa m’offre un plat de lasagnes et un bon petit café. Il m’annonce qu’après cette ville m’attend un intra montagne (vent de travers) à 70 ou 100 Km/heure. Super…

    Tiens, première petite galère pour Bamako. Sa béquille n’a pas tenu le choc avec le poids des bagages. Et, pour lui, une jambe en moins, c’est la chute !

    Demain, il faut absolument que je trouve un soudeur avant de passer l’Espagne.

    Bon, assez roulé. Je trouve une petite auberge mais le patron a une gueule qui ne me plaît pas du tout. « Même pour l’argent, il ne sourit pas celui là ». J’essaie de lui marchander la chambre mais il trouve comme excuse qu’elle est neuve et qu’il y a un grand lit. Je lui rétorque que je m’en fou car mon vélo ne dort pas avec moi !!

    Il a surtout vu que j’étais en vélo, fatigué et que je n’avais pas envie de faire 20 bornes de plus. Dans le midi, ils n’ont pas compris qu’il y avait des prix pleine saison et hors saison. Il me demande même de régler d’avance (il est vrai qu’en vélo avec des sacoches, ça fait très peur).

    Bon, ce soir, pour amortir ma facture, je vais utiliser l’eau chaude pour faire ma première lessive. Car la sueur mélangée au gel anti-irritations et au gel réchauffeur de muscles, ça fait un drôle de cocktail !

    Vendredi 6 septembre -  Nissan lez Enserune -> Argelès 115 Kms 

    Départ à 8h30. Il faut absolument que je fasse réparer cette foutue béquille car, même appuyé contre un arbre, Bamako glisse avec le poids. Et, son rétroviseur, qui m'est trop utile, va finir par se casser. 10 kilomètres plus loin, je trouve un grand magasin réparateur de cycles. Il n'ouvre qu'à 9h30 (c'est le midi). J'attends devant, plein d'espoir et, une demi-heure après, le gars arrive sur un vtt d'un état déplorable et plus bas de gamme que le dernier des bas de gamme de grande surface. Mon compagnon de route ne lui jette même pas un regard. Franchement, être marchand de cycles et rouler sur un truc pareil !!

    A la tête qu'il me fait en arrivant je comprends avant qu'il ne me parle qu'il n'a pas envie de me dépanner. Pas manqué. Il invente toutes les excuses du monde : qu'il n'a pas de poste à souder etc.… et puis, il me fait perdre une demi-heure heure en me faisant un cours sur le centre de gravité d'un vélo, qui expliquerait tout mes problèmes. Sauf qu'il n'a pas compris que je ne voulais pas des explications mais une solution. Je repars déçu et, un peu plus loin, je vois sur ma droite un serrurier. C'est exactement ce qu'il me faut. Je m'approche, le gars continue son train-train. Alors, je suis obligé d'aller à lui. Et, d'un air abattu, comme un chien qui viendrait de prendre une volée, il me dit qu'il est débordé avec les vendanges et qu'il ne peut rien pour moi. L'hospitalité méditerranéenne se confirme.

    J'en ai marre, je continue donc ma route. Et, ce que l'on m'avait prédit hier arrive : l’entra montagnes, d'abord de face dans les immenses lignes droites où je ne dépasse pas les 10 Km/h et ensuite de travers, une horreur. De très fortes rafales me jettent sur la voie de circulation et je joue au chat et à la souris avec les camions, toujours un œil dans le rétro. Lorsque j'en vois un qui ne dévie pas sa route, je me jette sur le côté. Je préfère très largement la pluie et puis même le beau temps.

    Une seule fois, en contournant Narbonne, je me trouve pendant 2 kilomètres le vent dans le dos et, vous ne me croirez pas, Bamako se tape la côte à 40 Km/h sans complexe.

    Toutefois, je trouve la N9 trop dangereuse avec les rafales pour la continuer jusqu'à Perpignan. Alors, je prends la direction des plages vers Port-Leucate, où le vent m'aide un peu.

    Enfin, je montre la mer à Bamako pour la première fois et il l'a même traversée (eh oui, vous n'avez qu'à regarder sur la carte).

    Je mange dans cette ville nouvelle leur légume local, des frites car figurez-vous qu’il n'y a pas que des patates seulement dans le Nord. Ici c'est leur plat principal.

    Ensuite, une demi-heure de plage pour digérer. Dommage je n'aie pas mon maillot de bain sur moi et rien non plus sous mon cycliste ! Il est 14 heures 30 et je reprends la route direction Argelès. C'est du gâteau : le vent est avec nous et nous avalons les 40 kilomètres en un temps record.

    Aujourd’hui je décide de faire une étape raisonnable afin de m'arrêter de bonne heure à Argelès pour trouver tranquillement un camping, ce qui ne dois pas être difficile car je crois que c'est la ville d’Europe où il y en a le plus. Une fois celui-ci trouvé, je me rends à la réception et, dans l'intention qu'ils me fassent un prix préférentiel, je dis aux gérants, sûr de moi, que j'ai déjà camper ici avec ma famille il y a une vingtaine d'années et que je me rappelle bien d'eux. Ils me répondent qu'ils ont repris ce camping depuis dix ans seulement !!! (Sans commentaire…).

    A l'extérieur, en face de la pancarte Collioure, les montagnes m'attendent de pied ferme. Je me demande si je les affronte demain où si je pose une journée de repos avant de les attaquer ; et de quel coté ?

    Je vais peut-être retenter ma chance vers un serrurier de la ville pour la jambe de Bamako qui, lui, mérite bien un peu de repos. Quant à moi, la nuit dernière, malgré une chambre neuve et un grand lit, ça ne m’a pas empêché de mal dormir à cause des machines à vendanger qui ont traversé le village toute la nuit.

    Au fait, j'ai oublié de vous expliquer pour mon linge, car vous avez dû certainement vous poser la question suivante : “le linge qu'il lave le soir, comment fait-il pour le faire sécher ?”. Et bien c'est simple : le matin, je l'attache sur mes sacoches arrières et il sèche en roulant !

    Anecdote du jour : ce matin, une voiture Peugeot, en état de décomposition avancée, immatriculée en Hollande et conduite par deux individus qui n'avaient pas des têtes de Hollandais mais de repris de justice sont curieusement tombés par trois fois en panne devant moi. Je trouvais ça assez douteux. Et, le comble de l'histoire : dans une grande montée avec vent de face, je m'arrête pour manger un gros raisin anti-coup de pompe et voici que la voiture stoppe à nouveau à quelques mètres. Un des individus descend alors et vient à ma rencontre. Il me demande gentiment si je pouvais allez chercher un garagiste ! Il devait certainement penser que Bamako était motorisé !

    Samedi 7 septembre  - Argelès (France) - Gerona (Espagne) 120 Km 

     ET VIVA L' ESPANA !

    Ce matin, il fait beau et ça risque de ne pas durer. Alors, c'est décidé, je passe la frontière. Tant pis pour la béquille de Bamako, il faut profiter du temps clément.

    Au dessus d'Argelès, il y a une grande zone industrielle et je vois une serrurerie que je viens de dépasser. Alors, malgré le fait que je ne veux pas revenir en arrière, je tente le coup. J’arrive devant, “fermé le Samedi”. Une personne de passage m'en indique deux autres et elles sont aussi bouclées. Décidément ! Je me dirige vers un plombier tuyauteur (non, je ne vais pas installer l'eau courante sur Bamako !). Je sonne, un homme sort et me dévisage comme s’il avait vu E.T.(vous savez le célèbre extra terrestre ) et, à peine lui ai-je exposé mon problème qu'il me dit, “je ne peux pas réparer ça, je n'ai pas le poste à souder qu'il faut” (si ce n’est pas malheureux pour un tuyauteur). J'en profite alors pour sonner à la porte voisine, encore un truc de bricolage et idem : la gentille dame me dit : on n’a pas le droit de réparer les vélos (nouvelle forme de racisme). Alors, têtu comme je suis, je continue ma requête et miracle, je trouve un marchand de cycles où il est écrit "toutes réparations". En plus, j'ai vraiment de la chance car c'est ouvert. J'entre, le patron est impressionnant et c'est la première fois que je vois ça dans un magasin de vélos. Souvent, ceux qui tiennent ces établissements sont des cyclistes en herbe, des champions ou anciens cracks de la petite reine, mais alors lui … ça doit faire très longtemps car le gaillard pèse bien ses 260 livres et bien bedonnant, avec plutôt un look de bouliste ou de lanceur de poids, de sorte que même Bamako qui est super costaud ne pourrait supporter.

    En continuant de s'occuper d'un autre client pour ne pas le perdre, il jette un oeil rapide mais professionnel à la pauvre béquille. Et, de suite, tel les autres, le malheureux n’a pas de poste à souder. Mais lui a une meilleure idée : m'en vendre une neuve. Il me la présente de suite, elle est encore moins solide que la mienne. Et, lorsqu'il essaie de la régler, il ne sait pas faire. Alors, pour ne pas le rendre plus ridicule, je ne lui explique pas mais m'échappe au plus vite. J'ai déjà perdu deux heures pour rien et il est déjà 10h15.

    Je reprends donc la direction du Boulou. Je traverse quelques beaux villages et, fait exprès, au bord de la route, une villa marquée “serrurier”. En plus, le garage est grand ouvert. Alors, je sonne plusieurs fois à l'interphone. Les deux bergers allemands dévorent le grillage mais personne ne répond. Je crois que Bamako leur a encore fait peur et qu'ils n’ont vraiment pas envie de bosser dans le midi.

    Quelques kilomètres plus loin, j'ai l'impression de ne plus avancer. Pas étonnant, mon compteur ne fonctionne plus. Alors, je m’arrête à l’ombre d’un arbre en bois pour réparer car le caoutchouc qui maintient le capteur sur la fourche a cédé avec le frottement de celle-ci. Heureusement, j'en ai un de rechange que je bidouille pour que ça ne se reproduise pas.

    J'arrive enfin au Boulou et je vais me taper le Perthus au déjeuner. C’est parti et finalement je le trouve assez facile en rapport à l'idée que je m'en étais fait. En route, je trouve un vététiste franco-belge, avec une remorque et une très grosse barbe (pas étonnant que les gens aient peur des routards), qui avait calé dans la montée. Il doit se rendre à Barcelone mais, pour l'instant, il se ravitaille à l'ombre. Moi, je passe le Perthus et Bamako découvre l'Espagne avec toutes ses douanes abandonnées. Alors je m'imagine un instant quelques années en arrière, où un vieux douanier véreux aurait été capable de me faire déballer toutes les sacoches.

    Bon, il faut tout de même que je mange mais j'ai l’impression qu'ici on ne vend que du pastis. Des foules de français sortent des supermarkets les bras chargés de cartons du précieux breuvage, fiers comme des bars-tabac d'avoir fait des affaires.

    Je roule alors jusqu'à la Jonqueras mais ce n’est pas mieux. Tant pis, je rentre dans un magasin où je réussis, après une queue interminable, à sortir avec quelques victuailles.

    Après m'être rassasié, direction Gerona : des montées à perte de vue et des descentes qui ne descendent pas. Je n'en peux plus : mes jambes ne poussent plus Bamako. Je ferais bien une petite étape mais il n'y a rien d'intéressant. Alors, nous roulons comme des robots. La bonne odeur de raisins écrasés du pays Cathare est remplacée par celle des nombreuses porcheries. Je m'arrête en milieu d'après-midi, vers 15 heures, pour boire un coca bien frais. Les espagnols, à côté de moi, s'empiffrent de plats immenses de jambon cru. Je repars avec l'idée d'arriver à Gerona mais je suis à bout ; et la route ne passe pas dans la ville alors je m'arrête dans le premier hôtel en bord de route pour passer la nuit.

    Une bande de jeunes en fête entre au bar avec des perruques et des guitares et après avoir négocié quelques bières, ils sont surpris de voir Bamako contre le baby. Alors, ils essaient de me parler en langage de mec bourré espagnol car un seul cause un peu le français. Je comprends qu'ils enterrent une vie de garçon et qu'ils me souhaitent de la part de toute l'équipe un bon voyage.

    Dargoire-Bamako 2002

    En surcharge

     

     

     

  • Dimanche 8 septembre - Gerona -> Castelfields (140 Km) 

    Aujourd'hui = roulette russe.

    Ce matin, départ à 9 heures : en Espagne, on ne sert pas le petit déjeuner avant 8h30. Un brouillard à couper au couteau. Je ne vois pas arriver les montées alors prudence, je mouline. Petit à petit, le soleil perce : paysage agricole, encore quelques porcheries, des descentes très courtes, des montées très longues. Bientôt un paysage montagneux où se mêlent pins, chênes lièges et romarins, qui renvoient une bonne odeur que je respire à pleines narines. Ça monte toujours ; ça va bien finir par descendre vu que la route va longer la mer.

    Enfin une super descente ! Jamais mon compteur n'est monté aussi haut. Mais, ça ne dure pas. Tout à coup, on longe la grande bleue et je respire l'air iodé à pleins poumons. Nous passons toutes les petites villes de bord de mer jusqu'à la Jonqueras, où Bamako prend un peu de repos et moi un bon repas. Il reste 30 kilomètres pour atteindre Barcelone et nous avons déjà fait 65 kilomètres ce matin. Alors j'hésite car je sais que non seulement la traversée de la ville va être très hard mais ensuite, il faut que je roule encore pour trouver un camping. Tant pis, on ne peut pas rester ici, il n'y a rien d'intéressant. Demain, on sera enfin tranquille : mes jambes n'en peuvent plus. C'est parti pour Barcelone. Je mouille ma casquette car il fait très chaud à 14 heures. Enfin, nous arrivons dans les entrailles de cette ville immense. On ne peut plus longer la plage, ça aurait été trop simple. Et on se retrouve, comme prévu, en plein foutoir. Je demande deux ou trois fois la direction de Tarragone, jamais les mêmes versions. Je mets la boussole plein sud, une grande avenue et c'est parti. Nous roulons sur la voie des taxis et des bus pendant plusieurs kilomètres et nous grillons les feux rouges comme tout le monde. L'air est irrespirable, les cyclistes espagnols roulent avec un masque. Bamako est très fier quand il double quelques bus. La traversée de la ville dure plus de 10 kilomètres et, ce n'est pas fini. Incroyable, nous prenons un bout d'autoroute, pas le choix. Personne ne nous klaxonne, ça doit être normal. Bamako est très fier (pas moi), nous roulons comme ça pendant encore 5 kilomètres. Après, je vois une sortie, nous la prenons car je n'ai plus envie de jouer à la roulette russe. Mais ce n'est pas la bonne direction. Je ressors la boussole et toujours plein sud au milieu des HLM en brique très laids et des zones industrielles avec leurs décharges sauvages. Epuisé, je rêve d'un grand coca. Je vois un Mac Do sur ma gauche et devant, un gars avec un vélo chargé comme moi. Pendant que nous discutons, Bamako regarde l'autre vélo d'un air dédaigneux, il est bien moins beau que lui. Le gars est canadien, il est passé par Paris, Bordeaux, Madrid, et remonte sur Nice. Il s'est fait volé son compteur. Dommage, nous prenons des directions différentes, il était bien sympa.

    Avant de repartir, il me montre la direction, car il en vient et a une carte bien plus détaillée que moi. Il m'annonce des bonnes montées. Nous arrivons sur la plage de Castelfields. Je demande un camping. Je suis dégoûté, il faut que je remonte 6 Km dans l'autre sens. Je demande plusieurs fois ma route, je trouve enfin un gars qui parle bien français, il me dit de prendre sous le pont et de rouler jusqu'à un grand bâtiment. Je lui dis "mais c'est l'autoroute !" et il me répond "ça ne fait rien, vous roulez a droite, tous les vélos le font". "Ah bon ?" Alors j'exécute puis je prends une rue parallèle mais je tombe contre le grillage du camping, pas d'entrée, impossible. Alors je reprends l'autoroute et en effet toutes les entrées sont de ce côté. Je prends un emplacement le plus loin possible de la circulation. Il y a des Bordelais sympas en camping-car. Bizarrement, il y a des avions qui passent au dessus et des douches avec des persiennes où tu vois celui qui attend. Je crois que nous avons déjà campé ici il y a 20 ans et cette fois c’est vrai.

     

    Lundi 9 septembre - Castelfields -> Salou (110 Km)

    Aujourd'hui, je croyais faire une étape tranquille mais je dois déjà me retaper les 10 kilomètres que j'ai fait pour rien dans l'autre sens. Mais, au fait, comment je sors du camping puisque je suis rentré par l'autoroute ? Et bien, pas de solution pour les vélos. Soit je la reprends dans le bon sens jusqu'à une sortie (ça peut durer longtemps), soit je la reprends au bord à contresens et c'est la meilleure solution. Avant le départ, les Bordelais m'offrent une bouteille d'eau minérale car celle du camping est imbuvable. Plus loin, un jeune en scooter avec sa nana derrière a voulu faire le barbot en prenant le rond point à fond devant moi et a fait un vol plané comme je n'en n’ai jamais vu et la fille est repartie en ambulance. En m'arrêtant au poste d'essence pour demander ma route, j'assiste à une scène peu commune : un punk espagnol, tatoué de partout, s'en prend à la caissière car le poste où il devait se servir était fermé. Après, il prend une grosse crise : il jette les quilles sur la route, s'acharne à coup de pieds et de points sur le poste d'essence et arrache le tuyau d'essence. Vu comme il est parti,(ne restons pas ici ) nous reprenons la route mais je n'ai déjà plus de jambes. Je la vois à l'horizon  qui monte dans les falaises. C'est parti : petit plateau et grand pignon pour la première fois, vue superbe sur les criques mais il faut toujours prêter attention aux camions qui descendent à fond avec les remorques pleines de graviers. Ça sent le brûlé à fond ! J'en bave. Tout à coup, on me klaxonne, c'est les Bordelais du camping qui me doublent en camping car. Enfin, de temps en temps, une super descente. Je freine le moins possible pour profiter de ces bons moments.

    Nous croisons un vélo très chargé, un petit signe de la main et c’est reparti.  L'après midi, je me dirige sur Tarragone, la misère ! De contournements en contournements, rien n'est prévu pour les vélos. Je galère jusqu'à 20 heures le soir pour trouver enfin un camping en pleine ville, grâce à un espagnol sympa (il y en a), qui m'accompagne en VTT. Sinon, j'y serais encore ...

    Aucune cabine téléphonique ne fonctionne alors, je cherche un cybercafé pour passer un petit coucou. Demain, il faut absolument que je trouve un camping bien pour me reposer un ou deux jours car je suis à bout. Cette nuit je n'ai rien dormi, réveillé par de grands coups de tonnerre. Je me suis vite levé pour couvrir les sacoches et la selle de Bamako puis amarrer la tente et il n'est pas tombé une goutte.

    C'est parti pour la traversée de l'Espagne !

    Mardi 10 septembre - Salou -> Campril (17 Km) 19 
       

    Il faut absolument que je trouve un camping tranquille pour me reposer. J'ai aussi beaucoup de linge à laver car ça commence à sentir le chacal ! Mes gants qui, soit disant contiennent du gel, prennent une odeur insupportable au point que lorsque je rentre dans un endroit public, je les laisse dans une sacoche.

    Ça  y est, je vois un camping sur la gauche, j'ai envie d'aller plus loin mais, par expérience, pour peu que la route contourne encore les villes, je vais encore me taper 50 kilomètres. Alors, c'est décidé, je m'arrête. Pour une fois, la réceptionniste parle français et en plus est sympa. Le camping est au bord de la mer et bien ombragé : c'est parfait pour me reposer. Les emplacements sont comme de partout en Espagne : parc, cabane pour le chat, le chien et une petite cage pour le canari ou le chardonneret, alors qu'il y en a des quantités à l’extérieur ; il y a même des grosses perruches vertes dans les arbres.

    Côté sanitaire, c'est la même douche avec persiennes en bois pour voir celui qui attend et WC avec la tête qui dépasse de la porte. Ça doit être l’habitude  des box à chevaux. Fin de matinée, je fais une grande lessive. Un espagnol et une grosse mama, d'un air agressif, essaient de m'expliquer qu'il ne faut pas que je lave dans le bac que j'avais choisi exprès car c'est le seul qui a de l'eau chaude. Je fais semblant de ne pas comprendre. Il repart en grognant en espagnol avec sa grosse mégère. L'après midi, une petite baignade sur la plage qui, de Costa Dorada, n'a que le nom car le sable est teinté de gros reflets noirs qui sont sans doute les surplus des immenses zones industrielles et usines chimiques des villes en amont. Ça y est, je m'ennuie déjà et bizarrement j’ai déjà envie de repartir. Est-ce l'appel de la route ? Et pourtant, il faut vraiment que je me force à me reposer. Les gars du Tour de France le font, pourquoi pas moi.

    Au fait, en arrivant, j'ai pour la première fois déchargé complètement Bamako. Si il pouvait parler, il me dirait certainement Merci ! En plus, je vais en profiter pour faire une petite révision.

    Mercredi 11 septembre - journée de repos (18 Km) 

    Plage, farniente et pourtant, c’est bizarre, j’ai envie de rouler. Ce matin, j’ai un peu mal au dos, je crois que le repos ne me va pas. Tant pis, j’en ai besoin car les nuits en Espagne, on dort très mal : on vit la nuit et les espagnols sont très bruyants. Alors, dans la guitoune, difficile de fermer l’œil. Et, chose surprenante, la journée je n’ai pas sommeil. Je dois quand même me taper 18 petits kilomètres pour aller faire des courses à Miami (pas en Floride mais à Miami Plage en Espagne), où Bamako se fait un réel plaisir de rouler sans son fardeau. En plus, comble du bonheur, un marchand de vélo sympa lui a renforcé sa jambe cassée et rajouté une autre gratuitement (il y a des jours comme ça où tout baigne, allez savoir pourquoi….).

    Dans le camping, il y a un vrai couple de Marseillais, qui font péter des « fatches de cons » à tout va. Alors que j’écris quelques cartes postales, un couple de motards normands de passage s’assoit à côté de moi et nous sympathisons de suite. Ils m’offrent le guide du routard d’Andalousie 2003.

    Le personnel du camping est très sympa, à part celui que j’ai envoyé balader ce matin dans les sanitaires et qui est le patron ! (Je ne pouvais pas savoir…).

     

    Jeudi 12 septembre - Miami -> Castellon de la Plana (187 Km) 

     

    « Étape de dingue »

    Hier soir, la météo annonçait un avis de tempête. Pas étonnant, mon baromètre lombaire m’avait averti. Je demande à la réceptionniste si elle pensait qu’il allait vraiment pleuvoir. Elle me dit non car avant la pluie, elle a mal à la tête et là ça n’est pas le cas ! Alors, le pari est engagé, qui aura raison : mon dos ou sa tête ?!

    En pleine nuit, je suis réveillé en sursaut par un grand coup de tonnerre. Je regarde l’heure : 6h30. Je mets le nez dehors : des éclairs impressionnants illuminent le ciel comme en plein jour ; ça sent l’orage grave et je n’ai pas du tout envie de démonter sous la pluie. Alors, vite, je mets ma lampe frontale et me dépêche pour défaire la tente et pour tout ranger à l’abri. Finalement, fausse alerte, l’orage passe à côté et la tête a gagné ! Je mange un croissant, un jus d’orange et je dis au revoir aux gens sympas qui m’annoncent du vent dans la région où je vais (c’est coutume maintenant).

    Beaux paysages, des oliviers sur des kilomètres avec pour arrière plan la montagne, des grandes lignes droites de faux plats… Mais ça ne roule pas trop mal. Soudain, que vois-je à l’horizon…..des quantités incroyables d’éoliennes précédées par des panneaux « danger, vent violent ». Et, à l’allure où tournent leurs hélices, ce n’est pas un bon signe pour moi. Pas manqué. Un peu plus loin, je suis en plein dedans. Je reprends le petit plateau et évolue à 10 Km/heure. Enfin, je contourne la montagne, ça va mieux. Le paysage délaisse les oliviers. Maintenant se succèdent des immenses parcelles de citronniers, qui dégagent leur parfum. De temps en temps, une porcherie nous rappelle qu’il y a aussi de la charcuterie en Espagne. On voit également des champs de tomates qui sont laissées à même le sol et que l’on ramasse par terre. Je roule bien car j’ai déjà fait 90 kilomètres ce matin. L’après midi, ça se gâte : un orage carabiné. Je me réfugie in-extrémis dans une usine qui avait son grand portail ouvert. Au bout de 10 minutes, ça se calme ; je repars incognito, personne ne m’a remarqué.

    Maintenant, je découvre en bordure de route des cueilleurs d’olives qui tapent les branches avec des gaules pour les faire tomber dans les filets. Entre les oliviers poussent aussi de nombreux amandiers. Je m’arrête dans une petite ville charmante, « Torrébianca », où beaucoup d’habitants dans leurs sous-sols cassent des amandes.

    J’aurai bien passé la nuit ici mais un orage violent vient de passer et l’eau ruisselle encore dans les rues. Les bas côtés sont inondés alors, pour le camping…. ??

    J’en ai encore dans les jambes alors je décide de continuer jusqu’à la prochaine ville. Mais, une fois arrivé, je ne trouve toujours rien pour dormir. Je reprends donc la route en direction de Castellon, pensant trouver un petit hôtel routier au bord de la nationale. Mais, le premier est fermé. Je me rends donc au suivant car la nuit tombe. J’appelle. Il y a trois ou quatre piliers de bars, avec le nez en forme de fraise. La patronne arrive quinze minutes plus tard. Elle ne me salue même pas, me dévisage et m’annonce un prix exorbitant. Tant pis, je suis tellement fatigué. Je lui demande alors pour rentrer Bamako à l’intérieur, elle me demande cinq euros supplémentaires et retourne à la cuisine sans attendre ma réponse. Vexé, je prends mes clics et mes clacs et je reprends la route. Mais là, c’est le piège car la nuit est vraiment là et, en plus, orageuse. J’avale des kilomètres et des kilomètres, et rien. En plus, je suis prisonnier des barrières de sécurité de chaque côté et je cherche désespérément un endroit pour sortir. Impossible. Je m’arrête pour installer les deux phares livrés avec le vélo, qui n’éclairent pas plus qu’un vers luisant et je roule sur la bande de secours, à l’aveuglette, en espérant ne pas trébucher sur un animal écrasé, d’éclater ou exploser une jante dans un trou, tout en surveillant attentivement le rétroviseur pour parer à toute éventualité meurtrière de la part d’un camion fou !

    Je suis épuisé, mes muscles cervicaux sont tétanisés. Je fais un petit bout à pied pour me détendre et toujours pas d’issue. Je suis obligé de sortir à la prochaine ville Castellon. J’arrive en pleine zone industrielle, très lugubre, je cherche désespérément un endroit pour dormir. Trop tard pour le camping alors je fais cinq fois le tour de la ville et des rues dans tous les sens. Que des hôtels de luxe. Enfin, à 22h30, et après 187 kilomètres dans les jambes, j’en trouve un avec des prix raisonnables. Dépité, j’ai faim, j’ai soif et j’ai de la peine à y croire. Jamais je n’ai été aussi content de trouver une porte qui s’ouvre à moi. Bamako, lui, doit rester dans le hall d’entrée, avec tous ses bagages et son antivol alors je ne suis pas trop tranquille. Enfin, la prochaine fois, je serais plus vigilant et n'attendrais pas le dernier moment pour chercher à dormir.

    C'est parti pour la traversée de l'Espagne !

    Tu vois Bamako, lui aussi a des cornes !

     

    Vendredi 13 septembre - Castellon -> Silla (114 Km) 

    Journée noire, normal ?

    Ce matin, j’ai les cervicales complètement bloquées et je souffre trop. Je m’arrête pour régler la selle et les cornes de Bamako, de façon à avoir une position droite, mais toutefois pas extra pour forcer dans les côtes.

    Il a fait un orage cette nuit et des milliers de minuscules escargots sont sur la voie de droite. Nous roulons dessus pendant des kilomètres, avec un bruit de craquement indescriptible sous les pneus. Depuis la frontière, les gens en ramassent des pleins sacs le long des routes (pas de doute, on est bien en Espagne).

    Cette nouvelle position me va mieux mais je m’arrête quand même tous les 20 kilomètres. Aujourd’hui, je devrais faire une étape tranquille.

    Je ne trouve que des champs de mandariniers arrosés par des vieux canaux fermés par des petites écluses qui inondent les plantations.

    Normalement, je ne suis qu’à 58 kilomètres de Valencia. Mais, subitement, la N340 devient une voie rapide interdite aux vélos. Alors, nous, on passe où ??

    J’essaie une petite route parallèle : cul de sac. J’essaie de porter le vélo à travers un grillage pour continuer : impossible. Obligé de refaire la route à l’envers…et c’est parti. Pas le choix : je prends la voie rapide et arrive en plein dans la ville. L’horreur, tel Barcelone. Je galère tout le reste de la matinée pour sortir un peu au clair et manger dans une cafétéria en bord de mer. Et, l’après midi, c’est reparti dans la même galère. Personne ne m’indique la même direction et je roule jusqu’à 19h30 et 114 kilomètres pour n’être qu’à la sortie de Valencia. J’ai tourné en rond toute l’après midi car toutes les voies mènent sur des autoroutes. Et, pas de campings…. J’en ai marre, je ne peux pas galérer dans toutes les villes de cette sorte !

    Petites réactions du jour à la volée :

    1        Ce matin, un chien m’aboyait après depuis le rebord de la fenêtre d’une maison située au 1er étage, et fermé de l’intérieur, d’habitude c’est la place des canaris?

    2        Dans la dernière vigne de la région, j’ai mangé un énorme raisin de table

    3        Dans les bars, les Espagnols jettent leurs mégots par terre

    4        Les fossés en Espagne sont des décharges

    5        Dans les restos, le pain et l’eau ne sont jamais compris. Il n’y a jamais d’eau en carafe mais uniquement des bouteilles bouchées

     

    Samedi 14 septembre - Silla -> Calpe (120 km) 

     

    Ce matin, je pars sous la pluie et au fil des heures, elle est de plus en plus forte. La route : des lignes droites de 20 kilomètres tracées au cordeau. Les paysages ont changé entièrement : des centaines d’hectares de céréales où des moissonneuses, d’une taille ridicule en rapport à la surface, attendent que la pluie s’arrête.

    Finalement, vu la configuration du relief, je préfère qu’il pleuve à la place du vent.

    Bamako est un criminel, il a encore écrasé au moins 10000 escargots en une demi-journée. Maintenant, des champs d’orangers à perte de vue avec des montagnes à l’horizon. Une chose me fait mal au cœur : il y a plein de chiens abandonnés. Dans le fossé, en bord de route, un chiot d’environ trois mois est couché, terrorisé et me regarde d’un air suppliant. Je n’ose pas lui parler de peur qu’il ne traverse la route. Un peu plus loin, un autre court, affolé, en jonglant entre voitures et camions, qui ne lèvent même pas le pied. C’est incroyable à la vitesse que roulent les camions et c’est un petit coup au cœur à chaque fois qu’on se fait doubler car je crois qu’ici la probabilité de se faire écraser est plus grande que celle de gagner au loto.

    Nous traversons des petites villes très typiques. Dommage qu’elles soient toujours cachées par de grands immeubles inesthétiques, qui enlèvent tout leur charme.

    De temps en temps, un paysan avec âne et charrette…ou un autre qui laboure avec une mule. Certaines situations ou odeurs rappellent le Maroc. Toutes les rivières sont asséchées, je n’ai vu qu’un seul fleuve à l’eau saumâtre.

    L’après midi, direction Alicante ; ça commence à monter dans une montagne, qui devait être superbe, avant d’être défigurée par des carrières ou des constructions abusives, un véritable désastre. Je grimpe difficilement. Je voudrais pourtant me rapprocher le plus possible d’Alicante, pour traverser la ville demain en début de journée. 15 kilomètres de montée, je me dis que ça va bien redescendre à un moment ou à un autre pour arriver en bord de mer. Ça y est, la côte à l’air de se terminer. Tout d’un coup, un bruit inhabituel sur l’avant de Bamako : la roue est crevée. Je comprends maintenant pourquoi je galérais tant : la roue s’était dégonflée progressivement. Il est 18 heures. Tant pis, ça ne sert à rien de s’affoler : je démonte, après avoir enlevé toutes les sacoches et le coupable est un morceau de fil de fer, très fin, qui a traversé le pneu et qui lui-même, vient certainement d’un pneu éclaté. Je répare en me disant qu’on ne va encore pas terminer de bonne heure ce soir, enfin, c’est reparti : une descente qui nous emmène sur 11 kilomètres, à toute vitesse jusqu’à Calpe. Les campings sont tout au bout de la ville. Le premier est complet…ça commence bien. Le deuxième a de la place, impeccable. Je me pose à côté d’un couple du Lot et Garonne qui viennent en Espagne depuis des années, sans savoir pourquoi, car franchement, passer plusieurs jours ici…. ??? Enfin, ça a l’air de les distraire de me voir et ils s’occupent bien de moi. Le camping est entouré de bâtiments et hôtels si immenses que je me demande, une fois pleins, comment ils réussissent à caser tout le monde sur la minuscule plage en dessous.

    C'est parti pour la traversée de l'Espagne !

    Étalage très coloré des richesses de la terre d'Espagne. 

    Dimanche 15 septembre - Calpe -> Guardemar (114 km) 26  

     

    Ce matin, en guise de petit déjeuner, je me tape 10 kilomètres jusqu’au supermarché car j’ai très mal dormi cette nuit et il me faut absolument des remontants : jus d’orange et barres de céréales. J’attaque ensuite la montagne qui encercle la ville. La côte espagnole est une véritable catastrophe écologique à ciel ouvert. Des immeubles et villas de partout, jusqu’à la plage et sur toutes les montagnes qui devaient être superbes. A Calpe, un immense rocher fait la curiosité de la ville. Il est maintenant caché par la hauteur des bâtiments qui l’entourent. On dirait qu’on veut à tout prix rattraper le temps perdu, sans en mesurer les conséquences. Les routes sont superbes mais on n’hésite pas à faire sauter la montagne pour les faire passer. Bon, on ne va pas refaire le monde.

    En attendant, je suis obligé de mettre le plus petit plateau devant et le plus grand pignon derrière ; ça veut dire que ça grimpe ! Et en plein cagnard… En plus, ce n’est pas la grande forme. Je suis en train de payer mes étapes précédentes. Je crois que je vais prendre du repos plus tôt que prévu, tout dépend des campings que je vais trouver.

    Au fait, j’ai oublié de vous dire qu’hier, j’ai croisé le tour d’Espagne. Super organisation…la route n’avait pas été barrée et la confusion était totale : des coureurs du peloton étaient coincés au milieu des voitures.

    Bon, quand même quelques jolies descentes. Il faut absolument que j’arrive vers les 13 heures à Alicante, le temps de traverser la ville.

    Ici, en Espagne, le déjeuner se prend à 15 heures et le soir à 22 heures ; j’en ai pris l’habitude. Je mange au bord du port et c’est reparti. Et là, super, la nationale longe la plage et je traverse la cité sans encombre. Et, bien indiqué pour une fois, je n’en reviens pas !

    Après Alicante, des lignes droites à perte de vue, avec de nouveau le vent en face. Je pédale machinalement.

    Changement de paysage, on se croirait en Camargue : des marais salants, avec de nombreux oiseaux d’eau. Ensuite, la route contourne la montagne. Et là, ça grimpe à nouveau, en plein soleil. Quelques descentes, dans lesquelles Bamako ne s’emballe pas, à cause du vent ; et, dernière grande montée sur le petit plateau avant Guardemar. Les kilomètres annoncés sur les panneaux ne sont jamais très fiables. J’ai envie d’aller plus loin mais il est déjà 18 heures, je vais donc en rester là. Je trouve un camping : s’il me plait, je resterais deux jours. J’ai besoin de laver des affaires, de réviser Bamako et de laisser cicatriser quelques infections mal placées. On me donne mon emplacement. Je tombe à côté d’un jeune couple de hollandais qui parlent un peu notre langue et des jeunes Belges, tous super sympas. D’emblée, ils me demandent où je vais et ils m’offrent une bière fraîche. Je suis bien tombé. Je vais pouvoir me refaire une santé et faire le point sur ma situation.

    Question du jour : pourquoi y a t il autant d’escargots en Espagne ?

    Lundi 16 septembre - Guardemar (repos) 27  

     

    Je suis tombé dans l’unique camping de la ville, d’un luxe et d’une propreté incroyable. Je n’ai jamais vu ça de mémoire de campeur. Des douches de la grandeur de notre salle de bain, une piscine immense, jacuzzi, salle de musculation, animation, resto d’une beauté incroyable et d’une propreté incomparable ; ça ne fait pas très routard  mais c’est moins cher qu’à l’hôtel…alors tant pis. Toutefois, dès que vous sortez de l’enceinte de ce paradis, c’est l’enfer. Plusieurs canaux, qui se jettent dans la mer, sont de véritables égouts, où se côtoient des amas de bouteilles et détritus de toutes sortes : bidons d’huile, plastiques, cadavres d’animaux…etc. Au milieu de tout ça, de nombreux pêcheurs se fraient des passages pour tremper leur fil au milieu des ordures. Du coup, ça me gave et je n’ai pas envie de rester un jour de plus ici.

    Mardi 17 septembre - Guardemar -> Puerto de Mazzeron (118 Km)

     

    Au bout de quelques kilomètres, ça tire grave sur mes muscles cervicaux, je ne peux plus tourner la tête. J’ai du me faire une petite déchirure en m’étirant à froid.

    Côté paysages, rien d’extraordinaire : de temps en temps, je vois la mer. J’essaie de faire un maximum de kilomètres jusqu’à 13h30, environ 70. Aujourd’hui, je n’ai pas de jambes. Hier soir, au camping, les Hollandais m’ont offert le repas du soir alors que j’avais prévu de me faire des pâtes. Alors, dîner convivial mais Hollandais !…et pauvre en calories. Par contre, je regrette les quelques bières que nous avons bues ensemble car ce matin, j’avais un pic-vert dans la tête dans les montées ensoleillées.

    Enfin, Carthagena ; pour traverser la ville, un pizzaïolo me montre la route en scooter. Heureusement car c’est assez compliqué. Beaucoup de maraîchage, arrosé par des petites rigoles entre chaque ligne de plantation, et puis d’immenses serres en plastique. Et voilà, maintenant vous savez que les tomates d’Espagne ne sont pas mûries directement au soleil.

    J’échappe de justesse à deux gros orages. Ensuite, nous contournons la montagne, avec des paysages typiques : ânes, charrettes et vieilles fermes qu’on  diraient inhabitées

    Soudain, j’aperçois la route au loin, qui monte en lacets en face dans la montagne. Quelle grimpette ! Je la sens mal et, en plus, il fait très chaud. Tant pis, il faut y aller, on n’a pas le choix. A mi-parcours, nous calons. Je monte 1 kilomètre à pieds pour me reprendre et c’est reparti jusqu’au sommet. Ensuite, quelle descente ! Je laisse tout aller et je respire à pleins poumons pour me ré oxygéner. J’arrive à Mazzeron, en bord de plage, où je trouve un camping.

    Mercredi 18 septembre - Mazzeron -> Los Galardos (110 km) 

     

    Ce matin, je me lève tôt. Pas de chance, la réception est fermée et n’ouvre qu’à 9 heures. Je vais en ville pour boire un café, il est trop tôt. Heureusement, un petit supermarché est ouvert. Alors j’achète du jus d’oranges, deux ou trois gâteaux et me voilà parti. Ce matin, en visualisant  la route sur la carte, je m’y attendais un peu, j’attaque par une montée qui va durer 35 kilomètres dans la montagne désertique et en plein soleil. Dès le début, je trouve que l’on n’avance pas. Je crois que c’est la faute à Bamako car on dirait que la roue de devant retient. J’en bave, nous sommes en dessous de 10 Km/heure. Je n’ai pas le moral, je jure, je déteste l’Espagne et les espagnols. Je m’arrête, enlève les sacoches, dévisse les roues,  huile les moyeux…etc. Je cherche des excuses et en fait, je me rends compte que Bamako va bien…et que c’est moi qui n’avance pas et que ça monte plus que ça ne paraît. Tout à coup, un coup de klaxon. Je regarde dans le rétro : un camion fou nous fonce dessus. Je saute dans le fossé, il ne fait même pas un écart, c’est un assassin, je l’insulte. Je nous vois comme tous ces chiens écrasés, dont personne ne prête attention. Il y en a tous les kilomètres. Finalement, ce sont peut-être eux qui se suicident, vu le sort qui leur est réservé : attachés à un tonneau par 40 degrés ou fermés dans le clos d’une usine, en plein soleil, pour la surveiller. Sans parler du sort des nombreux taureaux, qui n’ont aucune chance. Dieu reconnaît-il les animaux ?

    Ça y est, je suis en colère. Il est 13h30 et je n’en peux plus, je n’ai plus d’eau et j’ai faim. Je fais un détour pour me rendre à un village : il n’y a rien d’ouvert et personne ne bouge. Le prochain est à 15 kilomètres et ça monte toujours. J’ai très soif. Après énormément d’efforts, nous arrivons. Ah, il y a un café. Je demande de suite un coca avec plein de glaçons, je crois rêver.

    Dans tous les bars, il y a des petites vitrines, avec des assortiments de charcuterie, des brochettes de viande, poisson, poulet, pigeon…etc. Ce sont des bars à Tapas : vous montrez ce que vous désirez, il vous le fait griller derrière et vous grignotez avec les doigts sur le comptoir, en sirotant un verre.

    Une fois requinqués, on reprend la route, plate cette fois, avec quelques descentes et un paysage incroyable : des centaines d’hectares de serres en plastique tapissent tout le paysage à perte de vue. Ensuite, paysages de westerns et jolis petits villages entourés de barrières de figues de Barbarie : nous sommes en Andalousie. De temps en temps, des maisons troglodytes, pour mieux garder la fraîcheur. C’est le plus beau paysage que j’ai vu depuis mon départ.

    Le temps passe plus vite, il est déjà 17h30. La nationale 334 se termine et se transforme en N340, avec un gros panneau d’interdiction aux vélos, bestiaux, mobylettes ainsi qu’une pancarte « Autopista » (qui veut dire voie rapide). Et nous, on fait comment ??

    C'est parti pour la traversée de l'Espagne !

    Et nous,on passent où ?

    Pas d’autre issue, alors je reste devant le panneau et fais signe aux voitures pour leur demander la solution. Déjà, très peu s’arrêtent et dans ceux qui le font, certains me disent de faire un détour par Tataouine : ils n’ont pas vu que j’étais à vélo ???!!! D’autres me disent de passer malgré l’interdiction. Lorsque ce sont des camions ou camionnettes, je leur demande de mettre Bamako derrière et de m’emmener, tous refusent. Je prends la haine et je m’engage sur la voie rapide. Si les guardias m’arrêtent, il faudra qu’ils m’expliquent la solution. Je roule bien sur la droite en ne lâchant pas le rétro des yeux, en prévision des gros bahuts qui arrivent à 140 Km/h et me font faire à chaque fois un écart d’un mètre avec le déplacement d’air !

    Personne ne me klaxonne, essayez de faire ça chez nous…

    Je roule jusqu’à 18h30. Ces voies rapides font des détours incroyables, c’est uniquement fait pour les automobilistes. Je crois qu’arrivé à Algesiras, j’aurai largement dépassé les 2000 kilomètres alors que j’en avais prévu 1800. Je trouve un petit relais routier pour me reposer en attendant d’avoir les idées plus claires demain.

    C'est parti pour la traversée de l'Espagne !


    Jeudi 19 septembre -  Los Galardos -> Almeria (140 km) 

     

    Après une bonne nuit, je vais peut-être plus facilement retrouver ma direction. J’arrive au premier rond point, direction Almeria, aucune autre solution. Une seule issue, l’autopista, avec les mêmes panneaux d’interdiction aux vélos.

    Tant pis, je prends cette voie pendant 4 kilomètres, jusqu’à la prochaine sortie. Et là, miracle, je retrouve l’ancienne nationale, une jolie petite route qui traverse l’Andalousie, avec son beau décor et ses petits villages.

    Ça monte pas mal mais le paysage n’est pas monotone. Plus tard, paysage montagneux de westerns. Nous passons ensuite devant Fort Bravo, lieu hollywoodien où sont tournés de nombreux films. Après beaucoup de montées, une très belle descente, qui débouche sur un rond point, avec de nouveau les interdictions aux deux roues. Je vois la guardia civil, ça tombe bien ! Je leur demande des explications. Ils ne m’écoutent pas mais me font signe de les suivre. Une centaine de mètres plus loin, ils m’engagent sur une petite route, qui n’est même pas indiquée, et c’est la bonne ! Vu que les automobilistes prennent tous les nouvelles voies, ils n’ont pas pris la peine de signaler les anciennes. Pendant midi, un Espagnol parlant très bien français et très sympathique me demande d’où je viens et me conseille ensuite de prendre un car jusqu’à Algesiras. Il insiste même pour m’emmener vers la caissière de la gare routière, où il fait l’interprète. Elle lui explique que le départ est pour demain 8 heures et qu’il faut empaqueter les roues et le pédalier avec du carton. C’est vrai que ça me ferait gagner le temps perdu et me permettrait de me reposer mais je demande à Bamako, qui n’est pas d’accord. Alors, nous continuons notre route…. !

    Après Almeria, le paysage est un océan de plastique : de la montagne à la mer, incroyable, des serres à perte de vue, où l’on cultive de la tomate. La moindre parcelle est occupée par une serre, même aux endroits les plus inaccessibles. Je me suis laissé entendre dire que beaucoup de main d’œuvre en situation irrégulière, notamment des Marocains, est exploitée par ces gros maraîchers, qui gagnent de l’or.

    Pour rejoindre un camping en bord de mer, je suis obligé de passer dans ce labyrinthe, par des petites routes où je ne vois jamais l’issue.

    Ça renifle le pesticide à pleins poumons. Après un gros orage, devinez où peuvent se rendre tous ces produits toxiques ??

    Je vois des ouvriers traiter, contre le vent et sans masque. C’est aberrant. Je me demande d’où vient l’eau pour arroser toutes ces plantes.

    Une fois sorti de ce piège, je dois remonter 10 kilomètres au nord pour trouver un camping. Car le seul qu’il y avait dans la ville est fermé, et pas question de faire du camping sauvage car, non seulement c’est interdit mais les guardias se cachent pour surprendre les campings cars ou autres intrus et leur infliger un PV !

    C'est parti pour la traversée de l'Espagne !

     

    Vendredi 20 septembre - Almeria -> La Herradura (114 Km) 34  

     

    Ce matin, je refais amèrement les dix bornes qui m’ont emmenées au camping, à l’opposé de ma direction, après une nuit d’à peine trois heures, à cause du raffut infernal d’une famille espagnole, qui se croyait apparemment seule (cris, rires, manœuvres en voiture et parties de scrabble).

    Au départ, à moitié endormi, j’ai manqué de faire tomber Bamako et, en le retenant, j’ai senti une énorme brûlure musculaire le long de la colonne et j’ai crains le pire : finir mon périple pour une bêtise. Je roule prudemment et ça a l’air d’aller, je n’en reviens pas. Les premières montées, toujours difficiles et toujours ce problème de direction. Après divers renseignements, je trouve la bonne route, qui monte dans les falaises, au-dessus de la mer. Sacrée montée mais très belle vue sur les criques. Et ensuite, de nouveau des centaines d’hectares de serres, quel gâchis. En plus, même où le paysage est beau, il est très difficile de faire une photo sans une bouteille vide ou un plastique, et il ne faut pas trop regarder en contrebas de la route, qui sert souvent de décharge sauvage. Succession de montées et de descentes abruptes, où je me tape des 55 Km/h. Et, ensuite, la côte me cale d’un coup et c’est mortel pour mes petites jambes. Sur le parcours, j’ai dû passer une dizaine de tunnels, très dangereux car non éclairés, et sans bande pour les deux roues. Alors, dès que j’en approche un, je m’arrête pour regarder loin derrière moi qu’il ne vienne pas de camion et, la peur au ventre, je pédale comme un fou pour traverser de l’autre côté. De temps en temps, je n’ai pas le temps alors, dès que j’entends un poids lourd derrière moi, je cramponne mon guidon pour ne pas rebondir contre la bordure et je prie pour que ça passe. J’ai aussi très peur de rouler sur un objet ou un trou que je ne vois pas qui me fasse chuter sur la chaussée car là je n’aurais aucune chance.

    Plus loin, je vois deux couples de chevreuils en équilibre au-dessus de la route, qui cherchent certainement un point d’eau pour se désaltérer.

    Bon, assez pour aujourd’hui. Je trouve sur ma route un charmant petit camping en bord de mer, très simple et planté d’arbres exotiques. Devant la réception, la plus petite cage que je n’ai jamais vue et je crois qu’elle doit être unique au monde. Environ 20 cm par 20, avec un perchoir et un miroir

     sur l’autre face, pour que la perruche croie qu’elle n’est pas seule. Ici, il ne doit pas non plus exister de bon dieu pour les oiseaux !

    Réaction à chaud : je pense qu’en Espagne, les animaux écrasés remplacent les bornes kilométriques : les chiens pour les kilomètres et les chats pour les centaines de mètres, je ne voudrais pas moi-même remplacer celles ci

    Samedi 21 septembre -  La Herradura (repos) 35  

     

     

    Eh oui ! C’était les seuls français qui sont arrivés au camping le soir de ma journée de repos et veille de mon départ. Dommage, on a sympathisé de suite et, une heure après, on se retrouvait ensemble autour d’une bonne paella. Diana est d’origine espagnole et nous a servi de guide et interprète. Son copain, Stéphane, adore le VTT et n’a pas pu s’empêcher d’essayer Bamako chargé. Ils font tous les deux beaucoup de randonnée pédestre, entre autre le chemin de Saint Jacques de Compostelle.

    Magali et Philippe sont motards depuis peu. Lui, est passionné d’escalade, comme une certaine Alex. Elle, adore la plongée mais le problème est qu’elle se prend pour un dauphin et ne veut plus remonter. Demain, ils ont décidé d’aller faire de la plongée en apnée. Avant de me quitter, ils m’ont décris la route de Malaga qui m’attend avec, au programme, belles grimpettes dans les falaises en perspective

    C'est parti pour la traversée de l'Espagne !

     

     

    .C'est parti pour la traversée de l'Espagne !

     Maison troglodyte dans le sud de l'Espagne.

     

    Dimanche 22 septembre - La Herradura -> Fuengirola (110 Km) 

     

    Au revoir les petits français, quel dommage que ces si belles rencontres soient éphémères mais la route m'appelle si je veux parvenir à mon but. Encore obligé d'attendre 9h 30 que la réception ouvre. Et c'est reparti pour une belle journée et pour une belle montée. Je n’attaque pas trop mal. Ma journée de repos et la paella me rendent service. Super paysage et une vue imprenable sur la mer. Ensuite, ça redescend puis faux plat. Et notre pire ennemi, le vent, se met à souffler très fort. Tout le matin, j'avance au ralenti. Horrible ce vent, je préfère dix fois les montées. Aujourd'hui dimanche, merci le ministre des transports, les camions ne roulent pas. Par contre, c'est le jour des motards et il y en a énormément, ils se prennent tous pour Crivillier. Ça roule au taquet ! Il faut dire que les routes sont superbes pour la moto. Je roule jusqu'à 14h30, tous les magasins sont fermés alors, je me paie une friture de mer au resto. Les gens arrivent pour manger vers les 15 heures, des familles entières, c'est leur jour de sortie. Les mamas sont parées de leur plus belle robe ainsi que toute la panoplie de bijoux qui vont avec.

    Cette après midi, deux vélos aussi chargés que Bamako me précèdent. Je les rattrape et essaie de taper la conversation mais c’est difficile car ils sont finlandais. Alors, nous roulons ensemble en se faisant des petits signes et des sourires car ça, c'est international. Et, plus loin, on s'arrête à une station, ils m'offrent une grande bière ! Ils dévisagent Bamako (très fier) et me demandent que je les prenne en photo devant lui avec leur appareil (encore plus fier). J'ai compris qu'ils reliaient une ville d'Espagne qui était jumelée avec la leur. Alors, une fois arrivés vers le panneau, ils sautent de joie parce qu'ils ont fini leur périple et me demandent de les prendre trois fois en photo devant le panneau, au cas où ça raterait. Je leur dis au revoir, et eux me souhaitent bonne chance. Je continue jusqu'à Fuengirola pour un nouveau camping.

    C'est parti pour la traversée de l'Espagne !

     

    Lundi 23 septembre - Fuengirola -> Santa Roque (100 Km) 39  

    Aujourd'hui, la journée avait bien commencé : pas trop de vent, bonne route, je devrais atteindre les alentour d’ Algesiras A midi, j'achète à manger dans une grande surface qui commence par un C et qui finit par un R, vous savez, les même qu'en France mais je n'ai pas le droit de citer de marques !! Je mange devant le magasin. On me regarde avec dégoût. J'aurai dû mettre une boîte devant moi, quelqu'un m'aurait peut-être jeté des pièces !

    Avant de repartir, je vérifie machinalement la pression des pneus et là, mauvaise surprise : le pneu arrière est coupé à trois endroits et la chambre forme des abcès à travers. En plus, sur le côté, la carcasse est foutue. J'ai dû le couper soit le jour où j'ai roulé la nuit, soit sous le tunnel avec des bouts de ferraille. Pas de problème,  je vais aller au rayon cycle en acheter un. Je rentre et surprise, il n'y a que des vélos entiers et aucun accessoire ! Je rachèterai bien un vélo de rechange mais je ne sais pas rouler avec deux vélos ! Donc je repars bredouille. Une seule solution : dégonfler un peu pour réduire les abcès et je mets un peu de sparadrap sur les coupures. Ce sparadrap était destiné à ma pharmacie et non à celle de Bamako. Ce qui fait dire qu'après, si je me coupe, je serai obligé de mettre une rustine ! Je ne sais pas combien de temps il va tenir mais j'espère qu'il m'emmènera jusqu'au prochain réparateur et pas trop loin de préférence. Je fais très attention où je roule, j'évite les cailloux. Puis j'arrive enfin à la première ville. Je demande un réparateur à un balayeur, qui se retourne et refuse de me répondre. Après deux ou trois autres échecs (incroyable), un gars accepte quand même de me renseigner mais m'envoie chez un réparateur de moto qui, comme par hasard, ne peut rien pour moi. Mais, bonne nouvelle, il me dit qu'il existe un marchand de cycles dans la ville. Il m'indique sommairement dans sa langue et avec des gestes un coup à droite, un coup à gauche, ce qui fait qu'après avoir fait au moins trois tours de ville, je trouve par miracle ce magasin trop attendu.

    Je rentre, personne mais je vois un gars dehors avec un escabeau contre le mur. Il ne me regarde même pas. Pourtant, des gars en VTT avec un chargement tel que le mien ne passent pas inaperçus. Je l'interpelle et lui demande si le magasin est ouvert. Avec ses doigts, il me fait signe "cinq minutes" alors je patiente. Dix minutes passent, ensuite vingt. Il me repasse trois fois devant sans me prêter attention en discutant avec un collègue. Il est en train de démonter une enseigne. Ils finissent alors je me dis que c'est bon mais là, il commence à installer l'autre. Alors s'en est trop, je le rappelle et il me dit " vingt minutes ". Alors là je pète les plombs. Je lui demande si c'est parce que je suis français qu'il ne veut pas me servir. Et là, avec son collègue, ils se mettent à se foutre vraiment de ma gueule ! Alors j'explose et le traite de tous les noms d'oiseaux espagnols et je repars après avoir perdu énormément de temps. Je roule avec toujours l'appréhension d'éclater. Je traverse plein de petites villes sur 50 kilomètres et, insensé, aucun réparateur de vélo ! J'ai gâché toute mon après midi. Je m'arrête dans le premier camping que je trouve avant algesiras, toujours sans pneu de rechange et avec la chance qu'il ait tenu le coup. Dans le camping, je trouve un couple de français de la Drôme en voiture. Je leur raconte ma mésaventure en leur expliquant que j'aimerai aller jusqu'à la prochaine ville acheter un pneu mais que j'ai trop peur de la crevaison, tout en espérant qu'ils me proposent de m'emmener en voiture (solidarité française). Et bien non, ça ne leur a malheureusement jamais effleuré l'esprit. Alors tant pis, je campe sur ma défaite. Dans ce camping, il y a des toiles tendues sur des fils de fer pour l'ombre, comme dans la plupart des campings espagnols. Alors, je monte la guitoune dessous comme ça le matin elle n'est pas humide.

    Mardi 24 septembre - Santa Roque -> Algesiras (50 Km) 

     

    Après ma journée agitée d'hier, nuit bruyante espagnole : des rires, des cris, un bruit infernal. Je regarde l'heure, 3h30, impossible de fermer l’œil. De plus, après ce qu'ils m'ont fait hier, je les déteste tous. Sur le point de me rendormir, j'entends marcher dans les graviers, à côté de ma tente et de Bamako. Mais difficile en camping de localiser les bruits. Le matin, en me levant pour aller aux toilettes, je comprends enfin : il y a une vache dans le camp qui se ballade pour brouter entre les toiles. Imaginez qu'elle monte sur ma petite toile, ça aurait été le clou ! J'aurai même détesté les bovins espagnols... Vu que Bamako a des cornes, elle l'a peut-être pris pour un taureau. Heureusement que tous les jours ne se ressemblent pas et les mauvais permettent de mieux apprécier les bons. De toute façon, aujourd'hui, c'est foutu pour le ferry car je ne souhaite pas arriver à Tanger (soit disant la ville de tous les dangers) la nuit. Ils m'ont encore fait perdre une journée. Alors, on va chercher tranquillement une paire de pneus car j'ai bien peur qu'avec l'usure, celui de devant me fasse le même coup. Il me faut aussi une chambre à air. J'arrive à Linea, une grande ville à côté de Gibraltar. Je demande successivement à quatre personnes un marchand de cycles. Aucun ne m'indique la même direction. Décidément, ici on ne peut compter que sur soi-même. Alors je sillonne les rues en plein marché, on se croirait déjà au Maroc. Finalement, un jeune en scooter me donne le bon plan, un marchand de vélo, je n'y croyais plus. Je suis comme un gamin devant une vitrine de jouets, émerveillé. Avec tout de même une petite appréhension : et s'il n'y en avait pas ? (Car dans le magasin, je ne vois que des cycles). Une dame me reçoit et me fait monter des grands escaliers. Et là, sous les toits, incroyable, la caverne d'Ali Baba. Des pneus dans tous les sens : sur les murs, au plafond, par terre, de partout. Je trouve ma vie, c'est super ! Je m'éloigne dans un endroit tranquille, près du port. Je tombe toutes les sacoches et c'est parti, je remets l'arrière train de Bamako à neuf. Je reprends ensuite la route jusqu'à Algesiras, non sans avoir admiré le fabuleux rocher de Gibraltar qui regarde l'Afrique face à lui. Algesiras, ville hostile mais merveilleuse. Car, pour moi, c'est la fin de l'Espagne maudite, si ce n'est quelques supers rencontres dans les campings avec d'autres européens, français et hollandais et les très beaux paysages d'Andalousie. J'ai malheureusement très peu de souvenirs positifs de nos voisins, que je quitterai sans regret. Et je me demande encore comment je suis sorti vivant d'ici. Lorsque je les observe rouler, je n'arrive pas à croire que je prenais la même route qu'eux. Bon, je vais prendre mes billets pour le ferry de demain. Impossible de marchander. Tous me font payer Bamako comme une moto, idem que dans les campings et hôtels. Je leur propose alors d'aller faire un tour avec tous les bagages, ils verront si c'est une moto. Fini l'Europe, avec 2167 kilomètres au compteur. Je ne retiens de l'Espagne que deux mots : urbanisation et autopistas. Et demain, de l'autre côté du grand rocher de Gibraltar et de la mer, l'Afrique et une nouvelle aventure qui commence…

    C'est parti pour la traversée de l'Espagne !

    Le rocher de Gibraltar

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Mercredi 25 septembre - Algesiras (Ferry pour Tanger) -> Larache (100 Km)

    Bienvenue au Maroc

    Celui ci n'est pas passé au contrôle technique !

    Bienvenue au Maroc

    Arrivée à Tanger la Blanche

     

    Ça y est, c'est parti pour le ferry de 8h30. Devant, il y a déjà la queue. Bamako n'est pas fier au milieu des camions. Alors, nous passons devant tout le monde. Quatre motards Suisse sont devant la file au contrôle des entrées. Je leur dis bonjour, ils me jettent à peine un regard (nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs). En tout cas, ils ont de grosses difficultés avec les autorités qui n'ont pas l'air décidées à les laisser passer, ça discute beaucoup. Pendant ce temps, l'un des deux hommes me demande mon passeport et me fait passer directement devant tout le monde (bien fait pour les ouins-ouins !). On entre dans le ventre du gros bateau et là, tout de suite, deux gars très sympas s'occupent de nous : questions, rires... Ils sont très surpris et attachent Bamako avec beaucoup de soin. Ensuite, photos souvenirs et c'est parti, on se sépare. Mon compagnon de route reste dans la cale avec tous les véhicules et moi je monte sur le pont. Il faut remplir une fiche de situation, ce n'est que le début. Et je peux enfin boire un petit café. Les Suisse sont là, ils ont réussi à passer mais ils sont toujours aussi froids. Alors je sympathise avec des français, deux hommes et une femme, qui sont venus avec une quinzaine de motos tous terrains sur une remorque. Ils sont organisateurs de randonnées motos à l'étranger. Ils vont passer une semaine avec un groupe dans l'Atlas et la deuxième semaine avec un autre (bon boulot, non ?). Le ferry s'éloigne de la côte et nous croisons des énormes bateaux dans un état déplorable. On se demande comment ils flottent. Nous voyons très vite la côte africaine et d'un coup Tanger, la ville que l'on m'a dit "de tous les dangers", "celle qui craint un max", "celle où il faut prendre la tangente" (pas bien ça ?). Et je suis très surpris par ce que je vois : une très belle ville qui domine la mer, avec ses murs blancs et ses mosquées, qui surplombent le tout. Alors que je m'attendais à toute autre chose. Nous amarrons dans le port, je descends dans la cale, détache mon ami et me faufile au milieu des camions et voitures. J'arrive devant le douanier qui me sourit, regarde à peine mon passeport, fait dégager de la place devant moi, me fait passer en priorité devant tous les autres véhicules et me souhaite la bienvenue au Maroc. Quel accueil ! Maintenant, je suis lâché en liberté, seul, avec un peu d'appréhension. Et il faut déjà que je trouve la bonne direction. Je demande au policier qui, très gracieusement, me renseigne : prendre direction Rabat et c'est très bien indiqué. Toutefois, avant, il faut que je change mes travellers chèques et pour cela, il faut que je me rende en plein centre ville. Je fais quatre banques, toutes me les refusent, ça commence bien ! Merci ma banque et merci les guides touristiques, qui disent qu'ils sont acceptés de partout. Enfin, une grande banque veut bien me les prendre. Alors, vu la situation (je ne vais pas traverser que des grandes villes), je retire une grosse somme : c'est plus prudent car je ne veux pas passer mes journées à faire le tour des banques. En ville, je ne suis pas harcelé du tout et très agréablement surpris. Je prends la direction Rabat, traversée de la ville, très bien indiquée, sans aucun problème à part la route qui est très mauvaise à cause des nombreux nids de poules. Alors encore merci le rétro car, ici, si vous vous faites écraser, c'est de votre faute : les camions gardent leur trajectoire et vous klaxonnent pour que vous vous mettiez sur le côté. Le problème c'est qu'il faut anticiper vu l'état des bas côtés. Je me suis laissé avoir une fois et j'ai fini dans le fossé. De plus, les camions qui nous doublent n'ont certainement pas la pastille verte car je prends des bonnes bouffées de gaz d'échappement. Ça y est, nous sommes dans la campagne, superbe paysage de chênes, lièges, pins et eucalyptus avec, de temps en temps, la mer splendide avec de grandes plages vierges. Et, quelquefois, en décor, un berger avec quelques bêtes. Si l'on ne voyait pas de temps en temps des ânes, moutons et dromadaires, on ne se croirait pas du tout au Maroc. Bonne route maintenant et pas de vent. J'avale en peu de temps les kilomètres qui me rapprochent de Larache en me méfiant de ne pas me laisser surprendre par la nuit car j'ai dû reculer ma montre de deux heures (heure marocaine). Maintenant, sur les bords, des champs immenses de melons canari, on dirait des fleurs. Il y a aussi beaucoup de marchands de poterie et quelques marais salants assez artisanaux. Je suis très peu harcelé dans les traversées de village, je dis bonjour et on me répond toujours. J'arrive à Larache et cherche un centre de repos gratuit que les guides indiquent. Je vais trop loin et me retrouve en pleine ville. Une nuée de gamins qui sort de l'école se rue sur moi ; je dois me fâcher un peu pour qu'ils me fichent la paix. Je demande ma route aux policiers qui me renseignent très gentiment. Je trouve enfin le centre de repos qui n'est plus gratuit mais coûte trois euros. Ce centre a été financé par la Marine Nationale pour héberger les Marocains résidant en France. Pour cette modique somme, vous êtes dans un parc gardé par la marine 24 heures sur 24. A l'intérieur : restaurants, magasins, douche chaude, jeux pour les enfants et bien entendu la mosquée (grande tente avec les tapis). Je monte ma tente dans la pelouse très propre et je tape la conversation avec le marin de garde qui s'ennuie. Il me parle de la vie Marocaine, de ses traditions, de la religion. Il rêve de visiter la France mais il manque de moyens. Régulièrement, lorsque c'est l'heure, les pensionnaires viennent prier dans la mosquée. Mon entrée Africaine commence très très bien.

    Bienvenue au Maroc

    Champs  de Melons Canaris

    Bienvenue au Maroc

    Tu vois Bamako eux aussi ont des réserves d'eau

    Bienvenue au Maroc

    Marais salants

    Jeudi 26 septembre - Larache -> Allal Tazi (110 Km).

    Ce matin, une humidité incroyable et du brouillard (si si). Nous devons être entourés de marais car cette nuit il y avait pas mal de moustiques. Je plie la tente mouillée. Sur la route, le flot des camions a commencé ainsi que les ânes avec leurs charrettes, mobylettes et véhicules de tout genres. Ça  klaxonne dans tous les sens. Vu le brouillard, je mets mon super gilet jaune fluo de chantier. En ville, toutes les routes sont défoncées alors il faut être très vigilant pour ne pas exploser une jante ou casser un rayon. Je traverse de nombreux souks en bord de route et des marchés agricoles avec vieux tracteurs, vaches, moutons, ânes et chevaux d'une maigreur inimaginable qui tirent des chargements démesurés, qui se font tabasser gratuitement même s'ils avancent. Tout le long de la route, je vois des situations toutes aussi burlesques les unes que les autres. On pourrait faire un concours de photos inédites surtout au niveau des chargements, que ce soit camions, autos, vélos ou mobylettes, moutons sur les galeries ou sur les mobs, ânes sur le toit d'un camion. J'ai aussi vu rouler un VTT avec, sur le porte-bagages, une pile de cartons pleins d’œufs d'une hauteur inimaginable. Ici, contrairement à chez nous où le covoiturage est très rare, on ne part pas tant que la voiture ou le camion n’est rempli à bloc. Je n'aurai jamais assez de photos pour prendre et expliquer toutes ces choses alors je les case dans ma tête. Le paysage est maintenant assez montagneux avec parfois des plaines immenses ou l'on travaille comme des fourmis en rapport à la surface.

    Étonnant, à cette époque, on ramasse encore des pommes de terre. Il y en a en culture nouvelle. Succession de montagnes russes ; devant les villages, des tas de détritus incroyables. Pendant trente kilomètres, un cycliste Marocain qui ne parle pas un mot de Français se plait à me suivre ; il doit revenir du marché. De temps en temps, il pédale comme un fou pour me dépasser. Ensuite, fatigué, il repasse derrière. On devient complices par des signes et, chaque fois qu'il rencontre des collègues à lui le long de la route, je ne sais pas ce qu'il leur raconte sur moi mais ça rigole beaucoup. J'ai fait 80 bornes le matin et je suis à bloc. Je m'arrête dans une petite ville pour manger un bon tajine qui me requinque un peu. L'après midi, grande ligne droite avec vent de travers. J'avance difficilement à 15 Km/h. Les gamins courent vers moi pour me chiner des euros, des stylos ou des cadeaux. Comme si je n'avais pas assez de bagages pour traîner des cadeaux ! Ce soir, je ne vois ni camping ni hôtel alors je vais tester l'accueil Marocain. Tout le long, entre les villages, de véritables décharges de partout. Je vois une belle propriété avec des serres. J'entre et je demande pour monter ma toile. Un ouvrier agricole me répond que c'est un domaine du roi, comme toutes les grandes propriétés ici, alors que c'est impossible. Il appelle quand même le chef qui trouve une solution (normal il est chef). Il me propose de mettre Bamako à l'intérieur et me montre pour monter la tente dans le fossé au bord de la route et au milieu des détritus. Je le remercie et reprends ma route. Plus loin, je rencontre un jeune qui garde une paire de vaches et lui demande l'hospitalité. Il me dit direct un non catégorique. Et bien, si c'est ça l'accueil Marocain !! La nuit commence à tomber alors je tente ma chance plus loin sur la route. Je prends un chemin dans les terres et je trouve un gars avec ses deux ânes. Il ne pige pas un mot de français. Je lui mime des gestes alors il m'emmène dans une cour de ferme sous un abri qui sert de bergerie, et sans un mot me montre de la main où dormir, sur un lit de crottes de mouton (sympa). Je lui fais comprendre que je préfère dormir dehors. Après avoir un peu nettoyé l'emplacement, je monte la tente sous son regard étonné. Par contre, il ne m'invite malheureusement pas à partager son repas. Je ne sais même pas où il loge et je n'ai pas acheté à manger. J'entame un plat de raviolis desséché que j'avais pris en secours et j'entame aussi le répulsif anti-moustiques car je suis au bord d'un marais et, dès que j'allume la lampe frontale pour voir ce que je mange, je suis mangé moi-même.

    Au moment où j'écris, je me demande ce que je fais ici car il n'est que 19h30. Je me retrouve seul, dans la nuit, le programme de la soirée est vite trouvé. Bamako, lui, dort à l'abri dans le hangar. A côté de lui sont perchées toutes les volailles. Je lui mets des protections au cas où elles le prendraient pour un perchoir le matin.

    Vendredi 27 septembre - Allal Tazi -> Rabat (95 Km)  

    Cette nuit encore, très peu dormi. Les coqs perchés à côté de Bamako se sont mis à chanter à 2h30. Ils sont réglés à l’heure française, ce doit être des volailles d’importation. Ensuite, ils n’ont plus arrêté jusqu’au matin. Dans la nuit, le chien s’est aussi mis à aboyer. A travers ma guitoune, j’ai alors vu la lueur d’une lampe : c’était le patron, qui doit habiter juste derrière les hangars et qui venait voir ce qu’il se passait. Cet homme est bizarre, il ne m’a pas décroché un mot. Au début, j’ai cru qu’il était muet car il mimait, juste quelques sons entre les dents. Et, hier soir, alors qu’il crisait pour faire rentrer ses ânes qui avaient peur de Bamako (car ils le prenaient pour un âne bleu avec ses sacoches), il a laissé partir deux ou trois « Nardine-mouk » ; j’ai donc vu qu’il savait parler. Du coup, ce matin, je me suis réveillé très tôt. Tant pis, je pourrais rouler un max avant midi et manger un bon morceau car hier soir, c’était un peu léger. Heureusement qu’avec la lueur de ma lampe frontale il est tombé quelques protéines dans le bouillon. Ma tente est toute mouillée. Il y a un brouillard incroyable ; on se croirait en Grande Bretagne et non pas au Maroc. Tant pis, je plie avant que le fermier ne revienne car je n’ai rien envie de lui donner (vu qu’il ne m’a même pas offert le thé). Je range tout et le chien vient me voir, il dormait au milieu des moutons. On se comprend lui et moi car lui non plus n’a rien mangé depuis hier et il doit souvent sauter des repas vu la maigreur (à peu près celle d’un joint de culasse). Bon, je prends Bamako, je dis au revoir aux poules et me dirige discrètement vers le portail. Et là, oh surprise, il est fermé avec un gros cadenas. Je fais le tour, aucune issue. Je voulais partir tôt et me voilà prisonnier. Je sens mal ce coup, ça sent l’odeur du rackettage du matin : il va me demander de l’argent en échange de ma libération. Pas le choix, je prépare trois euros en monnaie pour l’amadouer s’il me chine et je cherche où il crèche. Je passe la vieille porte rouillée d’où il est sorti cette nuit et j’appelle. D’un coup, je le vois et je lui fais signe. Il arrive cinq minutes plus tard, toujours sans un mot. Il m’ouvre le cadenas, muet comme une carpe. Je lui dis « choucrane » et je m’en vais comme je suis venu. La route, ce matin : des immenses plaines cultivées où l’on emmène des pleins camions de femmes pour travailler les terres. Ce doit être des terres royales. Les hommes sont devant les bahuts, les femmes derrière qui se tiennent comme elles peuvent après les ridelles (la galanterie). Au bord de la chaussée, plein de groupes attendent, accroupis, l’arrivée des transports. Beaucoup de troupeaux de vaches et de moutons gardés par de très jeunes enfants ; très peu doivent être scolarisés. Par contre, ils sifflent très bien : lorsque j’entends un sifflement, c’est pour m’annoncer et l’on arrive en courant pour me chiner. Des charrettes chargées à bloc de sacs de ciment sont tirées par des ânes ou chevaux et, toujours au galop. Ceux qui sont aux champs, ainsi que les vaches, sont soit attachés par une patte arrière avec une corde de 1,50 m, soit on leur lie les deux pattes de devant à 20 cm l’une de l’autre avec une cordelette. Comme ça, ils ne risquent pas d’aller loin. Et malheureusement, lorsqu’ils sont sur la route, ils ne peuvent pas échapper aux poids lourds. Souvent, en bordure de chaussée, un squelette d’âne en décomposition, qui doit servir de nourriture aux nombreux chiens errants. Après Kenitra, très belle route qui passe dans les chênes lièges avec, le long, beaucoup de pépiniéristes. Tout à coup, je me dis « mince, quel jour est-on ? ». Je perds complètement la notion du temps. Je regarde alors mon carnet de bord et je m’aperçois que nous sommes vendredi alors que je me croyais jeudi. Je me suis fait avoir, c’était le dernier jour avant le week-end pour prendre mon visa pour la Mauritanie à Rabat. Ce soir, des files de voitures et taxis, avec des jeunes sur le toit et accrochés derrière, klaxonnent à tue-tête et jettent des prospectus. J’apprendrai plus tard que c’était les élections législatives au Maroc et, a priori, ils ont l’air très satisfaits du résultat. Moi, vu l’état des routes, j’ai très mal aux fesses et il faudra bien que je prenne un peu de repos. J’arrive à Rabat, très belle ville, avec sa plage et séparée de Sale par un fleuve. Découverte du jour : j’ai trouvé d’où viennent toutes les minuscules mouches papillons qui envahissent notre salle de bain en France depuis 3 ou 4 ans ; il y en a plein ici.

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    Ville de Salé séparé de Rabat par un fleuve

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    Plage de Rabat

    Samedi 28 septembre - Repos à Rabat 

    Aujourd’hui, journée de repos. Mais, au Maroc, il faut vivre avec le bruit, même la nuit, alors on va plutôt dire « journée sans pédaler ». Alors, comme dab, douche, linge sale, révision et le point sur les kilomètres. Vu que je suis parti avec deux jours de retard, en rapport à la date prévue, à cause de Bamako qui n’était pas prêt (les vedettes se font toujours attendre) ; vu que j’ai perdu quatre jours en Espagne car 367 kilomètres de plus que ma prévision, plus une journée pour trouver un pneu ; il faut que je revoie des choses car ça va me faire des moyennes trop importantes pour finir mon périple. Et, mon but n’est pas le kilométrage mais la découverte. Jusqu’à présent, je ne suis jamais descendu en dessous des 100 kilomètres par jour, avec seulement trois jours de repos. De plus, des français rencontrés il y a deux jours m’ont dit que le paysage était vraiment identique et monotone sur la côte nord. J’ai donc décidé, pour mieux profiter du reste de mon aventure, de mettre Bamako dans le bus et de rejoindre directement Essaouira, ce qui me fera gagner trois jours. Bamako n’est pas très enchanté de voyager dans les soutes car il ne va pas voir le paysage. Moi non plus car j’aurai préféré rouler mais malheureusement, je suis trop limité par le temps. Me voici donc avec mon billet en main pour demain matin, ce qui ne m’enchante pas trop car il est prévu d’arriver à une heure du matin et en pleine zone industrielle. Ici, à Rabat, on se sent très bien, c’est une ville très agréable. Lorsque je pense qu’en Espagne il m’a fallu 70 kilomètres pour trouver un pneu. Ici, au contraire, tout est possible, tout se trouve, tout se répare. Ce matin, je demande un café au lait dans une boulangerie, pas de problème ; un coca dans une pâtisserie, il y en a. Je suis sûr que si j’ai un problème sur le vélo, je trouve un réparateur dans les 200 mètres environnants. Hier, je mangeais un couscous dans un resto et, avant de partir, je lui demande de me vendre un litre d’eau pour l’hôtel. Il refuse en me disant « ici, je vais vous la vendre beaucoup trop cher, prenez là dans une épicerie, à côté, vous la payerez beaucoup moins cher » !! De plus, les magasins sont ouverts jusqu’à minuit. Cette après midi, j’ai fait le tour des souks et, très étonné, je n’ai jamais été interpellé pour acheter. C’est vrai qu’avec mon pantalon et mon teint devenu mat, j’ai du me confondre parmi la foule locale.

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    Vous avez encore mal ?

    Dimanche 29 septembre - Rabat -> Casablanca -> Essaouira (450 Km en bus) 


      

    J’arrive à la gare routière un peu à l’avance. C’est la zizanie : les rabatteurs attendent l’étranger, c’est le harcèlement, ils se battent même entre eux. Après avoir réussi à échapper à la cohue, je vais enregistrer les bagages et Bamako. Je leur recommande de faire très attention à mon compagnon. Ce sont des jeunes très sympas, ils me font vérifier comment ils l’ont attaché dans les coffres. Je trouve ça un peu léger donc je protège les parties sensibles avec des cartons. Nous ne partons qu’à 13 heures ; ça y est, nous sommes partis. C’est vrai que le paysage n’a rien d’extraordinaire. Nous arrivons à Casablanca et il faut attendre 17 heures pour changer de bus et réenregistrer les bagages. Et là, je regrette un peu d’avoir pris le bus. En plus, ici, c’est bien moins sympa : le gars qui prend les bagages trouve tout à redire, est très stressé et ne fait que gueuler. Il ne veut pas que j’accompagne Bamako. Je m’énerve un peu et lui dis « c’est ça l’accueil Marocain ». Alors, il se calme et me dit « bienvenue au pays » en souriant. 17 heures passées : départ pour Essaouira. Le chauffeur roule très vite ; pleins de voyants rouges s’allument sur le tableau de bord, on se croirait dans une boîte de nuit mais, ça ne l’affole pas mieux que ça. Il klaxonne sans arrêt. Je suis très surpris dans ce pays de n’avoir encore jamais vu d’accident. Finalement, c’est peut-être la zizanie qui fonctionne le mieux. Dans le bus, je sympathise avec deux routards Suisses qui, par la suite, se rendent dans le désert vers Zagora. Nous prenons une chambre ensemble dans la vieille ville d’Essaouira où il est minuit passé. Cette après midi, en longeant la seule autoroute du Maroc, j’ai vu des scènes très drôles. Au bord de celle-ci, on fait du stop et on vend même des raisins .

    Avant hier, alors que je cherchais ma route, un policier me conseillait de prendre l’autoroute car c’était plus direct. Je lui ai dit « mais, c’est interdit » et il m’a répondu « non non, pas ici » !!

    Lundi 30 septembre - Repos - Essaouira 

     

    Je repense à hier, dans le bus de la CTM, Meilleure société de transports du Maroc, c’était pas mal de voir l’envers du décor. Là, je me suis vraiment rendu compte qu’avec Bamako, on était tous petits sur la route. Le car a roulé une bonne partie de nuit et c’était impressionnant : charrettes non éclairées (normal, ici, les ânes n’ont pas l’électricité), vélos, piétons, mobylettes qu’on voit au dernier moment, sans oublier les vaches, chiens et moutons qui traversent n’importe où et n’importe quand. Ça marche tout au klaxon et souvent, ça passe. A un moment, la route était très étroite et sinueuse et il roulait en veilleuses pour ne pas éblouir les véhicules d’en face ; ça fait assez bizarre, ce n’est pas « le salaire de la peur » mais pas loin… Pendant le voyage, à côté de moi, il y avait un bureaucrate marocain, très bien habillé : cravate plus complet deux pièces (plus cuisine !). Il m’a expliqué qu’il voyageait souvent avec ce transport en commun et que le chauffeur allait refaire 400 kilomètres dans l’autre sens sans se reposer. Et qu’avant, ils étaient deux ; maintenant, avec les nouvelles directives, il se retrouve seul et, non seulement conduit, mais enregistre les clients, charge et décharge les bagages. Dans un sens, il vaut mieux faire l’aller que le retour. Ce gars m’a aussi beaucoup parlé de la politique du pays, des nouvelles élections transparentes (nouveauté pour le pays), des traditions, du chômage, des études, de la gestion de l’eau (car huit années de sécheresse)…Malheureusement, ils parlent à l’avenir d’utiliser le nucléaire pour les usines de désalinisation d’eau de mer, qui serait beaucoup moins cher que les autres énergies. Il m’a aussi beaucoup parlé de la ville d’Essaouira où il se rendait pour voir sa famille et décompresser. Aujourd’hui, en fin de matinée, en visitant la ville, on m’appelle : c’était lui, assis à la terrasse d’un café, avec sa petite-nièce. Il m’a offert un verre et s’est excusé de ne pas m’inviter à manger car il n’était pas chez lui. Essaouira, avec ses murs blancs et ses volets bleus, est une ville magique où l’on se sent bien. Les jeunes marocains sont même terriblement baba cools. Ici, on écoute Bob Marley, des musiques des années 70 et on fume facilement le calumet de la paix ! Malheureusement, ils sont en train de construire une ville nouvelle, qui risque d’étouffer la vieille cité.

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    Très beau port à Essaouira

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    Mardi 1 octobre - Essaouira -> Tamri (105 km) 

     

    Mes deux collègues de chambre avaient la tourista et un des deux est très affaibli depuis cinq jours. Moi, je commence à avoir les premiers symptômes ce matin et le repos d’hier soir ne m’a pas bien profité. En plus, m’étant couché à deux heures du matin, ça ne va pas arranger les choses. Je pars avec les jambes en compote et, 70 kilomètres de montées et faux plats. Heureusement, un paysage où à chaque contour on découvre une situation nouvelle ; étendue d’agreniers (arbre très courant ici) où les chèvres montent dedans à une hauteur impressionnante et jusqu’au bout des branches. Il y en a énormément ici.

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    Lorsqu'il n'y a plus à manger au sol il faut s'adapter !

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    Plus loin, des dromadaires ; au bord de la route, de nombreux vendeurs de miel. Ici, je trouve des villages beaucoup plus propres et des ânes plus beaux, bien nourris, que l’on ne tabasse pas comme dans le Nord. Les gens ont l’air plus calmes, serait-ce dû au calumet de la paix ? On me salue beaucoup. Je demande à un berger l’autorisation de prendre des chèvres en photo sur les arbres, il accepte sans condition. Malheureusement, quelques enfants, qui me demandent bonbons et stylos, me jettent des pierres et c’est dommage. Maintenant, il faut que je me méfie pour me ravitailler car les villes sont beaucoup plus espacées et aujourd’hui, j’ai du rouler jusqu’à 15 heures pour pouvoir manger. Le temps est un peu couvert et la nuit tombe très tôt, je vais donc re tester l’accueil marocain. Je demande à deux reprises à des personnes différentes et c’est le refus ; je crois surtout qu’ils ne comprennent pas ma requête. Il fait de plus en plus sombre et je vois un groupe d’hommes et femmes qui rentrent de la cueillette des olives. Je demande à un ancien où je peux monter ma tente. Il ne comprend rien et me fait non de la tête. Un jeune s’avance vers moi et parle un peu français. Je lui explique. Il me dit « suis-moi » et c’est parti. Je pousse Bamako au milieu de la troupe. Les femmes rigolent beaucoup et une petite fille a très peur de moi. Dès que je lui parle, elle part en courant. On s’arrête vers un puits où le jeune tire de l’eau avec un seau et tout le monde se lave les mains. Ensuite, je leur montre des photos de familles et de paysages de France. C’est la grosse bagarre entre les enfants, qui croient que je les leur donne. On s’échange nos prénoms. Le jeune qui m’a invité s’appelle Mohamed. Il me dit « suis-moi, on va à la maison dans le village à 500 mètres » ; un village très typique et très propre comparé à ce que j’ai vu auparavant. De leur habitation, une vue imprenable sur l’océan, qui est à trois kilomètres à vol d’oiseau. Il m’ouvre une petite porte et me dit de rentrer Bamako : une jolie pièce, toute blanche, nickel, avec de très beaux tapis au sol. Et là, il me fait comprendre que je vais dormir ici. Il m’emmène coussins et couvertures et m’explique que c’est la chambre où il dort avec son frère et que celui-ci me laisse sa place. Il me présente sa maman, très gentille mais qui ne parle pas un mot de français. Elle me fait signe de m’asseoir et tout le monde apparaît (voisins, cousins…etc.). Ce sont les grandes présentations. Nous sommes très nombreux dans cette petite pièce. Ensuite, ce sont les photos, les discussions et les rires. La maman sert le thé à la menthe et ensuite me fait visiter la cour intérieure (très belle), la pièce de l’âne et des moutons. Et, ensuite, nous rentrons dans une autre pièce destinée à faire le pain : il y a des récipients, de la pâte préparée à l’avance qu’elle pétrit pour faire des galettes qu’elle met à cuire. Nous rions beaucoup car, avec la fumée dans la pièce, je n’arrête pas de pleurer. Eux doivent avoir l’habitude. Nous retournons dans ma chambre, la mère, les trois frères et la jeune fille accroupis autour d’une table basse. Maman fait le thé. Ensuite, elle casse un œuf qu’elle brouille dans un plat, déchire des bouts de pain qu’elle distribue à tout le monde, pose un bol d’huile d’olive et une boîte de margarine et voilà le repas ! Une bougie sur la table et tout le monde trempe son pain dans l’œuf, l’huile d’olive ou la margarine. Le soir, il me dit « viens avec moi, je vais chercher une cigarette ». On descend le chemin caillouteux avec une lampe de poche et on arrive dans un local qui sert de moulin à huile. A l’intérieur, deux hommes sont en train d’y travailler, ils m’expliquent le fonctionnement. Une pierre énorme reliée à un bois qu’un âne fait tourner pour écraser les olives. Ensuite, on passe l’huile dans plusieurs filtres de diamètres différents et on les presse avec une grosse vis reliée à une roue. Ensuite, on monte se coucher pour une bonne nuit. Mais la tourista m’a réveillé (avec l’huile d’olive et le lait caillé qu’on m’a offert aussi en arrivant). Hier soir, on m’a déjà expliqué le programme de ce matin : visite du jardin…etc. Je n’ai pas osé lui demander où était son père mais il m’a expliqué lui-même qu’il était marin et qu’il pêchait la sardine à Dakhla pendant la saison. Le jeune aussi est marin à l’occasion et pêche le calamar dans la même ville. Il se rend là bas en car. Quand le père est absent, c’est lui qui fait office de chef de famille. Dès que je me lève, on m’apporte un brot d’eau chaude et le petit me le tient pour que je me lave. Sa mère est déjà au four et fait des galettes de pain très fines puis les amène à table, toutes chaudes, avec la margarine et le bol d’huile d’olive. Elle appuie sur les galettes, une par une, avec ses doigts pour former un cratère et elle verse de l’huile dedans. Ensuite, c’est à chacun de les tremper où il veut. Puis un verre de thé pour faire passer le tout (merci Ercefluryl !). Mohamed m’invite à aller au jardin. On charge l’âne des deux réserves d’eau pour aller faire le plein. Ici, l’approvisionnement en eau est le premier travail de la journée. Nous descendons dans les rochers, usés par le passage depuis des lunes sur environ un kilomètre. Nous arrivons vers une petite Oasis au milieu de rien et là, il y a un puits qui est destiné à tout le village. Les ânes font la queue et on puise l’eau avec un seau au bout d’une corde, pour remplir les réservoirs des bourricots. Après, pendant que l’âne remonte seul (il connaît le chemin !), nous visitons le jardin entouré de branches sèches d’épineux, à l’ombre de quelques palmiers, dessous un peu de fraîcheur. Mais c’est la zizanie. Au milieu des espèces de bambous qui ont poussé seuls, il y a trois ou quatre plants de tomates mélangés à deux ou trois aubergines et deux ou trois carottes, le tout envahi par des espèces de courgettes. Le tout se débrouille un peu tout seul. Bon, c’est le moment de se quitter car je crois que je pourrais rester à volonté ici. Alors, je suis obligé de lui faire comprendre que j’ai encore de la route qui m’attend. Je suis très content car j’ai vraiment participé à une journée de vie Marocaine. Ils m’ont dit que je faisais désormais parti de leur famille française !

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    Accueil dans une famille à Tamri

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    Le premier travail du matin, l'eau si précieuse ici

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    L e moulin à huile que l’âne fait tourner

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    Tamri sur la route d'Agadir

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Mercredi 2 octobre - Tamri -> Agadir (83 km) 

    Direction Agadir puis le Sud du Maroc

    Pour me remonter le moral, je fait des blagues aux Marocains qui me regardent médusés

    Aujourd’hui, petite étape. Beaucoup de montées, très beaux paysages avec des agreniers très gros, pleins de chèvres de partout sur les branches. Ces arbres, d’un vert foncé très foncé ressortent énormément sur le sol désertique de terre rouge. De beaux petits villages très propres dans le style de celui où j’ai passé la nuit.

    Il fait très très chaud. En fin de matinée, changement de décor : des déserts pleins de cactus et petits épineux et de temps en temps des vues superbes sur la mer, ses criques et des immenses plages nues en contrebas. Par cette chaleur, ça ne me remonte pas le moral. Enfin, une superbe descente de six kilomètres. Depuis le temps que je montais, ça devait bien arriver ! Je laisse Bamako se lancer à fond et j’absorbe le maximum d’air iodé pour évacuer les gaz d’échappement des camions mal réglés qui me doublaient à bout de force dans les côtes. Avant Agadir, de nouvelles montées m’achèvent. Heureusement que le paysage est très beau. J’arrive dans cette grande ville à touristes qui ne m’enchantent pas du tout. Mais tant pis, aujourd’hui je vais être raisonnable et rester ici.

    Direction Agadir puis le Sud du Maroc

     Oasis route d'Agadir

    Direction Agadir puis le Sud du Maroc

    C'est bon pour le moral

     Jeudi 3 octobre - Agadir -> Tiznit (96 Km) 

     

    Départ en ligne droite. Sortie des hôtels mirobolants et des golfs qui font croire qu’Agadir est un paradis. Ce sont des amas de bidonvilles et de terrains vagues transformés en décharges ; rien à voir avec le paysage des jours passés ; route très monotone où je deviens une machine à pédaler et où il ne faut pas regarder loin devant pour ne pas prendre un coup au moral. De temps en temps, des marocains à vélo ou mobs m’accompagnent un instant pour me questionner ou me raconter leur vie : l’un me dit qu’il a un frère à Rouen et l’autre à Caen et me demande si je ne le connais pas ! A midi, c’est la canicule. je mouille régulièrement ma casquette pour me rafraîchir. Énormément de mouches m’agacent, elles sont très agressives. Normal, les Marocains les élèvent. C’est impressionnant les boucheries à ciel ouvert où d’énormes quartiers de viande sont accrochés en plein air à la merci des insectes. L’autre jour, j’ai remarqué une boucherie fermée pendant le week-end, avec toute la viande à l’intérieur qui attendait l’ouverture. Très peu de choses sont mises au frais. Même les yaourts ne sont pas au frigo. Soixante bornes de bouclées et les villages se font de plus en plus rares. La zone désertique commence et il me va falloir anticiper les ravitaillements. Je sens que les prochains kilomètres vont être très longs. Heureusement que de temps en temps une situation comique casse un peu la monotonie. Cette après midi, chaleur de plus en plus torride et 50 kilomètres sans voir un seul village. J’ai trop mal aux fesses : avec la graisse que j’ai perdue, je n’ai plus d’amortisseurs à cet endroit là. Je suis obligé de m’arrêter tous les 10 kilomètres, j’ai l’impression de ne plus avancer. J’arrive enfin à Tiznit. Super : au camping, deux vélos chargés tel Bamako mais les propriétaires sont sortis. Savoir si ce sont des français… Avec eux, nous sommes trois en tout dans le camping. Je vais me ravitailler en ville et au retour je trouve les vététistes. C’est un couple d’Autrichiens qui font le tour du Maroc. Nous ne pourrons pas rouler ensemble. Trop fatigué, je ne monte pas la tente. Il fait trop chaud. Il y a des espèces de blocos en béton, ils appellent ça des bungalows. Je mets mon matelas à même le sol et je dors ici. En pleine nuit, je sens quelque chose me butiner les lèvres. J’éclaire ma lampe frontale : cauchemar…un énorme cafard ! Ces insectes répugnants sont comme les araignées : dès qu’ils se sentent en danger, ils s’échappent très vite. Je n’arrive donc pas à l’exterminer. Du coup, je ne ferme pas l’œil. J’apprendrai, au fil des jours, que finalement on s’y habitue bien à toutes ces petites bêtes. De toute façon, on n’a pas le choix : ça fait partie du décor.

    Vendredi 4 octobre - Tiznit -> Guelmin (75 Km + 45 Km en taxi-brousse) 

     

    « Journée de cafard ».

    Départ de bonne heure avant les grosses chaleurs pour attaquer le désert Marocain. Immense ligne droite tracée au cordeau. Et là, après le départ, une énorme tempête de vent se lève. Impossible de rouler. A chaque passage de camions, ça nous envoie sur le bas côté ou au milieu de la route. Nous doublons péniblement un âne avec sa charrette. Je le retrouve 10 kilomètres plus loin, il va aussi vite que moi. De temps en temps, je suis forcé de marcher en poussant Bamako. Sur ma monture, j’avance à 7 Km heure et à pied à 4 Km heure ; très peu de différence. Un instant plus tard, impossible de pédaler. Même les gars en mobs marchent. Et, pour finir le plat, une montée très abrupte avec le sommet à 1020 mètres et une chaleur de 40 degrés. Au total, j’ai fait 20 kilomètres à pieds. Je suis HS. Un jeune d’une vingtaine d’années m’accompagne quelques kilomètres avec un vieux vélo. Nous nous arrêtons à l’ombre d’un arbre (agrenier) : il n’y a que ça qui arrive à survivre ici et nous discutons. Il me parle de la pauvreté ici. Lui n’a pas de travail ; ses parents ont une ferme mais avec la sécheresse qui subsiste depuis plusieurs années, ça n’arrange pas les choses. Je lui montre des photos de France. C’est le paradis à ses yeux. Nous nous reposons et il prend une petite piste en plein désert de cailloux pour rejoindre très loin son village. Moi je souffle un peu car dans la montée je n’ai jamais autant respiré de gaz carbonique par les camions surchargés qui montent à bout de souffle et dégagent une fumée noirâtre, en perdant souvent de l’huile ou de l’eau. De temps en temps, ils sont arrêtés au bord de la route, le capot ouvert. Les cars, eux, ont trouvé la solution : ils l’ont supprimé carrément comme ça le moteur est à l’air libre. A 14 heures, je n’ai effectué que 45 kilomètres. Je rêve d’un coca frais. Miracle, je trouve un espèce de café en tôle. Il m’en sort un du frigo, il est tout chaud. Normal, il tourne avec des groupes électrogènes qu’ils mettent uniquement de temps en temps. Je reprends la route et, en fin d’après midi, récompense : une superbe descente, avec un très beau paysage de montagnes désertiques. Je laisse aller Bamako à sa guise pendant 6 kilomètres, sans freiner, virage à la corde, ça guidonne pas mal. Les routiers que je croise me font signe en rigolant. A la tombée de la nuit, j’arrive dans une ville située à 40 kilomètres de Guelmin, avec une concentration de population incroyable. Des gamins comme des mouches autour de nous. On m’agresse verbalement, on essaie de me piquer mes affaires, jamais je n’avais encore vu ça. Je n’ai vraiment pas envie de rester ici et je n’aurai pas le temps de rejoindre la prochaine ville avant la nuit. Je prends un taxi brousse pour 20 Dirhams (moins de deux euros) et c’est parti, Bamako attaché sur le toit avec une vieille ficelle !

    Direction Agadir puis le Sud du Maroc

    Le chauffeur de taxi attend que le taxi soit plein (sept personnes) avant de partir et pendant ce temps, les gamins autour de celui-ci ne nous foutent pas la paix, vivement le départ. C’est parti. En route, je discute avec un jeune Marocain très sympa. A l’arrivée, ça y est, des rabatteurs de partout. « Bonjour Msieur, vous cherchez un hôtel, je suis le cousin à celui à qui vous discutiez dans le taxi…je vais vous aider à tenir le vélo…etc. ». Je lui réponds, c’est bon, je connais les Marocains et je me débrouille seul. Il me dit moi, je ne fais pas ça pour l’argent, par contre, si tu veux du shit ou de l’alcool, je peux t’en avoir. Il ne me lâche pas la grappe. Il m’accompagne à l’hôtel. Je l’avertis qu’il n’aura rien. Il rentre, dit à un gamin de surveiller Bamako et, comme chez lui, monte avec le gars pour faire visiter les chambres. Au bout d’un moment, je pète les plombs et je l’envoie balader. Je lui fais comprendre que je me passe de ses services. Il part mauvais et revient avec un moustachu. Il me dit, c’est le patron de l’établissement et je suis son frère (comme par hasard). Je lui réponds « tu n’as pas de chance, je connais le patron car je fais partie de l’équipe du guide du routard ». Alors, furieux, il me lance que je suis raciste…etc. Autre problème : dans la cohue, à la descente du taxi, j’ai oublié le rétro de Bamako dans celui-ci. Je suis dégoûté car il m’a sauvé la vie et il m’est plus qu’indispensable ici. Le pot de colle se propose d’aller jusqu’à la gare routière en mobylette, pour voir si le chauffeur était encore là. Comme par hasard, il n’y était plus. Il me propose d’y retourner le lendemain à huit heures avec lui. Je lui répète que je me débrouillerai seul. De toute façon, dans la confusion, je me demande si on ne me l’a pas volé. Et puis ça c’est mal passé avec le chauffeur qui me demandait à l’arrivée le double du prix qu’il m’avait annoncé, à cause de Bamako. Alors, s’il le trouve le rétro, il ne va certainement pas me le mettre de côté. A l’hôtel, on me propose de mettre Bamako dans un WC qui n’est plus utilisé mais d’une puanteur indescriptible. Bamako refuse alors il lui trouve une place à l’arrière de la cuisine. Je ne vous explique pas la crasse qui règne ici, je suis écœuré. Je monte à la chambre, une blatte sur la porte. Je l’écrase, je vais à la douche : une autre ! Je retourne dans la chambre, encore une sous la couverture. Je tire le lit, il y en a partout, la chambre est sale. A deux heures du matin, je tue encore des bestioles car je n’arrive pas à dormir. Il fait une chaleur inimaginable, il n’y a pas de fenêtres. Bonjour la nuit blanche. Pour me rassurer et essayer de m’assoupir un peu, je me pulvérise du répulsif insecte.

    Samedi 5 octobre - Guelmin -> direction Tan-Tan (100 Km) 

    Chasse au rétroviseur.

    Moi qui pensais passer une paire de jours à Guelmin pour me reposer, je fuis la ville comme je suis venu. Je n’ai rien dormi alors je quitte l’hôtel à sept heures. un gamin vient encore me chiner des Dirhams, sous prétexte qu’il avait surveillé Bamako toute la nuit (ils ne perdent pas le nord !!). Je ne lui réponds même pas et je m’échappe. Comme il est tôt, je tente le coup de me rendre à la gare routière pour récupérer mon rétro au cas où mon taxi d’hier soir aurait passé la nuit là bas. Mais chercher un taxi au milieu de taxis identiques, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Je m’y rends quand même, mais sans conviction. Je demande à un chauffeur mais très peu parlent français. Ici, dans le sud, ce sont de vrais Arabes, tous ont la djellaba et chèche autour de la tête. Les femmes sont aussi drapées de vêtements aux couleurs très vives. Un autre chauffeur sympa me demande de quelle ville venait le taxi et il va aux renseignements. Il m’affirme qu’il n’y a que quatre 504 qui viennent de là bas et il me dit d’attendre une demi-heure car le propriétaire va certainement revenir. J’ai déjà perdu beaucoup de temps et j’ai envie de partir car je n’y crois pas du tout, et puis tant pis. Comme je n’ai pas pris de petit déjeuner, je vais acheter un jus d’oranges ainsi que mon eau et ma nourriture pour la journée. J’y retourne après et redemande. Un gars me demande le signalement de mon conducteur et puis, au bout d’un moment, il me dit « ça ne serait pas cette voiture là bas ? ». Il me montre une 504 pourrie mais elles se ressemblent toutes , je m’approche. Le chauffeur n’y est pas alors je regarde sur la banquette arrière. Miracle ! Mon rétro ! Il n’a pas bougé de place et le type n’a pas du le voir. J’essaie alors d’ouvrir les portes…fermées. Je tente le coffre, super, il est ouvert ! Je récupère l’objet miraculé et pars vite avant que le propriétaire ne revienne.

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    C’est parti et on passe vraiment les portes du désert, une ligne droite sans fin et, de chaque côté, désert de cailloux et herbes à chameaux. J’ai pris dix litres d’eau au cas où ce soir je n’arriverais pas jusqu’à la ville de Tan-Tan. Très vite, une chaleur accablante, aux alentours de 40 degrés, avec un vent chaud de travers qui vous dessèche. Je mouille ma casquette qui sèche à mesure alors, je prends l’éponge destinée à la vaisselle, je l’imbibe et je la mets dessous ! Ça me tient la tête au frais un peu plus longtemps ! De temps en temps, des camions surchargés me doublent et me font signe sauf les campings cars Français. Ils doivent avoir peur que je leur demande un service. On se sent vraiment tout petit au milieu de cette immensité. On ne sait jamais quand on va trouver une maison, un village, un signe de vie. Il s’est passé 70 kilomètres avant le premier village et il y a un café, je n’y crois pas ! J’ai bu de l’eau bouillante tout le long alors pour moi c’est comme un mirage. Je demande un grand coca cola d’un litre. Malheureusement, il n’est pas frais. Tant pis, ça change de l’eau. Dehors, un routier assis à l’ombre de son camion et qui me voit fatigué m’offre le thé. C’est la troisième fois depuis hier qu’on m’invite ! Quelques heures après, mort de chaleur, je m’arrête à nouveau au bord de la route, dans une autre cabane marquée café, pour manger. Seul un marocain est à une petite table. Il vient me discuter en insistant qu’ici, ils étaient Arabes et non Berbères, ne surtout pas confondre. Il m’a dit qu’il aimait beaucoup Chirac et me fait une leçon sur les Arabes, que ce sont des gens droits…etc. Il me présente ensuite le patron, un grand homme avec le turban noir autour de la tête. Il me dévisage, m’interpelle mais ne parle pas français. L’autre me traduit « il dit que tu ne ressembles pas à un catholique mais à un Arabe » (si ce n’est pas du racisme ça…) ; je n’y peux rien si je suis devenu mat ! En fin de repas, un jeune vient me discuter. Très gentil celui là. Il m’explique qu’il est instituteur pour les petits villages. Il veut m’offrir un énorme livre que je refuse, désolé, car je n’ai plus de place. Il me dit qu’hier, à 15 heures, dans le même café, il y avait un gars en vélo, comme moi et apparemment allemand et qui irait à Dakar. On se suit ; à un jour près, ne sait-on jamais, on va peut être se rencontrer. Sur le parking, en plein soleil, il y a des camions remplis de bétail (ânes, moutons, dromadaires) pendant que les chauffeurs se désaltèrent à l’intérieur. C’est écœurant. Au Maroc, il ne faut pas être un animal, Allah ne doit pas les reconnaître lui aussi. Plus loin, encore une grande montée, que je termine à pied. Décidément, je croyais le désert plat. J’ai fait 100 kilomètres et il en reste encore 40 jusqu’à la ville. Alors, je suis raisonnable et je monte la tente pour ma première nuit dans le désert au milieu de rien. Je n’arrive pas à faire tenir les piquets, j’espère que le vent sera calme. Je me sens vraiment minuscule dans cette immensité. La nuit tombe vite et, dans le ciel, des milliers d’étoiles scintillent, d’une clarté incroyable. J’essaie de trouver celle qui guide les nomades. Pleins de cris d’animaux qui ne me sont pas familiers. Je ne suis qu’à peine tranquille mais ici, au moins, je n’aurai pas de cafards. A ce moment où j’écris et où je suis vraiment isolé du monde, j’ai une grosse pensée pour ma petite femme et mes enfants à qui j’aimerai tant faire partager ces moments intenses d’émotion et toutes ces choses qu’on ne peut pas expliquer par des photos. Heureusement, tous les jours ne se ressemblent pas. Hier, je n’avais vraiment pas le moral. Je me demandais ce que je foutais là et je les détestais tous et aujourd’hui, je suis bien, sur le dos, les yeux fixés sur les astres.

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    Dimanche 6 octobre - Route de Tan-Tan -> Tan-Tan plage (70 km)

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    Les freins ont lâchés juste devant moi ( 2 morts)

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    Ce matin, la lumière du jour me réveille à 6h30. Après avoir passé une bonne nuit, je démonte vite avant que le soleil ne sorte des montagnes et c’est parti. En guise de petit déjeuner, au programme, 40 kilomètres pour rejoindre la ville. En plus, des bonnes côtes. Le désert Marocain n’est pas plat du tout. Enfin, une super descente. Je laisse prendre de l’élan à Bamako mais ça ne dure pas. Tout le monde STOP. Je crois à un contrôle de police vu qu’il y en a régulièrement mais non. Il s’agit d’un camion énorme et surchargé comme dab qui s’est scratché en bas de la descente : ses freins ont lâché et il s’est littéralement écrasé sur le toit, faisant deux morts dans la cabine et tout ça à côté d'un cimetière, J’ai vu passer ce camion ce matin en démontant la tente et je l’ai remarqué car c’est le même que celui du gars qui m’a offert le thé hier. J’espère que ce n’est pas lui. Ça m’étonne même que ce soit le premier accident que je vois, vu la vitesse à laquelle ils roulent, l’état dans lesquels ils sont et les charges qu’ils transportent. Imaginez si j’étais parti trois minutes plus tôt et que je le précède ? 10 kilomètres plus loin, contrôle de police, la vraie cette fois. D’habitude, ils ne m’arrêtent pas ; Bamako a du perdre de son charme avec la poussière…Nom du père, de la mère, où je vais, pourquoi,…etc. Je crois que c’est plus de la curiosité et pour faire du zèle qu’autre chose. Lorsque j’ouvre mon portefeuille, ils remarquent la photo de ma carte de groupe sanguin, j’avais alors seize ans et les cheveux aux épaules. Ils me demandent si c’est moi et me dévisagent du regard. Ensuite, pour fayoter, je leur dis que j’ai très bien été accueilli au Maroc. Alors là, ils n’en peuvent plus, ils me souhaitent la bienvenue au pays et bonne route (j’aurai préféré bon vent car ici, j’en ai compris le sens !). Après les flics, une montée, pas très longue, mais vu que je n’ai rien dans le ventre, ajouté à la canicule, je trouve les kilomètres interminables. Ensuite, j’aperçois la ville ; on la croit à côté alors qu’il reste encore cinq kilomètres. C’est comme ça dans le désert vu qu’on voit très loin. J’arrive à Tan-Tan, il est dix heures. Je prends un petit déjeuner. Et, j’aperçois un club Internet alors je vais aller donner des nouvelles. Ça y est, je suis déjà encerclé de gamins et le gars ne veut pas que je rentre Bamako à l’intérieur. Il me dit « je surveille » et je m’installe face à la porte d’entrée. Je tape d’une main et surveille d’un œil. Le gars fait sortir plusieurs fois les gamins. Moi, je frappe un long message pendant 45 minutes, j’ai presque fini et, lorsque je vais pour cliquer sur envoyer, panne électrique générale et tout est effacé. Je suis dégoûté mais apparemment, ça doit être courant car personne ne s’affole. Je demande au gérant s’il y en a pour longtemps. Il me répond peut-être dix minutes, peut-être deux jours ou plus, ça dépend. Je voulais retirer de l’argent au distributeur, impossible. Un jeune qui répare sa mob vient me discuter et m’invite à venir boire le thé chez lui après manger. Je lui dis d’accord, s’il n’y a rien derrière tout ça. Pendant que l’on parle, un marmot d’une dizaine d’années me jette une pierre qui tombe sur Bamako. Le jeune donne l’ordre à un autre gamin pas plus grand que lui de le poursuivre. Ça dure dix minutes et il le ramène vers nous par l’épaule. Le gars lui met une dizaine de gifles que je n’aurai pas souhaité recevoir ! Et, fait incroyable, lorsqu’il le relâche, il reprend des cailloux à la main et nous menace ! Un français qui réside ici me dit que c’est viscéral chez eux : les gamins jettent des cailloux aux chiens, chats, ânes, tout ce qui bouge…Un moment après, je suis révolté, je m’aperçois qu’ils ont réussi à me subtiliser une gourde et à ouvrir ma sacoche arrière. J’en parle à un policier de passage, qui me conseille d’aller faire une déclaration au commissariat. C’est bon, j’ai compris et je fuis vite cette ville, direction Tan-Tan plage, où j’aimerai vraiment trouver un endroit pour me reposer. Ici, il fait très très chaud et il paraît qu’il fait souvent des orages impressionnants : il y a quelques jours, ils ont eu des trombes d’eau. Aujourd’hui, à force d’accumuler la fatigue et les nerfs, j’ai besoin que ça sorte. Alors, dès que je pourrais aller sur le Web, je pousserai un grand coup de gueule pour dire que j’en ai marre. Marre des cafards, du bruit, de la fumée d’échappement, des klaxons, des tajines, marre de recevoir des pierres, marre de me faire voler, marre de voir les ânes se faire tabasser, marre des Marocains… ! Ah, ça fait du bien ! Pour l’instant, les bons moments n’arrivent pas à compenser les mauvais. Je suis très déçu en rapport à l’idée que je m’en faisais. En camion, ils me font tous des signes d’encouragement et, sur le terrain, très peu sont conviviaux, si ce n’est par intérêt. A midi, je voulais manger dans un café conseillé par un guide. Le gars qui me reçoit refuse que je rentre Bamako. Il me désigne son gamin du doigt en me disant « il va te garder ton vélo ». Je refuse en lui disant que chez eux, il faut toujours payer les services. Alors, il va voir le cuistot et, bizarrement, il me dit qu’ils ne peuvent plus me recevoir, il n’y a plus rien à manger, c’est tout retenu. Bon, assez discuté, allons voir Tan-Tan plage. Nous sommes en plein après midi, il est 15 heures et une terrible montée nous attend, avec une chaleur à vous couper le souffle. Un tracteur monte en tractant une grosse cuve d’eau à l’arrière. Je lui fais signe de ralentir pour que je m’accroche derrière. Il me fait un signe négatif, j’ai compris, je dois me débrouiller seul. Au bord de la route, des dizaines de gamins se baignent dans des trous d’eau remplis par les derniers orages et transformés en véritables égouts, avec les décharges qui entourent la ville. J’arrive à Tan-Tan plage en fin d’après midi. Pas de camping. Je trouve un petit hôtel très très sale, ça sent le cafard à plein. Alors, aujourd’hui, j’ai vraiment envie d’un minimum de luxe pour me reposer de toutes mes péripéties. Je trouve enfin un petit hôtel tenu par un français, en bord de plage, d’un calme incroyable. Il me fait un super prix parce que c’est tout nouveau et en plus, d’une propreté dont j’ai perdu l’habitude. J’ai bien envie de passer deux jours ici, le temps de reprendre quelques forces et de réviser Bamako pour les jours suivants, qui risquent d’être assez durs. Dans l’hôtel, j’ai entendu aux dernières nouvelles que la ville de Casablanca est envahie par des rats qui leur apportent plein de maladies. Pas étonnant lorsqu’on voit la saleté qui règne dans ces villes. Hier, à l’entrée de la cité, il y avait un âne mort, en plein sur la chaussée certainement depuis deux ou trois jours. Et personne ne l’enlève. En quelques jours, j’en ai vu cinq dans les fossés ou sur la route, de même que les dromadaires en décomposition. Aussi, énormément de chiens abandonnés avec leurs chiots. On ne doit jamais tuer les petits alors ils doivent se débrouiller pour survivre. Il y en a de partout, ainsi que les chats, souvent à moitié estropiés par les voitures.

    Direction Agadir puis le Sud du Maroc

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    Lundi 7 octobre - Repos à Tan-Tan plage 

    Cette nuit, j’ai vraiment bien dormi. Des nuits comme ça, ça faisait longtemps que je n’en avais pas passées. Bon petit déjeuner, ça faisait longtemps aussi ! Je prends le taxi pour retourner à Tan-Tan car ici Internet est en panne alors j’espère que là bas l’électricité est revenue. Ça y est, au bout d’une demi-heure, la Mercedes est pleine (sept personnes), nous pouvons partir. En même temps, je m’achète un chèche de la même couleur que Bamako. Cette après midi, plage mais l’eau est glaciale. Quel contraste avec la température extérieure ! La plage de sable blanc est superbe mais de loin car, comme de partout, c’est en fait une décharge. Je ne prends même pas de photo car c’est très difficile de cadrer sans qu’il y ait un plastique ou autre détritus. Sur les cartes postales, il y en a moins !! Il faut faire très attention à ne pas se couper en marchant sur le sable avec les bouteilles cassées, boîtes de conserve ou autres objets qui traînent. Autour de la ville, sur des hectares, ce n’est qu’un paysage désolant de décharges sauvages. Je me mouille quand même car la chaleur est trop insupportable. Mais, une fois allongé, je me fais attaquer par une nuée de mouches. Alors, c’est bon, j’ai assez d’une journée ici. En plus, je m’ennuie et j’ai déjà envie de repartir. C’est sûr, je vais dire au patron de l’hôtel que j’ai changé d’avis et que je pars demain de bonne heure. Ce soir, je vais aller me ravitailler en eau et nourriture pour la prochaine étape.

    Mardi 8 octobre - Tan-Tan plage -> Akhfanir (98 km) 

     

    Je me lève à 6h30 ; je crois que j’ai pris trop d’eau et de provisions, les bagages sont hyper lourds. La vache à eau que j’ai achetée n’est pas terrible : lorsque je penche Bamako, elle se déforme et met tout le poids du même côté. Je peine à tout faire rentrer. Ça va, en roulant, ça ne se sent pas trop mais je fais très attention aux nombreux nids de poules car, avec le poids, je crois que ça serait fatal pour les jantes. J’ai aussi très peur que les porte-bagages ne résistent pas avec les secousses. J’ai oublié de vous dire que lorsque l’on part en vélo, l’obsession du poids vous oppresse de sorte que, depuis la France, à mesure que j’ai passé une étape, je déchire la partie de la carte dont je n’ai plus besoin ainsi que les pages du guide (surtout celui du Maroc, qui est très lourd !)….Eh oui !!! De même lorsque je me lave les dents et que je me savonne, je me dis que chaque fois, ce sont des centièmes de grammes qui disparaissent (mais alors là, c’est vraiment psychique !!). La route, pour l’instant, est assez plate et sans vent. Au bout de quelques kilomètres, nouveau contrôle de police : il me fait rentrer dans son cagibi et ne se presse pas pour s’occuper de moi. Ensuite, il me demande si j’ai déjà été contrôlé. Alors, content, je lui dis « oui ». Mais il me demande quand et là, malheur, je lui dis « il y a deux jours ». Si j’avais su, j’aurai dit « hier ». Alors, re belotte, reprise de tous les renseignements ; il est très étonné qu’on ne m’ait pas tamponné mon passeport à Tanger. Bon, je retente le coup de vanter l’accueil marocain et ça marche ! J’ai même droit à un verre de thé mais j’ai quand même perdu une demi-heure, moi qui ne voulais pas rouler sous la chaleur. Très beaux paysages, la route longe les falaises. Alors, d’un côté la Bretagne (sans pluie !) et de l’autre côté le désert infini. Je m’arrête souvent pour aller observer la mer. C’est superbe, beaucoup de campements de pêcheurs. A midi, je vois une vieille cabane écroulée au-dessus des falaises : je vais me mettre à l’ombre derrière pour manger. Plus loin, un pêcheur, qui pêche à la ligne d’une hauteur impressionnante. Je vais le voir. Il me dit « bonjour » et c’est le seul mot qu’il sait dire en français. Il me montre des loups de mer dans son panier tressé. Ensuite, il pose sa canne et me fait comprendre qu’il va manger. Je lui dis « moi aussi » et il me fait signe de le suivre. Il appelle son frère qui pêche plus loin. Nous faisons environ 500 mètres et je les suis. Ils descendent par une brèche et nous nous retrouvons dans une grotte perchée à 50 mètres au-dessus de l’océan ; c’est le paradis. Il me fait comprendre que son frère vit ici une partie de l’année. Il y a une grande corde qui relie l’autre falaise et où il accroche des filets. Ils prennent un poisson dans le panier, laissent les autres en plein soleil et le frangin se met à faire la popote dans une vieille gamelle. Il y a deux ou trois tomates, quelques oignons et tout se mélange avec le poisson. Je lui apporte une petite boîte de petits pois, qu’il met aussi  avec , et c’est parti. Une fois le poisson cuit, il me fait signe de me laver les mains avec l’eau qu’il me vide dessus avec une bouilloire et du savon. Il sort un pain rond marocain et nous mangeons tous les trois de la main droite en s’aidant du pain. Avec les braises qu’il reste, il fait le thé à la menthe et le tour est joué ! Tout s’est fait très simplement, en échangeant très peu de mots et c’était magique. Voici le vrai accueil africain. Ils avaient l’air très jeunes ; l’autre habitait dans le désert, avec sa femme. Ils m’ont bien fait remarquer qu’ils n’étaient pas Marocains mais des Sahraouies et que les Marocains n’étaient pas bons. Ils m’ont dit qu’eux aimaient le whisky et le vin, et qu’ils ne faisaient pas le ramadan. Rappelez-vous, l’autre jour à Tan-Tan, un autre m’avait dit « nous on est Arabes et pas Berbères, eux ne sont pas bien » Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de guerre ?! Après manger, nous nous sommes dit au revoir et ils sont retournés pêcher. Il m’en restera un souvenir inoubliable ; la seule ombre au tableau c’est qu’ils ont jeté la boîte vide de petits pois à la mer et ça, je m’y fais difficilement alors que pour eux, c’est un geste tout naturel. Ici, ils détestent les Espagnols, comme tous les pêcheurs car ils leur piquent leurs poissons ! Un des jeunes m’a fait voir avec le couteau sous sa gorge (Marocains et Espagnols comme ça). Je continue ma route avec toujours un point de vue superbe. La route est à environ 100 mètres de la mer et, de ce fait, la chaleur avec la brise marine est mieux supportable. 95 kilomètres et j’arrive à la première ville depuis Tan-Tan. Ensuite, la route s’écarte de la côte pendant plusieurs kilomètres et je n’ai pas envie de dormir en ville. Alors, je fais demi-tour jusqu’au premier campement de pêcheurs que je trouve, à environ trois kilomètres. Je vais tenter ma chance : je vois un black qui pêche au-dessus des falaises. Je lui parle, lui offre des madeleines et lui demande si je peux monter ma tente par ici. Il parle très peu français mais me dit oui. Ensuite, il me fait comprendre qu’il est dans une tente plus loin, avec un autre pêcheur. Il me montre, il y en a trois et il me fait signe que je peux monter la mienne à côté ; c’est ce que j’attendais ! L’autre vient nous rejoindre en mobylette, un grand costaud, impressionnant ; je l’avais vu toute à l’heure mais je n’avais pas osé l’aborder. Il me l’a dit plus tard « je t’ai vu toute à l’heure, pourquoi tu ne m’as rien dit ? » J’étais très gêné mais ça n’a pas duré car ils étaient vraiment sympathiques et très complices tous les deux. Ils me demandent si je mange le poisson avec eux, c’est du barracuda. Ils le préparent dans une grande gamelle, cuit à l’eau avec carottes, piments, tomates, herbes, etc.…Dans leurs espèces de tentes, faites avec des bâches et des vieux filets de pêche, ils ont tout ce qu’il faut. C’était très bon. Ensuite, le thé à la menthe. Et, le soir, ils repartaient à la pêche de nuit pour une autre sorte de poisson, à trois kilomètres d’ici, tous les deux sur une vieille mob orange, avec leurs grandes cannes ! Avant de partir, il me fait mettre Bamako à l’abri dans la troisième tente et font la prière. Ensuite, ils me disent que si ça mord ils restent toute la nuit sinon ils reviennent. Tous ces pêcheurs viennent ici pendant quelques mois lors de la saison de pêche. Certains habitent très loin. Le black habitait à Agadir, il se rendait à Tan-Tan en stop ou en taxi avec le poisson dans la glacière pour le vendre. Ah, aujourd’hui, j’ai vraiment passé une journée inoubliable. J’écris ces lignes de ma guitoune au bord d’un précipice avec le ciel plein d’étoiles et bercé par le bruit des vagues qui, ce soir, s’éclatent très haut contre la falaise (la mer est démontée). J’espère que le vent ne sera pas très fort car je n’ai pu planter aucun piquet, le sol étant très dur, j’ai du attacher les ficelles à des cailloux.

    Direction Agadir puis le Sud du Maroc

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    Mercredi 9 octobre - Akhfanir -> Tarfaya (102 Km) 

    Cette nuit, pas très bien dormi car le vent s’est déchaîné et j’entendais les vagues exploser contre la falaise dans un grondement impressionnant. J’avais très peur que la tente se déchire car ça la ballade dans tous les sens. Le matin, à 6h30, il pleut entre les bourrasques. Je me lève et commence à ranger. Un moment après, l’un des deux pêcheurs vient me dire bonjour et m’apporte son adresse pour que je lui envoie des photos. Il revient avec un énorme poisson et me demande si je veux le photographier avec. Ensuite, il me dit de venir boire le thé. Une voiture s’arrête sur la route : c’est le boulanger, qui fait Akhfanir -> Tan-Tan pour desservir les campements de pêcheurs. Le grand costaud apporte son poisson et le troque contre du pain tout frais (c’est ça le Maroc). Nous rentrons dans la tente pour le thé et nous trempons des bouts de pain dans un bol où il y a du miel mélangé à de l’huile d’olive. Il est déjà neuf heures et ce sont les au revoir. C’est parti avec un temps calme et pas trop chaud. Ça roule bien pendant une vingtaine de kilomètres. La route s’éloigne ensuite de l’océan avec des paysages différents mais encore superbes : des dunes de sable qui couvrent de plus en plus la nature et le bord de la route en débordant largement sur celle-ci, ne laissant quelques fois qu’un petit passage. Et puis, tout à coup, c’est la tempête de sable alors que normalement ce n’est pas l’époque. L’horreur : vent de face, je n’avance plus et le sable me cingle le visage ; jusqu’à 12h30 c’est comme ça. Je trouve enfin une vieille cabane écroulée et je m’abrite derrière pour manger mon sandwich et l’après midi, c’est reparti, toujours avec le vent de face et de travers. Je n’ai pas de chance car tout le monde m’avait annoncé qu’après Tan-Tan, j’aurai le vent dans le dos. Hier, il n’y en avait pas et aujourd’hui, ce n’est pas un vent normal. 70 kilomètres et je retrouve le bord de mer avec un vent violent de travers. Le compteur n’avance pas. Et, lorsque vous voyez un panneau Tarfaya 40 kilomètres, que vous faites 4 kilomètres et que là, vous retrouvez une borne encore marquée Tarfaya 40 kilomètres, il y a de quoi vous couper les jambes. 100 kilomètres, il est 18 heures et je suis à 7 kilomètres de la ville. Ça se voit au Maroc lorsque l’on s’approche d’une cité car le paysage devient une décharge sur plusieurs kilomètres. Je n’ai pas envie de dormir en ville alors je cherche un coin côté plage. Mais impossible d’y aller car la tempête a mis du sable partout et on s’enfonce au moindre pas. La nuit commence à tomber et, heureusement, plus loin, de l’autre côté, je vois un grand mur en pierres à moitié écroulé, loin de la route. Alors, j’essaie de passer Bamako et ça roule. Je monte la tente derrière, à l’abri du vent, et me fais une bonne purée déshydratée. Sur la route, aujourd’hui, les quelques routiers Marocains qui transportent le poisson depuis Dakhla me klaxonnent tout en me faisant signe du pouce, pour me dire bravo. En revanche, les quelques 4x4 ou campings cars français ne font pas cas de moi. A mon avis, si tu es dans la merde dans le désert, je me demande si tu peux compter sur eux.


     

     

     


     


     

     

     


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  • Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Dégagement du sable avant la ville de Tarfaya

     

    Jeudi 10 octobre - Tarfaya -> Laâyoune (120 Km)  

    Ce matin, je me rends compte que la montre que m’avait prêtée mon beauf René s’est arrêtée et est repartie ensuite. Ce serait-il passé quelque chose en France à ce moment précis ? Aujourd’hui, faux départ. Je voulais démarrer tôt, c’est raté. J’avais rangé toutes mes affaires et il se met à faire une averse de deux minutes au moment où il ne me restait plus que la tente à plier (normal, c’est la saison des pluies). La toile est toute mouillée et une bourrasque…. : Bamako par terre et tous mes papiers aussi, que je ramasse en catastrophe ; de même que le garde boue qui s’est déboîté. Et, heureusement, le rétro sacré n’a rien. Je nettoie mes papiers pleins de boue ainsi que les sacoches avec une gourde d’eau que je sacrifie. Tant pis, je ne me laverai pas ce matin. La deuxième béquille de Bamako a cassé. Il ne me reste plus que les bornes kilométriques pour le faire tenir droit lorsque je veux m’arrêter car ici, les arbres ça n’existe plus. Bon, je plie quand même. Je ne peux pas attendre que ça sèche. J’arrive à l’entrée de Tarfaya, ville fantôme au milieu du désert ; du sable partout, comme des congères de neige. Un tractopelle dégage la route complètement ensablée par la tempête d’hier, empêchant tout accès à la cité. Ils décrivaient cette ville comme étant hostile sur certains guides alors que je trouve les gens très gentils. Je bois un café au lait sur une terrasse. Des personnes viennent me serrer la main, me questionner et me souhaiter la bienvenue et bon voyage : si c’est ça l’hostilité, je prends ! Ils me conseillent même d’être très prudents avec les camions. L’un d’eux me dit : ce sont des animaux, ils vous foncent dessus. Je prends ensuite la direction de Layoune. Incroyable, j’ai le vent dans le dos, je n’en reviens pas. C’est le pied. Je roule avec le grand plateau avec des pointes à trente. J’aide la nature, j’en profite et pédale comme un fou, de peur que ça ne dure pas, c’est super ! Je ne suis parti de Tarfaya qu’à 9h30, le temps de faire le plein de provisions et d’eau car il n’y a aucun village avant cent kilomètres. Et là, à 13h30, j’ai déjà bouclé 80 kilomètres. Je n’ai même pas envie de m’arrêter pour manger tellement ça va bien mais il le faut. Alors, je trouve le seul buisson qui est dans le désert avec une jolie forme de parasol et je me mets à l’abri dessous. J’étale vêtements et toile de tente mouillée, qui sècheront pendant que je mange. Je ne traîne pas trop et j’avale 120 kilomètres en rien de temps. Tous les jours comme ça et je fais le tour du monde !! A l’entrée de Tarfaya, contrôle de la gendarmerie royale. Comme dab, tous les renseignements. Ils m’emmerdent pendant une demi-heure et après, me souhaitent toujours bienvenue. Le comble, c’est qu’il y a plein de voitures ou motos qui ne s’arrêtent pas et ils ne leur disent rien. 500 mètres plus loin, re-contrôle. Cette fois, c’est l’armée. Je leur dis que j’ai déjà donné une fiche de renseignements il y a deux minutes mais tant pis ; ils recommencent et de nouveau, une demi-heure de perdue et ensuite, bienvenue chez nous. Enfin, Laâyoune, grande ville truffée de casernes, de militaires et des policiers de partout.

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Camping ombragé

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Ouf ! un buisson pour manger à l'ombre

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    De temps en temps, en plein milieu du désert, des énormes tourbillons de sable avancent à une vitesse folle, comme des minis tornades ; c’est très joli. Ici, les habitants sont très serviables. Je cherche une rue, trois fois des personnes m’accompagnent pour me guider. Je trouve un petit hôtel sympa où je fais la connaissance de deux motards hollandais qui vont faire la Mauritanie et rangent leurs motos au côté de Bamako dans un garage fermé à clé.

    Vendredi 11 octobre - Laâyoune (repos) 

    Programme d’aujourd’hui : lessive, provisions pour demain, révision de Bamako et nouvelles sur Internet. Ce matin, je fais la connaissance de deux cyclistes Espagnols des îles Canaries qui veulent faire le tour de l’Atlas. Ils sont très sympas et très enchantés de me voir. Dommage qu’il y ait la barrière de la langue mais on arrive toujours à se comprendre et c’est parfois comique. Au dernier contrôle de police, on leur a déchiré sur leur carte routière du Maroc, la partie représentant le Sahara Mauritanien. Cela montre bien l’amour qu’entretiennent ces deux peuples. Mon carnet de bord commence à être bien plein alors, je me rends dans une librairie pour acheter un autre carnet. Avec le patron, très jeune, nous avons discuté plus d’une heure et il m’a même invité à venir dormir chez lui. Dommage, c’est trop tard …

    Aux dernières nouvelles, il y a eu un grave accident de bus cette nuit sur la route de Laâyoune que j’ai prise hier. Il s’agit d’un car de la CTM, meilleure société de transports Marocaine, le même que j’ai pris l’autre jour. Il a quitté la route et on dénombre beaucoup de victimes. La semaine dernière, c’est un autre bus, sur la route de Tiznit, qui a sauté au ravin. Ce n’est pas étonnant vu la façon dont ils roulent. Et encore heureux qu’ils ne boivent pas d’alcool !

    Samedi 12 octobre - Laâyoune -> route de Boujdour (176 Km) 

    Je me lève tôt ce matin mais impossible de partir. Ils ont perdu la clé du cadenas du garage et Bamako est emprisonné. Le serveur qui l’a fermé hier n’est pas arrivé. Alors, en attendant, je bois un thé mais le gars n’arrive toujours pas. Alors, on sort par une autre issue sur l’arrière du bâtiment mais c’est le parcours du combattant. C’est parti ! Mais ça va moins bien qu’hier car la route contourne la ville et ce, pendant 20 kilomètres, vent de face et de côté. La route est balayée par le sable, des énormes dunes commencent à envahir la chaussée. Heureusement, un gros bulldozer dégage régulièrement les abords. Plus loin, nous sommes parallèles à la mer, à environ un kilomètre de celle-ci. A 12h30, j’ai parcouru 90 kilomètres. Je décide d’aller pique niquer au bord de l’eau. Je pousse Bamako sur des traces de 4x4, ça s’enfonce un peu et je fais environ 800 mètres comme ça. Je suis arrêté par des petites falaises. Et la mer, que je croyais plus près, est encore plus loin sous d’autres précipices. La plage de sable blanc est paradisiaque, la pollution n’est encore pas parvenue jusqu’ici. Pour revenir sur mes pas, quelle galère : les roues s’enfoncent à cause de la fine couche de sable ajoutée peu à peu par le vent tel de la neige. J’ai bien cru que je ne ressortirai pas. Je retrouve enfin le bitume. La route est très calme, très peu de camions mais tous ceux que je croise me saluent généreusement. Pas une maison. Enfin, au kilomètre 120, la première station où je peux boire un thé et grignoter un peu. Ensuite, je continue à rouler au maximum car la route est maintenant très monotone, le désert à perte de vue et la mer est trop loin pour l’apercevoir. Et, de ce fait, les campements de pêcheurs très éloignés aussi. J’ai très envie de court-circuiter la partie Boujdour Dakhla qui, d’après tout le monde, est très ennuyeuse à cause du paysage identique et truffé de militaires.

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Il y a quelques jours, à un contrôle, on m’a dit qu’il y avait deux cyclistes devant moi : un allemand un jour devant et un français avec deux jours d’avance. J’arrive à la station et on me confirme la même chose et, bizarrement, on doit rouler au même rythme car on a toujours le même écart, on ne se voit jamais. Alors, si je rejoins Dakhla en bus et qu’ils n’ont pas la même idée que moi, je risque de voir leurs tronches. Et, de passer devant, ce qui serait beaucoup plus rassurant pour moi en cas de pépin (pour le reste du parcours qui est assez hard je pense). On m’a dit qu’il y aurait un car de la CTM qui partirait à onze heures de Boujdour demain matin. Alors, si je veux le prendre, il faut que je me rapproche au maximum de la ville, qui est encore très loin. Alors, je roule, je roule et à 18 heures, j’ai parcouru 150 kilomètres. Je ne peux pas sortir de la route pour camper car ce n’est que du sable mou. Je fais quelques essais mais impossible de m’y aventurer. Alors, je décide d’aller jusqu’à la cité à 50 kilomètres. Je roule comme un fou mais, trop tard, au kilomètre 175, la nuit tombe et il est 19 heures. Heureusement, je trouve enfin une partie de sol caillouteuse qui me permet, non sans difficulté, d’accéder derrière les grosses dunes. C’est bon, je ne suis plus très loin pour parvenir à la gare routière de bonne heure demain. Bamako ne tient pas debout dans le sable alors, tant pis, il passera la nuit couché, comme moi. Et, quelle chance, nous sommes seuls dans le plus grand camping du monde !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

     

    Dimanche 13 octobre - route de Boujdour -> Boujdour (25 Km)

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Énormément de contrôle à l'approche de la frontière

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Des voisins de Mornant au poste de Police !

    Je me lève assez tôt pour arriver à la CTM un peu à l’avance. Il ne me reste que 25 kilomètres mais, après avoir roulé presque jusqu’à la ville, nouveau contrôle de police. Devant moi, il y a une estafette Volkswagen immatriculée dans le Rhône. Ça plaisante dur. Ils me disent qu’ils sont de Mornant et qu’ils transportent du matériel scolaire pour des écoles Sénégalaises ainsi que deux VTT et le fourgon, qu’ils veulent laisser là bas pour en faire un taxi. Tout cela dans le cadre d’une petite association humanitaire. C’est drôle de se trouver ici ; nous sommes  voisins, à une dizaine de kilomètres de chez moi. Ils me demandent si je n’ai besoin de rien. Je leur réponds négativement et, d’un coup, je réagis. Au lieu de prendre le bus, je leur demande s’ils n’auraient pas une petite place pour le vélo. Et là, pas de problème, ils acceptent : on va faire une petite place et mettre Bamako sur le toit, sur les autres bagages. On plaisante beaucoup avec les policiers, qui deviennent peu à peu moins coincés. Ils nous prennent même en photo et acceptent que je photographie le poste de police, chose interdite. Ensuite, après avoir à nouveau rempli nos fiches de renseignements, c’est parti ! J’observe la route, impatient de voir le ou les cyclistes qui me devancent. Pas manqué, exactement 70 kilomètres et nous dépassons le premier. Je suis persuadé que c’est l’Allemand à cause de son look et son air discipliné : casque sur la tête, équipement,…etc. Je culpabilise un peu de passer devant de cette façon mais, au fil des kilomètres, je me rends compte que c’est bien vrai : le même paysage que les trois jours précédents. Nous arrivons avant Dakhla et là, le paysage est vraiment superbe. Et, demain, je vais le faire avec Bamako car nous allons être obligés de revenir pendant 50 kilomètres sur nos pas pour reprendre la route du désert. Incroyable, nous voyons des mirages tout au long de la route ; on dirait qu’il y a des lacs et lorsque nous nous approchons, ils disparaissent. Nous arrivons à la presqu’île de Dakhla, avec des plages vierges à perte de vue. C’est impressionnant. Nouveau contrôle de police et de retour, les fiches de renseignements. Les Mornantais en voiture étaient bien renseignés car ils avaient préparé des dizaines de fiches à l’avance pour perdre moins de temps. Mais, comme les Marocains aiment discuter, ils redemandent quand même oralement pour être sûrs de ne pas se tromper. On refait 200 mètres et re belote. On leur dit qu’on vient de les donner et là, ils répondent que c’est pour notre sécurité. C’est vrai qu’en 200 mètres, il peut s’en passer des choses. Chaque fois, comme des gamins, ils chinent aux automobilistes tee-shirts, stylos ou autres cadeaux. Ils nous disent bien que si on va à la plage de Dakhla, il faut le signaler à la police ainsi qu’au retour. On me dépose en ville. Les au revoir et, je vais faire quelques courses avant de rejoindre le camping qui est sur la route du port. Je viens d’apprendre que le convoi militaire n’existe plus et qu’il va falloir se taper Dakhla - Nouâdhibou 360 kilomètres en autonomie complète. Je viens aussi d’apprendre que le visa ne se prend non plus ici mais à la frontière. J’ai aussi très faim car nous n’avons pas mangé à midi. Je fais donc mes courses dans une épicerie et demande à l’épicier si je peux manger sur place. Pas de problème, ici  rien n’est impossible. Il me fait passer derrière la boutique, m’apporte un cageot pour m’asseoir, un couteau et me paie le thé. Je vais ensuite sur Internet pour donner des nouvelles avant la Mauritanie. Il y a trois cybercafés en ville. Pendant que je surfe, un gars en VTT s’approche de Bamako qui est devant la porte. Devinez qui c’est ? Et bien, c’est le Français qui avait deux jours d’avance sur moi ! Et bien, décidément ! En plus, il va en Mauritanie. Il vient de Nantes et est au même camping que moi. Normal, ici, il n’y en a qu’un. On se donne rendez-vous ce soir. Et, problème, lorsque je sors d’Internet, il est nuit. Et, ici, les villes ne sont pas éclairées. Et le camping est à six kilomètres. En plus, avec vent de face et obligé de repasser au poste de police. Ils me redemandent si j’ai déjà donné des renseignements et ça va, ils ne m’embêtent pas plus, ils ont l’air fatigués. Je ne vois plus rien et cherche le camping dans le noir. Je suis obligé de finir à pied pour ne pas tomber. Tout à coup, très surpris j’entends appeler «Michel». Ce sont les Mornantais ! Ils ont fait 70 kilomètres et ont eu un problème de cardan sur le fourgon. Et, par sécurité, reviennent à Dakhla pour faire réparer demain. Alors, nous partageons un cabanon dans le camping pour 30 dirhams (moins de 3 euros). Ça ne vaut pas le coup de monter la tente ! Le Breton en VTT dort dans le cabanon voisin. Comme il n’est pas trop bavard, je lui propose de faire la route ensemble car, pour atteindre la Mauritanie, ça va être assez hard. Il est d’accord. La route en plein désert va être longue. D’après les dires, un premier petit village à 60 kilomètres et ensuite, une station d’essence à 250 kilomètres et puis la piste après la frontière. Et là, personne ne peut nous dire si ça passe ou non en VTT. Ce sera la surprise ! Le Breton, depuis chez lui, n’a pas fait plus de kilomètres que moi (3500). Il a beaucoup court-circuité et, c’est drôle, la partie Boujdour Dakhla, il a eu la même idée que moi et a fait le trajet en fourgon !

    Lundi 14 octobre - Dakhla -> Direction Nouâdhibou (170 Km)

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

     

    C'est parti, avec le Nantais, son vélo Décathlon, et seulement deux sacoches à l'arrière. Je me demande comment il peut mettre toutes ses affaires. Et puis ce gars, je ne sais pas pourquoi, je ne le sens pas très bien. On démarre contre un vent assez fort pour 50 kilomètres avant de rejoindre la direction de Nouâdhibou de l'autre côté de la presqu’île. Je lui propose qu'on se relaie pour rouler. Il n'a pas trop compris le truc et, d'un seul coup, alors que je m'arrêtai pour faire des photos, il est parti comme un malade sans se retourner pour voir si je suivais. De plus, beaucoup moins chargé que moi, ça va tout seul dans les côtes. Je prends volontairement mon temps pour voir s'il réagit. Et bien non ! Il continue la tête dans le guidon comme s'il était en course. J'essaie alors de lui faire comprendre que je suis là pour visiter. Nous continuons avec le vent dans le dos, en discutant. Ca ne va pas trop mal mais si je lui dis rien, il ne s'arrête jamais. A 12h30, on a fait 75 kilomètres et on s'arrête pour manger. A peine fini, je le sens déjà pressé pour repartir. Nous roulons ensemble un moment. D'un seul coup, il prend le devant et fonce, me mettant 1 kilomètre dans la vue. La route s'arrête, ils sont en train de la goudronner, il faut alors la contourner par une piste. Et là, je ne le vois plus ! Il commence à me gonfler. J'aperçois plus loin une petite station service. Heureusement que j'avais prévu assez d'eau car elle est fermée ! Lui est là, assis à m'attendre. Alors, énervé, je lui demande s'il faisait une course et lui dis que ça ne m'intéresse pas de rouler avec lui dans ces conditions car nous n'avons pas la même vision des choses. Moi, je suis là pour visiter le pays. Je lui explique aussi que le but d'être à deux est de s'entraider pour rouler ou en  cas de pépin. Et, si l'on doit continuer comme ça, je préfère rester seul. Il me répond « non, je continue avec toi ». Alors on repart et il se calme. Le soir je le stoppe quand même sinon on roulait toute la nuit. De chaque côté de la chaussée, c'est un désert de sable. Nous avons poussé nos montures très difficilement jusque derrière une dune pour camper. Un décor super pour monter la tente. Chose incroyable, mon coéquipier m'annonce qu'il n'a presque jamais monté sa tente car, trop pressé, il dormait uniquement sur son matelas (ça ne m'étonne pas).

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    La fraicheur du soir

     

     

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Dans le plus grand camping du monde

    Mardi 15 octobre, Direction Nouâdhibou (130 Km)  

     

    Cette nuit, nous avons essuyé une petite tempête. Ça a pas mal secoué les toiles et, alors que j'allais me lever, un arceau casse et transperce la tente. La journée commence mal. Le matin, dans le sable vierge comme la neige, il y a des traces comme celles d’un chien mais plus petites autour du campement. Ce doit être un fennec qui a senti la nourriture. Pour ressortir de derrière la dune, impossible. Bamako s'enfonce jusqu’à la moitié des jantes. Nous sommes obligés de défaire les sacoches pour les amener vers la route et de venir ensuite chercher nos VTT. Nous roulons au milieu de cette immensité, très peu de véhicules passent. Nous pouvons rester au milieu de la chaussé, quelle sensation de liberté ! Pour les besoins naturels, c'est la même, pas moyen de se cacher, on a toujours la sensation que quelqu'un nous regarde. J'ai assez d'eau et de nourriture mais il me manque du pain. La prochaine station est à 130 kilomètres. Avant, rien d'annoncé. A 13h30, nous voyons quand même des cabanes de pêcheurs dans un amas d'ordures indescriptibles. Nous y allons et incroyable, le premier cabanon en tôle est une boulangerie. Le pain est tout chaud et quelqu'un nous appelle pour prendre le thé, sous une tente, avec de l'huile d'olive pour tremper le pain. Les mouches pullulent et il est difficile de manger ou boire sans en avaler une. Les pêcheurs sont très gentils, ils habitent Dakhla ou ailleurs et viennent ici plusieurs mois pendant la saison de pêche. Cette côte est très poissonneuse et c'est un revenu non négligeable dans cette région désertique. L'un d'eux est photographe et vient ici pour photographier des trophées. Il m'offre une photo d'une langouste recouverte de billets pour représenter sa valeur. Nous nous frayons ensuite difficilement un chemin dans les ordures pour repartir. Toujours le même paysage. Tout à coup, plus de route, ils sont en train de la faire. Plus loin, un français en voiture stoppe à notre niveau et nous demande si nous n'avons besoin de rien. Il nous donne des fruits et repart. Plus loin, nous arrivons à la station service, toute neuve car du temps où existait le convoi militaire, il n'y avait rien. L'automobiliste est là aussi car le contrôle douanier Marocain est à 80 kilomètres et ferme à 18 heures. Il paraît qu'après la douane ce n'est plus goudronné et qu'en vélo il est impossible de rouler. Mais aucun ne donne d'informations précises. Alors demain, nous allons faire le trajet jusqu’au premier contrôle et voir ce qu'il en est après. Il restera une centaine de kilomètres de piste où il ne faudra pas s'écarter (sinon BOUM) et on aurait bonne mine ! ( la frontière entre le Maroc et la Mauritanie est minée sur toute sa longueur ) Si ça ne passe pas, il nous faudra trouver un véhicule tous terrains qui veut bien nous prendre à bord. Pour l'instant, nous couchons derrière la station, dans un vieil entrepôt, au milieu des carcasses de camions et des bidons d'huiles usagés. Vivement Nouâdhibou car ça fait deux jours qu'on ne s'est pas lavé. 

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Bamako veut faire demi tour !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Ravitaillement dans un campement de pêcheurs

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Plus que ça et c'est la Mauritanie !

     

    Mercredi 16 octobre - Direction Nouâdhibou (98 Km + 50 Km en 4x4)

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Le Sahara Marocain du sable et encore du sable !

    Voici la douane Mauritanienne !

    Ce matin, départ pour 80 kilomètres jusqu'au premier poste de gendarmerie royale. Nous arrivons jusqu'à celui-ci, une vieille cabane en pierres à moitié écroulée, avec des bâches et des tôles dessus. Personne ne s'occupe de nous. Alors, nous cassons la croûte devant car il est 12h30. L'un des gardes s'avance et me donne une orange. Ça y est, 14h30, ils se décident : passeport...  Ensuite, direction le poste de douane, 30 mètres plus loin et on reprend un bout de route pendant sept kilomètres. Nouveau contrôle : police plus douane. Jusqu'à la frontière Mauritanienne, c'est de la piste. Certains nous disent que ça passe en vélo, d'autres pas. Alors, nous verrons bien. En tout cas, tous nous ont dis de ne surtout pas s'écarter des pistes à cause des mines. Nous croisons des Français en 4x4 qui viennent de Mauritanie. Ils nous affirment "jamais vous ne passerez". Les voitures passent à peine. Ils nous indiquent le chemin pour ne pas se tromper jusqu'à la douane Mauritanienne. Nous voilà partis. Mais, un peu plus tard, plusieurs départs de pistes : laquelle est la bonne ? J'ai l'impression que ces tracés sont faits volontairement pour piéger les touristes car, déjà, des Maures en véhicules tous terrains viennent nous proposer de nous emmener à des prix exorbitants. Nous divisons le prix annoncé par trois. Ils ne sont pas d'accord alors nous continuons. Un peu plus loin, les pistes s'entrecroisent : laquelle est la bonne ? Un vrai jeu de piste... Aucune indication et là, nous sommes un peu paumés. Et pas question de couper à travers pour aller se repérer au risque de sauter sur une mine. Dans des situations comme ça, on est quand même content d'être deux, ça rassure. On échange nos avis et, vu mon grand sens de l'orientation, je suis l'intuition de mon compagnon de route. Une piste défoncée et, de temps en temps, impossible de rouler à cause du sable, il faut pousser. On nous avait indiqué sept kilomètres, nous en avons déjà fait dix et rien à l'horizon. Nous commençons à ne pas être fiers : encore du sable et des pierres très pointues. Il ne manquerait plus qu'une crevaison. En plus, il commence à se faire tard et il ne vaudrait mieux pas camper ici. Tout à coup, nous croisons un 4x4 Marocain. Il s'arrête et nous dit que nous sommes dans la bonne direction et qu'il reste trois kilomètres. Il nous donne un litre d'eau chacun : vous ne pouvez pas savoir comme ces rencontres inespérées font plaisir dans ces moments là. Nous continuons un peu et, en effet, une herse en travers de la piste nous dit stop... et une vieille cabane en pierres à moitié écroulée : nous sommes bien arrivés au poste de police Mauritanien, accueillis par une horde de chiens très agressifs qui essaient par tous les moyens de nous bouffer les mollets. Juste avant, un fonctionnaire leur jette une paire de cailloux qui les calme en attendant que nous présentions passeports et fiches de situation. Dix mètres plus loin, il faut passer dans une autre espèce de cabane qui fait office de douane. Un grand black est couché à l'intérieur. Un autre fait cuire du poisson. Il nous dit de rentrer, fait asseoir mon compagnon sur une chaise cassée et moi sur un matelas au sol. Ensuite, ils ne font plus cas de nous. Le black se recouche et l'autre épluche des légumes. Au plafond, il y a de la viande de dromadaire qui pend. Un quart d'heure plus tard, lorsqu'il a fini d'éplucher, il nous demande tous les papiers et nous tamponne le visa après nous avoir extorqué 500 dirhams. Dehors, un autre grand black armé comme Rambo nous demande si nous n'avons rien à déclarer et nous annonce que la piste est impraticable en vélo. Pendant ce temps arrivent trois 4x4 Français : ce sont des Ardéchois. Je leur demande s'ils ont de la place : ils me répondent "impossible, on est chargé à bloc". Un instant après, ils changent d'avis en nous voyant chargés de la sorte et ils s'arrangent pour nous faire une petite place. On voyage couchés entre bagages et plafond, chacun dans un véhicule : c'est parti pour 60 kilomètres de pistes à fond la caisse. Les gars sont des habitués du désert et s'amusent beaucoup. Mais moi, à l'arrière et dans une position très inconfortable, je suis complètement cassé. Leurs véhicules sont équipés de supers GPS. Malgré cela, ils ont eu quelques difficultés à se retrouver. Et, à certains endroits, la piste est à peine praticable. Alors, en vélo, c'était mission impossible. Nous arrivons enfin de nuit à Nouâdhibou ; ça fait drôle, nous sommes en Mauritanie. Ils nous déposent devant un camping tenu depuis six mois par un Français et nous prenons place sous une tente Maure.

     

     

                                                                                 


     

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  • Jeudi 17 octobre – Repos à Nouâdhibou

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

      

    Ce matin, lessive, lavage Bamako, révision et nouvelles sur Internet. A midi, je mange dans une petite gargote Africaine un Tiéboudienne (riz au poisson). Ensuite, hygiène oblige, je vais me faire faire une petite coupe de cheveux chez un coiffeur Guinéen. J'en profite pour lui demander une adresse pour faire recoudre ma toile de tente. Pas de problème : il m'emmène chez un de ces copains tailleurs qui me répare ça pour une somme symbolique. Ensuite, je cherche un bout de tube creux pour réparer mes arceaux. Je fais une paire de boutique de plombiers sans succès et un jeune black vient vers moi puis me guide chez des quincailliers. On en fait au moins une dizaine sans rien trouver. Alors, je lui dis en plaisantant "il faut absolument que tu me trouves de quoi réparer car on m'a assuré qu'en Mauritanie tout était possible" ; ça l'a bien fait rire et finalement, à force de chercher, nous trouvons ce qu'il me faut. Je lui propose de lui offrir à boire. Il refuse et me dit "c'est toi qui viens chez moi. J'habite seul, je suis plombier à mon compte car avant j'étais exploité par un patron et les blacks ne sont pas respectés ici. Alors j'ai préféré travailler pour moi". Il me présente son apprenti et lui glisse un billet pour sa journée. Ici, les billets se mettent dans les poches et sont dans un très mauvais état. Ils sont tous recollés plusieurs fois, parfois avec de l'adhésif noir ou bien on vous donne les deux morceaux séparés, en vous montrant que les numéros sont bien identiques. Nous montons ensuite chez lui, il se surnomme "hibou". Il est d'origine sénégalaise mais né à Nouakchott. Il adore le sport mais ici, il n'y a aucun équipement. Alors, il se lève le matin à six heures pour courir avant de partir au travail. Il m'explique que son plafond s'est écroulé un peu hier. En effet, le plâtre s'est détaché sur deux mètres de diamètre mais ça ne l'affole pas plus que ça. Il me présente ses voisins et copains, qui viennent tour à tour dans cette petite pièce qui lui sert de chambre et de cuisine, où se trouve une minichaîne car il est fan de bonne musique (et surtout de reggae). Il fait le thé pour tout le monde et me sort l'album photo pour me présenter toute sa famille. Puis nous nous donnons rendez-vous pour manger ensemble demain car c'est son jour de repos. En Mauritanie, la semaine commence le dimanche. Ce soir, je mange avec le Breton, dans un petit resto tenu par une Maïté marocaine, très gentille. En ville, c'est encore plus folklo que le Maroc, les taxis sont des R12 ou des R4 encore en plus mauvais état, on se demande comment ça roule. Les rues ne sont pas goudronnées. Avec les voitures se côtoient ânes, chèvres et moutons, qui se nourrissent des papiers gras et plastiques qui traînent de partout. Pendant que j'écris du camping, je suis en même temps en train d'exterminer des fourmis grosses cinq fois comme les nôtres. Je n'ai pas envie de me faire dévorer cette nuit mais plus j'en écrase, plus il y en a. Ensuite, en discutant avec mon compagnon de route, nous décidons d'un commun accord de ne plus continuer à rouler ensemble car nous n'avons pas la même vision des choses. Comme quoi, pour partir à deux, il doit falloir vraiment bien se connaître.

    Vendredi 18 octobre – Repos à Nouâdhibou 

     

    Aujourd'hui, je pars avec Bamako, sans ses sacoches, en direction de la plage, pour découvrir un immense cimetière de bateaux fantômes. C'est impressionnant, il y en a des centaines dans la Presqu'île, à moitié immergés ou couchés sur le flanc, suivant la marée : quel gâchis ! Le soir, je me rends chez mon ami "hibou", on boit le thé obligatoire, un peu de musique et il m'emmène à un restaurant Libanais manger un couscous au dromadaire. Lui ne prend qu'un sandwich. Ensuite, c'est la tournée de toutes les familles black de sa connaissance. Nous nous rendons chez un de ses amis de travail, qui me demande comment va la France. Nous retirons nos chaussures et entrons dans une pièce. Sur le sol recouvert de tapis, sept hommes assis en tailleur mangent tous dans la même gamelle, de la main droite, un mélange de viande et de pâtes. Hibou me fait signe de les contourner par la gauche et de venir m'asseoir. Aucun ne nous jette un regard, imperturbables. A côté de nous, à part, une vieille femme égraine un chapelet. Et trois bébés sont couchés à même le sol. Une fois le repas terminé, les hommes s'installent sur des coussins, pour regarder une vieille série télévisée. Personne ne parle. De temps, en temps, un petit rire en rapport avec le feuilleton... Et, mon copain, qui a dû se rendre compte que ça m'ennuyait un peu, me propose de partir. Nous sortons comme nous sommes entrés, sans aucune réaction de la salle. Une fois sorti, il me dit "dans le lot, il y avait un frère à moi" (surprenant, ils ne se sont même pas parlés). J'ai su ensuite que son père était marabout et qu'il avait plusieurs femmes, donc beaucoup de demi-frères et sœurs. Nous allons ensuite dans une petite cabane marquée "Cafétéria", vers un autre copain à lui, où il prend son petit déjeuner du matin. Sur des étagères en planche, des centaines de petites boîtes de Nescafé, du lait en poudre et des œufs dans une crasse incroyable. Des vieilles pages de magazines jaunies accrochées au mur... Et ici, on peut prendre café, thé ou manger une omelette. Nous continuons notre périple tard dans soirée jusqu'à ses voisins, dans une toute petite pièce où ils vivent à dix. Tapis de partout au sol et tentures sur les murs. Des rideaux font office de séparation. On boit le thé à la menthe et discutons en même temps que la télé joue. De temps en temps, une blatte traverse la pièce sans inquiéter personne. Tous les gens qui vivent dans ce petit immeuble sont locataires et c'est "Hibou" le responsable. Tous les voisins lui donnent l'argent qu'il remet lui-même au propriétaire. Avant de me dire au revoir, il me donne une adresse de sa famille à Nouakchott, pour me faire héberger. De retour au camping, super, il y a un concert de djembé pour finir la soirée. Cette nuit, je décide de coucher à l'extérieur, dans le hamac. Car dans la tente Maure, nous nous faisons dévorer par les puces de sable, cafards et fourmis.

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Mon ami Hibou

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Cimetière de bateaux

    Samedi 19 et dimanche 20 octobre - Transfert Nouâdhibou -> Choum (400 Km en train) et Choum -> Atar (120 Km en 4x4)

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Le plus grand train du monde et gratuit en plus si vous réussissez à monter

    dans un wagon benne !

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    C'est parti pour 400 km en plein désert !

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Chech obligatoire avec la poussière

     

    Ce matin, j’apprends que les musiciens d’hier soir se sont fait confisquer tout leur matériel de musique par la police car ici, il leur fallait une autorisation spéciale du préfet (imaginez une rave partie en Mauritanie !). Je vais faire quelques provisions pour aller prendre le plus grand train du monde, qui doit partir en principe à 15 heures pour m’emmener à Choum. Une cabane en béton, qui était un ancien contrôle de police fait office de gare. Dans ce vieux dépôt, des femmes et des enfants vendent quelques friandises, bouteilles d’eau et coca, des petits sacs en plastique remplis d’eau fraîche ou de bissap avant d’être noués. Ça se vend énormément ici car ce n’est vraiment pas cher et désaltérant. On perce un angle du sac avec les dents pour aspirer le liquide. Le bissap est une boisson sénégalaise d’une couleur rougeâtre, faite à base d’une fleur qu’on fait macérer dans l’eau sucrée. Les Africains attendent le convoi depuis le matin alors que l’heure de départ annoncée n’est jamais respectée ici. Dans le meilleur des cas, c’est plusieurs heures de retard. Ils sont très patients. On fait le thé, on discute, tout le monde s’étale le long des voies. Des ânes avec leurs charrettes, surchargés, font plusieurs voyages jusqu’aux rails, en évoluant très difficilement dans le sable. Et, au lieu de pousser la charrette pour les aider, on les tape tant qu’on peut. On voit de tout : sacs de céréales, frigos, chèvres, tout ce que l’on peut imaginer. A 15h30, le train arrive plein de minerais ; il est impressionnant. Ce train, unique au monde, compte 200 wagons pour deux kilomètres de long. Il y a plusieurs locomotives en tête ainsi qu’à l’arrière pour pousser. Il vient de Zouerate, à 650 kilomètres d’ici et il n’y a qu’une seule voie. Après avoir été vidé de tout son contenu, il revient devant nous et, tellement il est long, on dirait qu’il ne va jamais s’arrêter. Il y a seulement deux wagons de voyageurs en queue de train. Tous les autres sont des wagons de transport et sont gratuits. Pour monter dedans, il y a une échelle mais c’est très haut. Heureusement, le Breton est venu m’aider pour voir en même temps comment ça se passait. Ce sera son tour dans quelques jours. Un routard Espagnol qui parle assez bien le français et se rend au Burkina Faso avec seulement un sac à dos (car il voyage avec les moyens locaux) monte aussi avec moi. On se fait passer Bamako et les bagages puis nous aidons des Mauritaniens, qui nous font passer d’énormes ballots de sacs de toiles vides. Une jeune fille, d’environ quinze ans et son petit frère accompagnent ces bagages. Il y a énormément de poussière au sol et contre les parois. Dans le wagon, d’un côté on fait du thé sur un petit réchaud, c’est le folklore. Le train, sans aucun avertissement, démarre alors que des bagages circulent encore. Et, c’est parti dans des grincements et un nuage de poussière. Incroyable ! Il prend de la vitesse et c’est ensuite la poussière de sable qui s’élève au-dessus du convoi. Pour voir le paysage, il faut jongler d’un côté à l’autre, suivant la direction du nuage. Je mets Bamako sur le dos pour qu’il ne tombe pas et, heureusement que j’avais mis les protections sur les sacoches. Au début, on fait attention de ne pas se salir. Ensuite, c’est peine perdue car nous sommes tous noirs. Alors, on se couche par terre pour essayer de se reposer mais il ne faut pas compter dormir car, de temps en temps, des chocs brutaux vous rappellent à l’ordre. On dirait que tout déraille. Au début, c’est vraiment impressionnant. Lorsqu’il tourne, nous n’avons plus la fumée et nous voyons la tête du train. C’est superbe, au milieu d’un paysage complètement désertique, avec ses dunes de différentes couleurs. De temps en temps, une petite oasis, des campements de nomades ou un petit village perdu au milieu de rien. Quelquefois, au bord de la voie, des wagons pliés et des rails tordus nous montrent que ça déraille parfois ! De temps en temps, il s’arrête vers des petits villages mais sans jamais s’annoncer, autant pour l’arrêt que pour le départ. Alors, il ne vaut mieux pas descendre pour se dégourdir les jambes. Pour la pause pipi, c’est dans le wagon, pas le choix ! La jeune qui est avec nous, sans aucune gêne et tout naturellement, s’accroupit dans un angle et laisse s’écouler un petit ruisseau, heureusement vite recouvert par la poussière. Il paraît que dans le wagon passager c’est encore pire car il y a plus de monde. En soirée, la fatigue nous gagne et chacun essaie de s’allonger comme il peut. Je me mets sur le dos, comme Bamako, dans une position très inconfortable, une moitié sur les sacoches et l’autre sur la ferraille. J’ai faim. Je fais une tentative de sortir un sandwich mais je me rends compte qu’il y a autant de poussière à l’intérieur de mes sacoches qu’à l’extérieur, alors tant pis. Le convoi s’arrête dans deux ou trois petites gares dans un fracas indescriptible et, à peine cinq minutes, et ça repart. Nous ne savons même pas où l’on est. Tout à coup, nous sommes à moitié endormis puis, un autre arrêt me rappelle à l’ordre. Il est une heure du matin. Un peu inquiet, je réveille l’Espagnol et les deux jeunes Mauritaniens car je pensais qu’ils connaissaient les villages. Et, personne ne peut nous dire où l’on est. On regarde par-dessus le wagon. Quelques 4x4 viennent de la queue de train mais pas de bousculade. Donc nous pensons que nous ne sommes pas arrivés à destination. Dans le doute, l’Espagnol descend quand même voir et, tout à coup, je le vois revenir en courant, en me hurlant « Choum, Choum, Choum ». Alors que ça commence à démarrer, affolé, je lui passe vite Bamako. Je jette toutes mes sacoches d’en haut, son sac à dos mais le train. Commence à prendre de la vitesse alors, je saute vite de toute la hauteur et fais un superbe roulé boulé au bord des rails ! Je me demande comment je ne me suis rien cassé (me faire ça, à mon âge !). Ensuite, la jeune fille nous appelle. Elle n’arrive pas à descendre. Son frère, lui, s’est débrouillé. L’Espagnol est déjà remonté entre les deux wagons et me la fait passer tête en bas ! Là, c’était trop chaud, on a pris beaucoup de risques. Par contre, tous leurs bagages sont restés dedans. Enfin, on s’en tire quand même bien !

    Maintenant, c’est une autre aventure : le harcèlement des chauffeurs de 4x4 commence. Car, pour aller à Atar, il y a 120 kilomètres de piste apparemment impraticable en VTT. Un ancien évalue tous les bagages à l’œil et annonce les prix. Pour moi, il a beaucoup de prétention et m’annonce une valeur dix fois supérieure à celle annoncée sur mes guides touristiques. Pour l’Espagnol et son pauvre sac à dos, c’est la même ! Alors, nous sommes très solidaires et nous lui faisons comprendre que ce n’est pas parce que l’on est Européens que l’on doit payer pour les Africains, que nous ne sommes pas pressés et que nous allons camper ici. Après une heure de prise de tête, il nous fait dire que c’est bon, nous avons gagné. Ensuite, encore une heure pour tout charger. Bamako est attaché à l’arrière et nous, nous sommes une quinzaine sur les bagages ; l’Espagnol et moi en équilibre car les Mauritaniens et niennes ont déjà pris leur aise en squattant les meilleures places. J’ai une fesse sur un sac, l’autre sur un jerrican, les pieds d’une fatma sur moi, la fumée d’un ancien dans la tronche et les pieds dans le vide, que je suis obligé de vite retirer car, à plusieurs reprises, les buissons ont frôlé la carrosserie. Dans une position inconfortable, à un moment, je prends une super crampe à la cuisse et, comme je peux, j’étire ma jambe, qui arrive sur la fatma qui m’insulte dans sa langue ! Ces 120 kilomètres m’ont paru interminables, avec cette piste de tôle ondulée, de sable et de rochers. Nous arrivons enfin, à 5h30 du matin et il nous pose n’ importe où au milieu d’Atar. L’Espagnol et moi, autant fatigués l’un que l’autre, sommes paumés. Il nous faut trouver le camping Bab Sahara, dans lequel nous avions prévu d’aller. Comme le messie, un black arrive à pic et nous propose ses services. Quelle chance, en se rendant à son travail, il tombe sur nous par hasard. Il nous annonce déjà que le camping que nous cherchons est fermé car les propriétaires sont partis mais qu’il connaît la meilleure auberge de la ville, qui fait aussi camping, et la moins chère. Tellement fatigués, nous le suivons tel des robots. Mon compagnon n’arrive plus à porter son sac. Il le pose par-dessus les sacoches de Bamako qui, lui, très costaud, porte 15 kg de plus sans rechigner. Et puis, au moins un kilomètre plus loin, nous arrivons enfin à son camping auberge, autour d’une véritable décharge. Ça sent très mauvais et nous sommes attaqués par les mouches. Le patron, sûr de lui, nous annonce un prix trois fois plus cher que ce que nous devions payer. En plus, il est déjà 6h30 et il veut nous compter une nuit. Nous demandons à voir les douches, il n’y en a pas. Alors, prise de gueule avec l’aubergiste qui nous dit qu’on ne trouvera jamais mieux ailleurs. Et, lorsqu’il aperçoit mon guide du routard à la main, il me dit que les guides sont faux car ils ne passent même pas de partout : "la preuve, il n’est même pas dessus !". Nous envoyons ensuite balader le faux guide qui avait en plus le culot de nous raccompagner en direction du camping que nous cherchions alors qu’il nous avait affirmé qu’il était fermé. Nous nous débrouillons donc seuls, avec le plan et, à sept heures, nous arrivons enfin et les propriétaires sont bien là. Après avoir pris un bon petit déjeuner, il me faudra deux douches pour enlever toute la saleté. Et, je vide toutes mes sacoches, pleines de poussière, pour laver mes affaires une à une. Ensuite, toilette de Bamako. J’avais eu la mauvaise idée de le laver et l’huiler avant de prendre le train (catastrophe). Le camping se nomme Bab Sahara et les propriétaires sont Germano-néerlandais, lui connaît très bien le désert alors, je lui demande pleins de conseils pour la suite de mon périple. L’Espagnol, lui, est mal en point et dort toute la journée. Le soir, je mange avec trois jeunes bretons qui descendent très souvent en Afrique pour vendre des vieilles voitures. Nous mangeons l’équivalent d’un euro dans une petite gargote sénégalaise mais, il ne faut pas trop être regardant ! Au camping, 45 degrés à l’ombre et, le soir, à 23 heures, il fait encore un air chaud insupportable. Avant de dormir, je prends une bonne douche froide qui, ici, est tiède ! Et, avec la fatigue, je passe quand même une très bonne nuit.

    La Mauritanie 55 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Lundi 21 octobre - Repos à Atar 

     

    Très très chaud, comme hier. A midi, je mange dans une gargote Malienne pour moins d’un euro. Puis, tout à coup, je vois passer en vélo mon ex compagnon de route, le Nantais. Il est tout noir et il a l’air anéanti lui aussi. Je l’appelle et lui demande s’il va au même camping que nous. Et non, car un gamin lui a proposé une chambre chez lui. Je l’ai revu en fin d’après midi. Lorsqu’il est retourné dans sa chambre pour prendre des affaires, il y avait une chèvre à l’intérieur car ça correspond avec des autres bâtiments. Et, quand il a voulu prendre une douche, il n’y avait pas d’eau, comme souvent ici. Lui qui croyait faire une affaire en payant moins cher ! L’Espagnol, quant à lui, est encore resté couché toute la journée. Ça ne va pas fort pour lui, il a l’air très fatigué et pense avoir la fièvre. Ce soir, je ne suis pas encore décidé, je ne sais pas si je repars demain car il fait vraiment trop chaud.

    Mardi 22 octobre - Repos à Atar

    La température est toujours très haute et, au camping la journée, il n’y a qu’une terrasse à l’ombre mais rien pour se reposer. Et, dans ma tente, il doit faire au moins 50 degrés. En ville, incroyable, tout le monde me connaît déjà. Un groupe m’appelle pour boire le thé avec eux, assis au bord de la route, à l’ombre. On discute une bonne heure. L’un d’eux rêve d’essayer Bamako. Je le lui laisse, il n’en peut plus. Très fier, il passe devant tous ses copains. Il n’en revient pas de n’entendre aucun bruit en roulant, car les leurs grincent beaucoup (normal, ils ne les entretiennent pas). En arrivant, il se prend une super gamelle car il a oublié d’enlever les pieds des cales pieds. Le soir, on se retrouve avec le Breton pour manger soit dans une gargote Sénégalaise, soit dans une Malienne, pour 150 à 200 ouguiyas (moins d’un euro, difficile de trouver moins cher). La boisson est plus chère que le repas. En Mauritanie, l’eau est plus chère que le gasoil. Je décide de partir demain alors, je prépare Bamako. Et, ce soir, c’est la course au change car je n’ai plus un rond. Ici, personne ne veut mes travellers chèques en dollars. Mais, ils adorent l’euro. Et, inutile d’aller à la banque car de partout, on vous propose de les changer au noir et à un taux bien plus intéressant que dans les changes officiels. Je voulais aussi envoyer la carte d’anniversaire d’Alexandra, qui est née le 23 octobre mais pénurie de timbres depuis plusieurs jours. Téléphone en panne sur toute la ville et, le seul club Internet a brûlé (Peut-être un virus africain). Alors, je remplis les cartes et les donne à la gérante du camping qui les enverra dès qu’il y aura des timbres (elle aura peut-être un an de plus quand elle la recevra !

    Mercredi 23 octobre (bon anniversaire Alex) - Atar -> direction akjoujt (135 Km)

    Cette nuit, j’ai dormi sur une terrasse, c’était super. Dommage que je ne l’aie pas vue avant. En plein air, j’étais beaucoup mieux que sous la tente et il y a moins de bestioles. Le matin, départ assez tôt mais la chaleur vient très vite. Je fais à peine quelques kilomètres et déjà un contrôle de police. Ils me disent que cinq minutes devant moi, il y a un Français. Décidément, nous nous suivons toujours, nous qui avions décidé de ne plus rouler ensemble ! Enfin, à l’allure qu’il doit filer, je ne devrais pas le rattraper.

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Très beau paysage : désert de pierres entouré de montagnes, dunes de sable. De temps en temps, avec des couleurs superbes, quelques petites montées. Ensuite, du faux plat et, par la suite, un désert de sable avec quelques épineux, des huttes en paille et des maisons carrées en terre qu’on dirait désertées si l’on ne voyait pas de temps en temps quelques chèvres, dromadaires et hommes en djellabas bleues. L’eau des gourdes est brûlante et je prends un super mal de tête.

    Je mouille mon gant de toilette que je glisse sous ma casquette mais ça sèche en quinze minutes. 75 kilomètres et enfin une espèce de station, avec deux postes d’essence tout rouillés. Et, à côté, une cabane en tôle avec quelques boissons et une épicerie. Je rêvais d’un Coca, il est bouillant. J’achète de l’eau, elle est très chère, bien plus qu’à Atar. J’ai su après qu’il y avait un puits à 100 mètres. Puis, des nomades m’appellent sous leurs tentes de l’autre côté de la route, pour m’offrir les trois thés traditionnels. Je me rends ensuite plus loin ; il y a un château d’eau avec un abri en tôle.

    Que vois-je ? Mon ex-compagnon de route qui se repose ici. Tous les deux surpris, nous mangeons ensemble et essayons de nous coucher un moment à l’ombre des tôles, en nous mouillant régulièrement avec l’eau du puits. Puis, comme il n’y a qu’une seule route, nous décidons de repartir ensemble. C’est fait, nous démarrons sous un soleil brûlant jusqu’à la tombée de la nuit. Nous avons alors fait 136 kilomètres et un 4x4 Mauritanien s’arrête à nos côtés et ils nous demandent si nous voulons monter avec eux jusqu’au prochain village à 20 kilomètres. Ils nous offrent le thé. On leur demande combien ça va nous coûter, ils nous disent « rien » ! Car, avec le tourisme, les mentalités changent et ils ont maintenant la réputation de faire payer tous les services. Ils attachent nos vélos sur le toit, où nous montons aussi, les deux jambes devant le pare-brise. Et c’est parti ! Le meilleur c’est qu’en roulant, le passager nous fait passer les trois thés à tour de rôle sur le toit, en tapant chaque fois sur la carrosserie pour nous avertir ! (Je crois que les situations comme ça, ça n’arrive pas tous les jours !). En pleine nuit, il nous dépose vers une soi-disant auberge. Il y a quelques militaires armés jusqu’aux dents et une vieille femme qui nous apporte une gamelle d’eau : elle est marron. Nous faisons semblant de boire. Nous décidons de nous faire nous même à manger lorsqu’elle nous annonce le prix de la viande.

    Nous nous couchons ensuite derrière un vieux mur. Un instant après, des dromadaires viennent nous sentir. Ensuite, des vaches bossues passent à côté de nous en beuglant. Et, dans la nuit, des 4x4 pleins à craquer de chèvres et de femmes viennent se garer à côté de nous. Les hommes vont boire le thé et laissent les moteurs tourner. J’ai la fumée d’échappement dans le nez. Les fatmas s’installent par terre, pas très loin de nous, sur des nattes. Elles parlent et rigolent  beaucoup sur notre compte, avant que tout le monde redémarre, sans aucune discrétion. Ajoutez à cela des chiens qui ont aboyé sans arrêt et voici encore une nuit blanche!   

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Self service en plein désert !

    Jeudi 24 octobre - direction akjoujt -> direction Nouakchott (150 Km) 

     

    Il a fait énormément de vent cette nuit et nous sommes pleins de sable. Nos vêtements sont très sales, nous voulons nous laver, allons vers un puits à proximité mais l’eau est marron aussi. Alors, nous repartons pour akjoujt qui n’est plus qu’à 20 kilomètres, pour acheter vivres et boissons. Nous rêvons de frais, yaourt, fruits …mais, en Mauritanie, il n’y a pas grand chose à part dans les grandes villes. Et c’est très cher car tous ces produits viennent des pays voisins. Au bord de la route, un énorme camion est arrêté et trois Mauritaniens nous appellent et nous offrent le thé avec du très bon pain. Ça tombe bien, nous n’avions pas pris de petit déjeuner. Nous nous rendons ensuite à akjoujt, petite ville concentrée autour d’une mine d’or mais très pauvre. Celle-ci ne doit pas profiter aux habitants mais certainement à quelques sociétés étrangères. Nous buvons enfin un coca frais, quel pied ! Devant nous, un gamin d’environ quinze ans, légèrement handicapé mental, se fait embêter par les petits qui lui jettent des pierres pour qu’il leur courre après et ça les amuse. La vie n’a pas l’air toute rose ici. Les enfants jouent avec des pneus qu’ils poussent ou quatre petites roues en bois qu’ils poussent au bout d’un manche. Nous mangeons à midi dans une gargote, après s’être allongé sous un abri en tôle et bâche (ils appellent ça une auberge). Des nuées de gamins sont en admiration devant nos vélos mais sont chaque fois rejetés par les commerçants qui leur jettent même des pierres. Ensuite, on nous offre le thé et nous nous allongeons avec d’autres mauritaniens, à l’ombre, sur des tapis, devant une épicerie. Vu la canicule, nous allons essayer de nous reposer jusqu’en fin d’après midi et de rouler ensuite de nuit car elles sont très claires en ce moment. Nous repartons finalement à 16h30, de sorte que demain il ne nous reste plus que 150 kilomètres environ pour arriver à Nouakchott. Nous roulons jusqu’à la nuit mais elle est trop noire, nous n’y voyons plus rien. Alors nous nous arrêtons pour manger dans une vieille carcasse de voiture. Nous avons allumé une bougie et deux fois, des véhicules avec des gens du pays sont venus jusque devant nous pour voir ce qui se passait. Nous décidons enfin de repartir, moi devant avec ma lampe frontale pour éclairer et lui à l’arrière, avec mon petit phare rouge que j’ai installé sur son vélo. Beaucoup de voitures en face car c’est la veille du week-end ici. Et on se rend de Nouakchott à Atar. Nous roulons vraiment à l’aveuglette et trois fois je quitte la route et frôle la gamelle ! Vers les 22 heures, la lune se fait enfin voir et nous voyons plus clair. Alors, nous continuons jusqu’à 23h30 et dormons à la belle étoile.

    La Mauritanie 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Tempête de sable

    Vendredi 25 octobre - Direction Nouakchott -> ville de Nouakchott

    (147 Km) 

     

    Nous partons assez tôt, à huit heures. Il y a une toute petite station avec une espèce d'épicerie dans une cabane en tôle mais il n’y a pas grand chose à part de l'eau. Pas de pain, juste une boîte de « Vache qui rit » qui devra faire la journée car plus rien avant Nouakchott. Du désert, que du désert, quelques dromadaires, quelques maisons carrées en terre, personne a l'extérieur. Tout le monde se tient à l'ombre sauf nous (ceux qui nous voient doivent vraiment nous prendre pour des fous). Nous buvons énormément. Nous voulons faire le maximum le matin mais nous sommes en train de payer les kilomètres d'hier, les jambes n'avancent plus. J'ai déjà bu cinq litres d'eau il ne me reste plus qu'un demi-litre. Je n'en peux plus, je rêve d'un coca frais. Plusieurs fois, nous nous sommes arrêtés vers des puits mais l'eau était très sale, avec des petits animaux crevés flottants à la surface (obligé ils ne les recouvrent pas). Plus loin, un homme et ses deux enfants sont allongés à l'ombre de leur camion, il nous fait signe. Il est vraiment le bienvenu car il nous offre le thé. Il nous donne de l'eau fraîche qui a un peu le goût du gasoil car elle est dans un bidon qui devait en contenir avant mais, tant pis, ça fait tellement du bien. Il nous indique qu'il y a un campement militaire à trois kilomètres avec de l'eau. Épuisés, nous restons avec lui encore quinze minutes, allongés sur le sol et décidons d'y aller avec tout de même un petit doute car ici, les kilomètres il n’en connaissent pas trop la valeur. Lorsque vous demandez une ville, un coup c'est 40 kilos, un coup 200, un coup 120 (et oui ils parlent en kilos) et ils n'ont pas du tout la notion des distances et du temps. Certains croient que l'on est parti de France il y a trois jours. De même, dans deux stations, alors que nous demandions de l'eau, ils nous demandaient gasoil ou essence ? Difficile de leur faire comprendre qu’il n’y avait pas de moteur ! Beaucoup de questions aussi sur les vitesses, le compteur et l'antivol. Enfin, nous repartons et celui là m’a fait mentir car, en effet, un peu plus loin, il y a un petit campement. Nous nous avançons vers les militaires armés jusqu'aux dents, ils nous saluent. Nous voyons un joli coin à l’ombre et y allons direct mais ils nous stoppent de suite en nous disant « pas là, c'est un site militaire, allez vous mettre sous l'arbre plus loin ». Ils nous donnent de l'eau fraîche et nous voila partis à pousser nos montures difficilement dans le sable pour se rendre sous un arbre en bois mais sans feuilles, juste avec des épines et un ombrage très léger. Nous n'avons même pas le courage de manger, nous n'avons que soif. Et, avant toute chose, nous nous allongeons pour essayer de nous reposer mais impossible avec les mouches et les fourmis très voraces avec, ici, trois espèces : des noires géantes, des grises métallisées (je ne sais pas la marque) et des rouges. Un black, qui a l'air d'être leur boy, nous apporte les trois thés et nous demande si nous voulons des biscuits. Impossible, nous n'avons vraiment pas faim, nous ne faisons que boire de l'eau qui, en dix minutes, est bouillante. Nous rêvons encore de boissons fraîches, yaourts, oranges, fraises, cerises, pêches, poires etc. Il n'y a rien de tout cela en Mauritanie. Notre repas de pique-nique ne change jamais : « vache qui rit », thon et du très bon pain lorsqu'il y en a. Nous restons allongés et, à 16 heures, nous essayons de nous forcer à manger car il nous reste 50 kilomètres. Le pain ne passe pas, juste la « vache qui rit ». Nous décidons de partir à 17 heures mais avant, nous allons vers le black faire le plein d'eau au puits et on lui demande de nous verser des grands seaux d'eau sur la tête, c'est tellement bon. Ensuite nous repartons sans conviction, en buvant et s'arrosant sans arrêt la tête. Je rêve d'arriver au plus vite dans cette foutue ville. Nous peinons, à peine à 20 Km/h de moyenne et puis, nouveau contrôle de police avec tout le tralala. Une meute de chiens a essayé de nous bouffer avant celui-ci et qui, heureusement, n'ont pas du nous trouver assez gras. Puis, l'éternelle question : est-ce que vous vendez vos vélos ? (Ici, ils n'ont pas d'argent mais ils veulent tout acheter). Puis, de nombreuses tentes de nomades, beaucoup de dunes et la nuit qui commence à tomber. Il est 20 heures lorsque nous arrivons en ville et nous nous ruons dans la première épicerie pour acheter un coca bien frais que nous vidons assis sur le trottoir. C'est incroyable : en écrivant ces lignes, je reprends soif. Nous trouvons ensuite un camping, une douche malheureusement pas assez froide. Nous allons manger pour la valeur d'un euro dans une rue où se baladent des troupeaux entiers de chèvres au milieu des voitures, des ordures et des magasins. Dès que nous avons fini de manger, le serveur débarrasse la table en jetant tout dans la rue (canettes en fer, serviettes, restants etc..) : c'est ça la Mauritanie.

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Plage de Nouakchott

    Samedi 26 octobre  - repos à Nouakchott 

    Premier travail de la journée : lessive car affaires très très sales. Ensuite, je vais faire un tour en ville, où l’on voit les scènes les plus insolites que l’on puisse imaginer. Entre l’état des voitures, leurs chargements, les troupeaux de chèvres et les ânes qui se baladent au milieu de la circulation ou en plein marché, il faut vraiment le voir pour y croire. Je vais sur Internet, dans une salle aménagée dans le hall d’un hôtel car depuis Nouâdhibou je n’ai pas pu donner de nouvelles et j’en connais qui vont s’inquiéter. Je tape un grand message et malheur, comme à Tan-Tan, panne d’électricité générale. Tout est effacé, je suis écœuré. Il me dit que ça arrive très souvent alors je retenterai ma chance cette après midi si tout est remis en ordre. Nous mangeons avec le Breton dans une gargote Africaine. Il ne faut pas trop inspecter les cuisines (j’imagine un gars de la répression des fraudes, vous savez, ceux qui contrôlent l’hygiène dans nos restaurants et magasins ; ici, il se suicide sur place !!). L’eau est servie dans des bouteilles de White spirit (rincées). Ça fait bizarre…mais ce qu’il y a dans l’assiette n’est pas mauvais.

    Dimanche 27 octobre  - repos à Nouakchott (45km : plage aller-retour) 

    J’ai passé une bonne nuit. Ce matin, je commence le traitement préventif pour le paludisme car il y a quelques moustiques et bientôt le Sénégal. Cette après midi, je vais à la plage avec mon compagnon de route, le temps est légèrement couvert mais l’eau est au moins à 20 degrés. L’océan, tout le long de la côte, est très dangereux. Il ne faut pas trop s’éloigner car ça tire vers le large. Sur la plage, il y a plein de trous dans le sable. Et, lorsque nous nous allongeons sur la serviette et que c’est plus calme, de partout des crabes jaunes sortent de ces orifices et courent dans tous les sens. On s’amuse à lancer des coquillages, ils se jettent dessus. Je ne tenterai pas de dormir une nuit au bord de l’eau ! Un black d’une carrure impressionnante vient vers nous avec un grand bâton qu’il avait laissé planté dans le sable. Je lui demande ce que c’est. Il me dit qu’il pratique des arts martiaux. Je lui réponds alors que c’est inutile car lorsqu’on le voit, on n’a pas envie de l’embêter !! Il nous raconte toute sa vie ; qu’il est d’origine sénégalaise et qu’il est pêcheur de petits requins. Il vend les ailerons aux Asiatiques (because aphrodisiaque, comme tout ce qui va en Asie). Il nous dit que les Mauritaniens ne savent pas pêcher, que toutes les pirogues ici sont à des Sénégalais. A ses heures perdues, il apprend la magie noire (normal, il n’est pas blanc). Et il pratique déjà le désenvoûtement et ça marche. Il a vu Dieu en se concentrant et il lui a donné une mission. Tout ça raconté avec son parlé et son accent, nous avons passé une superbe après midi ! Ce soir, je me rends à l’adresse de la famille de mon pote « Hibou », connu à Nouâdhibou. Heureusement que j’avais fait le repérage ce matin car leurs adresses sont très vagues. Ils m’avaient dit qu’ils habitaient dans une ancienne mosquée mais ici, ce n’est pas ça qui manque ! Je suis accueilli de suite à bras ouverts ; il leur avait téléphoné avant. Après le lavage des mains rituel, je mange avec toute la famille, assis en tailleur autour d’un plat succulent de pommes de terre, avec une cuisse de poulet bouillie et sa sauce. Et, de la main droite s’il vous plait (j’en ai laissé tomber pas mal sur le tapis mais il faut bien apprendre !!) Nous discutons beaucoup de la vie ici et je suis invité à venir leur dire adieu avant de repartir de la ville.

    Lundi 28 octobre  - repos à Nouakchott (45km : plage)
     

    Re plage cette après midi. Le temps est encore couvert mais il fait très chaud et s’il y avait un drapeau, il serait vert. Le Breton est venu avec moi mais il a quitté le camping ce matin pour loger dans une famille pour payer un peu moins cher (mais en prime cafards et pas de douche). C’est drôle, depuis que nous nous sommes retrouvés ensemble en plein désert et malgré beaucoup de choses que nous n’avons pas en commun, nous nous entendons bien (comme quoi la galère rassemble les gens). Nous sommes assez différents, nous n’avons pas la même vision du voyage (je n’ai d’ailleurs pas compris la sienne !). Et, il est très économe. Mais c’est sûr que c’est un gars bien car, comme moi, il n’aime pas voir tabasser les animaux, il ramasse ses ordures et surtout, il aime Renaud (le chanteur). Ça va me faire bizarre de me retrouver seul car nous avons traversé des épreuves difficiles ensemble et partagé beaucoup de repas. Ça y est, je m’ennuie déjà. Et, c’est sûr, je repars après demain, le temps de régler mes problèmes d’argent. Cette après midi, la dernière que nous passons ensemble, nous allons voir les pêcheurs, avec des pirogues de toutes les couleurs, qui passent la première vague en les poussant à plusieurs (vu à «Thalassa»). Les femmes, habillées de robes aux couleurs éclatantes, attendent leur arrivée et se ruent, «à qui achètera la première les meilleurs poissons», qu’elles emmènent dans des énormes bassines portées sur la tête. Ce soir, je m’ennuie un peu alors je discute beaucoup avec un Mauritanien de la région de Bogué, près du fleuve Sénégal, qui travaille au camping. Il me parle de son gouvernement qui ne fait rien dans aucun domaine, que ce soit pour le sport, les jeunes ou le travail : si tu ne connais pas quelqu’un de bien placé, tu n’as pas un bon boulot, malgré tes diplômes. Ils n’ont en plus aucune couverture sociale. Si tu n’es pas en bonne santé, tu ne peux pas travailler et te tu te retrouves à la rue. Si tu tombes malade, c’est la famille qui se cotise pour te faire soigner. Pas d’assurance chômage et l’argent des aides humanitaires, ils n’en voient jamais la couleur. Par contre, le jour où Jacques Chirac est venu en visite à Atar, ils ont goudronné 12 kilomètres de route spécialement pour sa venue. Ici, tout le monde dit «dommage qu’il n’ait pas traversé toute la Mauritanie !!». Hier soir, dans la famille qui m’a reçue, ils m’expliquaient qu’ils avaient toujours de très bons rapports avec leurs voisins les plus proches car, en cas de problème, c’est eux qui étaient le plus vite disponible pour s’occuper d’eux (ça n’est plus trop le cas chez nous).

    Mardi 29 octobre  - Nouakchott (repos) 

      

    Aujourd’hui, préparatifs pour le départ de demain : un peu de lessive, révision et lavage de Bamako. Et le reste du matin à négocier le change de mes travellers chèques dollars. Personne n’en veut ici. Ils préfèrent le vrai billet qu’ils sentent entre les doigts. Pour eux, un chèque n’est pas de l’argent. De plus, la monnaie Américaine n’a plus la cote depuis quelques temps (allez savoir pourquoi…). Heureusement, ici et c’est bien vrai, rien n’est impossible. Alors, en passant par plusieurs intermédiaires, j’ai réussi à transformer mes travellers en vrais dollars puis, ensuite, en ouguiya et enfin en francs CFA. Je préfère les changer avant la frontière, où je vais certainement être harcelé de tous côtés et risque de me faire rouler dans la confusion. Ce soir, je retourne manger dans la famille Mauritau-sénégalaise pour leur dire au revoir. Et, en traversant la ville, le spectacle me surprend toujours : des taxis en état de décomposition et bondés de monde, de bagages ; des trafics Renault qui servent aussi de transport, sans portières, avec des passagers à l’intérieur, sur les côtés et à l’arrière. Lorsque l’on veut s’arrêter à un endroit, on tape des grands coups de poings sur la carrosserie. Demain matin, je vais essayer de partir avant les grandes chaleurs en direction de Rosso (frontière Sénégalaise). Je souhaiterai faire plus de la moitié du trajet dans la journée pour ne pas arriver de nuit le lendemain car, d’après les guides touristiques, c’est vraiment une ville à éviter.

    Mercredi 30 octobre  - Nouakchott -> direction Rosso (125 Km) 

    C’est parti en direction de la frontière que j’ai prévu d’atteindre demain. Il y a environ 250 kilomètres et, entre les deux, au kilomètre 110, il y a une ville que je voudrai largement dépasser aujourd’hui pour être plus à l’aise à la deuxième étape.

    En sortant de la ville, ce sont malheureusement des spectacles désolants : des décharges de partout, avec des chèvres qui broutent les papiers et des gamins pieds nus qui trient les déchets. Plus loin, des petits villages tout le long de la route et des campements. C’est très pauvre. Certains, le long de la route, fabriquent des parpaings avec un moule rempli de mortier brassé à la main. Ils n’ont pas de graviers et utilisent des coquillages à la place. Le mélange ne doit pas être très riche car beaucoup de murs fendent ou s’écroulent. Tous ces parpaings sont vendus au bord de la voie.

    En bordure, on voit énormément de chèvres, dromadaires ou ânes morts qui ont du prendre des coups de camions et qu’on laisse ici. Ils sont jusqu’à décomposition complète. Finalement, pour eux, vu la vie qu’ils mènent, ça doit être la meilleure chose qu’ils puissent leur arriver.

    Plus loin, la nature devient plus belle : paysages de dunes avec quelques épineux, de jolis petits villages et beaucoup de dromadaires qui traversent la route ça et là. L’eau de mes gourdes est bouillante, je vois deux femmes qui tirent de l’eau d’un puits. Elles m’appellent en rigolant. Je m’arrête et fais demi-tour et là elles ne rigolent plus. Elles ont, au départ, le réflexe de s’enfuir.

    Je m’approche du puits et tire un seau d’eau avec une corde et me le vide sur la tête. Elles sont de nouveau pliées de rire et plaisantent beaucoup sur mon compte. Dix minutes après, je suis déjà tout sec. Je trouve d’autres puits mais ils sont tous fermés avec des cadenas.

    Au bout de 80 kilomètres, je décide de m’arrêter. Il y a plein de campements avec des grandes tentes Maures. Je m’avance vers l’une d’elle. Tout de suite on m’appelle et on me fait signe de rentrer à l’ombre. Dedans, c’est très propre : de belles nattes avec des coussins. On m’en amène deux ou trois pour que je me repose. Ensuite, on m’apporte une cuvette spéciale pour le laver des mains avec un couvercle troué dessus et du savon. Et puis on me verse de l’eau dessus afin que je me lave.

    Après, on me donne un grand bol en bois d’olivier avec du lait caillé sucré, bien frais, de dromadaire. Je me régale mais il y en a au moins un demi-litre alors, je le passe au suivant, qui me répond négativement et me fait comprendre que c’est tout pour moi ! Ensuite, un gamin m’apporte un grand pot d’eau de puits très fraîche. Depuis hier, je ne me prends plus la tête avec le micropur. Je la bois telle qu’elle. Je verrai bien le résultat.

    Imaginez-vous, lorsqu’on vous offre à boire, de dire à la personne : attendez, je mets ma pilule pour désinfecter et je bois dans deux heures !! De toute façon, il faudra bien s’habituer car, à mon avis, ça va être de pire en pire. Lorsqu’ils sortent l’eau du puits, ils la filtrent sommairement et la laissent reposer un peu.

    Après cet apéro local, tout le monde s’allonge alors je fais pareil et me surprends même à faire un petit somme. Et, je m’entends ronfler, ça me réveille en sursaut ! Il n’y en a plus que deux qui dorment, les autres prient dehors. Un gamin vient les réveiller en leur faisant comprendre que c’est l’heure de la prière et lui-même prie à son tour. J’avais oublié de vous dire, après le lait caillé, il y a eu les trois thés, avec tout le rituel qui l’accompagne.

    Il est maintenant 14 heures et on me rapporte la cuvette pour me laver les mains. Et puis une femme apporte un grand récipient creux avec du tout petit riz ressemblant à de la semoule cuite avec un peu de viande. Et l’on mange ça assis en cercle, en tailleur, de la main droite avec laquelle il faut faire des boulettes et ce n’est pas très facile. Seul les hommes mangent ici et en premier. Les femmes, elles, mangent ailleurs et après les hommes (de même que la prière). Ensuite, tous ont fini de se rassasier, il en reste beaucoup dans le plat et ils me disent de finir. Là, j’ai vraiment bien mangé.

    Après le repas, le plus ancien me fait voir, en crochetant ses deux index «ça c’est l’alliance entre la France et la Mauritanie». Ils ont simplement quelques chèvres, quelques zébus et dromadaires. Ils attendent que le temps passe en buvant le thé plusieurs fois par jour et ils n’ont pas l’air malheureux. Je leur montre ensuite quelques photos de paysages français, certains avec de la neige ; des photos de famille. Et je leur dédicace une belle photo des monts d’Auvergne, avec un paysage très verdoyant et de belles vaches. Ils m’apportent à leur tour sur un papier un petit mot gentil et un bonbon. Et, ensuite, il refait le thé. Une séance dure environ trois quarts d’heure. Ils mettent plusieurs verres et le thé est versé de très haut dans le premier. Celui-ci est versé ensuite de très haut dans le deuxième puis le troisième. Le tour des verres est ensuite rincé avec une théière d’eau et tous les verres de thé sont renversés dans la théière et ça recommence, pour l’oxygéner et mélanger le sucre afin de faire ressortir toute sa saveur.

    C’est aussi un moment très convivial. Une jeune fille d’environ 14 ans est à l’extérieur et regarde à travers les tentures de la tente. L’ancien lui fait signe de rentrer et me fait comprendre qu’elle est sourde et muette. Elle me montre mon carnet de bord et me marque un petit mot gentil. Je leur montre ensuite mes cartes routières et ils ont l’air de découvrir, très étonnés, ce qu’il y a autour d’eux. Il est déjà 16h30 au dernier thé. Moi qui voulais taper des kilomètres, il m’en reste encore 32 jusqu’à la ville où je voulais me ravitailler et dépasser pour dormir dans la campagne. Je fais donc mes aux revoir et leur fait cadeau du guide de la Mauritanie et c’est reparti, en essayant de tenir une bonne moyenne. Tout le long, plein de petits villages où l’on m’appelle pour que je m’arrête. Dommage, je suis obligé de refuser sinon je ne repars plus.

    Moi qui appréhendais ce pays, après tout ce que j’avais entendu et lu. Et, finalement, je n’ai jamais trouvé un endroit aussi sûr et accueillant. Ai-je eu de la chance ? Ici, ils aiment beaucoup notre président car il a refusé de s’allier aux américains lors des nouveaux conflits avec l’Irak. Maintenant, le paysage est plus verdoyant en se rapprochant du Sénégal. Il y a plus de troupeaux de zébus et, toujours, des chèvres et des dromadaires. De temps en temps encore, de belles dunes couleur or percent au milieu des épineux. J’arrive à Tiguent à 18h15 et me dépêche de faire quelques courses pour demain. Je cherche aussi un coca. Le commerçant essaie de me rouler sur le prix : 200 Ouguiya au lieu de 150. Je refuse. Il insiste et finalement, nous tombons d’accord. Ensuite, une nuée de gamins qui m’appellent à tout va. Alors, je pars vite. Certains m’accompagnent à vélo.

    La route est vraiment pourrie, avec des trous énormes de partout et ceci annoncé sur 30 kilomètres. La nuit commence à tomber et j’y vois de moins en moins bien alors je me dirige vers le premier campement. Je tombe sur des femmes qui ont peur de moi et ne comprennent pas un mot. Ils sont des dizaines de gamins, idem. Et enfin sort un vieil homme qui parle un peu français. Je lui demande pour monter ma tente. Il me dit oui, où je veux. Alors, je m’éloigne de la route et traverse un troupeau de chèvres pour aller camper dans les dunes, au milieu des épineux. J’espère que demain, Bamako ne sera pas à plat. J’essaie de manger dehors, avec ma lampe frontale mais des milliers d’insectes, d’une taille démesurée, m’assaillent alors, je me réfugie vite sous la moustiquaire. Aujourd’hui, j’ai failli faire une grosse gaffe : offrir mon transistor à la jeune fille sourde et muette. Heureusement, j’ai réagi à temps pour lui donner, à la place, le guide de la Mauritanie !

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Village Mauritanien

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Accueil dans une tente Maure, je me désaltère avec du lait caillé de dromadaire

    Jeudi 31 octobre  - Tiguent -> Rosso (120 Km) et Rosso -> St Louis (93 Km en minibus) Sénégal

     

    C’est parti de bonne heure pour Rosso. Il faut absolument que j’arrive tôt dans cette ville annoncée plus qu’hostile. Ce matin, lorsque je suis passé devant le campement, on m’a vraiment regardé avec curiosité et les petits enfants s’enfuyaient, apeurés, comme dans beaucoup de petits villages ici dans le Sud.

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    La Mauritanie = 50 ° à l'ombre mais il n'y a jamais d'ombre !

    Dernier campement en Mauritanie

     

    Ça roule bien pendant 80 kilomètres : très beaux paysages, beaucoup d’épineux très verts se détachent du sable doré, des oasis avec des grands palmiers, quelques vallées qui ont du être inondées par les dernières pluies et où l’herbe a poussé ; beaucoup de troupeaux avec des animaux qui traversent soudainement la route ; souvent des cadavres au bord de la route (ceux qui n’ont pas eu le temps de traverser). Vers midi, une tempête de vent de sable se lève, accompagnée d’une chaleur torride. Je n’avance plus. Je n’ai plus de jambes et plus à manger. Au bord, plein de petits abris en tôle qui sont des épiceries. Je m’arrête mais, il n’y a rien : pas de boîte de thon, pas de pain, pas de coca. Je vais alors un peu plus loin. Là, je trouve un morceau de pain dur et une boîte de sardines chaude qui feront l’affaire avec ma «vache qui rit» chaude également. Dehors, il y a une tente. Le  commerçant me dit d’aller me reposer. Il m’apporte un coussin, un matelas et un thé. Lui aussi vient se reposer à mes côtés avec un de ses collègues. Au bout de quelques minutes, je suis le spectacle d’une vingtaine de gamins qui sortent de l’école. Tous me regardent manger. Alors, ils les chassent avec une espèce de feuille de roseau, qu’il fait claquer comme un fouet à plusieurs reprises. Je ne me repose pas très longtemps car, à l’allure où je roule, je ne serais jamais à Rosso avant la nuit. Je repars enfin en faisant une petite halte vers une épicerie à 500 mètres, qui a du Coca. J’en avale deux de suite. La femme est en train de faire mijoter des pâtes dans une grande gamelle rouillée et me demande si je veux manger. Ce n’est pas l’envie qui me manque mais je n’ai pas le temps et je reprends la route qui se transforme en montagnes russes. Toujours de grosses rafales de vent de sable en pleine face et j’avance très péniblement. Mon maillot est devenu rouge, de la couleur de la terre, ainsi que Bamako et ses sacoches. J’arrive à Rosso en fin d’après midi, complètement fourbu et là, ce que j’appréhendais arrive : le harcèlement commence. Avec la fatigue, je le supporte encore moins. Et, comme je ne me laisse pas faire, je me fais agresser verbalement. J’ai failli me  battre et me faire embarquer par un policier, très remonté, qui commençait à me tirer par le bras. J’ai échappé à tout : argent pour le passeport par un faux policier, assurance bidon pour le vélo, prix du bateau multiplié par cinq, taxe communale…etc. Mais mon stress est au maximum. Je traverse enfin le Sénégal en pirogue et re belote, de l’autre côté, les rabatteurs attendent de pied ferme. Énervé, j’envoie balader tout le monde et m’empresse de prendre un bus pour St Louis car il est déjà très tard et j’en ai vraiment marre. Je regrette amèrement de ne pas être passé par Bogué comme je l’avais prévu au départ. Pour le bus, re discussion sur le prix, que je fais diviser par quatre. Ensuite, il faut attendre qu’il soit plein et ici, ce n’est pas un fin mot. Nous partons de nuit et, un kilomètre plus loin, contrôle de douane. Le contrôleur monte sur le toit avec le chauffeur et lui fait défaire tous les bagages ainsi que ceux qui sont dans les soutes et ce n’est pas une mince affaire ! Après toutes ces péripéties, nous arrivons tout de même à St Louis. Et, à l’entrée de la ville, contrôle de l’état du bus par la gendarmerie ainsi que des papiers. Ça dure encore assez longtemps. Ensuite, le pauvre bataille énormément à repartir . Il parvient enfin à la gare routière où les gamins s’empressent pour m’aider à descendre Bamako. J’envoie tout le monde sur les roses car je suis très fatigué. Je m’empresse de trouver au plus vite une auberge dans le centre ville et là, incroyable : dans le dortoir où je me rends, il y a un Japonais et l’Espagnol avec qui j’ai pris le train en Mauritanie (le monde est vraiment petit !!). Les mauvais moments sont passés alors je prends une bonne douche froide et je me rends dans le petit resto d’à côté, où je mange une bonne omelette aux crevettes et j’avale un litre de Coca. Il est 23 heures passées. Cette après midi, sur la route de Rosso, un véhicule 4x4 s’est arrêté pour me demander si je n’avais besoin de rien. Il y avait un français avec un VTT sur le toit : il se rendait à St Louis et compte me retrouver dans cette ville car il souhaiterait faire le trajet Sénégal Mali avec moi. Même ici, on ne peut pas être tranquille !

     

     


     

     

     

      

     

     


     

     

     

     

     

     


     

     


     

                                                                                                                                                                                            

     


     

     

     

     



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