• Fin du désert pour Le Sénegal

    Vendredi 1 novembre  - St Louis (Sénégal) repos

    Première chose au lever : une bonne douche froide, que j’apprécie énormément. A l’auberge, ce matin, j’ai fait la connaissance de Claire et Fred, deux jeunes français (lui de Marseille et elle de Paris). Ils me proposent de venir prendre le petit déjeuner dans une pâtisserie tenue par un Marseillais (dommage) et de venir visiter la ville avec eux en calèche, avec un très bon guide passionné qu’ils connaissent. Ici, c’est drôle, les charrettes ne sont plus tirées par des ânes mais par des chevaux, contrairement au Maroc et à la Mauritanie. Ensuite, nous nous retrouvons à la plage ensemble et l’eau est très bonne. D’après un Sénégalais, la tempête que j’ai eue hier en pleine face est exceptionnelle : c’est un vent qui vient du désert et qui, soit disant, annonce l’hiver. Je n’ai pas eu de chance pendant mon périple car je ne suis tombé que sur des conditions météos exceptionnelles. J’en ai donc bavé exceptionnellement. En fin d’après midi, un jeune couple d’Espagnols arrive de Casamance. Elle, raconte qu’elle entre dans une pharmacie pour demander un tube de protection solaire pour les peaux blanches et ils ont tous éclaté de rire (devinez pourquoi…). Ce soir, nous allons manger avec plusieurs routards dont un Espagnol et ensuite, nous nous rendons au Blues Note, un petit bar musical où jouent tous les soirs des groupes de percussions et de chansons locales. A la fin, nous discutons avec eux et je leur dis que j’aimerai bien fêter mon anniversaire ici en musique. J’apporterai boissons et gâteau mais malheureusement, je suis un peu déçu car je sens tout de suite le côté intéressé de la chose. Car ils me proposent de venir les rejoindre demain là où ils s’entraînent, ils me proposent des cours de djembé, me font comprendre qu’ils ont des choses à vendre. Alors, je ne sens plus du tout l’affaire, les amis qui m’accompagnent ressentent la même chose que moi. C’est dommage, dans les grandes villes, dès que quelqu’un t’aborde gentiment, il y a toujours un intérêt derrière. Un instant après, un Français m’interpelle : tu ne me reconnais pas ? Je ne suis pas du tout physionomiste alors je lui réponds «non» et là, il me dit : «je suis celui qui t’ai demandé de rouler avec toi hier». Pas très enchanté… Nous ne pouvons pas discuter avec le bruit alors, je lui dis de repasser me voir demain. Même ici, on ne peut pas être tranquille. Je n’ai pas du tout envie de rouler avec ce type qui agit déjà comme si c’était fait. Du coup, je crois que je ne vais pas moisir dans cette ville.

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Visite de Saint louis en calèche

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Samedi 2 novembre  - St Louis (Sénégal) repos 

     

    Ce matin, je fais la connaissance d’un couple de jeunes Français qui partagent une chambre dans la même auberge. C’est incroyable comme les routards se retrouvent ici. Il est passé l’année dernière un Suisse qui a fait le tour du monde en VTT et que j’ai rencontré au Salon de l’aventure en mars dernier. Les deux jeunes se sont donnés aussi rendez-vous ici. Elle est au Sénégal depuis un mois et son copain depuis une semaine. En rapport au reste du pays, elle se sent vraiment oppressée dans cette ville et raconte qu’à Dakar, c’est encore pire. Ils repartent ce matin et elle propose de m’emmener mes pellicules utilisées car elle habite Saint Étienne pour son travail. Avec un peu d’hésitation, je les lui donne car j’ai très peur qu’elles s’abîment avec la chaleur et dans les bagages. Dès que je sors dans une rue, tout le monde m’interpelle «tu te rappelles de moi ?». En plus, ils se ressemblent tous. Je ne sais jamais où je les ai rencontré alors, j’en ai marre, c’est décidé, je repars demain, en espérant être mieux accueilli dans les petits villages. Dans le dortoir de l’auberge, nous sommes huit routards : Japonais, Irlandais, Espagnol et Français. Il y en a un qui parcourt depuis plus de six mois le monde à pied. Il s’est fait de l’argent en convoyant un voilier jusqu’en Nouvelle Calédonie. Il a fait le chemin de Compostelle jusqu’à Fatima (2000 kilomètres), il a parcouru l’Asie, le Tibet et enfin, le désert, seul, sans guide. Il ne sait pas quand il rentrera en France. Je mange avec lui à midi et c’est très enrichissant de discuter avec des types comme ça. Aujourd’hui, je fais laver mon linge à la bonne de l’auberge à la machine car il est tellement sale qu’à la main, ça ne part plus ! Il vient d’arriver un couple d’Espagnols qui viennent de Casamance. Nous mangeons ensemble ce soir. La chambre est maintenant complète. L’Irlandais et le Japonais (qui prend des douches toute la journée) parcourent le monde et ne savent pas non plus jusqu’à quand. C’est incroyable le monde qui se ballade !

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Poissons qui sèchent au soleil

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Plage de Saint Louis

    Dimanche 3 novembre - Saint Louis -> Richard-Toll (110km) 

     

    Cette nuit, j’ai été dévoré par les moustiques. C’est parti pour la direction de Rosso. J’ai le vent en pleine face avec des rafales qui font monter des nuages de sable. Plein de petits villages le long de la route : ce sont des cases de paille, sauf pour les mosquées, les écoles et les dispensaires qui sont «en dur». Beaucoup de rizières, de troupeaux de zébus et de chèvres. Les femmes lavent le linge dans les retenues d’eau et l’étendent sur place, au sol ou accroché sur les arbres.

    Les gamins remarquent Bamako à plusieurs centaines de mètres et accourent, même de très loin, c’est incroyable ce qu’ils courent vite. Tout le long, c’est bonjour toubab, donne-moi un cadeau. Le vent me sèche la gorge, je n’arrête pas de boire. Avant midi, j’ai déjà sifflé trois litres. Il fait en plus terriblement chaud et je suis obligé de forcer comme tout pour avancer à 15 Km/h. J’essaie de faire le maximum le matin, environ 70 ou 80 kilomètres. A midi, je m’arrête dans une petite ville pour acheter à manger. Il y a, comme toujours, un marché et plein de petites épiceries. Mais, nous ne sommes pas à St Louis ici : il n’y a pas grand chose. Je suis obligé de me remettre à la «Vache qui rit». J’achète aussi de l’eau mais, au Sénégal, il y a le prix pour les toubabs et ceux pour les gens du pays. Alors, je fais plusieurs épiceries, je marchande et à la fin, je fais semblant de partir et ça marche !

    J’ai terriblement envie de fruits mais, sur le marché, il n’y a que des pastèques. Ce n’est pas trop mon truc mais, à défaut d’autre chose, ça me désaltère. Je refais une vingtaine de kilomètres et m’arrête sous des épineux, à l’ombre, vers des marécages, cinquante mètres plus loin, pour manger. J’entends des gamins barboter dans l’eau. A la fin du repas, je m’approche d’eux avec la moitié de ma pastèque. Ils ne m’ont pas vu. Il y a un garçon d’environ douze ans, un autre plus jeune et une toute petite gamine. Ils sont nus et se baignent dans une eau très boueuse. Lorsque je leur présente la pastèque, ils restent muets. Ils me regardent d’abord avec méfiance, les yeux hagards puis la petite s’avance d’un coup vers moi, me l’arrache des mains et part en courant, comme lorsqu’une poule trouve un vers de terre ! L’autre petit lui court après, en hurlant ainsi que le grand, qui n’arrive pas à suivre car il a une jambe déformée certainement par la Polio.

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Tous les trois se dirigent vers le village, environ un kilomètre plus loin. Pendant ce temps, je m’allonge pour essayer de me reposer quelques minutes mais avec les fourmis énormes qui ne me laissent aucun répit, c’est mission impossible. Un instant après, c’est une nuée de gamins avertis par les autres qui accourent du village. Aucun ne parle français mais je comprends vite qu’ils veulent aussi de la pastèque, comme si j’en avais un stock dans mes sacoches !!!! Je leur fais signe que je n’ai plus rien et incroyable, les petits se jettent sur les épluchures que j’ai laissées par terre et les rongent jusqu’à qu’il n’y en ait plus. Je fais une petite série de photos et ils m’accompagnent jusqu’à la route. Bamako a vraiment une cote incroyable : on l’admire, on le touche, on le regarde sur tous les angles et cela depuis le Maroc. La route est maintenant bordée de plus en plus de rizières, avec beaucoup d’échassiers et de petits oiseaux multicolores d’une couleur éclatante. J’arrive à Richard-Toll, petite ville qui a l’air plutôt sympa et où je ne suis pas harcelé. Le soir, c’est plein de petites gargotes où l’on fait griller de la viande. C’est très animé. Par contre, les rues ne sont pas éclairées et seule la route principale qui traverse la cité est goudronnée. Je trouve une petite auberge très calme pour me reposer.

    Lundi 4 novembre (mon anniversaire) - Richard-Toll -> Ndiayène (82 Km)

    Aujourd’hui, c’est aussi ma fête : encore vent de face. Et, vu la direction que je prends, je crois que je vais l’affronter tous les jours. Finalement, j’aurai du faire Bamako Dargoire : j’aurai été beaucoup plus avantagé mais, par contre, beaucoup moins motivant. Quand je pense à toute cette Afrique que j’ai traversée avec son soleil et son vent, pratiquement permanent, il est très dommage que toute cette énergie gratuite ne soit pas utilisée (moulins à vent pour huile d’olives ou les céréales, panneaux solaires et éoliennes pour l’électricité…). Le paysage ici est très beau. En arrière plan, le vert foncé des champs de canne à sucre, au loin, près du fleuve. Ensuite, le vert clair des rizières. Et puis, en se rapprochant de la route, paysage plus désertique, avec beaucoup d’épineux en forme de parasols, où se côtoient des grands troupeaux de zébus et de chèvres. De jolis petits villages de cases sont disséminés par-ci et par-là. Et, sans arrêt, j’entends «toubab, toubab». Mais, dès que je m’arrête, les enfants ne sont pas agressifs : je leur parle et ça se passe bien mais très peu parlent Français. Ce n’est pas du tout le harcèlement que l’on connaît dans les grandes villes touristiques. Par contre, c’est très pauvre. Je suis un peu démoralisé de batailler comme ça le jour de mon anniversaire. J’ai l’impression de ne pas avancer. A midi, je n’avais fait que 50 kilomètres alors, résigné, je discute beaucoup. C’est drôle ici : dès que des personnes me font signe (c’est tout le long), si je m’arrête, on me parle très gentiment. Alors aujourd’hui, comme je n’ai pas beaucoup de courage, je profite au maximum de ces contacts privilégiés. Je vois un petit village de cases à 500 mètres de la route. Je m’incruste et en cinq secondes, j’ai toute la population autour de moi, soit une trentaine de personnes. Le chef du village s’approche. Il est le seul à parler un peu Français et me propose d’aller me reposer dans une case. Je lui fais comprendre que je préfère rester dehors alors il me fait apporter une grande natte tressée et un coussin, à l’ombre. Je sors ensuite mes photos et cartes postales de France et les femmes se les arrachent : ça rigole beaucoup. Je mange mon sandwich à la « vache qui rit » et donne un michon de pain qui est partagé par une mère entre tous les enfants. Lorsque je dévore mon repas, je suis entouré par tous les gamins qui me regardent comme un extra-terrestre. Leur chef leur dit de s’écarter, ils obéissent de suite et je peux me reposer tranquille à l’ombre d’une charrette et au pied du cheval qui est attaché après. Ici, il y a une calèche, avec un cheval par village, qui leur sert pour aller en ville. Alors que je me repose, le chef vient me dire « nous allons prier dans une pièce et nous revenons ensuite ». Seuls les hommes s’y rendent. Pendant que je somnolais, les femmes m’ont apporté une énorme gamelle de riz et me font signe de manger, alors que je me préparais à partir (il est déjà 14h30). En plus, avec la chaleur, je n’ai pas faim. Alors, je refuse gentiment (si j’avais su, je n’aurai pas mangé avant). On m’apporte quand même le thé et je repars après tous les adieux. Le vent est toujours aussi fort et il fait très très chaud. Je progresse très doucement et m’arrête à nouveau pour boire un Coca et faire causette. Il est 18 heures et j’ai fait 80 kilomètres. Je décide alors de m’arrêter au premier village venu, à quelques mètres de la route. Des femmes sont en train de puiser de l’eau et, comme d’habitude, elles m’appellent en rigolant. Je fais demi-tour et vais à leur rencontre. Un peu surprises, elles se taisent et ensuite, ça plaisante beaucoup entre elles. Une seule parle un peu français. Je lui demande où je peux dormir. Elle me dit d’aller demander aux hommes alors, je me rends dans ce superbe petit village, très propre. Je salue le groupe d’hommes qui est allongé devant une case et demande si je peux monter ma tente. L’un d’eux parle un peu français. Il me dit « attends, je vais demander au chef du village » qui est le doyen et assis à ses côtés. Ce sont une tribu de Peul qui sont tous éleveurs de bétail. Le chef lui répond dans sa langue que je suis le bienvenu dans son village et qu’il y a une case de libre. Il donne l’ordre à une femme de nettoyer la case et son pourtour et me fait apporter un matelas et un coussin devant celle-ci, ainsi qu’une lampe à pétrole. Je demande où je peux aller acheter à manger. On me montre le village principal un peu plus loin. Un gamin m’accompagne vers trois petites cabanes en tôle, qui sont des épiceries mais il n’y a rien, à part quelques céréales. Je trouve simplement du beurre qui est vendu en tous petits morceaux, plié dans du plastique. Il n’y a pas non plus de pain. Tant pis, il me reste quelques pâtes, ça fera l’affaire. Le gamin m’explique que la vie en Afrique est trop dure, que les noirs vont tous mourir, qu’il n’y a rien à manger ici. Je lui explique qu’il ne faut pas être pessimiste et qu’il faut travailler s’il veut manger. Je retourne ensuite vers ma case faire cuire mes pâtes après que tous ceux qui ne m’avaient pas vu viennent me saluer. Les femmes font plusieurs feux pour faire cuire leurs popotes. A la nuit tombée, on ne voit que ceux-ci. Je fais de même avec mon gaz mais, dès que j’éclaire la lampe à pétrole, des nuages d’insectes de toute nature s’abattent sur moi. Des sauterelles géantes m’envahissent et commencent à tomber dans ma gamelle, que je m’empresse de couvrir. Entre temps, on m’apporte un verre de lait de chèvre froid et ensuite, un grand bol en bois de lait caillé, mais de chèvre cette fois (pas terrible). Ensuite, les jeunes filles et garçons viennent vers moi et ils discutent beaucoup entre eux ; ils rigolent beaucoup. Et je ne comprends que le mot « toubab » qui ressort souvent dans la conversation. La seule qui parle français a quinze ans et déjà deux enfants (un en permanence dans le dos et l’autre gardé par la grand-mère). Elle m’explique qu’elle a une sœur qui s’est mariée plus tard qu’elle, à 17 ans. Je leur montre mes photos, ils me disent que la France est le plus beau pays du monde. On m’apporte ensuite le thé et une énorme gamelle. On me dit qu’il faut manger mais je ne peux pas, j’ai mangé trop de pâtes. Si j’avais su… La prochaine fois, j’attendrai car ils mangent très tard. Ensuite, alors que je vais me coucher en éclairant le moins possible ma lampe pour ne pas être accompagné par tous les insectes, les hommes se rendent tous à la prière. Dans ce village, il y a environ 60 personnes et beaucoup de polygamie.

     Fin du désert pour Le Sénegal

     Fin du désert pour Le Sénegal

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Mardi 5 novembre  - Ndiayène -> Ndioum (50 km) 

    Cette nuit, heureusement que j’avais monté la moustiquaire de ma tente dans la case car ça a craqué toute la nuit sous le tapis de sol. Dès qu’il fait sombre, des gros scarabées (bousiers) sortent du sable. A peine levé, une femme m’apporte une gamelle d’eau pour me laver. Et, ensuite, un bol de lait de chèvre froid (avec quelques poils qui prouvent que c’est du naturel) et un bout de pain frais. Un peu plus tard, elle m’apporte aussi un verre de café au lait et, alors que je commençais à ranger mes affaires, mauvaise surprise : la roue arrière de Bamako est à plat. Ça commence… Il y a énormément d’épines très fines dans le sable. Je suis obligé d’enlever toutes mes sacoches et d’aller chercher un seau d’eau au puits pour réparer les trous qui sont très petits. Une fois la roue réparée, la jeune fille vient me dire d’aller remercier le chef et dire au revoir, ce que j’allais faire (étonnant) et de faire des photos. Autant lorsque vous faites des photos sans leur demander, ils le prennent très mal (normal) que lorsque vous êtes avec eux, ils vous le demandent sans arrêt. Je vais donc ensuite saluer le chef et lui offre ma vache à eau en plastique. Il me remercie vivement et me souhaite bonne route. Je repars. Il est déjà neuf heures et, toujours mon ennemi principal, le vent. Une voiture me double à vive allure et négocie une poule qui a eu la mauvaise idée de traverser. Hier, à Richard-Toll, c’est un gamin, en plein centre ville, qui est passé très près de la mort en traversant la route en courant. La voiture, qui roulait très vite, a freiné sur au moins 50 mètres et l’a frôlé. Dans la cambrousse, tous les kilomètres, il y a des animaux tués en bordure de chaussée. C’est tout de même dommage, dans un pays où tout le monde ne mange pas à sa faim. La route est une succession de montagnes russes. En haut d’une côte, une meute d’une vingtaine de chiens qui descendent en aboyant méchamment. Ouf, je croyais que c’était pour moi mais c’est pour un gamin qui leur jette des pierres de loin. Je ne suis pas très fier en passant devant, à quelques mètres d’eux. Plus je progresse, plus il fait chaud. Un peu plus loin, un groupe d’hommes me fait signe de m’arrêter. L’un d’eux, en mobylette, est en train de faire des soins à un autre qui s’est coupé au niveau du pied. Je croyais qu’il voulait de l’aide. Mais non, c’était simplement pour causer et nous plaisantons pendant une bonne demi-heure. Le black me dit, vous les toubabs, vous êtes fous, il faut toujours que vous fassiez des choses extraordinaires. Nous, on ne peut pas faire ça. A plusieurs reprises, on m’a demandé pourquoi je ne faisais pas la course (tour du Burkina) et si je faisais partie du Paris Dakar ou si j’étais payé pour faire ça ! En route, je vois énormément d’oiseaux aux couleurs incroyables et j’entends de nombreux chants. Ce sont les mêmes qu’on trouve dans les animaleries chez nous, mais tellement plus beaux en liberté. Dans chaque village, il y a un petit jardin d’environ 50 m² entouré de branches d’épines mais le contenu est dérisoire : quelques oignons, des petits carrés de riz qui demandent énormément d’eau alors qu’il y a de grandes rizières au bord du fleuve. A midi, je m’arrête pour manger un Tieboudienne (riz au poisson). Jamais de dessert ici : fruits et yaourts me manquent terriblement. Avec tous les troupeaux de zébus et de chèvres, je me demande ce qu’ils font du lait car ici, les fromages n’existent pas. Hier, j’ai fait goûter de « la vache qui rit » aux filles, elles l’ont recrachée direct ! Ça m’étonne aussi qu’il n’y ait pas mieux de moutons à la place des chèvres car ils en mangent beaucoup. Les poules aussi car elles pourraient se nourrir seules avec le nombre d’insectes qu’il y a. A 14 heures, je vais pour repartir : les pneus sont encore à plat. Re belote, j’enlève toutes les sacoches et de nouveau je répare. Il est tard et j’en ai marre. Le vent ne se calme pas et il fait plus de 40 degrés à l’ombre. Il paraît que le vent ne souffle pas tous les jours : et bien ça ne sera pas pour moi. Je décide de prendre un bus jusqu’à Ouro-Sogui comme ça, j’irai voir du côté de Matam si je peux prendre un peu la pirogue. Ce n’est, soit disant, pas possible mais je préfère me rendre compte par moi-même.

     Fin du désert pour Le Sénegal

     

    Ndioum -> Ouro - Sogui en bus (180km) 

    Nous voilà parti, Bamako sur le toit, avec une montagne de bagages. Le bus est bondé de monde. Les voyages avec les moyens locaux sont très longs car ils déposent et reprennent du monde régulièrement alors, il faut à chaque fois charger et décharger des bagages. Il n’y a pas d’arrêt fixe comme chez nous, à part les gares routières. Le chauffeur a un coéquipier qui est debout, accroché à l’arrière du car. Lorsque les gens font signe du bord de la route pour monter, c’est lui qui juge s’il y a de la place ou non, suivant leurs bagages et les personnes qui sont descendues, pour avertir le chauffeur. Il tape des coups de poings sur la carrosserie afin qu’il stoppe. Il faut absolument, dès qu’une place est libre, qu’elle soit remplacée. Au départ, ce même gars récupère l’argent lorsque tout le monde est installé. Beaucoup de gens n’ont pas la monnaie. Il prend quand même tous les billets et, pendant le voyage, lorsqu’il a la monnaie, il la fait passer de personne en personne jusqu’à vous et ce, peut-être, une heure après le départ. Et, dans tous les transports c’est comme ça : taxi, pirogue, bus… Dans les commerces, c’est aussi le même système. Il n’y a pas de monnaie alors on vous la rend plus tard ou le lendemain mais il n’y a aucun problème. Nous sommes partis à 15 heures et nous arrivons à 22h30. Avec les arrêts, ça fait du 25km/h. Nous avons traversé des grandes plaines d’herbe sèche rasée par les troupeaux, avec des arbres d’épineux parsemés de partout. Je descends Bamako. Les deux roues sont à plat et moi aussi. Je regonfle provisoirement et rejoins vite l’auberge que j’avais repérée sur mon guide. Heureusement, elle n’est qu’à 50 mètres. Je vais enfin pouvoir prendre une vraie douche et laver mes affaires. Arrivé à l’auberge, je demande au gérant s’il y a de la place, il me dit pas de problème, au quatrième étage et en plus, il y a des douches dans les chambres. Je monte tous les étages avec les sacoches en deux voyages car demain, il va falloir réparer. Je me précipite dans la douche où j’ai vu un gros cafard faire le guet. Il y a aussi un énorme lézard au plafond et, devant la porte, une espèce de coléoptère de la grosseur d’une balle de ping-pong. Et, grosse surprise, il n’y a pas d’eau. Je retourne en bas voir le gérant qui dort déjà et fait l’étonné. Il me dit ensuite que ça dépend du niveau du château d’eau : quelquefois, l’eau n’arrive pas jusqu’en haut. A mon avis, ça fait très longtemps que l’eau n’a pas du arriver aux douches. Je me demande même si elle y est parvenue un jour car les robinets sont complètement coincés. Je lui fais comprendre difficilement que ce n’est pas normal que je paie une chambre avec douche alors que je ne peux pas m’en servir. J’ai autant me coucher dans la nature. Il y a des chambres plus propres et avec de l’eau au deuxième étage mais il ne veut pas m’en donner une car elles sont plus chères. A force d’insister longuement, je réussis quand même à en obtenir une au même prix et je me couche enfin à une heure du matin (ce gars n’est pas sympa du tout).

    Mercredi 6 novembre  - Repos à Ouro-Sogui 

    J’ai passé une superbe nuit, il n’y a pas à dire, dans un bon lit. Je discute avec le jeune qui est cuistot à l’auberge mais je ne mangerai pas ici : c’est trois fois plus cher que dans les petites gargotes et la bouteille d’eau est à 1000 francs CFA (1 euro 52). Il me parle de ses diplômes, me dit qu’il a fait l’école hôtelière et qu’il voudrait travailler en France car le métier est pareil de partout. Je lui demande alors s’il peut me faire un gâteau pour mon anniversaire, il ne sait pas faire ! Il va demander à son chef qui lui dit qu’il n’a pas les ustensiles (bonne excuse). A Ouro-Sogui, qui est une grande ville, il n’y a ni pain, ni fruits à part quelques bananes. Je n’ai envie que de frais et je crois que c’est raté. Et en allant vers le Mali, ça ne va pas s’arranger. Ici, la seule chose que l’on vous propose, c’est de la viande grillée ou riz-viande et, pour emporter, rien. Je demande au jeune à quoi servaient ces centaines de chèvres que l’on voit de partout car ils ne font pas de fromage. Je lui explique qu’en France, le fromage de chèvre est très cher. Eux ne boivent que le lait caillé et encore, coupé avec de l’eau. Il me dit qu’ici, les éleveurs essaient toujours d’avoir plus de bêtes que leur voisin car c’est un signe de richesse. Il m’explique aussi qu’il ne mange pas les bêtes qui viennent de se faire tuer par les voitures car elles n’ont pas été égorgées. Je répare les deux roues de Bamako et j’enlève une vingtaine d’épines très très fines. Les rustines tiennent mal, je pense que la colle n’a pas aimé la chaleur. A midi, je mange pour 500 francs CFA (0,76 euros) au Tegungal, un petit resto. J’explique au patron qu’il est indiqué sur deux guides touristiques Français ; il ne savait même pas que ça existait. Il est très sympathique, il a réussi à me trouver deux yaourts dans une épicerie. Il me présente le secrétaire de Mairie de la commune, qui mange à la table voisine. Je lui dis que moi aussi, je travaille dans une Mairie. Alors, tout fier, il m’explique son travail. Demain commence le Ramadan : ils attendent que la nouvelle lune apparaisse. Alors, déjà qu’il n’y a rien à bouffer… Cette après midi, je monte à Matam en 504, trois devant, quatre derrière ; sur la galerie, une montagne de bagages et une chèvre. C’est très courant ici. La voiture, une épave : les portes ne ferment pas et il démarre avec les fils. Ça craque de tous les côtés. Enfin, pour 125 francs CFA (0,19 euros), on ne va pas faire le difficile. Je vais essayer de négocier une pirogue pour faire Matam-Bakel. Je trouve un gars sympa qui est d’accord pour m’emmener, même sans faire de bénéfice. Mais, rien qu’en essence, il y en a pour plus de 100 000 francs CFA (153 euros) car il est obligé de compter son retour. Et ce n’est pas un trajet habituel alors je serai seul dans la pirogue. Je crois que je vais abandonner et faire, si possible, Bakel-Kayes. En retournant à Ouro-Sogui, j’aperçois une grande boulangerie-pâtisserie. Je vais voir s’il fait des gâteaux (pour mon anniversaire) mais non, ils ne font que des petits pains au lait. Pourtant, je me suis juré de le fêter Ce soir, on m’offre le thé dans une épicerie, d’où je viens d’acheter des bricoles. Ils sont tous en effervescence car demain commence le Ramadan.

    Jeudi 7 novembre  - Repos à Ouro-Sogui 

    Ce matin, j’apprends que je ne peux pas coucher ce soir à l’auberge. Soit disant qu’il n’y a plus de place (étonnant, c’était tout vide). Je crois plutôt qu’il n’a pas apprécié que je lui tienne tête l’autre jour et que j’occupe une chambre qui normalement est plus chère. Je lui fais comprendre qu’il vaut mieux louer une chambre moins chère que de la garder vide. Il essaie alors de me faire croire que plein de monde va arriver en soirée alors que je sais par son employé que c’est faux. Je lui dis alors que je connais le secrétaire de Mairie, qui m’a souhaité la bienvenue dans sa ville et que lui me met à la porte, que ce n’est pas normal, je vais lui en parler. Bizarrement, il me laisse la chambre et me propose de m’offrir un verre ce soir (comme quoi ici les relations ça marche). Je vais ensuite faire un tour de marché. Dommage qu’il me soit impossible de photographier, trop de monde me regarde. Je trouve dans une petite rue une autre boulangerie-pâtisserie. Je vais voir : aucun gâteau. Je lui demande pourquoi c’est marqué pâtisserie. Il ne comprend pas. Je lui demande alors s’il sait les faire. Il me dit que c’est trop compliqué et qu’ils n’ont pas le temps (alors qu’ils sont cinq couchés devant le magasin). A force d’insister (car je suis têtu), il me propose d’essayer de m’en faire un. Il faut que je revienne à 17 heures voir si ça me plaît (ça risque de ne pas être triste). En attendant, je retourne à Matam vers les piroguiers pour plaisanter un peu avec eux afin de passer l’après midi. Cette fois ci, trois chèvres sur la galerie de la 504. Ils regrettent beaucoup de ne pas faire ces trois jours de pirogue avec moi. Quand je pense à l’émission « faut pas rêver », ils montraient un écrivain qui remontait tout le fleuve Sénégal pour s’inspirer. Ça a du lui coûter cher. Ici, les pirogues traversent uniquement le fleuve en largeur pour se rendre en face, en Mauritanie, où ils vont acheter le sucre qui est moins cher. J’en profite pour échanger avec eux quelques Ouguiyas qu’il me restait. Les berges du fleuve sont de véritables décharges où les femmes se lavent ainsi que la vaisselle et le linge. Elles se savonnent mutuellement dans une eau très sale. Les piroguiers m’assurent qu’elle est très propre au milieu et qu’ils la boivent sans problème. Pendant que j’attends un taxi brousse pour le retour, un vol de chauve-souris, de la grosseur d’un hibou. Celles ci tournoient au-dessus des arbres et de nos têtes, c’est assez impressionnant. 17 heures, je vais chercher mon gâteau. Et là, surprise, même avec de la bonne volonté, ils m’ont fait un petit truc tout plat, en forme de demi-cercle. Et ils ont écrit en perçant des trous dans la pâte « Michel » et « 46 ». Mais ça ne se voit pas du tout alors, je fais semblant d’être content et je refais les lettres avec le gars du Tegungal avec du lait concentré. C’est bien marrant car je tenais à marquer le coup pour la photo avec une grosse bougie. Mais ici, les gens sont très gentils mais assez moroses. Ce n’est pas le Sénégal : de la fête et de la musique mais des Musulmans très bornés. J’avais acheté des gaufrettes pour les gamins : ils se jettent dessus sans aucun remerciement. Je propose de mon gâteau à deux gars qui mangent à côté de moi : ils refusent ??!

      Fin du désert pour Le Sénegal

    Difficile pour trouver un gâteau !

     

     Fin du désert pour Le Sénegal     Difficile aussi pour trouver des bougies !      

      Fin du désert pour Le Sénegal

     Et le champagne il ne faut pas y compter !

    Vendredi 8 novembre  - Ouro-Sogui -> Semme (80 km) 

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Ici aussi il y a des bouchons !

     

    Ce matin, je pars tôt (7h30). Je voudrais arriver à Bakel en une journée (150 kilomètres) et faire un max avant les fortes chaleurs si le vent n’est pas trop fort. Plus on approche de Kayes, plus il fait chaud. On surnomme cette ville « la cocotte minute ». Malheureusement, le vent est toujours là et de face. Pleins de troupeaux traversent la route et m’obligent à stopper. Les voitures, elles, ne s’arrêtent pas mais klaxonnent et avancent jusqu’à ce que les bêtes se sortent. Il y a quelques cultures de maïs. Des gamins chassent les oiseaux avec des frondes, les mêmes que dans « Thierry la fronde ». Il est midi et j’ai fait 70 kilomètres. Je vais rouler encore une heure et j’aurai dépassé les 80. Comme ça, je pourrais arriver à Bakel en soirée. Mince, une crevaison devant. Ça ne va pas arranger les choses. Il faut que je trouve un coin à l’ombre pour réparer. Je démonte et m’aperçois qu’il y a une dizaine de petites épines plantées dans le pneu arrière. Je les enlève et il commence à se dégonfler aussi. Je répare les deux et il est déjà 13h30. A mesure que j’avance pour rejoindre la route, j’enlève les épines qui se repiquent dessus. J’arrive à un village, ils vendent du pain. Depuis ce matin, je rote des chocos périmés que j’ai acheté en route. Pour changer, aujourd’hui, ce sera encore sandwich de « Vache qui rit », périmées aussi (elles sont toutes marron) et thon. Je m’assois à l’ombre et d’un coup, une nuée de trente gamins qui arrive autour de moi pour me regarder manger. Au bout d’un moment, ça m’énerve, je leur dis de s’éloigner. Aucun ne bouge et aucun ne parle Français. Je leur demande s’ils n’ont jamais vu un blanc mais personne ne bronche. Ensuite, des femmes s’approchent. L’une d’elles me fait comprendre avec deux ou trois mots de français que je ne dois pas manger car c’est le Carême. Je lui dis que je ne suis pas Musulman. Elle insiste alors. Je lui explique que toutes les religions ont le droit de s’exprimer et qu’en France, nous respectons les Musulmans, qu’il y a même des mosquées alors qu’elle aussi doit me respecter. Un homme s’approche, il parle très bien Français. Je lui explique ce que la femme m’a dit pour qu’il lui fasse comprendre mes propos et lui me dit « bien sûr que tout le monde à le droit de s’exprimer. Si tu veux manger tranquille, viens chez moi, tu pourras ensuite te reposer ». Je le suis, la maison est juste en face, on dirait une école. Il m’apporte un tapis et un matelas et me demande si je veux me laver pour me rafraîchir. Je me repose alors un moment et me prépare pour partir à 16 heures car si le vent n’est pas trop fort, c’est encore jouable pour Bakel. Au moment de démarrer, je m’aperçois que mon pneu est encore à plat. C’est cuit pour aujourd’hui alors j’en profite que je sois à l’ombre pour mettre mes deux chambres à air renforcées et mes pneus à crampons car je vais bientôt vers les pistes. Pendant que je change mes pneus, j’ai énormément de spectateurs qui me regardent médusés. Le black me dit que je peux coucher là pour repartir tranquille pour Bakel demain. Je me lave à la Sénégalaise. J’ai droit au lait caillé et à une boisson rouge que je n’ai pas identifiée. Il me sert aussi de l’eau fraîche et qui est bizarrement sucrée. Je verrais si je ne suis pas malade demain. En attendant, j’ai pris un petit rhume avec les taxis brousse sans vitres. Ce soir, je fête le Ramadan avec la moitié du village. Je viens d’apprendre que tous les gamins qui étaient autour de moi à midi viennent de plusieurs villages et sont ici à l’école coranique. C’est pour ça qu’ils étaient très étonnés que je mange car on leur apprend à ne pas le faire (c’était un peu de la provocation de ma part). Je me suis donc excusé car je ne le savais pas. Ces mêmes enfants chantent le Coran à tue-tête autour d’un feu. Les adultes, eux, prient sans arrêt. A côté de moi, les imams donnent de la voix sans arrêt à travers les hauts parleurs de la mosquée. Les femmes préparent le riz pour le soir et il faut attendre l’ordre de manger qui est aussi donné par l’imam. Les femmes prient après les hommes. Ici, le long du fleuve Sénégal, c’est cent pour cent Musulman. Et aujourd’hui, je suis vraiment entouré de prière car ici c’est un haut lieu Coranique. Dans cette ville de 150 habitants comme dans de nombreux villages, il n’y a pas d’électricité. Ils devraient l’avoir d’ici peu. Ça va énormément leur changer la vie. Le soir, tard, je mange le Tieboudienne avec les hommes, quinze autour d’un plat, à la Sénégalaise. Les femmes, elles, mangent après nous.

     Fin du désert pour Le Sénegal

    On rigole beaucoup du toubab autour du puits

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Ma case au fond en blanc

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Samedi 9 Novembre SEMME > BAKEL 76 KM

     

    ALLA M’A PROTÉGÈ

    Cette nuit je couche à la belle étoile, pour dormir ce n’est pas gagné, toute la nuit les élèves Coraniques prient et chantent le Coran. Sans arrêt l’Imam lui aussi hurle dans les hauts parleurs de la mosquée. Les habitants du village se relèvent à 5 heures du matin pour manger la bouillie. Celui qui m’a invité en profite pour me réveiller, il me dit « rentre à l’intérieur, il fait trop froid », moi qui était si bien, j’ai même transpiré dans mon duvet aidé par le piment du Tieboudienne. Chose étonnante, il me fait dormir dans la chambre qu’il partage avec sa très jeune femme, il dorment dans un vrai lit, ils se sont mariés il y a quelques semaines, moi je dors par terre, du moins j’essaie, à côté de Bamako qui lui aussi a eu le droit à la chambre. Je comprend qu’ils tiennent le coup en période de Ramadan, surtout les hommes, car ils ne font rien de la journée, seules les femmes travaillent, eux dorment en permanence. Je me lève à 8 heures. Sympa. Il m’avait acheté du pain la veille car avec le Ramadan les magasins n’ouvrent pas avant 10 heures. Je me fais mon déjeuner seul avec mon petit réchaud, car eux n’ont pas le droit de manger. Ensuite il faut que j’aille remercier dans l’ordre ; d’abord le Chef du village qui est encore en train d’apprendre le Coran à plein de petits gamins et ensuite au tour des femmes qui lavent tous les plats qui ont servi cette nuit vers le puits pendant que les hommes se reposent. Ensuite, séance photos à leur demande et je repars à 9 heures. Le vent est toujours très fort, je n’imagine pas qu’il puisse y avoir des jours sans.

    Nouveau paysage avec quelques baobabs et de plus en plus de troupeaux énormes de buffles, chèvres et moutons qui traversent la route. A un moment des moutons traversent devant moi, un chien se roule sur la route, en face un camion arrive à vive allure, le klaxonne  enfoncé et il ne ralentit pas, droit sur le troupeau. Au même moment une voiture le double et perd le contrôle, elle tape le camion et rebondit sur moi pour toucher ma sacoche arrière, ça me dévie brutalement sur le terre plein  mais heureusement je ne tombe pas. Je m’arrête et me retourne ébahi, les deux chauffards eux continuent leur route, ainsi que le berger, comme s’il ne s’était rien passé. Celui-ci me demande simplement si je ne suis pas blessé car je suis en train de me tâter de partout pour voir si je suis encore en vie. Incroyable, même ma sacoche n’a rien, pourtant, à 10 centimètres près elle m’attrapait le jambe et je volais en l’air. Je crois que d’avoir fait le Ramadan hier soir et dormi cette nuit au milieu des prières ont dû me rendre service. ALLA à dû faire un petit geste de reconnaissance envers moi ! A midi, je suis hors service, je n’avance pas avec ce satané vent. Je m’arrête boire un Coca, le pneu avant est encore un peu à plat, je regonfle et repart, je n’arriverais  pas si tôt que j’avais prévu à BAKEL . Je trouve un abris de paille qui fait un peu d’ombre pour manger mon sandwich de « Vache qui rit » périmé. Un taxi brousse s’arrête devant, il descend quatre jeunes et un ancien. Ils reviennent de la ville avec des glacières dans lesquelles ils transportent de petits sacs en plastique d’eau glacée ou de Bissap pour le vendre, soit au bord de la route, soit dans les gares routières ou de chemin de fer. Ils viennent me saluer et l’ancien me dit »Je suis français et je travaille à Rouen depuis 28 ans. Maintenant j’ai 60 ans et je suis en demi retraite, six mois en France et six mois ici dans ma famille ». IL me dit en regardant Bamako « ça c’est bonne moto », je lui répond que c’est un vélo, il ne comprend pas. Alors le plus jeune lui explique qu’il n’y a pas de moteur. Il me propose de venir me reposer au village, à 1 Km, ça ne m’enchante pas très bien, car chaque fois que nous traversons un peu de sable Bamako se retrouve à plat. Il m’invite, alors tant pis, je prends le risque. Nous arrivons au village, c’est l’émeute autour de moi, il me présente le chef du village qui est son frère, il m’offre le café (chose peu commune ici) et m’apporte un tapis pour me reposer. Je mange mon sandwich entouré d’une trentaine de gamins. Une jeune, d’environ 18/20 ans s’avance pour me dire bonjour. Il me dit, c’est ma femme. Une autre s’approche aussi, c’est encore sa femme. Finalement j’apprends qu’il en a trois, toutes jeunes et jolies et onze enfants. Pour un demi retraité, c’est pas mal. Lorsqu’il est en France, elles restent toutes ici. Je fais des photos des gamins mais pas des femmes car il me dit qu’il ne faut pas car elles sont toutes mariées et leurs maris ne sont pas là. Une vieille dame me montre une adolescente qui se frotte l’œil qui est tout rouge. Je sors la pharmacie et lui met du Collyre avec beaucoup de difficulté en lui expliquant de ne pas se frotter les yeux avec ses mains sales. C’est peine perdue, elle continue, la vielle vient me remercier, les mains jointes comme si j’étais un sorcier. J’explique tout de même à l’ancien qui parle un peu français le mode d’emploi du Collyre et je lui dit de surveiller son utilisation  mais, apparemment ce n’est pas son rôle.

    Je repars enfin, et ce qui devait arriver arriva, malgré mes chambres spéciales anti-crevaison, je crève, à l’arrière cette fois. Je cherche un coin à l’ombre, pas facile et où il n’y a pas d’épines, encore plus dur car tous les arbres qui font de l’ombre sont des épineux. Je démonte, le liquide à l’intérieur de la chambre sort à travers le trou mais ne durcit pas pour le colmater. Mes rustines tiennent aussi très mal. Je pense que tout ceci est peut-être dû à la chaleur. Tans pis, on verra bien. Quelques kilomètres plus loin ça se dégonfle à nouveau, j’en ai marre ! Je ne vais pas encore redémonter car chaque fois il faut que j’ôte les sacoches, alors je regonfle environ tous les 4 kilomètres, dès que ça fait un peu tirer. Je ne vous explique pas, vent de face plus pneus à plat, il faut y emmener. Il me reste 12 bornes et je n’ai plus d’eau du tout. Je m’arrête dans un village, ni eau ni Coca, alors je roule le plus vite possible. Une dernière grande montée et je vois enfin la pancarte BAKEL , Je n’ai jamais été aussi content ! Je regonfle un coup à l’entrée de la ville et je me dépêche de trouver l’auberge Islam, la seule conseillée sur mon guide. Les chambres sont en haut, avec vues sur la rue, il y a une douche à l’extérieur et un WC turc. Comme dab. l’eau n’arrive pas en haut, alors il faut se laver avec un seau en bas, dans une douche qui fait WC en même temps. Un énorme crapaud profite des éclaboussements. Par contre, il n’a pas l’air d’aimer le savon de marseille. Dans la chambre, des fils électriques se baladent de partout, je m’en sers pour accrocher ma moustiquaire. De gros lézards partagent aussi la pièce. A l’extérieur, beaucoup d’insectes démesurés.

    Dans la campagne avant BAKEL, j’ai vu énormément d’oiseaux, c’est drôle, ce sont les sosies de nos oiseaux européens, mais avec des couleurs différentes et bien plus éclatantes. Pies violettes et bleues, étourneaux rouge et bleus ; merles bleus, violets, etc.…

    J’avais oublié de vous dire, mais vous avez dû vous en douter, la première chose que j’ai faite en arrivant à l’auberge, c’est de boire un bon Coca bien frais. Je réparerai Bamako demain. Ce soir je mange un bon Tieboudienne et ici, c’est super. J’ai trouvé en ville une pomme, et une orange très chères mais ça fait tellement envie. J’ai aussi trouvé une boite d’ananas au jus aussi très chère mais j’en rêvais, dommage qu’elle soit chaude.

    Ce qu’il y a de bien en AFRIQUE, c’est que vous pouvez acheter votre dessert et boisson dans une épicerie à l’extérieur, et les consommer à l’auberge.

    Pour le petit déjeuner vous pouvez acheter dans les épiceries du lait en poudre dans des petits sachets en plastique qu’ils nouent ainsi que le Nescafé et le sucre de la même façon. Vous pouvez aussi faire beurrer vos tartines par l’épicier.

    Le village dans lequel je me suis arrêté à midi s’appelait OURO MBOULELE

     

     Fin du désert pour Le Sénegal

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Le chef du village me raccompagne jusqu’à la sortie

     

    Dimanche 10 Novembre - REPOS BAKEL 

    Journée calme, je fais faire ma lessive par la gamine de l’auberge qui me propose pour 1 000 Frs CFA (1,50 E). Le seul problème c’est qu’elle me demande mon savon de Marseille et me l’a  tout passer, elle en a profité pour laver ses affaires et à dû tout laisser tremper dans le seau. Je trouve un Cyber (pas café) avec un seul ordinateur, ici c’est assez cher. Ensuite je vais chez un marchand de vélo pour lui prendre deux chambres à air crevées pour faire un doublage dans mon pneu, ça devrait me limiter un peu les crevaisons car il y en a marre. Une fois Bamako réparé je me rends au bord du Sénégal pour négocier les prix pour la pirogue jusqu’à KAYES. Les prix déjà diffèrent beaucoup et les horaires aussi. Il y en aurait une qui transporterait du sucre de MAURITANIE, qui partirait à 8 heures. Cela me laisse une journée pour établir mon circuit pour le MALI.

    A l’auberge il vient d’arriver un Toubab (blanc) de 30 ans, le 1er que je vois depuis St LOUIS, il visite le SENEGAL comme beaucoup avec les moyens du bord (bus, taxi brousse, etc.…). Coïncidence, il est jardinier dans une ville comme moi et en a marre comme moi. Merde ! On a parlé de boulot. 

     Fin du désert pour Le Sénegal

    Lundi 11 Novembre - REPOS BAKEL 

     J’ai   une conjonctivite qui m’agace après l’accumulation des vents de face et de la poussière je pense. Une grande partie de la population a les yeux rouge ici. Heureusement qu’il me reste un peu de collyre. Je me suis fait surprendre en m’en mettant dans les yeux car il était bouillant. J’ai très peur pour la bombe.antiseptique en aérosol car elle subit des températures hors normes. Pour les autres médicaments je ne connais pas l'incidence.

    Aujourd’hui je vais passer une journée tranquille. Le matin de la terrasse de ma chambre j’en prends plein les yeux, c’est toujours le folklore, dans les rues de terre, ânes, poules, chèvres, moutons se mélangent avec les vélos, mobylettes, camions et taxis. Les femmes sont à leurs tâches quotidiennes et les hommes sont encore assoupis. Beaucoup de gamins font la manche  avec des boites de conserves  vides a la main. En chantant le Coran. Après renseignements j’ai appris qu’ils étaient envoyés par des Marabouts, en échange de cela ils leur inculqueraient la bonne parole. A Mon avis il y a certainement encore une grosse déviance à ce niveau là. Cet après-midi je .retourne voir pour la pirogue de demain. Très dur de savoir laquelle va m’emmener et à quel heure car ils sont tous en train de dormir et les informations passent toujours par des intermédiaires. Aux dernières nouvelles je devrais partir à 8 heures du matin et il faut que je vienne ½ heure avant, mais c’est l’Afrique, alors ?

    Dans la rue je fais la connaissance avec le responsable de l’état civil de la mairie. Il m’invite à dîner avec sa famille ce soir. Il se surnomme Samba à cause de son amour de la danse. La ville de BAKEL est jumelée avec APT dans le sud de la France.

    Ce soir me voilà chez Samba qui me présente sa jeune épouse depuis peu qui est enseignante. Par rapport à ce que j’ai vu autour  de moi je sens la  famille assez aisée. Grande maison avec une cour centrale on trouve la télé, belle chambre à l’européenne avec un beau lino et avec un vrai lit, une mini chaîne sur laquelle il me fait écouter toutes les musiques qu’il aime. En les écoutant il ne peut s’empêcher de danser en se déhanchant du bassin. Une chose dans cette pièce nous rappelle qu’on est en AFRIQUE c’est le gros crapaud qui se promène au milieu de celle ci sans que personne n’y prête aucune attention. Sur la terrasse il y en a plein.

    Nous retournons ensuite dehors et malgré que le couple paraissait très moderne, (petits câlins, ils s’enlacent de temps en temps ce qui est rare ici), les traditions reprennent le dessus. Après que nous ayons bu le thé, le gingembre et le bissap, sa femme nous apporte le grand plat de Tieboudienne (riz-poisson) et nous mangeons, les hommes d’abord pour ne pas perdre les bonnes habitudes et toujours en faisant des boulettes de la main droite. Il se moque beaucoup de ma maladresse.

    Samba tient à me faire quelques petits cadeaux, il m’offre des cassettes Sénégalaises et un superbe Boubou africain qu’il lui appartient en guise de souvenir.

                                                                                                                     

     

     

     

     

     


     


     

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :