• Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    J'attend ma pirogue pour Kayes au Mali

    Mardi 12 Novembre - BAKEL - KAYES 140 Km en pirogue 

    Je me lève tôt pour la pirogue avec tout de même un petit doute en moi. J’arrive près du fleuve où les ânes en liberté se poursuivent pour s’échanger de grands coups de sabots arrière dans les mâchoires. Les femmes lavent déjà les gamelles et le linge avant d’y passer elles même avec les bambins. Les piroguiers sont encore allongés et m’annoncent maintenant 11 heures. Ici en Afrique que ce soit n’importe quel moyen de transport, il faut qu’il soit archi plein avant de partir. Mon  copain SAMBA vient me chercher pour m’offrir le petit déjeuner en attendant. Lui ne le prend pas cause Ramadan. Hier, il m’avait dit que pendant le Ramadan, il travaillait de 8 heures à 14 heures, il va être 11 heures et  il n’a encore pas commencé. Je crois qu’ici ils font vraiment comme ça les arrange. Il me dit qu’à son avis, je ne partirai certainement pas avant 14 heures. Je retourne sur la rive et ils sont en train de charger la pirogue. De gros sacs de 50 kg de brisures de riz et d’oignons que des jeunes descendent sur des chars à deux roues par les pentes abruptes et à toute pompe car ils sont payés 500 Frs CAF (0,76 E) le voyage. Le bateau est maintenant archi plein (5 tonnes) et seulement une vingtaine de centimètres dépassent de l’eau. Une fois que nous sommes tous à l’intérieur, une dizaine en tout. Tous sont des maliens de l’équipage, je suis le seul passager. Nous pouvons enfin partir et en effet il est presque 14 heures. Ils m’annoncent au minimum plus de 24 heures pour arriver car à des endroits le Sénégal est très bas et il risque d’y avoir des enssablage dans l’air. (Les gars de l’équipage sont des Bambaras). Il fait très chaud, le long du fleuve femmes et enfants se lavent en même temps que linge et gamelles dans une eau boueuse.  Il y a des petites cultures, beaucoup d’échassiers et de temps en temps des gros reptiles entre le caïman et le varan qui chassent poissons et oiseaux. Les maliens qui m’accompagnent pour boire trempent directement la tasse dans le fleuve. Ce qui est surprenant c’est que au bord, tous se trempent jusqu’au cou pour se savonner mais aucun je nage. Moi j’en meure d’envie mais c’est déconseillé vivement à cause de la Bilharziose. Je ne sais pas si je tiendrais le coup. Sur la pirogue il y a des petits brûleurs au charbon de bois pour le thé ou le riz qu’on prendra ce soir à l’heure légale.

    Tout se fait dans le noir avec pour seule lumière la lune, je donne une boîte de petit pois au cuistot pour mélanger avec sa maigre sauce, après l’avoir vidée, il la balance directement dans le fleuve. Je lui explique que ce n’est pas bien car l’eau est précieuse pour eux. Il sourit et me répond, « c’est l’Afrique, ici on jette tout à l’eau, papier, plastique et après on la boit ». Je crois que ça va être très long avant que les africains prennent conscience de ce problème, ils croient que le fleuve avale tout et à proximité des villages les berges sont des décharges. Enfin avons nous. Vraiment des leçons à leur donner avec nos « marées noires », nous mangeons tous ensemble dans le même plat notre riz à la viande et comme d’habitude on pousse celle ci vers l’étranger.

    Dès que le fleuve s’éloigne des lieux habités il reprend son aspect sauvage, très calme et assez large. Par contre il y a apparemment très peu de poissons, donc pratiquement pas de pêcheurs, je ne connais pas la raison, eux disent que c’est à cause du grand barrage en amont. Je ne vois par le rapport, je pense plutôt que ça a été sur pêché.

    Nous faisons une petite escale, c’est la frontière du MALI. Il faut monter voir le douanier dans une petite cabane à une cinquantaine de mètres du fleuve. Il demande aux gars ce qu’ils transportent , qui je suis , et ne me tamponnent même pas mon passeport. Nous voilà repartis après que les hommes aient fait la Prière, ainsi qu’ils le font régulièrement dans la pirogue. J’essaie ensuite de m’allonger sur les sacs de riz en me protégeant au maximum des moustiques qui sont ici chez eux. Difficile de trouver le sommeil ; d’une part les sacs ne sont pas à la même hauteur et la litière est un peu difforme, d’autre part nous faisons de nombreuses haltes sur les deux rives du fleuve. Et oui, je comprends maintenant pourquoi ils voyagent une grande partie de nuit, car une fois la douane passée nous allons échanger du sucre côté MAURITANIE contre du riz et le contraire côté MALIEN. Tout ça se fait en silence et toute lampes à pétrole éteintes, dans l’obscurité totale. Tout est recouvert de grandes couvertures pour cacher l’ensemble. Un gars de l'équipage est chargé d’écoper au moyen d’un seau car avec le poids l’eau rentre souvent dans le bateau.

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    C'est parti pour 140 km

    Mercredi 13 Novembre - Sur le fleuve SENEGAL 

    Ça y est, le jour se lève, il est 6 heures, j’adore le levé du jour sur l’eau, c’est un moment magique. Des cris d’oiseaux, des odeurs, le levé du soleil, la lumière, et une petite brume qui s'élève au dessus du fleuve. Les femmes qui remplissent des énormes bassines multicolores d’eau pour les remonter sur la tête par les pentes abruptes jusqu’au village. Une pirogue transporte du sable, ils le déchargent avec des seaux et le transfère à la pelle dans un camion. Quelques pêcheurs jettent des filets  de leurs embarcations mais sans grand succès.

    Ce matin, pas de petit déjeuner, je ne croyais pas qu’on allait mettre si longtemps, alors je n’avais pas prévu. De plus comme il font le Ramadan, je n’avais pas non plus droit au thé.

    En milieu de matinée, on stoppe vers un village pour livrer du riz. J’en profite pour voir si je trouve à manger et miracle, je trouve du pain. Heureusement, il me reste trois vache qui rit, ça me bouche un petit coin.

    Un gamin et son père font rentrer quelques chèvres de force dans une petite pirogue, elles n’ont pas l’air très enchantée d’aller sur l’eau. Sur la berge il y a d’énormes sangsues qui se tortillent. Nous repartons sous une chaleur torride, on s’ensable deux fois et on dépanne un autre qui ne connaît pas le fleuve.

    Notre capitaine à nous est un as, il connaît le parcours par cœur et zigzag dans tous les sens pour éviter les bancs de sable, guidé par son copilote à l’avant du bateau qui lui fait signe dans les parties difficiles. Une pirogue pleine de sable, avec deux occupants, traverse le fleuve, elle est tellement chargée et pourrie qu’un des gars écope l’eau à l’aide d’une casserole à une vitesse folle pour arriver de l’autre côté avant de couler. Nous tombons enfin en panne sèche un kilomètre avant l’arrivée. Un des gars de l’équipage part en ville pour revenir trois quarts d’heure après avec un litre d’essence.

    Voilà trente heures que nous naviguons et je suis plus fatigué qu’en vélo. J’ai envie d’une bonne douche, nous arrivons enfin à KAYES et je trouve une chambre à la Maison de la Radio Locale.


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    Mosquée de Kayes

    Jeudi 14 Novembre - Repos KAYES 

    Le nom de cette ville n’a aucun rapport avec sa température car on la surnomme « la cocotte minute ». Ici il fait vraiment très très chaud. Cette chaleur serait due au minerai de fer qui entourerait la cité. Ce matin j’ai un peu mal au dos mais ça ne m’étonne pas plus que ça car j’ai dormi en porte à faux sur les sacs de riz et avec l’humidité en prime, ça ne peut pas être autrement.

    Mohamed de l’auberge est un personnage. Il cuisine très bien, c’est abondant et il a toujours le mot pour rire. Il est vraiment unique. Hier soir, j’ai mangé avec deux femmes septuagénaires qui logent à l’auberge et qui font partie d’une association humanitaire, elles sont là depuis le mois d’Août. Dans une salle, au rez-de-chaussée, il y a la radio locale et une salle de conférence. Ce matin j’ai mangé au côté du maire d’une commune et du conseiller général du coin qui sont là pour une grande réunion entre élus en rapport à des projets de travaux importants.

    Le maire me précise, « ici tout est prioritaire mais nous n’avons jamais l’argent ». Malgré cela, ça plaisante beaucoup, les Maliens sont de grands enfants très fanfarons. Ils sont toujours après rire et blaguer entre eux. Je me rends à la banque ce matin, il y avait au moins trente personnes, on attendait depuis une heure, mais il y a une ambiance inhabituelle, ça rigole même avec les gars des guichets. Pendant que je retirais de l’argent dans une salle à part, les trois gamins du responsable sont rentrés en sortant de l’école, ils sont venus me dire bonjour, et lui me les a tous présentés, imaginez ceci en France. Pour ressortir de la banque, vous passez derrière les guichets, il n’y a apparemment aucune insécurité, ils sont tous très décontractés.

    En ville, pas une rue n’est goudronnée. J’ai pris une super gamelle sur du sable en pleine ville devant des dizaines de passants, je les ai bien amusés. Je suis allé me faire enregistrer à la Police car je n’ai pas eu le temps hier, ils étaient déjà fermés. Le policier me demande si j’avais un cadeau pour lui, comme Dab, on ne sait jamais. Je ressors du commissariat, le pneu arrière de Bamako est hors service. J’en ai marre de toutes ses crevaisons, je rentre à pied jusqu’à l’auberge, environ 4 km. Mohamed le gardien cuisinier de la Radio Rurale a deux femmes qu’il a marié toutes les deux à 14 ans. Une d’entre elle a 15 ans, Mohamed en a 36. Elles ne vivent pas au même endroit car elles sont jalouses. Dans ma chambre, un lézard avec une grosse tête se balade au plafond. Dehors de très beaux oiseaux se volent d’arbres en arbres. Ce soir je vais sur Internet, pendant que je tape, le gérant m’apporte un thé et ensuite des espèces de tripes avec une bonne sauce aux oignons. Avez-vous déjà trouvé des Cybercafés qui vous offrent à manger ? Demain un autre ouvre ses portes, ils étaient en train de faire les derniers essais, je n’ai pas pu y aller.

    Pour rentrer de la ville je me suis fait surprendre par la nuit et ici rien n’est éclairé le soir. Très très dur avec  les trous qu’il y a dans les rues. Je suis obligé de marcher à pied la plupart du temps car c’est très dangereux.  On ne voit pas les piétons (et oui, essayez de voir des noirs la nuit) ! Avec mon sens de l’orientation, je partais dans le mauvais sens. Dans la rue principale des centaines de personnes agenouillées prient ensemble, les hommes devant, les femmes derrière, c’était impressionnant. Toute une voie de la route principale est aussi bloquée par des gens qui prient, les voitures sont obligées de dévier sur le côté. J’ai demandé la raison à Mohamed, il m’explique que dès que le soleil tombe, là ou tu te trouves tu dois prier.

    Ce qui m’étonne toujours dans une grande ville comme KAYES qui est la deuxième du MALI, c’est de voir chèvres, ânes ou moutons se balader dans les rues. J’ai posé la question pour les ânes, ils ont tous un propriétaire, mais ils les prennent lorsqu’ils en ont besoin, le reste du temps ils se débrouillent comme ils peuvent pour se nourrir.

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    La grande lessive au bord du fleuve Sénégal à Kayes

    Vendredi 15 Novembre - KAYES REPOS 

    Ce matin au petit déjeuner j’ai beaucoup discuté avec CHEIK, un jeune qui fait le jardin et les chambres et qui n’avait pas le moral. Il m’a expliqué que c’est lui qui faisait tout ici et qu’on lui faisait toujours des reproches pour 1 000 Frs CFA (1,52 E) par jour. Il a une femme et deux enfants et une fois qu’il a payé sa location et l’électricité il n’a plus rien. Sa fille a passé une radiographie qui lui a coûté 17 000 Frs CFA (2 6 E), alors qu’il gagne 30.000 Frs CFA (46E) par mois. Calculez ce qu’il lui reste (c’est un CHEIK sans provision) c’était pour rire ! Son rêve serait de travailler pour lui, il voudrait monter une petite station de lavage pour voitures. Simplement une petite plate-forme avec un robinet et un tuyau, mais il n’a pas les moyens. Il me précise que c’est à cause de ceci qu’il y a beaucoup d’émigrés clandestins en France, ici ils n’ont rien pour vivre. Il dit que par rapport à lui Mohamed s’en sort bien car il peut faire du bizness. Quand le patron n’est pas là et que les gens ne restent qu’une nuit, il garde l’argent pour lui. Son discours fait vraiment de la peine. Heureusement, Mohamed remonte le moral. Nous avons parlé magie sur laquelle les Maliens sont très portés. Un gourou qu’il consulte souvent lui aurait annoncé une troisième femme et celui-ci ne dit que des choses vraies, il ne s’est jamais trompé. Si les français ont perdu la Coupe du Monde de football contre le Sénégal, c’est à cause des gris-gris me dit-il. Lors de la Coupe d’Afrique, les maliens avaient préparés plein de potions dans des marmites en terre, les Camerounais les avaient cassées. Côté CAMEROUN, un gourou aurait dit à l’entraîneur de ne pas faire rentrer un certain joueur sur le terrain car ça leur porterait malheur. Ils ne l’ont donc pas fait jouer et ils ont gagné (étonnant non).

    Mohamed m’a aussi parlé des « réducteurs de sexes ». Ce serait des Nigériens qui sévissent dans tous le pays. Explication : ces mauvaises personnes vous serrent la main et lorsque vous allez pour uriner vous vous rendez compte que vous n’avez plus de sexe. Il faut alors payer une très grosse somme pour le faire revenir. Il me rajoute qu’il y a quelques années, ils en ont immolé un à KAYES, qui était soupçonné de réduire les « zigounettes ». Mohamed y croit fermement et c’est aussi cela l’Afrique, c’est vraiment passionnant de l’écouter parler.

    Je vais ensuite chez un coiffeur que m’avait indiqué mon ami CHEIK. Il a un rasoir électrique moderne. Comme je suis passé derrière un black qui c’est fait raser la tête et qu’il n’a pas changé le réglage, je l’ai vu trop tard, il ne m’a pas raté. J’en avais bien pour mon argent 500 Frs CFA (moins d’un euro). Je me rends alors au nouveau club Internet, il est 9 H 30. Ils m’annoncent que je suis le 1er client et que j’inaugure le club. Je bénéficie de 10 mn gratuites et j’ai droit aux journalistes locaux qui photographient le lieu dans tous les sens.

    A midi je remange avec Mohamed et les deux mamies de l’association. Les repas  sont très copieux, alors je ne me fais pas prier. Afin de préparer à manger, il me demande l’argent du repas le matin afin de pouvoir aller faire le marché avec sa « mob » orange qu’il appelle une moto. Il me dit que les diplômes ne servent à rien car aucune femme ne sait faire la cuisine mieux que lui.

    Pendant le repas il nous parle de la mort mais dit que pour lui ce n’est pas triste du tout. Il dit qu’en France personne ne meure, ici dès qu’il fait 46° les vieux meurent tous et on ne les mets pas dans une caisse en bois comme les chrétiens. Les deux septuagénaires m’apprennent que pendant la saison des récoltes, vers le mois d’Octobre, il y a une sorte d’insecte comme un moustique qui, lorsqu’il se pose sur vous brûle la peau même par dessus une chemise et que vous êtes obligé de vite mettre de l’eau sur la partie en question. Si vous en avalez un vous mourez. Mohamed en a une peur bleue et dès qu’il en aperçoit un il détale à une vitesse incroyable. Cette après-midi, j’emmène Bamako à la gare pour le peser avec ses sacoches en vue du départ sur KITTA demain en train. Je me suis un peu énervé auprès du chef de gare à cause du prix pour les bagages et les porteurs. Ils sont déconcertants car même en pleine discussion on ne peut pas garder son sérieux car ils plaisantent et ça fini à la rigolade avec des tapes dans la main.

    Samedi 16 Novembre - KAYES - KITTA en train 360 Km

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

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    Ce matin, levé à 6 heures, réveillé par Mohamed qui m’a déjà préparer le petit déjeuné. Avant le départ, comme Je n’ai pas de tee-shirt à lui offrir, il me demande de lui envoyer une pointe de machine à coudre qui fait les zigzags. Il m’emmène ensuite à la gare, tout fier derrière sa « mob » orange, par un raccourci. On a failli se scratcher à cause du sable, heureusement que j’ai des grandes jambes, j’ai pu redresser la situation. A la gare, une cohue indescriptible, le long du train les vendeurs s’affairent. Femmes et enfants proposent, eau glacée, œufs, madeleines, arachides, bissap etc.… Des hommes attendent aussi le train avec des chèvres attachées par une patte. Un employé à l’air assez strict, (c’est plutôt rare ici) après avoir regardé le numéro de mon ticket me guide jusqu’à mon wagon. J’en profite pour lui demander si je peux photographier le long du convoi. Il me répond « bien sûr que vous avez le droit ». Je le suis jusqu’à l’intérieur, il fait dégager tout le monde. On arrive dans le wagon (2ème classe) ici ce n’est pas un vain mot, et un jeune a eu le malheur de mettre son sac à la place qui m’était destinée. Il se fait « incendier » par mon accompagnateur. Celui-ci lui ordonne, en Bambara, très violemment, d’enlever de suite son sac et de dégager de la fenêtre car je suis touriste et doit prendre des photos. Il s’ensuit ensuite des propos torrides entre les jeunes et lui. Ça chauffe énormément et dans l’énervement ça parle en Bambara et en Français. Il leur explique qu’il est ancien policier et qu’il n’est pas complexé. La discussion s’envenime vraiment, chez nous elle se serait terminée à la « baston ». Je me sens extrêmement gêné par cette situation, puisque ce conflit a éclaté à mon insu. Le contrôleur quitte alors le wagon, en furie, et avant de partir il me lance « surveillez bien vos affaires ». Pour amortir le coup, je discute avec le jeune qui est à mes côtés, à la fenêtre, pour lui expliquer que je ne cautionnais pas le contrôleur. Il m’évoque ensuite la religion musulmane et  ses bienfaits. Je lui réponds que Dieu ne leur a pas fait tellement de cadeaux compte tenu de la pauvreté qui règne ici. Nous échangeons beaucoup de propos et d’un coup il ne m’écoute plus bien et à l’air préoccupé. Je remarque un gars sur le quai qui le regarde. Ils se font quelques signes qui veulent dire OK et il le rejoint dans le wagon et s’assoie à sa place. Pendant que l’autre est toujours à la fenêtre, à côté de moi. Son complice dévisse une espèce de thermos avec deux petits sacs de glace et au milieu un petit sac de poudre qu’il lui glisse discrètement dans la poche. Comme j’ai observé toute la scène, je lui dis doucement et ça, Dieu le tolère ? Très surpris il me dit « quoi ? » Je lui rétorque que je ne suis pas dupe. Très étonné que j’ai tout compris, il éclate de rire en l’expliquant en même temps à son collègue et puis il me dit « ça dépend de la foi ». Je lui réponds  « vous interprétez le Coran comme ça vous arrange ». Il éclate à nouveau de rire et je n’aurai pas d’autre réponse. Nous avons déjà une heure de retard, on m’explique qu’il n’y a qu’une voie alors si le train précédent a fait des dégâts sur celle ci , il faut le temps de réparer (imaginer en France, une heure de retard !). Ici, le retard arrange tout le monde. On en profite pour faire du commerce et des petits trafics en tout genre. On se passe discrètement des sacs de sucre ou autre par les fenêtres qui comme ça ne passent pas au pesage. Au bord de la voie, deux hommes de la Société de chemin de fer en uniforme, discutent en se tenant la main. C’est toujours surprenant et très drôle, surtout quand ce sont des policiers. C’est incroyable comme les relations amicales sont fortes entre les hommes.

    Dans le wagon, face à moi, un vieux monsieur me fait signe qu’il y a un cafard vers mes pieds. Je l’écrase, ça le fait sourire et il m’apprend que les Marabouts s’en servent pour fabriquer des médicaments. Finalement on s’habitue assez bien à toutes ces petites bêtes, au début je sursautais à la moindre bestiole un peu bizarre. Maintenant je fais avec, il faut dire qu’ici on n’a pas le choix. Nous sommes quand même partis avec une heure et quart de retard. Je comprends pourquoi dans les gares ils marquent toujours « arrivée probable à telle heure ». ! Le train ici s’arrête dans tous les petits villages comme chez nous du temps de nos parents. Ca permet aux habitants de faire du commerce. Femmes et enfants accourent pour vendre toutes sortes de nourriture (bananes, arachides, poissons grillés, eau) qu’ils portent sur la tête. Ils proposent aussi de l’artisanat local très joli par exemple ici ce sont des petits éventails en lanière végétales tressées très utiles en plus par cette chaleur torride. Le paysage est constitué d’épineux et de baobabs, arbres que l’on dirait plantés à l’envers à cause de leurs branches sans feuilles qui ressemblent à des racines. L’ancien du wagon me donne une racine de Manioc, ça a un peu le goût de la pomme de terre mais c’est très bourratif. J’ai eu vraiment honte car j’avais acheté des cacahuètes que j’ai mangé seul comme on a l’habitude de le faire chez nous. Ensuite je me suis rendu compte que les autres occupants de mon wagon lorsqu’ils achetaient de la nourriture la partageaient avec  tout le monde. (Voilà comment nous sommes devenus). Je me suis vite rattrapé par la suite.

    Au fil des kilomètres le paysage devient maintenant montagneux avec une végétation plus dense, qui ressemblerait presque à notre Ardèche si l’on ne voyait pas de temps en temps quelques cases. Pour nettoyer le bord des voies, on met le feu et ça s’arrête ou ça veut. C’est un peu désolant, mais finalement est-ce pire que le désherbant chimique qu’utilise notre S.N.C.F. sur les voies. Vers les midi, le train stop en pleine brousse, c’est une panne, il paraît que c’est souvent. Cette fois-ci ce serait un réservoir de percé. Je crois qu’il y en a pour un bon moment. Tout le monde s’écarte pour laisser passer un Marabout qui se rend vers le tête du train en débitant des formules magiques (je ne sais pas s’il arrivera à réparer la panne).  Une heure trente après on amène une autre locomotive et ça repart. C’est incroyable, personne n’a râlé, tous ont attendu patiemment en dehors du train, assis ou couché par ci par là. Même des femmes avec des petits gosses ou des nouveaux nés. Aucun affolement, aucun stress, imaginez cela chez nous ! Plus loin, beaucoup de forêts qui brûlent jusque dans la montagne sur des centaines d’hectares. Il paraîtrait que ce sont les paysans qui mettent le feu aux herbes sèches et les pauvres arbres qui survivent à peine de la sécheresse sont obligés de supporter les assauts du feu et ne s’en remettent pas. Çà ne rend pas le paysage très attrayant. L’impact sur la faune doit certainement s’en ressentir. Je ne comprends pas dans ce pays qui a terriblement souffert de la sécheresse qu’on laisse brûler de partout sans réagir. Il est maintenant 15 H 30 et j’ai très faim. Avec la panne j’ai sauté mon repas de midi car dans les petits villages ils ne vendent ni viande, ni poissons mais que des céréales. Il faut que j’attende 17 heures, notre arrivée à la gare de TIKOURO pour un arrêt de 20 minutes afin de me rassasier. Ici il y a poisson grillé, pain et viande grillée. J’achète des morceaux de moutons mis sur la braise que l’on sert dans un bout de papier journal. Surprise, elle n’est pas assez cuite et a un peu le goût du pourri. Tan pis, j’ai trop faim. Je remonte dans le wagon où l’ancien déguste un poisson grillé. Il met tous les restes par terre, pour ne pas que ça gène, il les pousse sous le siège avec son pied, mélangé avec les épluchures de cacahuètes. Je me rends ensuite dans le couloir, à la fenêtre, pour finir mon repas et je trouve qu’il y en a un qui me colle un peu de prêt. Je l’observe alors discrètement. Il a une main à l’arrière prêt de la poche ou j’ai mon porte-monnaie et derrière mon dos il y a un autre gars. Je pense au début qu’ils se passaient de la drogue, mais je ne les sens pas bien. Je recule un peu et je leur dis de se pousser afin que je retourne dans le wagon, ils ont l’air très surpris. Après leur départ, les jeunes qui partageaient le wagon avec moi me disent : « attention, il ne faut rien laisser dans tes poches, les gars qui étaient à côté de toi étaient des voleurs » (heureusement, j’ai eu du flair).

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Chambre ou prison ?

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    Auberge chez Doudou

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Nous arrivons enfin à Kitta Il est 19 H 30, 11 heures pour 360 Kms, il faut faire très attention de ne pas rater les gares car elles ne sont jamais annoncées. Je suis plus fatigué qu’en vélo et prends la première auberge que je trouve sur mon passage « Chez Doudou » tenue par deux sénégalaises. Chambre à 2 000 Frs CFA (3 euros) avec cafard, crapaud et tout l’assortiment. Le repas est à 300 ou 500 Frs CFA (1/2 euro) et douche avec le seau. Pour le prix on ne va pas faire le difficile. Il y a trois français Rasta qui dansent dehors sur du reggae et qui m’accueillent les bras ouverts, légèrement shootés mais très sympas. Sur les trois il y a deux frères qui habitent la RÉUNION et l’autre le continent et qui se sont retrouvés ici par hasard. Je demande si je peux manger, il est très tard mais ici jamais de problèmes (je ne peux pas dire « pas de lézard », ce serait faux).

    La grosse sénégalaise me demande si je veux du riz avec de la sauce. J’allais accepter mais un Rasta me dit « regardes ce qu’il y a dans la sauce » et là, surprise, une petite main de singe flottant dans le bouillon, ça fait bizarre. Je préfère le riz seul. Dans la soirée ils m’expliquent qu’avant moi des sénégalais on mangé un plat avec des mains de singes. Çà aurait paraît-il certains pouvoirs.

    Dimanche 17 Novembre - KITTA - Repos

    Les femmes font déjà cuire le riz pour la journée et donne l’eau de cuisson aux tout petits. Ça y est, le mouton avarié d’hier ne m’a pas épargné. Mes petits anticorps n’ont pas été assez costauds. Je le sentais mal, je vais traiter de suite afin de ne pas gâcher ma dernière semaine. KITTA est une ville très étendue ou le Christianisme a une place très importante. Il y a un très grand pèlerinage chrétien, très connu la semaine prochaine. Seules les maisons à côté de l’église sont de type coloniales, les autres sont des cases traditionnelles. A midi je n’ai vraiment pas faim avec la chaleur, j’ai juste envie de frais, mais ici il n’y a pas grand chose. Je mange péniblement du riz à la sauce arachide. Nous nous tapons une grosse pastèque avec les deux Rastas, et nous l’apprécions. Pendant qu’une des Sénégalaises cuisine, l’autre balaie à côté, je ne vous parle pas de la poussière en guise de condiments ! Un des deux français ne loge pas là mais chez l’habitant. Il me dit que chez lui  à  l’île de la RÉUNION il est habitué au manque d’hygiène mais qu’ici ça bat les records. Il est écœuré chez sa famille d’accueil. Pour se raser ici c’est folklo car il n’y a pas de miroir, j’utilise le rétroviseur de « Bamako » et un brot d’eau.

    Lundi 18 Novembre KITTA >  SEBEKORO 65 Km

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    Horrible piste de tôle ondulée

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    Rencontre avec des paysans qui récoltent le coton

    Départ à 9 H 30, direction BAMAKO. La piste est faite de terre rouge. Je croise quelques charrettes et quelques taxis brousses ou camions qui relient les villages. Je les vois arriver de très loin car ils soulèvent un énorme nuage rouge et lorsqu’ils vous croisent, c’est l’enfer. Je me demande pourquoi j’ai lavé mes vêtements hier. Je suis tout rouge. « Bamako » aussi a viré et l’on dirait qu’il est tout rouillé et en plus, pour la première fois il me joue des tours. A cause de cette maudite poussière, la chaîne saute et se coince, je suis obligé, à plusieurs reprises d’y mettre les mains et comme je n’ai pas d’eau à revendre, je roule les mains pleines de graisse. Le paysage devient plus attrayant, au loin des collines et plus j’avance, plus la végétation devient dense. De temps en temps des cultures de mil, coton ou arachides, des écureuils et de nombreux oiseaux : perdrix, faucons, perroquets. Des bruits, des odeurs, des parfums aux senteurs d’acacia, la piste n’est pas monotone. Je m’arrête une ½ heure vers des paysans qui cueillent du coton et de l’arachide, ça tombe bien, ils m’offrent de l’eau. J’arrive ensuite dans une petite ville qui s’appelle BADINKO ou se déroule un grand marché avec des fruits : pastèques et variété d’oranges très acides. Des jeunes qui tiennent une cabine téléphonique me tendent de suite une chaise. Je leur demande si je peux trouver un Coca frais. L’un d’eux se propose d’aller m’en chercher un, il revient ¼ d’heure après avec la boisson. Il ne me rend pas la monnaie mais je suis confiant car c’est courant ici. Ils en ont très peu, alors ils vous la rendent lorsqu’il en ont, chose inimaginable chez nous. Un instant plus tard il ramène la consigne et me rapporte la monnaie. Je lui dis de la garder, il refuse absolument car un service ici ça ne se paie pas. Un jeune qui est en train de faire le tiercé me demande des numéros, je lui donne celui des dates de naissance de la famille. Ses collègues les veulent également et les reportent sur plusieurs tickets. Je leur montre en plus le gris-gris que je porte autour du cou et on rigole beaucoup par rapport à ça. On m’offre le thé, de la pastèque, et je reste jusqu’à 15 heures. Je reprends ensuite la piste et je vois des gars en train de réparer une crevaison sur leurs vélos, Ils sont cinq ou six autour à essayer de réparer avec des moyens rudimentaires. Un bout de fer plat pour arracher le pneu et en guise de rustines ils découpent des bouts sur une vieille chambre à air qu’ils collent sur le trou, mais sans grand succès. Je sors mon matériel : démonte pneu et rustines.  Je répare en dix minutes avec maintenant la moitié du village autour de moi. Très curieux, on me questionne sur mon « Bamako ». Ils sont très étonnés par le compteur, les vitesses et les gourdes. Avant de les quitter je leur donne deux démonte pneus et mes deux pneus de route. Je leur explique le trajet que ces pneus ont fait. Ils se chamaillent entre eux en plaisantant  afin de savoir qui garde quoi et me proposent de rester dans leur village quelques kilomètres plus loin. Je les remercie car je veux continuer jusqu’à SEBEKORO. Nous faisons un bout de route ensemble, ensuite je les laisse car j’active un peu, il est déjà tard et la nuit tombe très vite dès 18 heures. J’arrive enfin à l’entrée du village et je m’arrête vers une espèce de bar qui longe la piste pour demander où je peux dormir. Un jeune me dit « pas de problème, suis moi », il me propose un espèce de local avec un tapis en mousse pour 2 000 Frs CFA (3,05 euros). Il fait très chaud à l’intérieur, alors je lui dis que je préfère dormir sur la terrasse, à côté du bar, il me propose l'emplacement à  1 000 Frs CFA (1,50 euros) alors c’est OK. Je monte ma guitoune sur la dalle en béton, juste pour les petites bêtes. Le soir il m’offre à manger (patates douces et un petit bout de viande) après m’avoir fait ingurgiter un grand bol de bouillie de mil (c’est un peu bizarre mais ça se mange). Après le repas, il m’emmène visiter le village, nous partons par des ruelles sombres car il n’y a pas d’électricité. Il m’explique qu’il est le fils du Chef du village et que son grand-père était le fondateur du village. Nous rendons visite à toute sa famille et nous nous rendons ensuite à la radio locale. Ils ont beaucoup de mérite car avec un groupe électrogène ils arrivent à diffuser dans un rayon de 6 Kms les infos nationales, locales et bien sûr de la musique et des petites animations. Il me demande de rester demain afin de me présenter le Maire et de visiter le village et la campagne environnante qui comporte de très beaux arbres. Il est passionné par la nature puisqu’il étudie l’origine de la vie et des civilisations (anthropologie) à l’université de BAMAKO, il s’appelle DIAKITE. Je lui parle de ce qui me déçois ici, ordures et feux de broussailles. Il m’explique que les gens ici sont trop pessimistes. Ils ne veulent pas travailler, ils attendent trop du gouvernement et des associations au lieu de prendre les devants et montrer ce qu’ils peuvent faire seuls car l’État ne fait rien.

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Je monte la tente sur la terrasse du Café

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Avec le directeur

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    La prof de Français

    Mardi 19 Novembre - Repos SEBEKORO 

    Aujourd’hui, une journée très chargée m’attend. Dès le matin visite du village avec mon guide DIAKITE, fils du Chef. J’ai beaucoup de chance car il est en vacances scolaires. En premier nous sommes allés dans sa famille ou brûle en permanence un feu. L’extrémité d’un gros tronc d’arbre brûle ainsi que l’extrémité de deux autres troncs plus petits bout à bout avec l’autre et que l’on avance au fur et à mesure qu’ils se consument. Il y a toujours une marmite qui mijote dessus. Il me montre ensuite la tombe de son descendant et fondateur du village qui est dans la cour et où l’on se recueille régulièrement en cas de problèmes. Les jeunes avant un match de foot viennent obligatoirement s’y recueillir pour gagner et il paraît que ça marche. Nous faisons après le tour du marché, il me montre et me fait goûter une grande variété de produits, racines ou fruits dont je ne soupçonnais pas le goût et que seul je n’aurais pas oser acheter. C’est très enrichissant d’être en compagnie d’un gars du pays. Nous visitons ensuite la boucherie. Ensuite nous sommes allés voir la doyenne du village qui d’après eux aurait ou moins 110 ans. Vu sa forme je suis un peu septique, dans un pays où l’espérance de vie est assez faible. Mais enfin, il peut y avoir quelques exceptions. Ils disent que c’est un dictionnaire vivant et qu’elle apprend beaucoup aux enfants. Le feu qui brûle dans la cour sert aussi à se rassembler le soir pour se raconter des histoires. Il n’y a pas d’électricité mais il y a quelques télévisions qui fonctionnent alimentées par des batteries. Ici en AFRIQUE, la télévision  lorsqu'il y en a, reste dehors et la population en profite. Voisins et amis, ce qui n’entrave pas trop la convivialité car en même temps on mange et on prend le thé. DIAKITE  et un de ses copains d’université m’emmènent ensuite vers un énorme Baobab. En haut il y a des milliers d’abeilles avec des énormes pains de cire qui pendent sous les branches. Je veux savoir pourquoi personne ne récupère le miel en les enfumant. « Surtout pas » me répond il, personne n’ose car c’est un arbre sacré. Les anciens y faisaient régulièrement des sacrifices. Je ne peux m’empêcher d’évoquer les réducteurs de sexes dont m’avait parlé Mohamed de KAYES. Eux-mêmes, qui sont étudiants en anthropologie y croient fermement. Nous nous rendons maintenant à l’école. C’est étonnant, à l’entrée, des femmes vendent de la nourriture. Je lui dis que je ne trouve pas cela très logique car seules les enfants qui ont de l’argent achètent devant les autres (pas de réponse). Nous pénétrons dans la cour où est installée une vieille table qui sert de bureau au Directeur. Je suis reçu comme un ministre et invité à visiter toutes les classes de la plus petite à la 3ème. On me présente aux professeurs et aux élèves qui se lèvent tous par politesse lorsque je rentre. Les tout petits commentent en même temps qu’ils se lèvent, ils disent « Je me lève de ma chaise, bonjour Monsieur, comment ça va » et lorsqu’ils se rassoient ils disent « Je m’assoies sur le banc ». Je suis impressionné par le nombre d’élèves, une centaine par classe. Ils font un roulement le matin et l’après-midi. Ils manquent énormément de professeurs et les moyens dont ils disposent sont dérisoires. Pas de bureaux, des planches appuyées sur deux plots en pierre. Quand  je pense que dans la commune ou je travaille j’ai vu brûler  une centaine de bureaux d’écoliers qui ne servaient plus. Quel gaspillage ! Le Directeur explique à chaque classe mon périple, d’où je viens et me montre en exemple pour leur démontrer  que lorsque l’on veut quelque chose on peut y arriver. Ils me demandent de dire un petit mot, à mon tour, à chaque classe. Alors je leur commente mon voyage avec des jours noirs où j’avais envie de renoncer, mais que je m’étais donné un but « BAMAKO » et qu’avec la volonté on arrive à tout. Je leur ai conseillé d’aller le plus loin possible dans leurs études et d’être toujours optimistes malgré leur vie pas toujours rose. Ensuite j’ai fais un lot de mes médicaments, puisque mon séjour se termine prochainement.  Nous avons été les remettre au dispensaire de santé du village, avec le Sous-préfet qui habite ici et qui a tenu à nous accompagner.

    Nous avons évoqué, avec les médecins du dispensaire, les problèmes locaux et les difficultés qu’ils rencontrent pour faire passer certains messages. Par exemple, en ce qui concerne la campagne contre le SIDA, les gens ne croient pas à un virus mais au mauvais esprit. Pour certaines maladies aussi, telles que la rougeole, ils n’osent pas avancer qu’elle a complètement disparue car il ne savent pas se qui se passe dans les villages de brousse.

    Je suis remercié chaleureusement, je leur précise pourtant qu’il s’agit d’un geste symbolique car à vélo je n’ai pas des quantités énormes de médicaments. Ils me répondent que c’est très important pour eux et que ça va certainement sauver des vies. Ca fait très chaud au cœur.

    Ensuite, passage en mairie pour saluer le secrétaire, le Maire étant absent et DIAKITE lui explique ma démarche. Je suis encore remercié de tous les côtés.

    Je demande quelle est la différence entre le Chef du village et le Maire. « Le Chef du village est un médiateur qui règle les problèmes tels que les  conflits de voisinage. Les différentes parties se rencontrent en sa présence,  et en général cela se termine toujours bien.Comme un Maire, il est assisté d’une dizaine de conseillers sur la commune qui lui rapportent les informations.

    Ce même Chef m’emmène à la Mosquée pour me présenter l’Imam, celui qui crie à la prière. Celui-ci, à mon grand étonnement me fait visiter la Mosquée. Ils sont plus tolérants qu’au MAROC car là bas si vous n’êtes pas catholique, vous ne rentrez pas. Le Chef lui explique ma démarche. Je suis encore remercié, comme quoi ici, avec peu de choses on peut faire énormément plaisir. Nous rentrons ensuite manger du riz à la sauce arachide et je leur fais un plat que je leur avais promis. Un couscous lyophilisé que j’avais amené pour les jours où j’ai traversé le désert. Un peu d’eau bouillante dans le sac et c’est prêt en cinq minutes. Il n’en reviennent pas, eux qui passent des heures à le cuisiner, ils le trouvent bon. Le Chef du village qui marche péniblement car il sort d’une opération vient me voir depuis l’autre bout du village. DIAKITE  me traduit qu’il est de coutume, lorsqu’un étranger vient saluer le Chef, celui-ci doit venir le saluer à son tour. Une coutume que j’ai apprise trop tard : normalement la première fois que je l’ai rencontré, la tradition aurait voulu que je lui offre 10 noix de Cola. Nous retrouvons aussi le responsable de la radio locale qui veut que je m’y rende à 18 heures pour lancer un message. Il sera rediffusé toutes les semaines pour que les enfants se souviennent de moi lorsque je serai parti. Le secrétaire de mairie veut aussi s’entretenir avec moi. Je crois qu’il souhaite me solliciter pour une histoire de jumelage. Quelle journée chargée, une vraie vie de Ministre aujourd’hui. Je me rends en premier à la Mairie. Le secrétaire est en train de ramasser l’argent d’un propriétaire dont les animaux avaient fait des dégâts dans une propriété. Le règlement du préjudice s’effectue à l’amiable à la Mairie. Je fais connaissance du Maire, un monsieur assez âgé, qui m’a convoqué comme je m’en doutais pour essayer de faire passer un message par mon intermédiaire en vue d’un partenariat éventuel avec une commune de France. Enfin je fais la connaissance du fils du Chef des chasseurs. Les chasseurs ont un rôle important au MALI. Le Chef à une fonction de garde forestier, il veille à la protection de la faune, des dégâts provoqués par les animaux domestiques. Il pratique aussi les médecines traditionnelles et il a des pouvoirs magiques divulgués par les animaux qu’il chasse.

    Je termine par la radio locale et puis en fin de soirée une bonne douche avec un seau et plein de crapauds qui se tiennent au frais et attirés par la lueur de ma lampe frontale, me montent jusque sur les doigts de pied.

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Baobab sacré du village au pied duquel on fait des sacrifices

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Le secrétaire de mairie

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Un fan de Bob Marley

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    La radio locale qui fonctionne avec des batterie et émet à 7 km

    Passage au Mali en pirogue avec des contrebandiers

    Je raconte mon périple aux auditeurs

     

     

     

     

     

     

     


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